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La petite voix d'un poème

Publié le par la freniere

Dans les vociférations des fous de guerre,
dans le cliquetis assourdissant de l’or,
dans le vacarme vaniteux des marchands,

 

dans le hurlement des sirènes ambulancières,

dans le tintamarre croassant des politiciens,
dans le tumulte des écrans petits et grands,

 

dans les tempêtes rhétoriques des théologiens,
dans le silence terrifiant de l’amour absent,

 

essayer,
au moins une fois,
la petite voix d’un poème.

 

Francis Dannemark

 

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

J’ai fui d’un Etat nazi pour me retrouver dans un Etat fasciste. 

 

Le poète israélien Natan Zakh

 

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Petit inventaire

Publié le par la freniere

 

Ici mon inventaire
Petit coin de citron 
plus jaune que soleil qui disparaît dans l’onde
Je ne regarde plus l’impossible rencontre
je ne parcours plus le chemin du désir
je reste dans mon coin qui ressemble à la mort
je remercie les humbles de la joie qu’ils me donnent
Et je n’écrase plus les insectes du soir.

 

Christine Balta 

 

Publié dans Poésie du monde

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Tant de choses

Publié le par la freniere

Ceux pour qui l’odeur de l’argent est le parfum suprême ont du sang sur les mains. Leurs lieux de culte sont les supermarchés. Leurs seules prières sont pour le prix de l’essence. Ils rêvent d’atteindre le ciel en 4x4 et ils oublient d’être vivants. Il me faut autre chose, des lettres tombées du ciel à la place des bombes, des soupes à l’alphabet, des grammaires à la place des bibles. S’il m’arrive de fuir les hommes, leur pacotille, leurs dettes, leurs guerres, leur faux luxe, je n’y vais jamais seul. Les mots m’accompagnent toujours. J’écris pour me confondre au paysage, celui des arbres et des étoiles. Je ne sais plus qui parle, l’enfant roulé en boule dans un coin de mon crâne, tétant l’inconsolable comme on suce son pouce, ou bien l’autre debout derrière les yeux et regardant plus loin que l’horizon. Il me faut une image où accrocher mes doigts, une route sous les pieds, un peu de ciel sous la peau, la réponse des plantes à mon poids de questions, le cri des bêtes à mon appel, le souvenir d’un loup tout au bout de la page.

        

Personne ne va nulle part. La nuit urine sur le sol. Les bancs se recroquevillent dans les parcs. Il pleut des cordes qui lavent les pendus. Le vent pose sa langue sur les lèvres de la pluie. Qui a dit que le fleuve ne connaît pas sa source ? Sur la table où j’écris, les phrases forment les pieds du meuble. Le sol est tout jonché de mots et de sciure d’encre. Il faut donner du pain aux bras maigres du temps. Il y a tant de choses qui n’entrent pas dans les mots, tant de rêves impossibles à traduire. Le silence des fleurs m’inquiète quelque fois. L’accablement des collines a vouté mes épaules. Consumé par la vie, je tends les mains vers ce qui nous attend.

        

Je ne voyage plus beaucoup. J’ai remplacé les villes par un fleuve de mémoire, des piles de signes soutenant la pesanteur du monde, des parapets de rêves enjambant le réel. Je n’arrive pas toujours à toucher le monde avec la pointe des mots. Je gratte la surface. Chaque mot porte aussi son contraire. Il faut sans cesse défaire et refaire des phrases, retremper l’alphabet dans le sang du vécu. Parfois les dents s’aiguisent sous la dentelle, les doigts qui tricotent se cherchent une gâchette. Je cherche qui je suis dans ce qui reste à vivre, à mettre un nom sur les fantômes, les squelettes sans chair, une aile sous mes pas, un pont sur le néant, un peu de paille et d’herbe survivant à la neige. Le mot espoir titube au bord du vide. Il tient debout malgré tout. Le mot amour cherche ses pas. À chaque mot, la langue du passé se tourne dans la bouche. J’ai laissé trop de livres s’empiler autour de moi. J’habite un labyrinthe. Seul le chant des oiseaux me sert de repère. À défaut d’arriver, je dessine la route.

 

 

Je me retire au bord du lac pour écrire, une petite plage perdue sous un toit de verdure, sous un grand saule énorme, là le museau du soleil fouille l’ombre. Je me laisse envahir par les cris des colverts. Je laisse flotter mes mots comme des bouchons de liège à la merci des vagues. J’ai les bras vides d’avoir tout donné, mais ils sont pleins d’espoir. Je garde toujours dans un cahier quelques phrases pêle-mêle, des mots à peine éclos pour les jours de famine. Entre le lit de la naissance et celui de la mort, j’aurai beaucoup lu. J’aurai vécu entre le lit et les ratures, chaque geste formant les mots d’une phrase vivante, chaque saison un paragraphe de chair. Des oiseaux nichent dans ma demeure sonore, confondant l’aile et l, l’apostrophe et le cri. Écartelé par les contradictions, c’est entre la pensée et l’émotion que je remue les lèvres. Pour faire ma maison, plutôt que le béton et le fer, j’ai choisi les livres, les étoiles, les gestes, l’inconnu. Le vent s’étale au cou des arbres, déployant ses frissons. Toutes les couleurs s’appuient l’une sur l’autre. Parfois parmi les rêves que l’on sème, on entend pousser les mots. On voit surgir des images. On entend l’horizon qui fait battre son cœur.

Publié dans Prose

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Le ténébrion

Publié le par la freniere

Étoile filante

Ou simple mouche

Fourmi ménagère

Ou sombre coléoptère

Araignée minuscule

Qui marche au plafond

Orion ou ténébrion

Insecte ou constellation

Ils ont tous des noms

 

L’homme a-t-il donc tout nommé

Du moucheron aux galaxies

Et lui quel est son vrai nom

A-t-il peur dans le noir

Cherche-t-il sa maison

Un lit un abri

Les portes les clés

De ses jours et de ses nuits

 

 

 Christiane Loubier

 

Publié dans Poésie du monde

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L'orchestre des matières sympathiques

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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L'essentiel est toujours ailleurs

Publié le par la freniere

Je vais sortir. Je dois sortir. Marcher dans les rues, écouter la ville. Voir le pas des maisons. Voir les habitants entrer dans ces maisons et en sortir. Plus que tout, je dois aller voir le fleuve, le chemin qui marche, le Magtogoek des amérindiens, le fleuve aux grandes eaux. Le Saint Laurent. Mais peut-être ne sera-t-il plus là. Peut-être que le fleuve aura disparu au fond de la nuit dans le cerveau d’un  homme qui le rêvait. Peut-être que le fleuve et tous ses transports de pommes douces, de sel et de farine, coule pour toujours dans le crâne d’un inconnu disparu en forêt. Peut-être que le fleuve que nous voyons là est une illusion, le reflet de la pensée d’un homme étendu sous les branches et que le chemin qui marche le protège maintenant de son absence.

 

 Au soleil, le dos contre un mur blanc, en plein vent rue du port. Les yeux dans les reflets noirs d’un pick-up, j’écoute la carlingue refroidir en cliquetis venus d’ailleurs. Des drapeaux claquent sur le dos des motards visant l’extérieur de la ville. On se dit, pas étonnant que la poésie Beat ait battu le pavé des villes nord-américaines. On se dit, pas étonnant que l’amour devait se trouver dans une chambre de motel à l’autre bout du pays. Nous le traverserons en trois poèmes. On se dit, je veux être gardien de parking et boire des bières au bord du fleuve en compagnie de Kérouac. On se dit qu’il est trop tard pour cela mais que l’histoire est toujours bonne à prendre et que l’essentiel est toujours ailleurs.

 

Joël Bastard

 

Publié dans Poésie du monde

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Les amoureux fervents

Publié le par la freniere

C’est parce que je t’écris

que tu ne perds pas ta réalité,

celle « d’avoir été ».

 

C’est parce que je poursuis notre conversation, au-delà de ta mort, que la pointe de mon crayon, après maintes « ruminations », fait place –et trace – à cet équilibre instable, paradoxal.

 

Entre le dire et le taire.

Dans la part d’inconnu que tu m’as laissé en gage.

 

Et que je dois chercher, coûte que coûte, à t’écrire.

Pour voir.

 

Pour les aveugles qui font semblant de nous lire

Et pour les amoureux fervents.*

 

Jean-Jacques Dorio 

 

 

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Nous autres sans patrie. Nous autres étrangers sur la terre étrangère nous sommes chacun dans notre propre asile comme un sanglier apeuré, perdu au centre de la grande ville à l'heure où les chevaux vont boire, à l'heure où les assassins s'éveillent. Mais nous ne dormons pas, nous n'avons pas le droit de dormir: le sommeil serait l'apprentissage de la mort et il faut que nous mourions debout dans l'innocence du devenir.

 

Maurice Blanchard

 

Publié dans Ils ont dit

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Sans savoir

Publié le par la freniere

Quand on longe les murs

on trouve un jour des hommes-portes

des hommes-fenêtres

par qui l’on voit le monde

le paysage et les autres hommes

ainsi parfois à l’infini

 

En passant derrière eux

on finit par suivre

sans savoir un chemin

au bout duquel peut-être

tu t’ouvriras aussi

 

Jean-Pierre Lemaire

 

Publié dans Poésie du monde

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