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Apostasie

Publié le par la freniere

Le monde va comme on le mène et le malmène, un orteil sur dix, un neurone sur mille, deux ou trois fusils par main. On dit je t’aime sans y penser, à coups d’argent et de slogans. On rigole des pauvres. Les rigoles de sang ont un goût de pétrole. Le paradis est une job où l’on se fait tondre jusqu’à l’os. Où est le vrai ? Où est le faux ?  Dans le discours des mauviettes ou le silence des ermites, dans les médailles des héros ou les pattes des hérons, dans les maux de tête ou les mots de Miron, dans les phares d’autos ou les yeux des chevreuils, dans la course des rats ou la danse des canards, dans les cours de justice ou la douceur des fruits, dans la douleur des arbres ou la tendresse des loups, dans le cours de la bourse ou celui d’un ruisseau, dans les attachés cases ou les écales de noix, dans la main qui frappe ou celle qui caresse, dans la prière d’un banquier ou le chant d’un oiseau, dans les grandes tours à bureaux ou les âmes qui s’étiolent, dans le soldat qui tue ou la femme qui accouche ?

 

        

Même les mains pleines sont vides sans caresse. L’haleine est une source qui jaillit, des racines en suspens au seuil de la terre. Dans le temps verbal, chaque phrase s’invente un corps, une semaine, une vie. C’est à partir du non-moi que l’on trouve son être. Je cherche dans les mots de quoi boire et manger. Lorsque je n’écris pas, je suis aveugle de la bouche. Derrière la barrière des mots gisent encore quelques ossements de sens, des bouts d’ailes rongées et des relents d’images. Je ne suis pas vraiment poète. J’avale les mots tout de travers et les recrache en queue de poisson. J’ai perdu mes feuilles dans un vent de mémoire, ma vie sur un carnet sans refaire le monde.  Que l’on me cherche ailleurs, dans le fugace et l’inutile. Il reste dans mes bras un peu de sable et d’eau. Je demande à être apostasié de la race des hommes pour intégrer celle des arbres, des insectes ou des bêtes.

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Si le Dieu des uns n’est pas le Dieu des autres, ils font s’entretuer les mêmes innocents. 

Publié dans Aphorisme du jour

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Le train

Publié le par la freniere

à mon père

 

Dans le même train depuis ta naissance

un train qui traverse la terre en une nuit

par un chemin mystérieux, rectiligne

où ne s’aventurent ni piétons ni voitures

tu rêves parfois à l’envers du monde

aux abeilles de la mer dans les pins

à la montagne comme une tranche d’agate

mais tu dors de plus en plus mal

depuis la fin de ton enfance. Il te semble

avoir déjà fait le tour de la terre

Tu veux remonter le train en titubant

comme pour hâter la venue du matin

Bientôt, dans la cabine du mécanicien

aperçu de dos par éclairs autrefois

tu découvriras qu’il n’y a plus personne

que les signaux s’adressent à toi désormais

et tu ne verras plus venir le paysage

de profil comme avant, mais de face

 

Jean-Pierre Lemaire

Publié dans Poésie du monde

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Stand by me

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

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Date limite

Publié le par la freniere

Certains poèmes ont dépassé la date de péremption
Et fleurent bon la naphtaline
Ils furent naguère parfumés au prêt à penser
Ou un peu tirés par les nattes

 

A vrai dire je m'en fous...
Et faut l'dire vite
C'est juste pour causer

 

Ça fait vraiment un fameux bail !
Il faut désherber
Farfouiller entre les mots
Chercher des mots qui renversent
Une poésie qui bouscule
Fichée à fond dans nos entrailles
Des images qui arrachent,

 

Je dois le dire quand même
Et faut l'dire vite
Même si je m'en fous

 

Rejoins ton vrai chant, ton vrai centre
Sous tes apparences la petite source vraie
Tâche de faire du bon neuf avec du mauvais vieux
Comme le très doué boxeur de mots qu'on dit poète

 

Bien qu'à vrai dire je m'en fous !
Je vous dis ça juste pour causer !
Le dire vite puisque j'ai osé...

 

Aglaé Vadet

Publié dans Poésie du monde

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Jacques Prevel

Publié le par la freniere

«Il y a peu de destins aussi obscurs que celui de Jacques Prevel, certes poète français fort marginal et de peu de renommée, mais attachant à force de quête dérisoire d’absolu et toujours au bord de l’insignifiance.
Que reste-t-il de lui ?
Aucun livre disponible depuis le livre de poèmes publié en 1974, depuis longtemps épuisé, chez Flammarion avec une lumineuse préface de Bernard Noël, et sur le site internet « Un jour un poème » quelques textes, pour laisser quelques traces non pas d’un suicidé de la société, mais d’un enseveli du temps.

Il semble ne rester juste que deux dates :
Jacques Marie Prevel
Naissance: Bolbec, Seine-Maritime, 1915
Décès: Saint-Feyre, Creuse, 1951.

Et surtout on ne retient de lui que cette vénération, comparable à la fusion idolâtre d’un chien et de son maître, avec l’astre noir Antonin Artaud. Il fut  le dernier et le plus fidèle ami d’Antonin Artaud, qu’il chérissait, et qu’il fournissait en laudanum et en opium. Il était aussi l’ami d’Arthur Adamov.


Une courte notice biographique dit ceci :
« Venu du Havre, il arrive à Paris durant l'occupation. Vivant autour de Saint-Germain-des-Prés, il renonce à toute situation pour écrire, ainsi il connaîtra l'isolement et la misère. Ne trouvant pas d'éditeur il doit publier à ses propres frais trois recueils de poèmes : Poèmes mortels, Poèmes pour toute mémoire, De colère et de haine. »

En 1946, Antonin Artaud, alors interné durant près de neuf ans dans divers hôpitaux psychiatriques, dont l'hôpital de Rodez dirigé par le docteur Ferdière, arrive à Paris. La rencontre avec ce dernier sera son illumination. À partir de ce jour va naître entre les deux hommes une amitié basée sur le respect, la quête incessante de la poésie et de la drogue. Épuisé par la tuberculose il meurt miséreux et seul, après avoir scrupuleusement consigné jusqu'à la mort d'Artaud son journal En compagnie d'Antonin Artaud, où il relate sa vie quotidienne avec Artaud.»

(…)

 

Gil Pressnitzer


prevel2.jpg

 

 

 

Bibliographie

 

Poèmes mortels (1945),
Poèmes pour toute mémoire (1947),
De colère et de haine (1950),
un recueil posthume, En dérive vers l’absolu ( Seghers 1952)
En compagnie d'Antonin Artaud (1974), texte présenté, établi et annoté par Bernard Noël, Flammarion.
Poèmes Flammarion 1974, épuisé.
Bernard Polin, Jacques Prevel ou la dérive vers l’absolu, éditions L’officine. 2002.

 prevel-journal.jpg

 

À Antonin Artaud

 

Et si un jour un homme se levait parmi les hommes
Et si un jour un homme s’avançait parmi les hommes
Pour être mon ami
Un homme assez pur pour m’éprouver tout entier
Un homme assez fou et vide de sens pour
me comprendre
Un homme de ma race
Mais ayant brisé les échecs et les peurs
Et qui lirait à travers les années sans nombre
Un homme qui ne craindrait pas mes sarcasmes
Et qui ne craindrait pas ma haine
Peut-être le reconnaîtrais-je avant de basculer
Dans la nuit

 

Ce qui retentira

 

Ce qui retentira
Ce qui restera de notre amour désarmé
Je voudrais l’imaginer et que ma vie s’éclaire
Sur l’absolu désarmé
J’écris comme un homme qui n’a pas rêvé
J’écris comme un homme dont le rêve peut-être
Fut aussi réel que ton visage
Tu es née dans une ville aussi vaste et noire que mon être
Petite fille dont la fragilité me confond
Et tu as vécu ton enfance au bord de la mer des brouillards
Un vertigineux soleil
Fut que mes pas dans tes pas j’ai remonté ta vie frémissante
Pour te la rendre frémissante

 

Si l’on me cherche

 

Si l’on me cherche
C’est un matin d’Hiver qu’on me trouvera
Un matin d’Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n’a plus de hasard
Mais que tout est pareil encore à l’Hiver
Les arbres le pavé la rue presque déserte
On me trouvera dans l’inutile
Dans un mot qui n’a pas de sens
Un mot qui n’a pas de raison

 

Jacques Prevel

 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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De quoi avoir peur

Publié le par la freniere

On apprend jeune à crier au meurtre

les délices n’ont pas d’emprise sur nous

et nous ne calculons pas encore dans le menu

les défaites les plus creuses

 

les morts s’enchaînent pourtant

bloquant les portes

et laissant le téléphone sonner

avec une indifférence imperturbable

 

il faudra souvent revoir la leçon

la réviser dans tous les journaux

ajuster sa voix, trier les mots

parmi les cadavres

et les indulgences

 

Christian Girard (c) 2014

 

Publié dans Poésie du monde

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Poète, poésie et poème

Publié le par la freniere

À Lou, affirmament que je n’aimais pas la poésie, j’ai répondu qu’elle, si. Le problème étant plutôt ce qu’en font font font les petites marionnettes des poètes auto-proclamés et leurs poèmes. Manque de bol, ma remarque est tombé sous l’œil d’Alphonse Salafia - pote poète - et il me demande (amygalement) de m’expliquer.

 

Ce qu’il te faut savoir, cher lecteur, c’est que pour moi, écrire, dès le début et pour une bonne vingtaine d’année, ça a été écrire de la poésie. Ne vois là aucune prétention d’expertise, c’est juste pour dire que le sujet me préoccupe de longue date. Depuis, j’ai exploré d’autres genres, tout particulièrement la fiction et je préside même aux destinées d’une revue littéraire dans laquelle sont régulièrement publiés Aline Fernandez, Jean-Marc La Frenière, Alphonse Salafia, Gabriel Henry… tous plus poètes les uns que les autres.

 

Tout ça pour dire que je ne suis pas en guerre. Je ne mène aucune croisade pro ou anti. Après tout, si certains restent persuadés que pour « faire poème », il suffit de passer à la ligne quand il faudrait une virgule, commencer son vers par une majuscule et le finir par un mot désuet mais plaqué or, c’est leur affaire. Mais pour essayer de faire comprendre ce qu’est pour moi la poésie, le plus simple est de partir de ce que je crois : La langue, le langage m’apparaît comme un organisme symbiote. À ce titre, le langage est si intimement attaché à chacun d’entre nous qu’il fait partie de notre personne. Écriture manuscrite, voix, vocabulaire, style : c’est nous. Mais il n’est pourtant ni totalement notre création ni notre propriété puisque nous l’avons appris, que nous partageons notre langue maternelle avec plein d’autres et qu’au final le langage signe notre appartenance à l’humanité.

 

Là, bien sûr, on pourra penser que l’espèce humaine n’est peut-être pas la seule espèce animale dotée du langage et que les machines ne sont peut-être pas très loin de disposer du leur. Mais ça vient plutôt à l’appui de ma thèse : comment s’étonner qu’un organisme symbiote cherche de nouveaux hôtes ? Pour nous comme ailleurs, pour le langage comme pour les autres organismes symbiotes, l’association est à profit mutuel : à nous, grâce à lui, la capacité de penser, de dire, d’écrire, de communiquer. À lui, grâce à nous, les bénéfices attendus par n’importe quel organisme de n’importe quelle espèce : croître, s’adapter, prospérer, se diversifier, se reproduire.

 

Et la poésie alors ? On y vient. La poésie, je la vois, je la sens, je la ressens quand le « curseur » de l’expression quitte la zone de service de l’auteur, où elle est utilisée comme outil, comme véhicule du discours, de l’exposé, et que l’expression quitte également la zone opposée du foisonnement formel, de la recherche, de l’exploration, pour se situer pile poil au point d’équilibre entre les deux. Autrement dit, le poème me touche quand il témoigne de la symbiose, quand le poète ne parait pas tordre le bras de la langue pour lui faire avouer on ne sait quoi, mais également quand le poème n’apparaît pas comme du langage désincarné, sans rien ni personne derrière.  C’est donc bien entre le poète et le poème qu’apparaît la poésie*, à distance identique des deux, mais les réunissant, témoignant également de l’être et du langage.



 * On pourra remplacer par "auteur" et "texte", également par "réalisateur" et "film" etc. La poésie n'est pas l'apanage de la langue ; plutôt de l'expression. 

 

Jean-Marie Dutey

Publié dans Glanures

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La poésie

Publié le par la freniere

Et ce fut à cet âge… La poésie

vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où

elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.

Je ne sais ni comment ni quand,

non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas

des mots, ni le silence :

d'une rue elle me hélait,

des branches de la nuit,

soudain parmi les autres,

parmi des feux violents

ou dans le retour solitaire,

sans visage elle était là

et me touchait.

 

Je ne savais que dire, ma bouche

ne savait pas

nommer,

mes yeux étaient aveugles,

et quelque chose cognait dans mon âme,

fièvre ou ailes perdues,

je me formai seul peu à peu,

déchiffrant

cette brûlure,

et j'écrivis la première ligne confuse,

confuse, sans corps, pure

ânerie,

pur savoir

de celui-là qui ne sait rien,

et je vis tout à coup

le ciel

égrené

et ouvert,

des planètes,

des plantations vibrantes,

l'ombre perforée,

criblée

de flèches, de feu et de fleurs,

la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.

 

Et moi, infime créature,

grisé par le grand vide

constellé,

à l'instar, à l'image

du mystère,

je me sentis pure partie

de l'abîme,

je roulai avec les étoiles,

mon cœur se dénoua dans le vent.

 

Pablo Neruda

traduit par Claude Couffon



Publié dans Poésie du monde

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Je demande à être apostasié de la race des hommes pour intégrer celle des arbres, des insectes ou des bêtes.

Publié dans Aphorisme du jour

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