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Pays

Publié le par la freniere

A la potence d'indifférence s'agitent des fantômes de faims anciennes. Quelque chose s'effrite doucement que je ne retiens pas. Qui laisse une tristesse à peine ombrée. Nostalgie de lumière touchée, habitée, qui s'en va à petits pas vers l'horizon. L'archéologie du silence dessine l'effacement des illusions. Longtemps, le pays avait dévalé sa montagne puis la brunante a flouté les contours et les yeux des pervenches se sont tus. Une lumière brûlée de fin d'été fatigue l'attelage des heures. Rien ne préfigure mieux l'hiver que la palpitation fragile de l'espoir dans les signes des dernières traces. Ah pays, pays qui m'avait ensorcelée !

 

Ile Eniger

 

 

Publié dans Ile Eniger

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Les mots sont des chiens d'aveugle

Publié le par la freniere

Les mots sont des chiens d'aveugle

 

Je les entends venir
leur odeur les précède

 

Ils me lèchent les mains
en signe de soumission
Délicieuse caresse

 

Parfois
ils ouvrent des chemins ensoleillés
dans cette nuit où l'on m'assigne à résidence

 

Je les suis des yeux
ils traversent
des objets indistincts
des regards inconnus
les éclairent au passage
d'un mystère resplendissant

 

Parfois
ils dorment contre moi
et je les écoute rêver
sans jamais savoir s'ils m'acceptent dans leurs rêves

 

Parfois
ils font les clowns
comme des chiens de cirque
aboient n'importe quoi et n'importe comment
à la lune qui sait si bien
d'un sourire faire une grimace

 

Parfois
ils s'enveloppent
d'absence
de ténèbres
comme ces morts récalcitrants
dont on dit qu'ils ont déchiré leur linceul

 

Parfois
ils montrent des crocs
plus luisants que des lames
la bave qui tombe de leur gueule
me fait penser à ces essaims de guêpes
pendus aux lèvres des fontaines siciliennes
dans l'embrasement de l'été

Et
parfois
quand bon leur semble
ils brisent leur laisse
dérisoire
se font nuages
disparaissent

Longtemps
je les entends hurler

Hurler à la mort

Il n'y a pas de mots pour dire cela.

 

Serge Wellens

 

 

Publié dans Poésie du monde

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Là-haut sur la montagne

Publié le par la freniere

Là-haut sur la montagne
j’habite un peu le ciel
m
ais j’y traîne ma boue.
Je me lève au matin
e
n tulipe ou en bois.
Je bois à la rosée
c
e qu’y laisse la nuit.
Je trempe dans le cœur
u
ne langue de chat.
Je jappe, je lape.
Je m’effeuille en
mots.
J’écoute les messages
q
ue sifflote le vent.
J’anime l’espérance
d
ans la paille des nids.
J
’ouvre avec mes dents de lait
l
e noyau de la vie.
J’ai ma force dans l’eau,
m
es yeux dans les étoiles.
J’ai ma voix dans la pierre
qui parle aux insectes.
Chaque feuille est u
n arbre
d
ans la forêt des fées.
Chaque mot est une image
d
ans un crayon de couleur.
Là-haut sur la montagne
où je soigne mon loup
l
es portes brisent leurs chaînes,
les meubles font le mur
e
t les carreaux brisés
s
’envolent en oiseaux.

Publié dans Poésie

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Avec des mots faits mains

Publié le par la freniere

Je tricote ma vie avec des mots faits main, des phrases raboudinées, des images en patchwork. J’écris avec des bouts d’épines sur la pelote du cœur. Je me fabrique une terre avec des arbres aux ailes repliées, des phrases qui se prennent les pieds dans le grain du papier, des malards au col roulé trop haut, des malabars aux tatouages de rosée, une terre où les fleurs s’amusent avec les papillons, où les ruisseaux distraits s’égarent dans la nuit. Je regarde la pluie avec l’œil du bleuet, le rouge des framboises, la soif des gadelles, l’exact goût du bois. L’essaim compte ses morts dans le berceau de l’ombre. Le vent, lui, se raconte dans le mouvement des feuilles.

        

Sur les highways de la pensée, on laisse sur l’accotement les pouceux qui dérangent, ceux qui ne pensent pas à droite, qui ne fittent pas dans le décor et flottent dans les nuages, les pelleteux de chimères qui décarcassent le néant, qui rabibochent les contraires et fréquentent l’absolu, qui grattent la surface avec un vieux couteau, la lame aiguisée par l’intelligence, la langue de même, les têtes chercheuses dépeignées qui nourrissent de rêve l’inconnu qui dérive. Je ne laisse pas à la consigne le bagage des mots. Je le porte à la main comme une miette à la bouche, un peu de pain perdu échappé des valises, égaré des balises, un peu d’eau sur la langue.

        

Je cherche mes souliers dans la maison des morts, des éclairs de génie dans l’asile aux murs blancs. Je touche les écorces comme la peau d’un livre. Mille insectes y circulent comme de longues phrases. Une pierre m’attend quelque part pour devenir un banc, une pierre comme un arbre attend l’oiseau. C’est l’automne. C’est tout rouge dehors. Le front des arbres saigne. Des entailles dorées colorent les mélèzes. Je tends l’oreille quand les outils donnent leur avis, quand la bêche parle à la terre et la pomme au cueilleur, quand les chaises craquent sous le poids de l’absence. Qui était assis là ? Qui réparait le squelette de l’air ? Qui touchait l’harmonium avec des doigts de fée ?

        

Les mots que sont le feu, le fer, le froid, l’effroi, la faim avec son ventre à sec, ne tiennent pas sur une page. Il faut plus pour écrire que l’encre et le papier. Les gens qui savent ne savent rien. Ils éclairent comme des lanternes éteintes. Je ramasse dans l’ombre des billes de couleur, les aiguilles de montre qui tricotent le temps, les aiguilles de pin qui tissent les odeurs. La peur n’a pas de nom. Elle n’a pas de visage. Elle a des bras, des jambes, de grosses mains noires avec des poils de chien. La peur n’a pas d’âge. Elle a tout le temps devant elle. Il faut prendre au sérieux les altercations de fourmis, les palabres d’oiseaux, les chicanes de ruisseaux, les placotages du foin, le claquement sec des mots, plus que les billets de banque, les horoscopes, les paris. Il faut prendre le temps là où se trouve la vie, loin des calendriers et des heures de bureau.

        

L’automne fait ses classes à l’école des arbres. Les branches aux doigts coupés y échappent des pages. La neige effacera leur leçon de couleurs. Dès les premières gelées, tous les arbres s’endorment. Les nids ferment leurs ailes et vident leur paillasse. L’hiver s’installe dans ses meubles et met des housses partout. La veilleuse blanche des harfangs se prendra pour la lune. Quelque part en nous-mêmes un être disparaît, mais un autre apparaît. Je fus un enfant fou. Un vieux saule s’en souvient avec sa chemise de nuit qui trempe dans l’étang. J’arrive aux cheveux blancs, aux mains qui tremblent, aux pertes de mémoire. Je ne serai plus qu’atomes dans la poussière d’étoiles. Peu importe les rides, je reviendrai toujours à la source des plantes, à la mousse, à la pluie. Je redirai le thym, le cerfeuil, la menthe, les petits animaux qui nourrissent les gros.

        

Il y a un décalage entre l’homme et la terre. Un fossé se creuse entre le corps et l’âme. Il y a des rails éteints dans la mémoire des trains. Je ne barguine pas au magasin des mots. Je paie avec mon sang. C’est un petit brin d’herbe qui me montre la route, l’odeur d’un chevreuil, les poils d’une ortie. Les mots sont des enfants fragiles qui soulèvent le monde, des haltères d’espoir et des tonnes de misère. Lorsqu’ils se taisent, c’est pour attendre un chant d’oiseau, une tache de vin sur l’habit sombre, une trace d’amour quelque part. Assis dans l’herbe humide, je scrute les nuages comme des phrases à l’envers. Je réveille le vent avec un vieux sifflet. Chaque matin, je découvre le monde. Il faut trouver sa note dans le fracas des hommes. Je donne ma parole et mon ombre à manger.

        

Malgré le mauvais temps, les pommes tiennent parole et goûtent le bonheur. Au milieu des papiers, des livres, des images, je vis debout dans l’odeur d’homme avec la hache et le rabot. Ma parole est un brin de paille qui affronte le vent. Elle penche et se relève. Elle tient tête à l’hiver. Mes mots ne s’habillent pas à la dernière mode. Ils sentent le lilas, le sperme et la sueur. Mon souffle est une main qui bouge sur la nuque d’un homme, un peu d’air sur un mur où s’accroche le lierre, une voyelle d’eau dans les syllabes du désert. Dans les hivers trop froids où l’on tricote serré, où la crosse d’un pâtre me sert de crayon, je rêve d’alpagas, de moutons et de laine.

 

        

Le jour ferme ses yeux dans l’espoir de rêver. Le soleil s’efface au fond du ciel. La pluie ravive chaque feuille. Quand l’eau s’applique à écrire, la terre épèle chaque lettre, mot à mot, goutte à goutte. Quand elles se posent sur la rose, les ailes du papillon deviennent verticales comme des mains en prière. Dans la nature, il ne s’agit pas de compléter ce qui nous manque, mais d’y trouver notre place, dans le fermé du monde toucher l’ouvert du bout des doigts. Ce que l’on cherche à dire n’est pas toujours dans les mots. Quand on les touche du bout des yeux, les montagnes lointaines sont étrangement intimes. L’éternité est nécessaire pour créer un seul instant. L’avenir recueille le passé dans la besace du présent.

Publié dans Prose

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Loin du marketing

Publié le par la freniere

Prix
Loin du marketing
Sixième édition

 

Comme son nom l’indique, le prix Loin du marketing est voué à honorer un écrivain dont les éditeurs n’ont pas les moyens de se payer placards en chêne dans la presse pipeule, attachées de presse aux jolies menottes, cocktails aux tam-tams et diners de connivence, renvois d’ascenseurs et de monte-charges, et, donc,ont peu de chances de voir leurs livres chroniqués dans les médias, et moins encore d’être invités par les bonimenteurs des radios et télés, pas plus que d’intéresser la plupart des libraires l’œil scotché sur le compteur des « meilleures ventes » et contraints de « faire du chiffre » pour payer le loyer.

 

Le prix Loin du marketing est donc voué à honorer un écrivain qui n’a pas bénéficié des stratégies conçues pour que ça marche et qui ne peut compter que sur la qualité de ses écrits pour qu’on s’y intéresse.

Le prix Loin du marketing sera décerné chaque année le 15 août pendant le sommeil des commerciaux.

Le prix Loin du marketing est un prix strictement honorifique. Son lauréat sera au mieux gratifié d’une bonne bouffe arrosée à sa convenance s’il s’aventure jusqu’à Saint Nazaire. Sa seule récompense sera de pouvoir dire : c’est moi qui l’ai mérité !

 

Le sixième prix Loin du marketing a été attribué le 15 août 2014
 à Jacques Josse pour l’ensemble de son œuvre.

 

Jacques Josse aime les poètes et les buveurs de bière. Mais, si ses livres ont un lectorat, ce n’est pas parce que le marketing les a fait mousser. Cette reconnaissance, d’ailleurs peu tapageuse, doit tout à la qualité de ses textes. Poète et romancier,Jacques Josse a écrit tranquillement quelques uns des livres les plus touchants de ces trente dernières années. Une confrérie de lecteurs s’en régale, la choppe à la main, et le nez sur le granit breton qu’il sait si bien évoquer quand le souffle rugueux du vent y pousse les vagues et que les pluies salées arrosent les hommes qui tanguent fort à la sortie des bars.De ces Habitués des courants d’air, Josse a su dire toutes les fêlures comme les maigres joies, dans une langue simple sans être simpliste qui porte l’émotion comme le coude lève le verre.
Son œuvre est aussi habitée de livres comme un havre accueille les bateaux : Des livres ayant auparavant pris soin d’érafler les bordures des trottoirs, des livres aux mots extirpés par pincées de flaques sales (…) où plusieurs éclopés de l’âme ne cessaient de tirailler, d’étirer, de déconstruire de réinventer une langue qu’ils savaient malléable à souhait. Fondateur,par ailleurs, des éditions Wigwam où, pendant 19 ans, il a« hébergé les indiens de la littérature », Jacques Josse a également été directeur de la Maison de la poésie de Rennes. 

 

C’est donc, à tous points de vue, un solide « passeur » que le prix Loin du marketing se plait à saluer.

 

Gérard Lambert-Ullmann

 

 

Publié dans Glanures

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Je voudrais vivre dans la si parfaite lenteur des arbres.

 

Catrine Godin 

 

 

Publié dans Ils ont dit

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Le grand Jack

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ne rien voir, ne rien savoir, ne rien penser, seulement dépenser

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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La probité

Publié le par la freniere

Je, je, je… la course des egos est effrayante ! La société, vautrée rutilante et fétide dans le paraître et l'avoir, invente ses particules répugnantes, ses vitrines qui condamnent la vie. Qui refuse ces fanfaronnades ? Qui brise les écrans ? Qui ouvre les mains pour partager ? Qui sait que la Terre est à tous d'origine impartiale ? Où sont les Hommes ? La liste des exactions donne des vertiges de dégoût ! Pour un écrivain discret, des milliers de scribouillards nuls et prétentieux assiégeant les medias. Pour un paysan aux gestes de bonté, des milliers d'empoisonneurs sabotant la planète. Pour un anonyme de la paix, des milliers de gueuleurs inutiles aboyant et mordant. Pour un individu bienfaisant, des millions d'hommes en guerre convoitant le pouvoir et assassinant l'être. Du cœur du monde, j'entends le pouls fatigué du vivant. Il lutte contre la souillure grasse des laideurs, ces obscénités dévorant les candeurs d'enfants, les sagesses d'anciens, et l'âme des autres. Tant plantent des banderilles, comment voulez-vous vivre, comment voulez-vous écrire ?! L'hésitation de l'ange blesse à la nuque, la douleur tombe comme un couperet. Pierre d'angle ou d'achoppement, la construction est toujours aléatoire. Assise sur une grosse roche de bord de chemin, au contact de la pierre accueillante et des conversations d'oiseaux, je reçois le vital, l'aimant. Je ne sais pas vraiment qui il est, mais j'écoute sa joie, sa puissance rassurante. Je sens son amour qui, à la manière des souris, se dérobe sous la porte entrouverte pour qu'on le suive plus loin. Je pense au grain de lumière à semer dans chaque acte, chaque pensée, chaque espoir. Je pense à l'énergie silencieuse où chacun a sa place. Et j'étreins la probité, cette guérisseuse qui demande l'équité.

 

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

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Rénover la vie

Publié le par la freniere

L’enfant porte déjà le drame de sa vie. On le voit dans ses yeux. Ses petites mains potelées en cachent la raison. L’excès des années en souligne les traits. La vie finit par nous tuer comme un poisson par se noyer dans l’eau ou un oiseau tomber du ciel. On amasse toute sa vie un incroyable bric-à-brac, un immense désordre que l’on n’a pas le temps de trier. Quelques phrases émergent du grand magma grammatical. Quelques gestes survivent à la peau. Je me souviens de la première caresse et du premier baiser, très peu de la dernière défaite. L’odeur des pommes volées a plus de sens pour moi que la brûlure des gifles.

        

C’est plein d’oiseaux, ce matin, dans les arbres du parc. Ils trônent sur les branches comme des fruits qui s’agitent, des pommes de plumes noires. Les mots avec du poil au cul portent aussi le sacré. Il faut se dépouiller des choses. Seule la mémoire est mémoire. Les souvenirs suffisent. Quand on commence tout doucement à se dépouiller du superflu, on oublie trop souvent de soulager les autres de nous-mêmes. C’est le plus difficile. Le sentiment de son utilité n’est souvent que de l’orgueil, une hypertrophie du moi. Pourtant, je continue d’accumuler des livres, des phrases, des proverbes, peut-être pour me noyer. On nage toujours dans un cocon. La pression de l’eau nous ramène en dedans. La nage est un mouvement vers l’intérieur.

        

Quand une simple marguerite se tourne vers nos yeux, tout devient simple soudainement. On rend grâce avec elle au soleil qui se lève. On prie comme un moineau qui s’apprête à voler. On mange une fraise comme un enfant. On médite comme une pierre. Pour celui qui sait voir, l’ombre témoigne de la lumière. Écrire est une façon de faire face à la peur, de colmater les brèches. Ce n’est pas vraiment la mort qui fait peur, mais la nécessité d’avoir sans cesse à rénover la vie. Où vais-je ainsi de petits pas en petits mots, de petit moins en petit plus ? C’est plein de chaises entre mes mots pour que chacun s’assoit. Mille fils nous relient dans le tissu social. Mille sèves alimentent le monde. Des milliards de racines se touchent. Mille insectes, mille odeurs, mille sons nous avertissent de vivre. Ce qu’engrange la mémoire n’est pas toujours le mieux. La traversée de l’hiver nous fait comprendre le printemps.

        

On nourrit les hommes comme des machines à sous. Aveuglés par l’argent, ils vendent leur âme aux banques, leur sueur aux patrons, leur amour aux marchands, leur parole aux menteurs. Trop occupée à trier les bruits du vide  dans la cacophonie marchande, plus personne n’écoute le chant du monde. Des oiseaux cherchent leur pitance sur l’asphalte mouillée. Ils s’y cassent le bec. Ils volent d’aire en aire le long des autoroutes pour glaner quelques frites au milieu des mégots. Dans leurs colliers d’épines entrelacés, les fleurs de l’ortie ont un plumage d’ange. Les collines du Rang 6 montrent leur cul de pierre. Je cherche un lieu où le dedans et le dehors se rejoignent, un petit trou d’infini, un bout de ciel terrestre. La nature a toujours quelque chose à offrir, un galet, une fleur, une pomme de pin, une brindille pour l’oiseau, une couleur pour les yeux, l’éventail d’un arbre. Malgré tant de beauté, je continue d’écrire. Pourquoi cet orgueil de l’œuvre face à l’humilité des pierres ? Pourquoi tant de mots quand la forêt parle si bien ?

        

Je ne suis pas un homme libre, mais je brise mes chaînes, une à une, mot à mot. Je ne suis pas un homme bon , mais je tente d’aimer, d’une parole à l’autre, d’une caresse à l’autre. Les gens ne meurent pas parce qu’ils meurent, sauf dans une guerre. Il n’y a que l’amour qui peut sauver de la haine. Il donne sans avoir à compter, sans éthique étriquée, sans connaître les lois. Un an, douze mois, cinquante-deux semaines, ce n’est pas vraiment le temps. L’éternité s’éloigne des horaires. Ce n’est pas vraiment le temps de parler d’économie lorsque le monde manque d’amour. Ce n’est pas le temps de compter ses sous quand les conteurs sont en prison. Il est temps aujourd’hui de faire un feu de joie avec les billets de banque, les cartes d’affaires, les livres d’instruction. Il est temps de faire un janade comme on le fait avec les planches pourries et les feuilles mortes. L’homme sera-t-il toujours un étranger sur terre, un intrus dans la vie ? À voir les désastres qu’il provoque, il semble parti pour. On n’offre plus aux lèvres qui ont soif qu’un petit bol de larmes. On ne doit pas laisser se perdre une seule miette de bonté, un poil de beauté.

 

 

Là où la mémoire entasse des souvenirs en loques, j’apprends à ravauder avec le fil du temps. Je voudrais retrouver toute la tendresse enfouie dans les livres d’enfant. Les nuages m’enseignent la géographie. Les mains m’apprennent la caresse. Le cœur m’indique le parcours. Chaque geste cherche une réponse. Chaque oiseau se répond. Chaque miette sur la table témoigne du passé. Les choses vieillissent sans nous apprendre à vivre. C’est l’ombre qui nous sert de lumière. Il faut voir plus loin qu’avec nos yeux de chair. Quand on respire une fleur, on devient un peu de son parfum. Le goût des pommes revit dans un arbre fictif. Même le rien s’invente des souvenirs. L’aveugle porte en lui une lumière invisible. Le corps de l’un trouve sa place dans le corps d’un autre. Parfois on aime sans même le savoir. Toutes les saisons se valent. Là où l’espace n’existe plus, qu’y a-t-il à trouver ?

Publié dans Prose

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