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Cabaret des brumes

Publié le par la freniere

Cabaret des brumes

Du lundi 28 septembre au vendredi 2 octobre de 21 h 30 à 23 h 30
Quai des brumes / Entrée libre

La poésie est leçon de risque : la langue incarnée, les mots volés à l’air, à ce qui passe, à ce qui était sans lumière, mot issu du grand rien et l’espace devant nos bras. Toute prise de parole commence par un bris du silence : une cassure. Tout à la fois, la musique est notre grande leçon de silence.

Le Cabaret des brumes souhaite faire jaillir ces deux instants précieux de la création : le rythme du premier geste et sa survie dans le temps présent. Quatre musiciens et vingt poètes vous convient à de multiples échanges entre la pénombre et le ciel orangé, poursuivent la sensation de voler sous l’eau, dans l’étonnement et la découverte des langages.

Durant une semaine, à tous les soirs, le FIL vous invite à prolonger le plaisir et à entendre des voix essentielles de notre poésie contemporaine, pour mieux comprendre où nous en sommes. Animé par l’exubérant poète François Guerrette, le Cabaret des brumes fera tout pour vous faire « tomber » en amour; et si la poésie a à rougir de nous, et bien qu’elle rougisse absolument, une fois pour toutes !

Animation : François Guerrette

Musiciens : Mutante Thérèse (Jean-François Poupart, Laurent Aglat, Nicolas Therrien et Alain Quirion)

Production FIL 2015 en collaboration avec les Poètes de brousse

 

 

Lundi 28 septembre
José Acquelin, Zéa Beaulieu April,
Catherine Lalonde et Emmanuel Simard

Mardi 29 septembre
Natasha Kanapé-Fontaine, Maxime Catellier,
Carole David et Roger Des Roches 

Mercredi 30 septembre
Sonia Cotten, Jean-Philippe Bergeron,
Monique Deland et Jean-Marc Desgent

Jeudi 1er octobre
Patrice Desbiens, Sébastien Dulude,
Martine Audet et Kim Doré
Invités spéciaux : Joseph Marchand et Émilie Laforest (Forêt)

Vendredi 2 octobre
Jean-Paul Daoust, Danny Plourde,
Laurence Lola Veilleux et Élise Turcotte

 

Publié dans Glanures

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Migrant ?

Publié le par la freniere

D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
des rires d’enfants écrasés à même le sol
des larmes et de la peur
plus hautes que les cieux

Laissé mes rêves
laissé mes parents


parti
parti loin des fanatismes
des kalachnikovs barbares
qui psalmodient leurs haines du vivant
 
Je suis parti chercher le pain
Je suis parti sauver mes enfants

Je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
à remercier pour les restes d’un gâteau jeté

 
J’ai faim plus haut que ma honte.
Pourquoi faut-il toujours que l’opulence
trouve un malin plaisir à l’humiliation des faibles ?

 
Aux tables des cafés une odeur de sucre et de désespoir
aussi grande que ma misère
porte les ailes noires d’un corbeau-révolte
 
J’appelle
je marche
je marche vers ma faim
 
Vers ceux qui encore savent tendre une main
vers d’autres cieux
vers ceux qui avaient écrit sur l’ocre des terres
des mots de pierres, de briques, de chaux
et des frontons de marbre
 
Je vais vers ceux
qui écrivaient le chant des portes ouvertes sur le ciel
vers ceux qui, de trois petites notes au cœur de l’espérance
de trois petites notes sans tambour ni trompettes
de trois petites notes sans préjugés ni  fusils
de trois mots : Liberté Égalité Fraternité

avaient cru embellir l’avenir
et allumer la flamme d’une conscience nouvelle
 
D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
du viol et des femmes écrasées à même le sol
des larmes et de la peur plus hautes que les cieux

Parti sur les chemins
Parti chercher le pain
Parti sauver mes enfants

Je suis là
Je marche
je vais vers cette Marianne
venue d’un temps où l’âme de la France
vivait de mémoires grandioses

Où es-tu
Abbé Grégoire ?
Et toi Abbé Pierre ?
Où êtes-vous ?
 
Regardez vos fils
ils ont fermé leurs portes
jusqu’à l’encoignure des regards


Regardez-les
ils ont fermé leurs cœurs
sont devenus experts en indifférence
 
Pleurez mes pères !
Pleurez mes frères !
Vos fils sont devenus traders
ogres nourris aux bonus et au sang des exclus
 
Aux frontières nous quémandons la vie
 
Les oreilles sourdes
survivent aux années noires
 
Je suis là
mains tendues
si loin de mes rêves
si loin de mes parents
pour sauver mes enfants
 
Là bas, ils tuent, ils  violent, ils décapitent
je suis las
je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
 
Aux tables des cafés, une odeur de sucre
enterre des temps oubliés
j’ai faim plus haut que ma honte
mon désespoir plus haut que ma faim
 
Savez-vous mes frères
Savez-vous mes pères
ils m’appellent migrant

Mais, qui fuit la mort
n’est-il pas un réfugié ?


 

Jean-Michel Sananès

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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La flamme

Publié le par la freniere

Pose ton regard où il convient. Cesse de craindre, d'espérer, d'attendre. Ne pointe rien de l'âme ou du doigt. De ce que tu ne peux, ne fais pas une émeute. Que veux-tu entendre, comprendre, faire, qui ne soit déjà là ? Ne force pas l'écho, monte, descend la montagne. Et recommence. La terre suit son cours. Toi avec. Ta maison veille. Chaque craquement répond avant même ta question. Dans l'orage électrique, garde la flamme pauvre, sa présence vivante de bougie.

 

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

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Il faut vivre

Publié le par la freniere

Il faut vivre

Récit intimiste puisé au souvenir de la mère, de l'enfance, de la pluie et du vent,Il faut vivre, disait-elle est un hymne à la vie dans ce qu'elle a de beau, dans ce qu'elle a de travers, dans ce qu'elle a de défini et d'indéfinissable. «On s'habitue à peine à la vie qu'elle fait déjà ses valises», écrit Jean-Marc La Frenière.

 

L'auteur cite sa mère: «Il faut vivre», disait-elle. Il a bien compris le message et c'est à sa façon qu'il a décidé et réussi à occuper ce lopin de vie qui est le sien, se nourrissant d'odeurs de sous-bois, de soifs apaisées, de faims à venir, faisant compagnonnage avec Chibouki son loup, creusant avec sa pelle-crayon pour extraire des morceaux de liberté. «Entre les barreaux que sont les hommes, il faut apprendre à s'évader.» Il y a aussi l'enfance qui s'amuse à tracer les pas de l'homme. «Le pays de l'enfance, on n'y arrive jamais. On le traîne avec soi sans pouvoir l'habiter.»

 

Dans Il faut vivre, disait-elle, Jean-Marc La Frenière parle de l'homme qu'il est, de l'écrivain qu'il est, de son loup qui l'accompagne, de la pluie qui lui murmure des vérités, du vent qui lui souffle des mots, de la roche et du sable qui cimentent les phrases. Des mots durs, des mots tendres, une poésie qui dessine des nuages, un parcours qui s'accommode des éraflures.

 

Jean-Marc La Frenière habite depuis quinze ans dans la région des Bois-Francs, à Saint-Ferdinand. Jusqu'en 2009, il a surtout publié en France et a collaboré à diverses revues en Bretagne et en Belgique. Il a remporté le prix Nouvelle Voix du Salon du livre de Trois-Rivières en 2010. Du même auteur aux Éditions Trois-Pistoles: La langue est mon pays en 2010 et La matière du monde en 2011.

 

LA FRENIÈRE, Jean-Marc - Il faut vivre, disait-elle
Récit, 2015
978-2-89583-307-9, 22,95$, 204 pages

 

Editions Trois-Pistoles

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Hommage à Patrice Desbiens

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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C'est curieux

Publié le par la freniere

Il y a des mains qui sont mortes et d'autres pas. Il faut de l'expérience pour se rendre compte. Quand l'homme tend sa main la première fois, elle est chaude et blanche avec cinq doigts bien distincts. La deuxième fois comme il insiste davantage, on a le temps de remonter un peu le long du bras mais ça n'est pas suffisant. La troisième fois, alors qu'on espère le contact de la main prolongé, il présente une autre portion de lui-même, la bouche ou le sexe, cela dépend de son tempérament. Quand l'homme me serre dans ses bras la quatrième fois en disant «je t'aime», c'est à ce moment-là que la main décide. Soit elle reste accrochée aux mots de l'hom,me, soit elle tombe comme une feuille morte.

C'est curieux toutes ces mains par terre en automne.

 

Isabelle Pinçon

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La môme néant

Publié le par la freniere

La môme néant

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Disons

Publié le par la freniere

disons que les livres lus, la littérature ingurgitée, les voix absorbées, aient été des forêts, de celles qui nous peuplent avec les ans. puis disons qu’il s’agit aussi de lentes décompositions, puis d’humus. disons que certains arbres de cette forêt génèrent ou regénèrent. disons que cela fait terreau où planter la jeune pousse, disons encore que le vivant de l’écriveur lui soit ruisseau, disons plus avant que la nature prend du temps à développer ses pulpes, disons que dans la patience nécessaire oublier est tout aussi nécessaire.

marcher parmi la forêt nous ramène un jour au point où avait été plantée une pousse qui n’en est plus une, s’y trouve un arbre tout au bord de l’eau courante et vive, un arbre étrange d’une essence étrange. disons que son écorce est lisse et jaune pâle, disons que ses feuillages sont diaphanes et lactescents, disons encore que ceux-ci semblent de la grandeur d’une main, et que si on y regarde bien des mots s’y sont écrits comme veinules. ainsi des arbres grandissent portant un livre, et le livre nous apparaît que lorsqu’il est mature et prêt. je viens d’en retrouver un. je ne sais pas combien j’en ai planté, mais celui-ci, je le découvre, m’attendait.

Catrine Godin

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Entre le doute et l'espérance

Publié le par la freniere

Il y a longtemps que je m'exerce à l'impossible. Les mots en font partie. Je voudrais écrire comme on touche à la vie, non d'un doigt de voyeur, mais de celui d'un peintre. La peur d'aimer, celle des étrangers, de la main sur l'épaule, de l'épaule à la roue, la peur de l'accolade ou de la vérité, la peur des parias, engendre l'uniforme, l'économie, l'église. Elle érige des remparts d'argent, des murailles de choses, des barbelés de rôles. Les masques restent sourds aux visages et aux rides. Le sang ne sèche pas dans la blessure des mots, le sang de la mémoire ni celui répandu sur les champs de bataille. Toute montagne des désespérés a un versant d'espoir. La pluie glisse des larmes dans nos bouches. J'avance entre le doute et l'espérance vers le haut lieu du cœur. Je cherche la lumière dans les brumes de l'être, les ténèbres de l'âme et les nuits de cafard. Dans un bruit de rateau, je gratte la terre avec un bout de crayon. Je sème de petits mots dans l'ordinaire des jours. Dans une forêt de majuscules, je fraie avec les minuscules. Je veux vivre et non pas continuer. À mon âge, j'écris à défaut d'arpenter la planète. On ne devient pas libre en apprivoisant sa cage, mais en sciant les barreaux. Où allons-nous? Notre cœur d'enfant déploie ses petits bras. Que restera-t-il de nous? Un tas de choses inachevées, des rêves jetés aux ronces, l'odeur des aisselles dévorant les parfums, une poignée de mots aux prises avec la langue. Le vide s'égrène au bout des doigts. Est-il possible qu'on écrive par amour du silence? Mon sang se prolonge dans l'eau fraîche des sources, le lait des pissenlits, la sève des platanes, les veines des latérites.

 

La rage étouffe dans un poing. Le sang déborde dans un cœur. Chaque pas est un voyage, chaque geste un peu de vie, chaque regard un point de vue. Le voyage d'une feuille entre la branche et le sol est un bout d'infini. Il en faut des couleurs, les ocres de Vincent, les bleus de Gauguin, un trait mauve, un train d'enfer, de l'encre, de la pierre, de l'argile, du bois, des tonnes de mots, pour exprimer les 25 grammes de l'âme. Je pousse mon crayon pour toucher ce qui manque. Tout minuscule que je suis, l'immensité me tient debout. J'apprends encore à lire sur le dos des rivières, sur les coquilles d'oeuf, sur l'écorce des arbres et les peaux de serpent. Les leçons de la honte n'apprennent rien à l'homme. Ce sont des jeux d'adultes effaçant l'insouciance. La voix est un fauteuil pour les mots fatigués. La lumière et l'ombre se marient entre les os de la vie. J'ai des années en vrac sur l'épaule, de l'air sous les pas. Ma peau relit une lettre du vent. Je ne sais d'où elle vient. Le vent ne laisse pas d'adresse. Mes pieds répondent aux cailloux de la route. Je regarde un vieil arbre qui veut toucher le sol. Il nous offre ses fruits en se penchant vers nous. Cachée parmi les herbes, une cigale chantonne. Un papillon se pose sur la table. Un livre naît sous le soleil.

 

Seul avec de l'encre et du papier, j'écris sur une page arrachée aux ténèbres. J'invite la parole avec sa sœur l'espérance. Je mets la table pour les mots. J'accueille toute la beauté du monde, de sa cime à son abîme, sa voix d'enfant ou de vieillard. Je reçois le matin, la fraîcheur du matin, le frisson d'un oiseau sur l'abdomen de l'air. Lorsque je manque de tout, j'invente un champ de blé. Une canette rouillée devient un pot de miel. Je mange avec mes yeux. Je me nourris du paysage. Malgré tout, je m'étiole comme un crayon qui bave. Même si elle donne sa richesse à l'âme, la poésie rend pauvre. Je pourrais mettre un nom sur chaque pierre, épeler le prénom de chacun, personnifier les ronces, renommer chaque fleur, mais je préfère garder l'anonymat de l'herbe. Il arrive que les choses adviennent quand on renonce à tout. Depuis longtemps, ce sont les jeux d'enfant qui m'indiquent la voie. L'enfant est à ses jeux comme l'amante à ses caresses, le peintre à ses couleurs. J'échappe un cef-volant. Je poursuis ma route un ballon à la main, la ballon des mots qui saute d'une ligne à l'autre, un ballon de page, une plume d'oiseau dans la rumeur du monde, le froissement d'une jupe qui caresse l'oreille, l'ombre d'un arbre dansant d'une rive à l'autre, un chiffon de vent sur la table du jour. Je prête mes oreilles à la musique, mes bras à la faiblesse, mes mots à la bouche des muets, mon espoir aux moustiques. Je vais avec le vent, les nuages, les bêtes. Je vois avec les yeux d'un peintre. Je me vêts de la pluie et d'un peu de soleil.

 

Une phrase entière me réveille et ouvre mon cahier. Je continue d'écrire jusqu'à l'aube, jusqu'aux battements du cœur, jusqu'au pouls de la vie. Ce que je suis rejoint ce que je dis. J'écoute de la musique. Les notes écartent l'air de leurs mains invisibles. Un air de flûte se mêle au rythme de la phrase. Je suis sorti où d'autres entraient dans les affaires. J'ai pris la route. J'ai gagné du temps où d'autres le perdait. J'ai faim. J'ai froid. Je reste nu pour ne pas qu'on m'enrôle. Les pièges ne retiennent pas le vent. Peu importe où je regarde, ma mère reste debout dans mes yeux. J'écoute sa leçon. J'entends la mer dans un livre ouvert. Le vent des mots agite les rideaux. La langue est un habit qui habille les mots.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Lâcher prise

Publié le par la freniere

Nous n'avons qu'une seule vie, qu'une seule pauvre vie et, en partie, nous la perdons dans le leurre, le mensonge d'un travail. Alors, un jour, dans ce jardin, notre vie s'est retirée en silence. Elle est allée rejoindre les solitaires, la solitude. Devons-nous la porter comme un fardeau, nous délivrer d'elle? Ou bien l'abandonner à la faim des serpents, à l'horreur des jours, aux regards assassins des bourreaux? C'est pour rejoindre notre vie que nous écrivons, c'est pour toucher en nous les battements de son cœur que nous écrivons, que nous aimons. C'est dans l'effondrement qu'elle nous soutient, c'est dans la plus haute solitude que nopus fêtons ensemble nos retrouvailles. Ailleurs, dans le monde, il y a les mots bien sûr, le flôt des choses courantes, la marée des jalousies, il y a tout ce qui enveloppe les mots et les corps mais la vie n'est pas là et si elle apparaît parfois, si elle nous frôle de ses ailes, c'est pour nous enjoindre à ne jamais renoncer, à ne jamais faillir à la tâche d'aimer, au labeur d'écrire, au bonheur de chanter l'enfance, les livres et l'été sur les livres et sur tous les visages.

 

Joël Vernet

Publié dans Poésie du monde

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