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Hors saison

Publié le par la freniere

Hors saison. Je n'écris plus que dans les herbes en attente d'hiver, sur l'écorce grenue des arbres, contre le ronronnement des chats, dans le souvenir piquant de flocons de neige. Je dis A Dieu aujourd'hui, sans doute n'en serai-je pas capable le moment venu. L'inconséquence de l'espèce me fatigue, j'y suis étrangère. Comment en est-on arrivé là, ces papiers gras, ces souillures, ces mensonges, cette cacophonie ou chacun tire à hue et à dia pour quelques sales miettes d'illusions. Hors saison. Je n'écris plus qu'avec la voix des ruisseaux, le silence des terres, la trajectoire des oiseaux, les heures libérées des horloges. Où s'est perdu l'espérance du premier cri, le crédit d'enfance, le miroir des lacs de montagne, ce qui faisait la joie possible ? Où est passé la vie, les belles et bonnes choses lentes ? Hors saison. Je quitte les tocsins, le ravage des pouvoirs, les paroles douteuses, les gouffres d'eaux croupies. Les cartes s'abattent, elles volent loin des châteaux de sable, des jeux truqués, des foires ou meurent les pantins. Hors saison. J'écris de la bonté lointaine des étoiles, des pluies sur les reins des maisons, des anciennes graines, du linge qui danse dans le vent, de la caresse des laines au dos des bêtes, d'une vieille main penchée vers l'amour. Hors saison. Je dis A Dieu aujourd'hui, sans doute n'en serai-je pas capable le moment venu.

 

Ile Eniger 

Publié dans Ile Eniger

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En vain

Publié le par la freniere

Me délestant du sale métier d'homme, je me range du côté des insectes, des arbres, des rivières. Je me nourris de ce qui est écrit. Dans la maison de l'air, je me souviens de chaque passage entre les meubles, de chaque pas sur le plancher. La ligne d'horizon sert de sol et de toit. Le ciel touche la terre. Toute chose est penchée vers l'infini. Tout est fait pour aimer, chaque racoin, chaque fenêtre, chaque minou de poussière, chaque bouffée d'air qu'on déplace, le goutte à goutte du café, le goût des pommes sures. Il n'y a pas d'explication. La lumière se concentre dans le calice du corps. L'eau coule comme un torrent dans la mémoire d'être là. Le grandir se confronte au minuscule. Le dehors coule vers le dedans. Toutes les ombres s'inventent une lumière. Dans la maison de l'air, tout nous élève. La moindre chose prend son envol. Les mots sont un cheval qui s'ébroue. Le soleil rejoint l'intimité des muscles. Dans la maison de l'air, toutes les planches ressemblent à de l'éternité. Une langue invisible tutoie l'âme du monde.

 

Comment faire confiance aux mots quand ils deviennent eux-mêmes une marchandise? Tout ce qu'on vend finit par tuer la liberté. La seule littérature valable se situe du côté de la révolte. Chaque instant est une merveille, un miracle extrait de l'éphémère. Quelque chose de pur se cache dans la banalité. La source ne connaît pas le fleuve, mais finit par s'y rendre. La fleur sans connaître le fruit se sacrifie pour lui. Un peu de paille, des pierres, des décombres, tout sert à la méditation. Un oiseau passe et le ciel se déchire que l'air recoud tout aussitôt. Une coulée de gestes inonde le présent. Je ramasse des mots. Je les secoue un peu. Je les pose un à un sur la page. C'est une route ou un sentier, un petit fleuve, une balancine. J'acceuille sur la page des confidences de fourmis, des secrets de lutins, des larmes de grand-mères. Le temps traîne avec lui tous les commencements. Le chaud et le froid ne se contredisent pas. L'un n'existerait pas sans l'autre. De l'immonde à l'immense, les oiseaux continuent de voler, les fleurs de pousser, les hommes de faire la guerre. De la bave au baiser, des enfants naissent encore. L'homme s'est fait sourd aux chansons des insectes, aux hurlements des arbres, aux complaintes du vent. Il tourne en rond sur des écrans. Je préfère les bleus du cœur aux bleus de travail, les bleus de Van Gogh, la Dame en bleu des toiles de Bellet, la Femme en vol au fond des nuits.

 

On cherche une réponse au ciel alors que la question des arbres s'enfonce dans le sol. Je me déplie chaque matin et je marche à tâtons. C'est avec des mots que j'ai appris la marche, avec de petits riens que je bâtis ma vie. Parmi les phrases qui claudiquent, sur la poussière des routes, dans les chaussettes mouillées d'encre, il faut des mots aux pattes raides. Tout n'est plus que surface avec du vide en-dessous. De quoi décourager même la pierre. On cherche l'âme en vain. Il faudrait tous danser ensemble, se salir en commun pour se laver l'un l'autre, sentir la vie avec le nez des bêtes, respecter la force brute des vaches et les cervelles d'oiseaux. L'arc-en-ciel de la soif irise les fontaines.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Prose

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Off poésie de Trois-Rivières

Publié le par la freniere

Off poésie de Trois-Rivières

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Une luciole

Publié le par la freniere

Une luciole

(à Émilie)

 

Un wagon de lucioles s'est arrêté dans le jardin pour grignoter le crépuscule. Il ne faisait pas encore tout à fait nuit. Je t'ai dit, tu veux voir les lucioles? Tu es venue pour me faire plaisir. Tu avais froid et tu étais pieds nus. Le voisin débile était en train de couper une branche, comme d'habitude. Tu grelottais et le vent remuait tes cheveux. La nuit faisait de grandes enjambées dans les branches des arbres. Tu m'as dit, c'était bien hier soir quand on s'est relevés pour chercher le bruit dans la maison. Et puis ce qu'on a fait après. J'ai dit, oui c'était bien. Je n'ai pas beaucoup d'à-propos. C'est pour ça que le matin j'écris des poèmes. J'aurais dû dire: chaque soir avec toi est une luciole qui grignote le crépuscule.

 

Thomas Vinau

Publié dans Poésie du monde

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Les Fous du Loup

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Les Fous du Loup

Publié dans Glanures

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Corpusculaire

Publié le par la freniere

Corpusculaire

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Il y a plus d'un an

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Vignette clinique

Publié le par la freniere

Tu t'es effondré en larmes

dans mon bureau de psychiatre

Tu essayais de me dire

combien ma visite dans ta chambre

et les mots que nous avions échangés

étaient importants et inutiles

tu avais deviné sur ma joue

au ras de ma paupière

l'infini fragilité de la peau

à retenir en échange , d'autres larmes

invisibles et d'autres mots

hurlants de silence

qui transperçaient et enrayaient ma gorge

Ils nous rendaient si tristes, humbles et déplacés

mais aussi tellement attentifs

tu m'as fait entendre dans ta folie

ce que mentaliser ton corps

jusqu'à en être captif

signifiait

que le savoir ne soigne pas

mais il en faut quand même

que l'intelligence ne soigne pas non plus

mais qu'il en faut aussi

que l'amour non plus n'y peut rien

mais qu'il en faut sans aucun doute

que la neutralité n'est qu'un concept

théorique (j'allais dire universitaire)

et qu'il n'en faut pas du tout

tu m'as appris pour la énième fois

de ma carrière

que seule la vraie rencontre soigne

mais je l'oublie à chaque fois

je l'oublie à chaque sourire

entre deux barrages, deux absences

à toi même, et du coup à moi aussi

Combien un regard peut être immense

et saturer le ciel

accepter ta folie

c'est ne pas en vouloir

ni pour toi

ni pour moi

c'est tracer la ligne

qui te conduit et me conduit à un autre espace

une autre écoute

où toi tu vas cesser d'être psychotique

et moi cesser d'être thérapeute

alors là peut-être

notre parole sera audible

aux rives d'un

entendement qui sera vrai

puisque nous l'aurons inventé. 

puisque nous l'aurons inventé.

 

Jean-Luc Gastecelle

 

Publié dans Poésie du monde

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Au milieu de moi

Publié le par la freniere

Oui, je vis là, Monsieur, et je ne suis pas malheureux. Au milieu de moi, passent une forêt et une rivière, un torrent, une paroi, qui n'existaient pas hier. Mes amis ont quatre pattes, parfois douze, d'autres milles. Pour courir vite, Monsieur, c'est utile. Au milieu de moi chante un merle, il se croit colibri, chaque note est une perle, un papillon est d'abord une chenille.

 

La nuit, Monsieur, la nuit? Non je n'ai pas peur, quelques étoiles font un plat de lentilles, je les partage avec des esprits frappeurs. Vous avez tort de montrer ce dégoût, les immondices ne sont qu'un peu de nous-mêmes, ce que charrient vos égoûts, quelques graines que l'on sème, sans se soucier jamais de ce qu'elles vont donner.

 

Au milieu de moi, Monsieur, vit une dame, de beaux grands yeux, vous savezs, transparents comme du cristal. Silencieuse tout le jour, la nuit elle chante, sa voix n'est audible alentour qu'à ceux qu'elle enchante. Il est vraiment qu'il lui manque une jambe, une main, c'est une saltimbanque, sa vie n'a été que chagrin. Nous vivons en paix aujourd'hui, Monsieur, elle, moi et l'air des marais, en mon milieu et à jamais.

 

Michèle Menesclou

 

texte extrait de la revue Scribulations    

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Si tout cela possède un quelconque sens... je veux dire tout ça, écrire.... sans devenir une carpette médiatique ni un représentant de commerce... en revenir au début, à ce désir premier : savoir ne rien attendre.

Faire. Tenir. Aller au bout. Sans se demander si ceci ou cela. Si c'est trop bleu, si tu mets trop de rouge. Ecrire au-delà des couleurs. Dans l'édition de mes livres dans des maisons sérieuses je cherchais naguère le droit à continuer, l'invitation à poursuivre.

Je suis un âne. Quiconque respire est en charge de poursuivre ; qu'on l'encourage ou pas. Suis ton désir brûlant. Ne trahis pas la main qui continue.

Je me souviens de ce petit bar-blues de New-Orleans où Bob Dylan est entré, un soir qu'il voulait tout envoyer promener. Il a observé le groupe, juste des types à la coule qui s'éclataient à jouer ensemble sans se demander s'ils étaient au niveau... Du reste, au niveau de quoi... Juste ce plaisir spontané du "faire". Bob ce soir-là a saisi la leçon.

Ce "juste ça" te libère. S'il faut si longtemps pour digérer un échec, c'est qu'il ne fallait sans doute pas reconnaître les règles de la compétition ni se soumettre à jugement. Ecrire sera cet encore, ce plus loin et ce vif. Sans prix, sans lecteur, sans éditeur. Remonter à la source. A la flamme première au coeur de l'incendie.

Va te faire foutre, "monde littéraire", avec tes talents et tes misères, tes rentrées littéraires, tes éternelles Angot, tes Nothomb, tes Houellebecq. Publier, être lu, c'est bien. Mais ça ne vaudra jamais le simple fait d'écrire, solitaire et nocturne, pleinement connecté à une totalité de soi seul connue.

Ecrire. Pousser un peu plus loin la ligne. Ni ceci ni cela. Juste ce verbe vagabond qui ouvre la pensée et invente ta vie. Faire un livre ? Plutôt suivre l'écriture là où elle va..

 

Gérard Larnac

Publié dans Ils ont dit

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