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Hors saison

Publié le par la freniere

Je n'écris plus que dans les herbes en attente d'hiver, sur l'écorce grenue des arbres, contre le ronronnement des chats, dans le souvenir piquant de flocons de neige. Je dis A Dieu aujourd'hui, sans doute n'en serai-je pas capable le moment venu. L'inconséquence de l'espèce me fatigue, j'y suis étrangère. Comment en est-on arrivé là, ces papiers gras, ces souillures, ces mensonges, cette cacophonie ou chacun tire à hue et à dia pour quelques sales miettes d'illusions. Hors saison. Je n'écris plus qu'avec la voix des ruisseaux, le silence des terres, la trajectoire des oiseaux, les heures libérées des horloges. Où s'est perdu l'espérance du premier cri, le crédit d'enfance, le miroir des lacs de montagne, ce qui faisait la joie possible ? Où est passé la vie, les belles et bonnes choses lentes ? Hors saison. Je quitte les tocsins, le ravage des pouvoirs, les paroles douteuses, les gouffres d'eaux croupies. Les cartes s'abattent, elles volent loin des châteaux de sable, des jeux truqués, des foires ou meurent les pantins. Hors saison. J'écris de la bonté lointaine des étoiles, des pluies sur les reins des maisons, des anciennes graines, du linge qui danse dans le vent, de la caresse des laines au dos des bêtes, d'une vieille main penchée vers l'amour. Hors saison. Je dis A Dieu aujourd'hui, sans doute n'en serai-je pas capable le moment venu.


Ile Eniger


 

Publié dans Ile Eniger

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La maison du poète

Publié le par la freniere

La maison du poète

Écoute !

Entre dans la maison, 
assieds-toi,
ferme les yeux,
écoute !

Je te dirai
l'éloquence du poisson rouge,
la grâce du crapaud, 
la bonté du moustique,
la souplesse de l'escargot,
la politesse du serpent,
l'élégance de l'araignée.

Écoute !
Je te donnerai
la clef de ces splendeurs secrètes
longtemps cachées sous une pierre
que nous aurons enfin levée.


 

Jean Joubert


 


 

Hier, samedi, décès du poète Jean Joubert


 

 

Publié dans Poésie du monde

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Le monde sur ma langue

Publié le par la freniere

Quand les bourreaux mènent le monde, les fées renaissent dans les livres d'images. La lumière des mots réfléchit la face sombre des âmes. En croyant tout savoir, on se laisse enfirouaper. Croyant s'épivarder, on reste ababouiné. Il y a des cris d'enfants qui poussent sous la terre, des litanies profanes dans la fièvre du temps, des ventres de poètes qui ont toujours la dent. L'écriture ajoute du réel au réel, du véritable à l'utopie, de l'invisible au visible. L'envers n'est pas l'endroit que l'on retourne, il est l'endroit où il retourne. L'essence de l'homme doit rejoindre l'intention même du monde. Je dessine des portes au creux du labyrinthe. On ne peut pas entrer sans trouver le dedans. On ne peut pas sortir sans trouver le dehors. Le tout a besoin d'un vide où s'appuyer comme le soleil a besoin d'ombre. L'être et le non-être se confondent. On ne cesse pas de naitre et de connaître. Chaque arbre, chaque oiseau, chaque œuf dans un nid, est une leçon de présence. Si on peut tuer l'homme, on ne peut pas tuer sa mort. Il restera toujours un enfant des étoiles. De loin en loin, de proche en proche, une autre main fait signe aux signes de ma main. Il faut toujours deux mains pour écrire, l'une qui trace les mots et l'autre qui les pense. Je cherche dans les gestes la caresse manquée. L'espoir, certains jours, est un oiseau fatigué de ses ailes. Il refuse de voler. L'amour est une fleur refusant ses pétales. Alors le Christ, fatigué de ses clous, descend de la croix pour en faire des planches, une porte ou une table à dessin. Il faut se rencontrer ailleurs que dans un lieu, supprimer l'espace et le temps, remplacer le silence par une parole complice.

 

La forme de l'attente est la présence la plus pure. Il faut apprendre à lire tout autour de la phrase, même à l'envers des mots. La part qui ne vit pas s'éveille à la moindre douleur, à la moindre caresse. Le visage des hommes est dans leurs mains. Certains se cachent dans leur poche et d'autres écrivent sur les murs. L'écriture est l'acupuncture de la mémoire. Le stylo en est l'aiguille. Il ne s'agit pas d'augmenter le tout pour diminuer le vide. Il faut ce qu'il faut, décrire les voyelles de l'eau avec le mot soif et les consonnes du pain avec le mot faim, changer l'ordre des choses, la forme des couleurs, la condition de l'homme, changer les os qui nous soutiennent et les tuiles des toits en plumage d'oiseau pour suivre les nuages, faire déborder la vie de son costume étroit. Qu'a-t-on gagné en passant de l'âge du rêve à l'âge de raison? Quelques banques, quelques bombes. La science s'est éloignée de l'homme pour courtiser la Bourse. La cerise mangée par le merle du cœur, je la goûte en chantant. Une langue dessine la mûre qui mûrit. Dans le jardin de la tête, je plante des fleurs sauvages au milieu des pensées, des miettes d'espoir au milieu des soucis. La question des mots ne cherche pas de réponse, mais mille autres questions. Certaines images touchent ce qui n'existe pas et ne rendent compte de rien. C'est en elles que je cherche le sens. La moitié qui reste est celle qui manque aux souvenirs. Les mains sont-elles vides sans caresse à donner? Je respire en images avec des mots qui chantent, qui volent et qui survolent. Je bricole beaucoup plus que j'écris. J'ai des phrases qui boitent et des rimes tordues, des entités qui perdent leur essence. Je remue le monde sur ma langue.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Toujours présente

Publié le par la freniere

S'il pleut quand tu es là,

il fait encore soleil.

 

Quand je parle aux oiseaux,

aux arbres, aux éléments,

c'est ta voix qui répond.

Quand j'écoute le vent,

c'est ta bouche qui remue.

Quand je touche à l'été,

c'est ta peau qui frémit.

Quand je regarde l'eau,

elle me rend ton visage

et je tremble d'amour.

 

Quand j'oppose ma voix

à la loi du plus fort,

nous suivons la même voie.

Quand je dessine en mots

ce que personne n'a vu,

c'est toi qui apparaît.

Quand j'entends pour de vrai

ce que personne n'a cru,

c'est toi qui donne le ton.

 

Quand je confonds l'avenir et l'actualité,

c'est ton passé qui monte à la surface

et crève le silence avec ses bulles de rêve.

Quand je danse dans l'ombre

avec mes pas d'ours mal léché,

c'est toi qui mène le bal.

Si je reste présent

pour tous les mots du monde,

je te verrai toujours renaître de l'absence.

 

Quand je voyage dans la nuit,

c'est que tu es le phare et le débarcadère.

Quand je tourne la tête et regarde partout,

tout me parle de toi.

Quand je marche à l'amour

pour arriver à nous,

tu prépares à manger

dans la maison de l'air.

Le pain sera meilleur,

le présent plus heureux.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

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Dominique Laquerre

Publié le par la freniere

Dominique Laquerre
Tout au long de l'année, nous vous avons présenté les membres du conseil d'administration de Clairière-Art et Nature. Aujourd'hui, nous vous présentons Dominique Laquerre, directrice artistique et trésorière. Artiste plasticienne et co-fondatrice de Clairière-Art et Nature, Dominique Laquerre a été récipiendaire du Prix à la création artistique du CALQ pour le Centre-du-Québec. Elle possède une grande expérience de la création in-situ et a développé une pratique soutenue de diverses formes d'art public. «Le site qu'investit Clairière-Art et Nature possède un historique de création. Le premier projet d'art in situ qui y fut réalisé, en 1992, permit de conscientiser le milieu aux enjeux de l'implantation de la gigantesque ligne hydro-électrique Lévis-des Cantons. Cette forêt a été ainsi épargnée de la destruction et d'autres projets artistiques suivirent. Clairière-Art et Nature s'inscrit dans cette continuité et veut affirmer la valeur symbolique de cette forêt en la partageant avec les artistes et le public.»
 
 
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Alain Leprest

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Les loups

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Le blues de la violence ordinaire

Publié le par la freniere

C'est le blues des réseaux sociaux, je me suis fait traiter de crosseur...
Je me suis fait engueuler comme du poisson pourri...
Je serais infiniment riche si j'étais un crosseur, mais je ne suis qu'un éjaculateur précoce, un blessé concret du suprême souffrant, disait Denis Vanier, je pratique la masturbation quotidienne, onanisme torché au gibet de potence, la petite mort de Léo Ferré, je pisse, je crache... la lucidité se tient dans mon froc...
C'est comme baisser sa garde, quand tu t'y attend pas, c'est l'uppercut, la droite, la gauche et tu es knock-out...
Georges Bataille parlait du monstre qui sommeille en nous, c'est la route de la désolation de Bob Dylan, c'est l'heure de la retraite de Dominique Michel, c'est l'heure de vérité de Cat Stevens...
Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques (une nouvelle de Philip K Dick)? Denis Villeneuve doit faire des cauchemars en pensant à la suite de Blade Runner...
C'est le blues de Jean Narrache, de se faire fourrer lors de la colonisation de l'Abitibi, c'est le blues de la Bolduc, de se faire fourrer dans le commerce des pêcheries et des denrées de base en Gaspésie, sur la Côte-Nord et aux Îles-de-la-Madeleine, c'est le blues de Radisson, de se faire fourrer par la Hudson Bay Cie et celle des territoires du Nord-Ouest pendant la grande époque de la traite des fourrures dans les monopoles français et écossais, c'est le blues de Desgroseillers, de se faire fourrer par les aristocrates français dans les pays des Trois-Rivières et des Attikameks, c'est le blues de d'Iberville, de se faire fourrer par les les anglos lors de l'occupation du territoire des Eastern Townships, entouré de colons anglais et de prêtres protestants, c'est le blues du Mississippi de Louis Joliet, de se faire fourrer par les multinationales qui ont exploité les minerais de la Côte-Nord et qu'ils les ont expédiés par tonnes directement aux Etats-Unis, c'est le blues de Papineau, de se faire fourrer et de se faire brûler, maisons et villages, par les forces loyalistes, lors de la Rébellion des Patriotes, c'est le blues de la Famille sans Nom, de se faire fourrer et déporter lors de la conquête britannique, c'est le blues de Louis Riel, de se faire fourrer, de se faire enlever la province qu'il a créé, tout comme les Québécois, se sont fait détrousser par le Dominion du Canada lors de la naissance de la province de Terre-Neuve et du Labrador, c'est le blues de Gilles Vigneault, de se faire fourrer par les riches, dans les clubs privés de chasse et pêche, partout au Québec et particulièrement au Nord de Roberval et sur la Basse Côte-Nord, c'est le blues des canayens de se faire fourrer sur toute la ligne, c'est le blues de la dépression nationaliste dans le fond des campagnes et dans les ghettos des villes, c'est le blues des mouches noires dans la sacristie des robes noires, c'est le blues de la malédiction de la terre-de-roche, la terre de Caïn, pis des pitons de Price Brothers, c'est le blues des nègres blancs de se faire fourrer longtemps par l'Alcan pis maintenant par Rio-Tinto, dans notre belle région du Saguenay...
Aujourd'hui j'ai l'Âme Noire (ONF) de Martine Chartrand, j'ai la musique noire de Félix et son Macpherson, aujourd'hui, j'ai le champ de coton dans la gorge, j'ai la musique du diable dans l'esprit, je me sens emporté par la crue des eaux du St-Laurent, on va aller chanter avec la tribu des Ottawas sur la rue Ontario avec Adamus et les gratteux de guitares..
Robert Johnson, Muddy Waters, Led Belley, John Lee Hooker et B.B. King...
Painchaud devient Hotbread en quatre temps...

 

Alain-Arthur Painchaud

Publié dans Poésie du monde

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Ta lumière

Publié le par la freniere

Ta vie me console de tout,

de toutes les autres vies possibles et impossibles.

Ta voix me console des hommes.

Ta morsure me console des tortures.

Tes poignets me consolent des menottes.

Tes yeux me consolent des ruines.

Ton jardin me console des villes.

Tes petits riens me consolent de tout.

Ta vérité me console des mensonges.

Ta lumière me console de l'ombre.

 

JMLF

Publié dans Poésie

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Le Buvard

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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