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Carole David

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Carole David

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Les voeux de Jacques Brel

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Les voeux de Jacques Brel

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Moisson

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Tu es cette mère que j'ai perdue
Mais comment croire
que la mort
avait pu t'emporter
Dressée dans mon regard
ou rôdant dans ma tête
tu ne me quittais plus
Pourtant tu étais l'absente
Une absente si présente
que forcément
un jour ou l'autre
tu allais apparaître
Alors je t'ai attendue
Tu me parlais à voix basse
et le temps ne pesait pas
Je t'ai attendue
mais tu n'as pas paru
Alors je t'ai cherchée
Cette inconnue qui marchait
devant moi dans la rue
je la suivais
certain qu'elle était toi
Mais c'était chaque fois
la déception de découvrir
que jamais son visage
n'était le tien
Partout je t'ai cherchée
Dans les bars et les rues
dans les gares et les trains
sur les plages et dans les ports
Partout je t'ai cherchée
Dans bien des villes
et bien des pays

Partout je t'ai cherchée
Et je te cherche encore
Tu es cette morte
qui n'a cessé
d'enténébrer ma vie

 

Charles Juliet

 

 

Publié dans Poésie du monde

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Des fraises dans la neige

Publié le par la freniere

C'est déjà un miracle que de vivre sur terre, pourquoi faut-il la polluer? Il y a une immense plaie au flanc du Mont Beloeil. On gratte la montagne pour en faire des routes. Il n'y a plus de grotte des fées. Il n'y a plus de nids de vipères, mais des caterpilars. Il n'y a plus de vers à soie, mais le sang des drapeaux. On n'escalade plus de pierre en pierre, de roc en roc. Un sentier pédestre nous mène au pain de sucre sans qu'on fasse un effort. Les hommes ont l'air de poux sur les cuisses montagnardes, toutes en nerfs et en muscles. «Il n'y a pas d'amour heureux» dit le poète. Il aurait du dire «Il n'y en a pas d'amour de guerre». Les morts sont là pour témoigner, les trous de balles sur les murs, les écoles éventrées, les hôpitaux bombardés, les villes en ruines, les campagnes désertes, le gravat sur le platras des rues, les milliards de migrants qui affrontent la mer. Les maisons des hommes ne pèsent pas lourd sous les drones et les bombes. Dans 300 cent ans, les icebergs gèleront-ils encore? Les hommes vivront-ils? Mes arrière-arrière-petits-enfants liront-ils mes mots? Parlerons-nous français quelque part au Québec? L'argent musèlera-t-il encore l'espérance et l'amour? Marcheur invétéré, je traverse le monde avec des pieds d'argile, semant des mots d'amour entre les champs de mines pour indiquer la route, des injures sur le parquet de la Bourse pour faire sauter la banque. Il ne faut pas cesser de semer pour que la vie renaisse. Les mains des laboureurs saignent comme celles des accoucheurs. Il faut de l'entêtement pour produire du pain. Il faut de l'air, de l'eau, du feu. Il ne faut pas cesser de s'aimer.

 

Ne cherchez pas le ciel derrière les vitrines. Nos porte-feuilles ne portent que l'enfer. À force d'acheter, les gens crèvent de rien. Ils s'enfoncent dans l'horreur et les mises en demeure. L'excès d'un côté provoque le manque dans l'autre. La mort est sans remède, la vie plus dangereuse. Des fanatiques aveugles font exploser le monde. Ils sont passés de la seringue à la bombe, du chapelet de prières au chapelet de balles. On leur promet le ciel, des vierges et de la gloire. De la dope à Allah, il n'y a qu'un fusil aux mains du désespoir. Ce n'est pas la beauté d'une cage qui fait chanter l'oiseau, c'est le goût de partir. La pluie n'apprend pas à tomber. Elle tombe n'importe comment, un peu comme j'écris. J'entends des sons lointains qui veulent se faire entendre, des muets qui s'acharnent à crier dans la nuit. Il faut sauter dans l'eau pour retrouver le ciel. À la rencontre du soleil, la pluie porte sa robe de couleurs. Des milliers d'arc-en-ciel envahissent la terre. Les araignées tissent des toiles de lumière. La moindre goutte d'eau est une bénédiction.

 

Je regarde dehors le lac bleu dans la brume. Il est tacheté de rose. Des anges laissent leurs ailes diaphanes se nourrir de vent. Je regarde les arbres et leur ombre dans l'eau. Il n'y a plus de feuilles, mais il manque la neige. La chaleur et la pluie ont remplacé l'hiver. Au-delà des fenêtres, mon corps est à l'écoute. Entre l'enfance et la vieillesse, un ravin s'est creusé. J'en ramasse les miettes sur des lambeaux de vie. Ce sont toujours les détails qui survivent, les petits riens, des étincelles de lumière, des fissures dans l'ombre. Ils se garrochent en vrac sous mon crayon penché comme un homme en prière. Les pattes de mots s'ébrouent et noircissent les pages. Des phrases entières éclatent comme des châtaignes en feu. Être une femme, j'aurais écrit avec le sang des menstrues. Je me contente du sang d'encre des mots, d'une petite bruine et du feu sur l'enclume qui s'envole en flammèches. Les livres naissent à notre insu. Les psaumes entre les peupliers ont l'odeur d'un poème. Il y sûrement une route d'ici-bas vers l'ailleurs. Elle est dans l'amour et sa continuité.

 

J'avance au seuil de l'âge vers un dernier voyage. Je ne sais pas où me mènent mes pas. Ma mémoire confond les planche des barricades et les jardins d'hier, les failles dans les murs et les fenêtres ouvertes, la rouille des outils et la poussière du temps, les fantômes et les fées, les vivants et les morts. Certains jours, je redeviens l'enfant qui cherche ses parents ou ce vieillard aveugle qui essuie ses lunettes. Un jouet oublié au milieu des gravats résume à lui seul toute la tristesse du monde, un nounours éventré, une poupée sans bras, un bras de cerf-volant qui a perdu son corps. L'histoire de chacun est l'histoire de tous, du plus riche au plus pauvre. Un jour ou l'autre, chaque cœur a des ratés, chaque corps se recroqueville, chaque chandelle éteint sa flamme. La terre est une fosse commune. La mort emporte le cadavre, mais qu'en est-il de l'âme? Malgré les blessures que lui inflige l'homme, la vie continue malgré tout. Le rafiot du monde est toujours à deux pas du naufrage, mais il tient bon la mer. Il y a toujours quelqu'un pour lever l'ancre ou pour tenir la barre. Aucune mort n'empêchera la vie. Il faut du fumier pour le jardin, de la chair pour la faim, des larmes pour les yeux, de l'encre pour les pages, des flammèches pour le fer entre l'enclume et la marteau. Le phénix s'envole en se brûlant les ailes. Lorsque ma mère est morte, mes petites-filles sont nées. La sève court dans les feuillages. Les herbes grimpent jusqu'aux cuisses. Les fleurs s'étirent le long des murs. Le sang réchauffe la peau des bêtes. La langue lèche l'anus. Le chant des moineaux réveille le matin. Le plus petit ruisseau avance vers la mer. Le soleil étincelle sur les larmes du lac. L'odeur des bois se mêle aux feux que l'on allume.

 

C'est à deux que l'on apprend à jouir. Qui de nous a quitté l'autre? Qui de la vie ou de la mort? Où est le bien? Où est le mal? Où est le vide? Où est le plein? J'aurai passé ma vie en lutte avec les mots, plus près des inconnus que de ma propre race. Rue de partout, place d'ailleurs, le vent passe et repasse car la mer fait des plis dans chacune de ses vagues. L'univers est une pute immense. On la paie de sa vie. Après des millions d'années, l'homme est encore esclave des travaux et des jours. À quoi a pu servir l'intelligence électronique? À faire plus de morts, plus de guerres, plus de larmes, plus de profit. Je marche à l'amité comme on marche à l'amour. Je vais à la rivière comme on regarde l'homme. Écrire est une fête étrange où le sens est caché. Le plus maigre butin contient la vie entière, un mot, un souvenir, un vieux jean troué, une dent qui manque, une cicatrice au front, un doigt de poésie dans une mer de bêtise, deux ou trois livres dans le désert des mots, cinq onces d'amour dans une tasse ébréchée. Dans une heure d'ennui, qu'une seconde émerveille et le sourire revient. Le regard renaît pour un nuage qui rosit ou un chevreuil qui fuit. Le jour commence quand vient mourir la nuit. Il fait toujours beau quelque part. Il est toujours midi. Les petits riens font tout. Les égarés trouvent une route qui les mènent plus loin. Le cœur de l'univers est celui d'un enfant. Il bat dans la rumeur des feuilles, le crissement des cigales, la rumeur de l'été, l'odeur des fruits sauvages, l'haleine fraîche de l'herbe. Je ne sais pas où je m'en vais. Une main sur la rampe des mots, je fais un pas dans l'escalier du temps que l'on monte ou descend. J'avancerai demain dans un monde inversé, l'eau à la bouche, la flamme dans les yeux. Je ne voyage presque plus, mais j'arpente les routes qui survivent en moi. Je porte en écrivant des forêts dans les bras, des lacs dans les yeux, des montagnes échouées au fond de la poitrine.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Qu'il est loin le temps

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Publié dans Poésie à écouter

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L'enfant que j'étais

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l'enfant que j'étais
je le revois souvent
entre les lignes
des poèmes que j'écris
il voudrait que je le suive
parmi les hautes herbes
mais dès que je relève la tête
c'est déjà le vieil homme
qui me sourit
à travers la vitre
de la fenêtre

André Chenet

 

Publié dans Poésie du monde

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Paris, mon beau Paris

Publié le par la freniere

Je suis un homme floué.
La mort, la maladie, ont sonné à ma porte.
Je sens leur impatience et, très souvent, je la comprends.
Je leur demande encore un petit, un peu, un petit peu de temps si précieux. Non pas pour faire l'âne devant les doctes assemblées.
Mais afin de mieux comprendre ce qui m'échappe encore:
Le sens de la vie, la place exacte que prend le sexe dans cette aventure minimaliste.
Je ne suis pas membre d'une confrérie d'orgueilleux.
Mais je sais ce que sont exactement les livres que j'écris.
Malgré tout, je suis cet homme que la vie a floué.

Paris, mon beau Paris, il faudra bien qu'un jour l'homme en noir descende en gare du Nord, s'arrête Au rendez-vous des Belges, mette une croix face à mon nom sur son carnet douteux.

Paris, mon beau Paris, vous serez mon témoin.
Je vous ai aimé et si j'ai passé tant de nuits dans tant de capitales, c'était !
Les mots se doivent d'être justes.
C'était !
Pour le goût des rencontres peut-être.
Un détaIl baroque sur la Place d'Armes.
La découverte d'un pont suspendu.

Paris, mon beau Paris, je m'adresse à vous dans l'urgence.
Voyez, je suis fatigué.
A la violence de la maladie s'ajoute désormais celle de la médecine.
Faites, s'il vous plaît, en une nuit, exploser tous les Services de Neurologie de vos
hôpitaux.
J'y gagnerai du répit, faites-le, c'est en votre pouvoir!

Je suis cet homme qui se sent floué et tape du poing sur les portes à s'en briser les phalanges.

Frank Venaille

Publié dans Poésie du monde

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Décès d'Agnès Schnell

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Décès d'Agnès Schnell

Tous ces mots dont on avorte par rage, par colère ou dégoût, tous ces mots qui nous brisent de l’intérieur, sournoisement, sans éclats, sans rien laisser paraître sinon peut-être une soudaine matité du regard, une lenteur du geste, tous ces mots inquiétudes taraudantes qui minent insensiblement…

Tous ces mots que l’on crache par dérision, par rejet.
Un semblant de détachement qui ne laisse que sable et cendres dans la bouche, amertume, morosité, nostalgie qui racle et creuse parce qu’on veut plus encore, parce qu’on veut jusqu’au bout.

La tête saturée, les mains déjà vidées à peine remplies, il faudrait donner sans cesse et recevoir quoi ? Le vide des autres, leurs masques usés ou difformes, leur cœur atrophié de trop d’amour d’eux-mêmes… A donner tant, on reçoit quoi ? Courants d’air, asphyxie, remontées d’aigreur, caresses à rebrousse-poil, aspirations brutales, irrésistibles et blessantes…

Tous ces mots qui empoisonnent et qu’on se jette et se lance de l’un à l’autre par crainte d’être brûlé, sans craindre l’incendie pour les autres.

Ces mots qui devraient nous porter, nous haler, nous tracter vers les angles, puis vers la lumière, tous ces mots deviennent poison, venin, ciguë par dépit, par crainte d’un abandon, par désespoir. Ces mots, que l’on voulait caresses, se rebiffent, se redressent et crachent de leur gueule reptilienne des salves de violence, de barbarie.

On s’asphyxie, comprends-tu ? On s’asphyxie avec nos mots-amours toujours larvaires. On suffoque, on étouffe, on s’étrangle, on se noie quand l’autre nous assomme de mots fossiles, creux, inutiles, quand l’autre nous bombarde de mots contondants, durs, anguleux, rebelles. On a mal, tu sais. On a mal à l’âme.

Alors, on n’a plus envie d’entendre, d’écouter, de comprendre. On se ferme, on se clôt, on se mure. On est sourd, aveugle, muet, insensible. On boucle son cœur à double tour, on se cloître, on s’isole.

On est de pierre, de marbre, de basalte. On est minéral. On ne perçoit plus rien si ce n’est la palpitation obsédante de notre cœur qui bat pour l’autre, pour les autres et qui attend le moment où il va se donner encore et encore… Au risque de s’épuiser.

Agnès Schnell

 


 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Les mots - je l'imagine souvent - sont de petites maisons, avec cave et grenier. Le sens commun séjourne au rez-de-chaussée, toujours prêt au commerce extérieur, de plain-pied avec autrui, ce passant qui n'est jamais un rêveur.

Monter l'escalier dans la maison du mot c'est, de degré en degré, abstraire. Descendre à la cave, c'est rêver, c'est se perdre dans les lointains couloirs d'une étymologie incertaine, c'est chercher dans les mots des trésors introuvables.
Monter et descendre, dans les mêmes mots, c'est la vie du poète.

Monter trop haut, descendre trop bas est permis au poète qui joint le terrestre à l'aérien. Seul le philosophe sera-t-il condamné par ses pairs à vivre toujours au rez-de-chaussée ?


Gaston Bachelard


 

Publié dans Ils ont dit

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Décès d'Alain Jouffroy

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Décès d'Alain Jouffroy

Poème contre la gloire

 

De nos nuits — il y en a

 

De nos jours — et même de nos siècles — il y en a

Mais

 

soudain la

GUERRE met les pieds sur la table et dessous

 

le trafic d'influences commence à bouche-que-veux-tu

 

le comique troupier et la glorieuse mégère sont de la partie

 

on se presse aux

Noctambules

 

on est vraiment submergé de

FLASHES

 

le stylo-bille

Grand

Cordon de la

Jarretière

 

les époumonantes intervieweuses leur bave oblique et maigre

 

les titres mastoc en coups de trique sur la nuque

 

le petit topo pas piqué des hannetons

 

le coffre-fort des dictionnaires

 

la notice au vestiaire et le vison de la haine des copains

 

le slalom géant de la responsabilité universelle

 

le

Nobel

Fox

Moviétone

 

les tuiles quémandeuses les admiratrices en robes transparentes

 

et qui toussent et qui toussent

 

(il y a tellement de fumées sans geyser de ce côté-là)

 

la gloire aux torchons la gloire aux brosses

 

la gloire aux crachoirs

 

la

GLAIRE

 

je la jette

 

 

 

Passer par l'absence de portes

 

 

heureusement par miracle par souci de tranquillité par

 

appétit du malheur par esprit de camaraderie par lâcheté

 

par folie du sacrifice par résignation par un coup de tête

 

heureusement par mille coups de tête heureusement par

 

trois millions de coups de tête hélas cent mille fois hélas

 

par bêtise par passion heureusement cent mille fois par

 

amour par sensualité hélas mille fois hélas quatre cent

 

mille fois par hasard

 

je suis passé

 

je ne suis pas passé

 

je refuse de passer

 

je m'oblige à passer

 

je crois que je vais passer

 

je redoute de ne pas passer

 

hélas

 

par les portes de derrière les portes

 

par l'absence de

Septième porte

 

par le

Trou où nul n'est apparu

 

hélas hélas hélas

 

mille fois hélas mon gardien de musée

 

cher gardien des 365 portes de

Toussaint

Louverture

 

très cher gardien des 120 journées de

Saumane

 

hélas hélas

 

je ne suis pas passé

 

mais par les portes de la cascade par les portes emportées

 

dans la débandade par les portes enfoncées les unes après

 

les autres par les caves du vieux navire fracassé par mon

 

corps par ma tête par ma catatacte par l'absence même de

 

portes

 

je suis passé

 

je passe

 

je ne cesserai jamais de passer

 

 

Alain Jouffroy


 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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