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Penser que certains ont des certitudes me fait douter de l'intelligence humaine

Publié le par la freniere

Et l’univers immense
Et ses astres perdus dans leurs rondes
Et ce passé qui s’égare en des myriades d’années-lumière
Et l’infini des mémoires qui arpente son ignorance
Et l’homme grain de sable et d’eau articulé
Qui rampe entre sa faim de vivre et celle de tout vouloir
Et ces nains de terre atrophiés de la connaissance
Qui du haut de leurs incultures prétendent au Tout savoir
Alors même qu’ils n’ont lu qu’un Livre
Et ces atrophiés de la conscience qui cultivent le crime, le viol et la mort
Et mon chat qui sait l’immensité du monde et la puissance de l’amour
Et ces millions d’encyclopédies qui ouvrent la certitude de notre in-savoir
Et ma tristesse posée sur les enfants qui ont faim
Et ma colère encagée dans le rire de ceux qui ont tout
Et ma révolte qui crépite devant la résignation de ceux qui n’ont rien
Et les dévots qui jouent le chacun pour soi et Dieu pour moi
Et la main tendue qui montre son poing
Et les cœurs blindés qui chantent l’amour derrière des portes fermées
Et l’indifférence aux olympiades de l’intolérance
Et le couteau dans la gorge de l’innocent
Et Ruqia Hassan* et les Kurdes à l’abattoir des peuples
Et la mémoire des haines qui ne veut pas mourir
Et le regard de l’homme-frère qui ne reconnaît pas les siens
Et l’amour qui ne sait pas grandir
Et l’univers immense où l’espoir désespère

Et demain qui cherche son destin.

*Journaliste Kurde torturée et assassinée par Daech

 

Jean-Michel Sananès

 

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Tout en mélange dans l'évidence

Publié le par la freniere

Il ne peut y avoir un donneur de leçon parmi le temps écoulé.

A peine trouvera-t-on quelques visages et quelques mots bourrés de certitudes plus ou moins affranchies pour solenniser les angoisses du moment et les déprimes de toutes sortes.

Le matin, quand je m’éveille, la laine nocturne s’enfile et s’enroule sur la pelote des rêves inaccomplis.

Je suis né dans un pli de terre excavé, dans la pierre accrochée aux collines.

Je suis d’ici, de ce sommeil superflu, arque-bouté aux parois muettes des ombres. Je tête aux failles du temps, aux moelles intemporelles du crépuscule séculaire, contre le tronc d’un arbre rabougri renfermant le message de l’existence.
Il ne faut pas cesser de fouiner, de fouiller, de creuser. Trouver, c’est bien. Mais chercher, chercher encore. Voilà la jubilation ! Rien n’est acquis, rien n’est figé. Le mouvement précède, actualise et rénove. Qui a déjà vu le soleil dans l’obscurité, s’en souvient.

Le réel me traverse, m’éponge, me court-circuite et me rapproche de la chose pensée. Tout ce qui peut revivre en moi n’est jamais à la hauteur de l’image ressuscitée.

L’inclinaison est toujours trop forte, l’air est si clair. L’attente est le hall de l’espérance. Elle ouvre les voies subtiles du partage d’émotions, de l’assemblage et de la fusion. L’expectative ressemble à un voyage traduisant le silence ensommeillé d’une sentence vers le sens d’une pensée.

Aller vers soi, sortir des chemins d’exil pour se retrouver face au vide abyssal, n’est-ce-pas ouvrir la porte d’un autre monde ?
Matière première fixée dans l’oubli, une main humaine s’inscrit au-dessus du poids de la nuit stellaire. Chandelles éclairant les reliefs, le jour dévoile la chair, cet instrument de musique où s’accorde et se désaccorde la sève créatrice.

Plus humble chaque jour par l’effacement de ce qui se meurt à l’intérieur de moi, mes veines et mes muscles laissent éclore une fleur brûlante nappée de désirs.

Sur l’humble tarmac sablonneux des heures passantes, j’aurais pu prendre n’importe quel chemin. J’aurais pu me cogner aux rimes nonchalantes des ombres. Alors, j’ai longé les fossés du désespoir et les allées profondes des circuits imbibés de mes ciels de traverse. Les yeux muets et le brouillard crasseux, j’ai dérivé, déraillé, des voies du destin.

Dans le nid tremblant de la démesure, je m’applique à redonner du sens. Marchant sur la colonne vertébrale du jour à venir, je cherche dans mes entrailles la voix apaisante prompte à ouvrir les fenêtres et les portes rouillés. Il me faut sortir de mon être pour ne devenir qu’une parole de sang au milieu du silence.

Diminué physiquement, mon fantôme piétine les petits obstacles du quotidien. J’interpelle des lueurs vieillies, traînantes comme de vieux draps usés. Le dépassement de soi prend alors une figure migrante aux aspects d’une symphonie inachevée.

L’asservissement de l’espace n’a plus l’impact autoritaire que je lui connaissais précédemment. Cependant, il n’y a pas de véritables efforts pour réapprendre les gestes de tous les jours, juste une gêne aléatoire alourdissant les actes.

Une variation pour la survie réapprivoise l’envie de vivre. Dans un face-à-face cinglant, je mute vers un absolu hésitant. Puis, je retourne aux pieds du néant pour resplendir en d’apocalyptiques rayonnements.

Doucement, j’écris le secret de mon sang, j’écris le mystère traversant mon corps. Plus j’avance, plus l’horizon s’élargit aux tempes d’inépuisables regards.

Je suis né avec la rosée matinale, je vis avec le vent soufflant ses rafales et je mourrai, d’un coup d’un seul, dans une brise où le souffle s’éteint.

Tout n’est qu’illusion. Le passé se mélange au présent et le futur s’étire comme une corde mal tendue, comme un ricanement enfoui dans l’excédent de mouvements. Je ne suis que vibrations.

La vraie montagne est ici. La juste pente déroule son vertige jusqu’aux plaines étendues en contre bas. L’ossature d’une existence n’est rien de plus. Quelques pierres luxuriantes font office d’excipients, nos chevelures mâchent le jour dans sa surbrillance lymphatique. Mais nos faims restent intactes.

Le parcours des ténèbres à la lumière demeure parfumé de nos soifs avides de couleurs. Nous sommes impérissables au royaume de la vraie voie. Nous nous transformons, nous reformulons et changeons. Entre laves effervescentes et blocs de glace, nos ivresses éructent bouillonnantes du sang qui nous parcourt.

Je pactise avec le buvard du réel collé sur le pare-brise des instants copiés au calendrier des jours froissés. Je m’immisce aux foudres d’un rationnel invisible. Ma parole est un éther balbutiant quelques clartés sorties de l’abîme.

Pour tous ceux qui croient à la déconvenue des siècles forgeant la matière, les mots demeurent de solides remparts. L’impermanence cintre lâchement l’intime voix de nos convictions.

Ecrire, c’est figer l’instant d’une pensée afin qu’elle interpelle l’insomnie qui nous entrave. Je suis né de l’interprétation bordant le chemin de nuit. Quand le souffle m’envahit, j’écris avec des piolets dans la voix.

Né sur les alvéoles du doute,
né sur l’ardoise martelée de promesses inavouées.
Né avec l’aube, avec le déni des courses pleurant l’éclair du petit jour.
Sur la terre comme au ciel, le parjure est inclus dans le cycle des vivants. Dans le tourbillon replié sur lui-même, la flamme sur le visage, le brouillon sur la langue, je recopie sans cesse l’algorithme déphasé de la respiration.

http://brunoodile.canalblog.com/

 

Publié dans Poésie du monde

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Gratitude

Publié le par la freniere

La journée m’accueille, le sait-elle ? Je vais en ses bras de large présence. L’hégémonie humaine n'a pas de prise ici. La joie porte le sens imprescriptible de la vie. L’immense savoir renouvelle et s’expanse sans cesse. Loin des profits, mensonges, sujétions, une jonquille fleurit un mur de pierres sèches. Des oiseaux font des nids de douceur et de rondeur parfaites. Le chat étire sa confiance au soleil. Les champs regorgent de nouvelles pousses. L’abondance s’exerce. Le vivant est profusion. Le miracle ne doit rien à personne. Je n’écris pas le mot gratitude, il serait ridicule devant tant de générosité.

 

Ile Eniger 

Publié dans Ile Eniger

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Vers un monde plus vaste

Publié le par la freniere

L'avenir piétine devant des portes closes. Sa peau de plus en plus ressemble à du métal. Un clapet de plastique a remplacé le cœur. Ses genoux plient comme des joints de culasse. Certains mots se ressemblent. Il est normal de confondre l'effraie avec l'effroi. Les mots crissent parfois comme du sable entre les dents. On ne joue pas avec le feu sans se brûler les ailes. Le dernier mot est le premier. Je cherche entre les deux. Ça me permet de croire que j'écris quelque chose. Je dois trouver des portes dans une muraille d'écriture. Les pas qui marchent sur la neige s'en iront sur la cendre. Toutes les âmes rejoignent les fantômes des murs. Dans le halo des lampes, l'oeil s'accroche à l'ombre, le reste à la lumière. La cendre reste seule à témoigner du feu. Il ne faut presque rien pour écrire, de l'encre et du papier, un peu de chair et d'âme. Les hommes ont beau mourir, les femmes n'ont de cesse de les remettre au monde. Nous sommes tout à la fois ce qui nous tue, ce qui nous permet d'être, ce qui nous rend vivant. Présent par petits bouts, l'homme existe dans l'absence. On invente sans cesse ce que l'on veut toucher. L'âme du bois sait tout des femmes et des maisons, des hommes et des cercueils. J'ouvre toutes les portes comme on ouvre les bras. Je regarde le ciel comme on ouvre les ailes. Je ramasse les miettes comme le font les moineaux. Je picore du rêve dans la poussière du réel. J'attrape la pluie avec le fil de l'air, un peu de l'infini entre les pattes de mouches. Elles vibrent sur la page au moindre coup de cœur.

 

&

 

En s'appuyant sur le passé, le présent boite en double. Du temps où les pendus fleurissaient les gibets, les arbres n'osaient plus sourire. Des nuées de charognards envahissaient le ciel. Aujourd'hui, à la vitesse où les hommes s'entretuent, on enterre les morts au bulddozer. Des nuages de drones quadrillent l'espérance. Quand il arrive que les bombes atteignent un cimetière, les morts meurent deux fois dans les tombes éventrées. Les ossements s'éparpillent et déchaussent les dalles. On craque une allumette dans les secrets de paille et l'air fait le reste. Mes phrases seront toujours plus grandes que moi. Il est rare que l'homme se maintienne à la hauteur des sentiments. Les bruits de bouche n'empêche pas le silence des fleurs. Chaque mouvement du monde, chaque geste du chat, chaque poussière dans l'oeil, tout ce qui bouge, le mouvement des arbres, chaque ressac, tout ce qui naît, l'éclosion d'un œuf, la laitance des truites, est une phrase de plus sur la page des nuits ou la prose des jours. Il n'y a pas si longtemps, on se foutait pas mal de porter le kippa, le crucifix ou le tchador. On rêvait d'être nu à chaque heure du jour. Qu'est-il donc arrivé? La légèreté est aussi sérieuse que la mort, aussi profonde que la foi. Il faut beaucoup de petits riens pour faire un tout. Les pieds crachent leurs pas un à un sur la terre. La glace sur le lac n'empêche pas l'eau de penser. Les mots ne coïncident pas toujours avec le monde qu'ils décrivent. Certaines phrases louchent devant l'horreur. Le sang bourdonne à mes oreilles. Des images volent en éclats. Elles s'accumulent en poussière dans mes petits carnets, un pour la route, un pour la table. J'ajuste mon regard, un œil de colère, un autre de lumière. Écrire me redonne mes galets et mes billes d'enfance. Mes carnets s'agrandissent à regarder le ciel. Les petits mots souvent laissent croire au bonheur. Le ciel pousse en vrac dans le dos de chacun.

 

&

 

Le temps se met au chaud. On dirait même que la neige va pleurer. Je creuse ma présence avec l'encre des mots, mais l'encre se dilue sur la terre et la neige, s'efface sous la pluie et se fait porter pâle quand les ombres s'allongent. Chaque page est un jour à la fois. Je vole des mots d'abeille sur les lèvres des fleurs. Je touche à tout pour être en vie, une peau nue, un bord d'évier, le barreau d'une échelle. Après la neige vient la pluie et le sourire de l'herbe. Le vent se tait et l'air est nu. Assis le cul sur la pierre, la terre passe en moi. La sève monte jusqu'à mes yeux. Il suffit d'un arbre pour soutenir le monde, d'un petit doigt ou d'un poème. Parler des vers de terre ou des tomates, du pollen et des arbres, c'est déjà parler de l'homme. Mon cœur bat sur la page. Le temps passe avec le silence et le vent dans les arbres, avec les images et les mots, avec le doute et les fantômes égarés dans les ombres. Les arbres continuent dans l'ellipse des planches. Des épaules du tronc à leur tête feuillue, ils font de l'embonpoint avant de servir de table, de mur ou de boiserie. Quand j'écris penché sur un bureau, il y pousse des fleurs, une forêt entière et deux ou trois nuages. Quand j'écris dans mon lit, les draps deviennent un fleuve. Des cailloux flottent entre deux oreillers. Je raconte des broutilles, mais chaque brin d'herbe est un pays, chaque arbre une cabane à moineaux, chaque montagne un univers. Quand les nuages abreuvent les racines, les pruniers deviennent mauve, les pommiers blanchissent, les cerisiers sont piquetés de rose, les bouleaux muent comme des couleuvres, les vieux saules s'inclinent vers le lac. L'angle des toitures s'aiguise. Les courbes de la route bombent le dos. Le fil bleu des geais court d'un sapinage à l'autre, ameutant les mésanges et les derniers piverts. Ce qui entre dans les phrases est plus immense que moi. Chaque paysage recueille ce qui n'est pas dit. Chaque mot laisse de l'encre sur la page comme une bave d'escargot. Quand on ferme les yeux, les images continuent sans nous. D'autres regards les dévorent et s'y cassent les dents. Il n'y a pas un œil de pareil, plusieurs doigts dans une main, plusieurs mains dans un geste, plusieurs caresses de possibles. C'est par elles que la terre monte au ciel. Les hommes sont semblables, mais pas un n'est pareil. La vie est féminine, la mort tout autant.

 

&

 

Sur la fourche des arbres, les feuilles servent de foin. L'automne les vendange à l'arrivée du froid. Je suis passé des cordes de bois aux piles de livres, de la résine aux doigts à l'encre sur la peau, de la chaleur du feu à l'électricité. J'interroge la table et les montants du lit. Se souviennent-ils de l'arbre, de la sève et des feuilles, du vent dans les ramures, du ramage des pies, de l'entêtement des pics. J'apprends de nouveaux mots, mais je perds le silence, le hurlement des loups, le craquement des branches. En prenant mon café, les mots rampent de ma gorge à la page. Le ciel sent l'oiseau quand les bourgeons renaissent. Le bleu du ciel s'appuie sur le gris des montagnes, même si l'hiver efface tout, le rose bonbon des fleurs, le vert vivant des plantes, la terre violacée. Le bitume a rongé le romantisme des sentiers, abreuvant les racines d'un gazoil putride. Une pépinière de pylones a remplacé les arbres et les odeurs d'essence les vapeurs de la soupe. Il n'y a plus de fil téléphonique, mais chacun a gardé son fil à la patte, soit la cravate, soit la cravache. On n'entend plus chanter la bêche, mais le teuf-teuf des machines. L'auberge espagnole des Bois-Francs ne logera bientôt plus que des épinettes noires et des sapins de Noël. Où l'on montait vers l'essentiel, les pieds des éoliennes écrasent l'espérance. Il est difficile de faire de la raquette entre deux skidoos ou du ski de fond entre deux meutes de quads. On ne meurt plus de froid, on s'écrase en voiture, une bière à la main. Les phares des voitures se font des ronds de jambe pour éclairer le vide. À St-Fer où j'habite, la partie basse rejoint la partie haute. C'est le début des Appalaches. Un escalier de terre offre ses marches pour semer, ses érables à sucrer, ses fontaines à boire. C'est à pied qu'il fait bon s'y perdre. Du haut de la colline au domaine des cent ans, je me ressource quelque fois. Je m'enrobe de mots les jours de grand vent. Ce n'est pas le Mistral mais le Noroit qui pique. Je cherche les maisons de la couleur du pain, l'odeur des étables où palpite la chaleur des vaches, le crottin de cheval qui fume sur la neige, les chapelets de boules noires qu'égrènent les chevreuils, les résidences d'oiseaux joukées en haut des arbres. Les auvents couverts de neige ont l'air d'un bonnet qu'on tire sur les yeux des maisons. Un doigt d'enfant dessine sur le givre des vitres. De la bouche des granges sort une langue de glace.

 

&

 

Il n'y avait pas d'enfant dans le jardin d'éden. C'est de là que vient le malheur. Un monde sans enfant est un monde sans rêve. Il faut toutes les parties du corps pour apprendre à connaître, un duvet de poussin, la plèvre d'un poumon, le cal sous les pieds, les pas en file indienne, les ailes de l'azur qu'on imagine aux anges, le ventre d'une femme tel un tambour de peau, les globules rouges du sang, une métaphysique aux prises avec la vie. Ce n'est pas grave qu'un oiseau claque du bec et rate son virage, qu'une fleur se balance et perde ses pétales. L'oiseau le sait, la fleur aussi. Tout ce qui vit retrouve l'équilibre. Cherchant l'invisible où l'on croit tout savoir, je n'ai trouvé que les mots, pas le pourquoi des choses, mais la matière de l'âme. On entrevoit l'hiver l'architecture des arbres. Le silence de la ville est étrange à cinq heures du matin, avant l'éveil des oiseaux. J'ai troqué la seringue pour la piqûre des ronces ou celle des abeilles. De jeux de mots en émois, j'ai appris à parler. J'aime la fleur la plus humble, la plus petite aiguille de pin. À la campagne, on entend toujours quelque chose. Il y a toujours le chant du vent, le cri des bêtes, la rumeur des fantômes. L'oreille s'habitue au murmure des abeilles. Même les fées ont des froissements d'ailes. Les gnomes toussent en se tirant la pipe. Les pics jouent du marteau-piqueur sur l'écorce des arbres. Les broches de clôture noircissent d'étourneaux. Le ramage des trembles est un miroir aux alouettes. La charrette du ciel décharge ses orages. Les éclairs piquent les nuages comme des crocs de débardeur. Les yeux des bourgeons s'ouvrent au soleil. Les érables qu'on entaille ont une sueur sucrée. Les mésanges affamées se roulent en boule. Leur duvet d'oison se transforme en pelisse. Il faut geler longtemps avant que la chenille devienne un papillon. Mille ruisseaux dévalisent les collines et dévalent vers le lac qu'ils gonflent d'eau de source. Le vert s'unit au gris et l'ocre délavé se mélange à l'azur. De colline en colline, je grimpe entre les bras des arbres. Le vent qui me dépasse revient rôder derrière mes pas, me laissant mille odeurs à déchiffrer du nez. Le même vent me caresse les hanches, le vent qui fait des bulles dans le sirop de l'air. Pour monter vers le ciel, la terre se plie et se déplie en collines de roc. Elle accompagne ses ruisseaux de la cime aux racines. Il y a partout des lacs recueillant l'eau de pluie, des pluviers, des colverts, des huards, même des balbuzars. Les gestes de chacun tiennent la peau du monde. Il faudrait se coordonner comme le font les arbres pour soutenir le ciel.

 

&

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

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Voyage avec ou sans connexion

Publié le par la freniere

Voyage avec ou sans connexion
Voyage avec ou sans connexion

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Monique Miville-Deschênes

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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On dit que tu as bon espoir

Publié le par la freniere

Le poète Ashraf Fayad (né à Gaza en 1980) a été condamné à mort par décapitation, le 17 novembre 2015, pour apostasie (renoncement à la religion), au motif que ses poèmes contenaient des idées blasphématoires. Il s’agit, après cent cinquante exécutions en 2015, d’un nouvel acte d’obscurantisme et de barbarie d’une monarchie absolue de droit divin, dont la France est l’un des principaux fournisseurs d’armes.

Mardi 2 février, après son appel, un nouveau verdict est tombé : sa peine a été commuée en huit ans de prison et 800 coups de fouet. L’avocat d’Ashraf Fayad, Me Abdel Rahman-Al-Lahim, a déclaré suite à cette décision de la cour que son client ferait de nouveau appel et n’abandonnerait pas son combat pour la liberté.


On dit que tu as bon espoir

de réussir à voler

et de défier le trône

D’abroger les ablutions de la nuée

d’enfreindre les lois de la Création

et ce que Dieu a ordonné

aux autres oiseaux d’accomplir

Dieu sur son trône

Il assure leur subsistance

à toutes les créatures à plumes

qui s’en vont rassasiées

alors que tu dois te lever tôt

le ventre creux

pour aller ramasser les immondices

dont les gens se sont débarrassés

et pour te parfumer

avec l’émanation des charognes

étalées à perte de vue


 

Ashraf Fayad


 


 

Publié dans Poésie du monde

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Qu'est-t-il donc arrivé ?

Publié le par la freniere

Le plus petit pouvoir rend les hommes médiocres. Sous l'habillement des chefs ou la défroque des esclaves, la nudité reste la même. À l'échelle planétaire, l'humain s'enfonce dans sa merde et la vulgarité. N'est-il pas étrange que la liberté rétrécisse avec la prolifération des caméras? Depuis que l'économie tient lieu de morale, il n'est pas étonnant que les écarts sociaux s'élargissent. Tout est noir ce matin. Il pleut et les nuages crèvent le toit. J'attends le retour du soleil. Il me faut peu de chose, un salut de la main, un ronronnement de chat, un sourire d'enfant. Je me bâtis avec des mots une maison métaphorique, tout en sachant au fond de moi, qu'elle ne protège en rien du désastre. On croit sortir du monde que l'on trouve pesant, mais l'écriture ne remplace pas l'homme. On reste un père de famille, un voisin, un ami. On est toujours en retard d'un siècle ou d'une année, d'une phrase ou d'un mot, d'une gare ou d'un train. Même en sachant la vanité de la chose, je reviens toujours vers la page. Je n'attends pas le Messie, juste le sourire d'un homme honnête. Coïncé entre le rythme d'une phrase et le sens des mots, je titube sur la page. De la rose trémière à l'abeille qui tète, le pays de l'enfance est à réinventer. Je découpe dans l'ombre une grand-mère en papier.

 

&

 

À ceux qui pensent tout avoir, il manque l'essentiel. Tout enfant porte en lui un avenir défunt. Au poignet du mort, la montre marche encore, mais chaque heure à venir est déjà passée. À Black Lake, on ne sait plus quoi faire des haldes minérales. Rien ne pousse dans la poussière d'amiante, que des sapins chétifs aux poumons rabougris. Je vis entouré d'un troupeau de collines et de petits feuillus gorgés de sève et d'eau. L'or bleu a remplacé l'or blanc qui a pourri le pays. C'est le début des Appalaches. La pierre et l'herbe se disputent la neige, le soleil et la pluie. L'espace s'arrache à la plaine et se rapproche du ciel. La lumière somme les sommets. Les arbres sont plus sensible à l'air, à la vie des plantes, à l'odorat des pierres. Le soir vient. Il a cessé de neiger. La glace du lac se remet à craquer sous le balai du vent. L'ombre s'allonge pour y boire. Le froid ne tue pas tout, mais il coupe la parole. Il suffit de sauter, de remuer les bras, pour que le sang reprenne sa course. Les mots sortent en buée. Le sang réclame sa portion d'oxygène. Les pensées galopent de nouveau. L'herbe sous la neige ne se sent pas vaincue. Elle prépare son retour. Le plus solitaire des hommes n'est jamais seul. Il habite un paysage. Tant d'éléments lui parlent. L'haleine de chacun se mêle au grand souffle du monde. Est-ce à moi que les oiseaux font signe? Que m'indique le doigt crochu des arbres? Mon stylo coule encore. J'aimerais que passent entre mes lignes ce quelque chose qui court les routes, le vent du large, la chaleur ou le froid. À défaut d'un ruisseau, je laisse à mes enfants un peu d'écume au bord de l'eau.

 

&

 

Il neige depuis 2 jours. On a fini par avoir un hiver à trois broches. La langue verte d'un pin lèche le bas du ciel. Le vent est de passage. Emmitouflé de laine, je m'avance vers lui. Peu importe le froid, je cueille du romarin à l'intérieur du monde. Je parle aux sapinages dans les ombres du soir, au rêve des rivières, aux arbres millénaires. Je n'écris plus du bout du monde, mais du bout de ma vie. La bouche en forme de main, je suis devenu sans le savoir un mendiant d'images. Quand on n'a plus de source, il faut boire de la tisane dans un verre en plastique ou du gros gin dans une tasse trop fine. Je préfère boire à la fontaine avec les mains en forme de coupe. Du son le plus infime au changement de lumière, il faut porter son œil jusqu'à l'extrême limite de l'instinct. La vie renaît, parfois le nez cassé, les oreilles en chou-fleur, mais le cœur bat toujours. Les tic-tac s'emmêlent et se répondent entre eux. On ne peut plus se perdre. Il n'y a plus de chemin. Il faut tracer la route, goûter le pain ou le sel des larmes, croquer à dents de lait ou rire à dents de loup, flairer le vent comme une bête, s'intégrer à la nuit, à la peau des arbres, aux pierres de la terre. On ne sait jamais où nous mènent les mots. Entre les phrases, de longs silences craquent, bourrés de sens. On dit toujours trop de mots. Les derniers écrasent les premiers. C'est comme ça. On veut toucher le monde, mais le bras s'accroche au vide. Je parle comme une ombre qui cherche la lumière.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

Publié dans Prose

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Publié le par la freniere

J'ean-Luc Gastecelle

J'ean-Luc Gastecelle

Publié dans Poésie du monde

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Le temps des hirondelles

Publié le par la freniere

Mon enfance s'est écroulée dans les hautes herbes
tintamarre d'un monde en furie
villes radieuses dénuées de réalité
la guêpe nimbée d'aurore métamorphose le pollen
j'ai connu l'idylle des illusions douloureuses
j'ai côtoyé les pierres fouillé les sables
que de syllabes manquantes ourlent mes paroles
je ne suis que fièvre et fatigue
un étranger suspect dans les rets de la lumière
des sources jaillissent de mes poignets
comme un sang transparent irriguant le néant
il est si loin le temps des hirondelles
à quoi bon maintenant ressasser les roses anciennes
j'ai lu tant de livres que j'ai fini par tout oublier
mon existence tourne sur elle-même
comme une galaxie en forme de nautilus
mes amis ne savent plus où j'en suis
ils ont trop de travail trop de problèmes à résoudre
j'admire leur solitude dans les lueurs de l'arc-en-ciel
qui pourrait me tendre un poème d'amour me rendre
le goût onctueux du lait de l'espérance ?

 

André Chenet

Publié dans Poésie à écouter

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