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Kateb Yacine

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Kateb Yacine

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Gian Maria Testa

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Gian Maria Testa

Le chanteur italien Gianmaria Testa, qui avait trouvé le succès en France, est mort d’un cancer à l’âge de 57 ans, indique mercredi sa page Facebook.

L’auteur, compositeur et interprète de dizaines de chansons, dont beaucoup sont d’abord sorties en France, souffrait d’une tumeur depuis 2015, comme il l’avait lui-même confié dans une interview.

Né en 1958 près de Cuneo, non loin de la frontière française dans le nord-ouest de l’Italie, Gianmaria Testa commence d’abord par travailler dans les chemins de fer. Il sera même chef de gare à Cuneo avant de choisir sa passion, la musique et la chanson.

En 1993 et 1994, il remporte le Premier Prix du Festival de Recanati (consacré aux jeunes auteurs-compositeurs) et c’est pendant la deuxième édition de ce festival qu’il rencontre la productrice française Nicole Courtois Higelin, selon le site Internet de l’artiste. Rencontre déterminante qui sera à l’origine des cinq premiers albums de Gianmaria Testa jusqu’en 2002.

En 1995, son premier album, Montgolfières, sort chez Label Bleu. Adopté par le public français, il chante en italien d’une «belle voix sourde» qui dit «un monde de vent et de mémoire, de terre et de brouillard, d’objets qui volent d’un ciel à l’autre et de femmes dans les gares qui s’en vont au bras d’un autre sans se retourner», selon la biographie mise en ligne sur son site.

Son univers musical est aussi personnel que mélangé – tango, bossa, habanera, jazz – et ses textes souvent très poétiques sont écrits avec une très grande simplicité. Il donne quantité de concerts, dont un à l’Olympia à Paris qui le révèle enfin dans son propre pays.

Son dernier disque, Men at work, sort en 2013, un «live» qui suit une longue tournée en Allemagne.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Réflexions d'un jour d'anniversaire

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Je suis un mot qui se cherche au dictionnaire du sens. J’effeuille des diagonales de silence aux portes de mondes étranges où s’embusquent d’incertains espoirs. Un hibou insomniaque parcourt des cris de feutre. Une pluie de mots cotonneux couvre les plaines blanches de la conscience. Sous chaque flocon sommeille une rumeur, un cri in-entendu, un je t’aime, un j’ai mal, un j’ai peur. La vie est un scope grand écran bercé d’images insipides mêlées aux lamentations des femmes dont on prend les enfants pour leur donner des armes. Des rires piétinent la douleur des autres. La vie court sans mercis, sans écouter les plaintes du jour. Des déments violent l'espoir d'un monde meilleur. La pendule oublie mes utopies, je vacille, farfouille au fond de mes craintes. Au fracas du doute je cherche l'amour indéfectible d'une mère et le sourire d'un père. Je suis un mot qui marche, un cri sur une fracture de rêve, un vieil enfant qui cherche à comprendre sa vie. Je suis la route d’un oiseau perdu qui percute une cathédrale de marbre, le passé qui inventorie ses rêves, le verbe aimer qui conjugue ses larmes. Je suis un jour de pluie quand le poêle et le chat ronronnent, le verbe être qui mesure les années, la fleur fanée qui languit dans un vase, un mot sans syllabe qui ne sait plus se dire. Je suis celui qui cherche son sens, un mot perdu dans l'écorchure du jour.

 Jean-Michel Sananès

 

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Claude Vivier: Lonely child

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Comme dans un patchwork

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Sans la présence de l'homme, les choses qu'il crée seraient vaines. C'est le contraire avec les arbres, les montagnes, les sources. Ils souffrent de la présence de l'homme. Tout amour est une métaphore malhabile. Ce n'est pas tout d'écrire. Les formes importent moins que le désir. Le désir, c'est l'apparition de l'ombre initiale, la première vacuole, des antennes à l'hymen, des doigts à la caresse, de la bouche au baiser. Le désir, c'est tout un jeu de gestes et de postures, d'expressions et de rites. C'est le désir qui fait bouger les choses et rend l'amour possible. C'est le souffle du vent dans le décor ambiant. C'est une eau infinie dans un berceau de soif, une extension de l'âme. C'est le désir qui provoque l'onirisme et l'immersion des chose dans la réalité. C'est le désir qui provoque la beauté et fait battre le cœur. Le désir, ce n'est pas le sexe mais la réalité charnelle du monde. La constance à accueillir l'impensable a fait de moi un porteur d'espérance. Il suffit d'une pensée ou d'une image pour que le vide se remplisse. Chaque heure qui passe laisse sa place à une autre. Ce qui demeure n'empêche pas ce qui vient. Mes viscères se rattachent aux racines. L'expérience se nourrit de culture. Je me lève chaque matin pour apprendre à parler. Je serre contre le mien le corps invisible de l'air. Je caresse les mains du vent sur les épaules de la pluie. L'arc-en-ciel sourit du soleil aux nuages. Mes mains veulent toucher la ligne d'horizon. Il nous arrive de disparaître. On est présent par bouts. Sur la table où j'écris, la lumière époussette la poussière. Mes bras s'allongent en bougeant leurs doigts. On calcule l'âge des maisons d'après l'âme des gens. Les bungalows manquent de cœur. Les cages à poules perdent leurs ailes. Dès qu'on ouvre les yeux, la vie pénètre en nous avec ses chenilles, ses mirages, le bleu du ciel, le blé qui pousse, la pluie qui tombe. Dès qu'on ouvre la bouche, les mots se forment, les lèvres s'agitent, le frisson de parler donne son sens aux choses. Dès qu'on ouvre les mains, la chair invente ses caresses.

 

&

 

Avec des vêtements trop larges, on ne vit qu'à moitié. On dirait une moitié d'homme cherchant l'autre moitié. J'écris comme on lance un caillou dans une flaque. Chaque onde en s'amplifiant forme une phrase liquide. Quand on s'approche de la mort, on ne fait plus semblant. Les mots saignent et se raclent la gorge. On ramasse les miettes, la plus minuscule des secondes. L'ombre des hommes a besoin de lumière. Ça prend des mots plus forts que des images. Il faut le liseron, le blanc des amandiers, le poil des chenilles, la noblesse des arbres. Je ne cherche pas l'argent, mais l'amour. Je dessine une phrase avec un doigt qui tremble, sur la neige et le sable, la poussière et le givre. Le monde moderne m'intéresse très peu. Je préfère les vieux motifs indiens aux modems dernier cri. Peu importe où je vais, j'arrive de très loin et pars de très bas. J'ai frayé ma route à coups d'images et de paroles issues du sang. Le monde court à sa perte. On découpe le globe à coups de bottes et de batailles, de bombes et d'intérêts. Je connais bien Rousseau, Giono, Guillevic, Cendrars, Bouvier, Pirotte. Ils ont dressé leur tente dans mon jardin secret, leur tente de papier, leur alphabet, leurs mots. Je visite avec eux les déserts et les villes, du sable brûlé où ne pousse nulle plante au luxe des jardins, des glaces bleues du nord à l'eau chaude des lagunes, des rocs affamés qui fument aux érables qui pensent. Lorsque j'entends un train ou un clocher, j'ai l'impression d'être chez moi. J'écoute passer les trains. Leur présence me rassure. Là d'où je viens, il y avait partout des passages à niveaux. On devait s'arrêter et regarder les trains. Depuis tout petit que je voyage dans le rêve des hobos, ceusses qui jumpent les trains et se fichent des lois. Le son des clochers me rassure tout autant. À Montréal, où j'ai vécu plus tard, il y avait une église à chaque intersection. Plus jeune, j'aidais même le bedeau à faire sonner les cloches. Aujourd'hui, c'est moi qui suis sonné. Trop de sonnettes de porte m'ont refusé l'entrée.

 

&

 

Dix milles histoires se tissent devant nous. On s'emmêle dans les fils. Certains en font des films et d'autres des romans. Je me contente des cicatrices et des balafres, des poèmes et du blues. Beaucoup, en mélangeant l'alcool et la littérature, se noient dans le malheur, transformant leurs colères en coliques. On ne trouve plus d'eau fraîche, mais des tasses en papier débordant de vieux vin. Je m'en tiens à la lisière de la mémoire et du rêve. La poésie s'accommode mal des routines. Elle préfère à la médication les rustines sur le cœur. Cavalier dessellé, desperado sans pistolet sinon la pointe d'un stylo, j'aurai toujours vécu à cheval sur les mots. Je mourrai crucifié entre deux continents. La police militaire s'est répandue partout. Aujourd'hui le fossé, demain le revolver, la trique et la prison. Demain viendra la mort. C'est étrange la vie. Aucun Dieu n'est fiable, aucun Diable, aucun banquier, aucun riche. Seul un pauvre parfois donne sa main à couper. Au milieu des souris, je donne ma langue au chat. On torture toujours dans les commissariats. Image d'un homme qu'on violente, les mains gangrenées par la vie, image d'une fillette qu'on viole, sa robe déchirée jusqu'aux poils pubiens. L'ombre d'un policier oscille sur le mur. Tous les bruits de la nuit appellent au secours. Le tic-tac du cœur défaille sous la peau. La langue s'use quand elle lèche des bottes. J'écris avec des mots qui trempent dans la graisse et le sang, passant du falsetto aux maracas, du soupir aux klaxons, du désespoir à la fureur de vivre.

 

&

 

Quand on écrit sur du papier, il faut des mots de bois, que la résine se mélange à la couleur de l'encre, que des racines mettent les phrases à l'ancre. Les arbres de la ville aimeraient bien se cacher en forêt, mais les moineaux de la rue en seraient malheureux. Je lave la vaisselle. Je l'essuie. J'arrose les pensées. Chaque geste est une phrase dans le brouillon de la vie. Je ramasse quelques mots tombés d'un livre. Des couleurs poussent dans mes yeux. Ma bouche coïncide avec les mots. Quand j'ouvre mon cahier, j'ouvre la porte au monde. Tout ce qui est nu m'habite. Le jaillissement des images finit par m'essouffler. Écrire me rend mes billes et mes jouets d'enfant. Je tiens la transparence entre mes doigts, celle de l'eau et celle des agates. La neige pleure sur la vitre. Je fais toujours mon lit, mais je laisse des plis dans le tissu des mots. Si les hommes sont plus ou moins vrais, c'est que la vie est plus ou moins fausse. Chaque point de vue a son antithèse, chaque œil son regard. Coups de sifflet, coups d'horloge, coups de pied, coups de gong, coups de fusil, sirène d'usine, sonnerie du réveil, ce ne sont pas ces bruits qui m'éveillent, mais le chant des oiseaux. Ce n'est pas la peur qui m'habite, peur des hauteurs, peur du noir, peur des souris et des serpents, peur de passer pour fou, peur de vieillir et de mourir, c'est le courage des abeilles et la patience des montagnes.

 

&

 

J'entends le vent hurler dans la poussière blanche, la sirène des souffleuses qui passent dans la rue. J'ai de la peine quand j'entends pleurer un rossignol, le gel craquer entre les bras des arbres, le vent croquer les derniers fruits. Avec ou sans béquilles, on titube entre la vie et la mort. Je m'agrippe à la rampe en grimpant l'escalier. La gloire importe peu. Pourquoi vivre en trompetant? On meurt tous en catimini. La sclérotique des yeux devient moins pure. Des points noirs apparaissent. Même le soleil fait de l'acné. Les mots grelottent devant le silence de l'intelligence. Pourtant, je continue d'écrire comme on griffonne inconsciemment. Sans histoire, sans visage, sans héros, la plume qui tourne en rond finit par aboutir. J'aime les mots qui sentent l'huile de coude, les phrases qui sentent le cul, le tabac froid, la vieille pizza. Les livres ont un visage pour peu qu'on sache voir. Les images ont des mains. La chair d'un fantôme est celle de quelqu'un. Au bout de mon crayon, le poids du monde s'allège ou me tord les os. J'ai toujours habité une maison de papier. Une porte s'ouvre à chaque page. Mes vraies racines sont imaginaires. J'avance comme un mouton laissant sa laine aux ronces, un escargot bavant sur le bitume. J'ai mis longtemps avant de parler. Je me méfiais des corps sans parole, des fantômes sans voix, des crimes silencieux. Ce sont probablement les mots qui m'ont sauvé de l'autisme. Le plus beau des voyages, c'est regarder le ciel. Quand on vise l'éternité, les siècles sont précaires. Je ramasse le soir qui tombe entre deux métaphores. L'aiguille d'un stylo ne suffit pas à refaire les coutures. Il faut ajouter des pièces rapportées comme dans un patchwork.

 

 Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Ceux qui font le mur

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Ceux qui font le mur

Ceux qui font le mur sont dénoncés par tous les épiciers
et se retrouvent à l'isolement

Tristan Cabral, in "Ouvrez le feu" (1976)

 

De toute la violence de mes sept portes
bardée d'aiguillons de poison noir
de toute la force de mes pores innombrables
comme la plus grande armée
bleue... 
Je vous tuerai
sans vous aimer.
Car vous servez la mort
comme une cause
inconnue 

Emmanuelle K, in "Les brutes"

 

J'ai vu des bombes détruire des pays, des villes et des peuples
Pour défendre l'opulence des cartels et des trusts ... 

Camille Loty Malebranche, poète et philosophe

 

Je vis l'homme se noyer dans l'absence des regards
je vis l'homme s'égarer dans l'ambition de ses semblables
je vis l'homme s'avilir dans la recherche du bonheur ...

Pedro Vianna, in "Pour en finir"

La finance contamine la terre jusqu'au trognon de pomme. Il n'y aura pas de paix durable tant que l'argent mènera le monde.
Jean-Marc La Frenière

 

Parce ce que l'Europe qu'on nous propose n'est pas celle des peuples et du respect des langues et des cultures surtout monétaires, mais celle du fric et de la mise en coupe réglée des populations laborieuses et productives ...
Yann Orveillon (chronique, 1995)

 

Jeudi 24 mars, 15h30 :

Une nouvelle qui sera probablement passée sous silence : mon camarade et ami le poète Tristan Cabral me fait savoir à l'instant que les locaux du MEDEF sont encerclés, et que les flics se préparent à charger. Mouvements houleux de foule. A poil les noeuds. Le feu gagne de toutes parts, en dépit des attentats programmés pour mettre à genoux les populations. Qu'est-ce que la terreur ? Baou ! aurait répondu Arthur Rimbaud qui en son temps, après l'écrasement de la Commune, a préféré foutre le camp. La différence aujourd'hui réside dans le fait que la vérité suinte à travers toutes les fissures des murs du pouvoir coopté par l'oligarchie plus ou moins mondialisée, par le biais d'internet. Mais ne rêvons pas, internet n'est que le passage provisoire d'une éducation "populaire" (au sens noble du terme), rien de plus. Vivre derrière son écran ne sera jamais la panacée, bien au contraire. Il s'agit maintenant de "renverser les pôles".

André Chenet

Photo : Patti Smith par Mattia Zoppelaro (2010)



 

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Paroles indiennes

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Paroles indiennes

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Venus d'occident

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Venus d'occident

Venus d’occident
de gros insectes
métalliques
bourdonnent dans le ciel
ils jettent aux chiens noirs
la graine qu’ils mangeront
à même la terre
cette graine est blanche
comme est blême le visage
de l’enfant piétiné
j’ai vu souvent la charité
blanche
écraser des enfants noirs
j’entendais leurs corps
de pauvres
claquer au vent
au gré des blancs
sous un soleil si atroce
qu’il ne pouvait être vrai
j’ai vu cent fois
ce geste terrible des doigts joints
portés à la bouche
pour signifier la faim
jamais je n’ai vu au grand jamais
ni entendu
ventre repu claquer au vent
ni rentière brûler ses coupons
sur le front du nord
où les armes blanches
protègent la forteresse
je n’ai connu que
chansons à boire
et rires graveleux
je voyais l’homme blanc
pisser son vin
au pied d’un bananier
et remercier son dieu
dans des nuages
de poussière d’or

 

Christian Erwin Andersen

 

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Publié dans Les marcheurs de rêve

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Maurice Nadeau

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Le légendaire éditeur, essayiste et critique est mort à 102 ans. Pour les 40 ans de «la Quinzaine littéraire»,qu'il avait fondée et dirigeait toujours, il nous avait dit ses passions... et ses coups de gueule

Il prévient: «On ne parle pas de mon âge, hein!» Nous n'étions pas venus pour cela. Mais pour l'entendre parler de «la Quinzaine littéraire», publication qu'il dirige depuis quarante ans. Des chroniques qu'il y signe sous le titre «Journal en public» et dont les meilleures ont été rassemblées dans un livre qui vient de paraître (1). Pour l'entendre parler aussi de son insatiable passion pour la littérature, pour les idées, pour son époque.

Critique, essayiste, éditeur, Maurice Nadeau est un formidable passeur. Les faiseurs de bouquins ne l'ont jamais intéressé. La littérature qu'il défend, c'est celle qui révèle un style, un regard, une conviction. Nadeau n'aime pas les tricheurs. On ne s'étonnera donc pas de l'entendre défendre avec la même pertinence, mêlant l'anecdote au trait incisif, des auteurs aussi différents que La Bruyère, Flaubert, Beckett ou Vila-Matas. Au-delà des époques, au-delà des modes, Nadeau nous livre ses bonheurs. Si grands, si forts qu'ils deviennent aussitôt les nôtres.

Bernard Genies

1. Journal en public par Maurice Nadeau

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Sur les vieilles photos

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Sur les vieilles photos, sur le miroir des visages, les rides sont tous de la même famille, des oncles, des cousins, des grand-pères. Il manque les paroles, les bruits de l'air ambiant. Il manque la présence, les odeurs, la sueur, la chaleur ou le froid. Je veux m'évader de la réalité du rêve, voir l'immensité dans le moindre détail, offrir un sens à la matière, m'insérer dans le mouvement naturel de l'herbe. L'évidence n'est pas la première chose qu'on remarque. Elle est cachée par trop de mots, trop de masques, trop de noms, trop de voiles. Je laisse la folie envahir mes pages, avec ses portes potagères, son herbe charpentière, ses images aux quatre épices, ses images menstruelles, ses miracles quotidiens, ses fleurs de papier que l'eau transforme en larmes. Il manque la rumeur, les cris, le cliquetis des nerfs dans le trousseau des muscles. L'écriture est un don total, ce qui nous éloigne et ce qui nous rapproche. Chaque point final nous exerce à la mort, mais une autre phrase finit par commencer. Le stylo est une bêche dans l'inattendu. La pelle d'un lecteur ramasse la terre tout autour.

 

&

 

Du fond de mon enfance, la mémoire s'allume, des commencements qui bougent à la fin qui déforme. Dans la neige des livres, je me brûle aux racines. Je me laisse manger par le vocabulaire, mais j'en sors plus vivant. J'ai une mémoire géométrique. Je ne parle pas dans un carré, mais chaque cercle, chaque rond dans l'eau, chaque périphérie, ressemble à quelqu'un. Je ne sais qui je suis. Ma vie d'aveugle est en attente d'un regard. Ma bouche cherche ses mots. Certains mots ont des dents. Ils mordent comme les guêpes, les fruits dans l'herbe, la chair de l'intimité sous l'écorce trop frêle. J'habite la buée sur une vitre, l'intérieur des rouages, la chair impudique des fleurs, l'eau du fleuve libérée de ses rives. Je dors sur le dos pour regarder le ciel. J'enlève la peau des mots pour en goûter le jus. Le monde est une échelle appuyée sur un mur. On ne voit pas l'échelle, on ne voit pas le mur, mais on entend craquer les barreaux sous nos pieds. Je traîne dans mon lit et je gribouille ces sparages où je me sens absent. Quand les yeux s'agenouillent, c'est tout le paysage qui prie.

 

&

 

La nature s'habille comme elle peut, de colza, de colvert, d'améthystes et de boue. Une entorse lombaire m'empêche de marcher, m'empêche de penser. Je confonds l'heure avec l'espace. Les morts continuent de vivre dans les yeux des mères, dans les bras des vieilles femmes qui bercent leurs poupées. Il reste un peu de la poussière des choses dans les mots que j'écris, la fraîcheur de l'aube, la pénombre des autres, l'indice d'une présence au sein de chaque phrase. La blessure chante par le sang. L'absolu chuinte sous la porte. Il nous faut dire la douleur, dessiner les fantômes, sentir dans les mythes la connaissance de l'âme. Le chemin monte le long des jambes. Le ciel pénètre par les yeux pour éclairer le crâne. Il y a toujours un côté du cerveau qui reste à l'ombre, un autre qui s'échappe par les gestes posés. Je suis du côté des hommes et des caresses, du côté des arbres et des cadavres qui renaissent, du côté du vent, du vent partout, du vent des ronces et des orties, du côté des jonquilles, des pissenlits, des sources. Des milliers de mots habitent le silence, des milliards de morts dans l'avenir du monde. La chair d'une phrase provoque le délire. Je tournoie entre les pages. Des mots frétillent sur la langue des eaux. J'ai honte pour tout ce que j'ignore et que je n'ai pas fait. J'ai honte pour tout ce que je sais sans l'avoir mérité. J'ai honte pour la honte et l'orgueil des hommes. Quand je me tais, c'est un autre qui parle à ma place, les morts libérant leur parole, les enfants qui apprennent les mots. Les pluies cherchent un abri, un appui. Elles finissent couchées dans un berceau de terre. Elles gonflent les racines jusqu'à la chair du fruit. Mon corps aussi s'est couché dans la vase, espérant l'eau du ciel jusqu'au fond des poumons, agitant les orteils pour toucher l'infini.

 

&

 

Je veux que la lumière s'allume dans l'ombre de mon corps, du bas des reins jusqu'à la nuque. La pensée pénètre l’œuf à rebours. Elle s'envole avant même que l'oiseau déploie ses ailes. Ce n'est pas seulement par la bouche que l'âme touche le corps, c'est aussi par le sexe et les pieds, le regard et les mains, les yeux collés à la vitre du monde. Le cadavre enlisé sur la page, je veux le faire bouger, faire de ce corps inerte un fleuve délivré de ses rives, un corps mouillé d'une sueur sémantique. Le monde retient son souffle sous la fontanelle de l'enfance. Il vient un temps où les mots la transforment en fontaine. Son eau humecte le savoir et gonfle ce qui vit. La parole m'inclut dans la gravitation du monde. Les étoiles se mélangent aux consonnes, les satellites aux voyelles. L'alphabet reproduit la Grande Ourse. Rien n'est anecdotique, ni la routine ni la présence au monde. Chaque page est un espace plus vaste. Dans le livre à écrire par les gestes et les mots, je veux plus que l'instant, plus que la queue d'un fruit ou la brindille d'un nid, plus que l'odeur du fumier et la paille des granges. Écrire est une façon de parler, à l'autre, aux autres, à l'inconnu, celui qu'on appelle Dieu, à l'amante trop loin, à l'enfant qu'on néglige. Les traits du stylo donne un visage à l'inconnu, lui invente une vie. Ce qui vit sans nous est le nous qu'on ignore. On l'apprend peu à peu, d'un étranger à l'autre, de la faune à la flore, de la brume à la forme. Tout cherche la conscience, la chair derrière la chair, les yeux derrière les yeux, la vie derrière la mort. Un mot sur une page est une goutte de sang.

 

&

 

La pluie qui tombe du ciel compte des milliers de gouttes. Chacune s'écrase sur le sol pour retrouver les autres. Elle se noie dans les herbes et engraisse la terre. Elle gonfle les rivières et bouscule en passant les arbres morts qui ont perdu leurs mains. J'avance avec le corps rempli de signes, l'obésité du sang qui me bloque l'aorte et pèse sur le cœur. Je ne compte pas d'histoire. Écrire n'est pas une narration, c'est plutôt en découdre avec le fil du temps, rendre l'absent présent. Le but de l'écriture est de se rencontrer, tuer les personnages, se dépouiller des masques, équilibrer l'extérieur avec l'intérieur, recoller les fragments dans la vision du tout. Le mur qu'on doit franchir ressemble au dernier jour. Il n'y a pas de langue pour dire les massacres, les tueries, les tortures. Il n'y a que la haine et les bras qu'on ampute. Je suis mort trop souvent pour avoir peur de vivre. Je n'irai pas me pendre entre la pensée molle et la ligne de parti. J'ai bâti ma maison dans le bois des échardes. J'ai traversé la mer sur le radeau du rêve avec seulement deux rames et l'hameçon du cœur. J'ai traversé la vie sur un cheval de bois. Il est normal que meurent les hommes, mais il n'est pas normal qu'un homme en tue un autre. Je ne changerai pas mon loup pour un ourson de peluche. J'ai besoin de ses dents pour mordre le malheur.

 

&

 

L'hiver sera court. Les oiseaux chantent déjà. J'en ai vu quelques-uns, une brindille au bec. Il fait chaud en titi. Avant de ressourdre comme une outarde en rut, je sue déjà sous ma bougrine. Les cabanes à pêche ont pris l'eau. Quelques-unes flottent avant de couler. L'herbe repousse au pied des érables. Le temps des sucres sera court. Je prends la vie aux mots. Chaque phrase qui avance s'approche de la mort. La chair de ce livre sera celle d'un cadavre. C'est du passé que surgit le futur. C'est à coups de crayon que je bute sur la destinée. Un vide se creuse à chaque mot. Je cherche un sens pour le remplacer, une image plus forte que celle qu'on peut voir. Je dois donner du texte à la pensée sans l'aide d'un tatouage, sans vêtement de foire. Témoin de l'impensable, j'ouvre les yeux plus grands. Je veux des marées d'amour dans les sentiers d'eau fraîche, me dépouiller de l'homme pour apparaître nu. Il vient un jour où la croissance spirituelle prend le pas sur les convulsions de l'histoire et les grimaces d'histrions. Pour exister plus fort, je dois aider les œufs d'encre à éclore, faire saigner la chair du papier, signer le bas du paysage avec de l'herbe et de l'humus, mordre la pulpe sémantique, remplir avec ma main le gant de l'écriture. Je m'approche de Dieu avec la foi d'un mécréant, la gorge sèche et l'estomac noué. Je fais corps avec l'âme comme un os d'angoisse que ronge mon vieux loup.

 

&

 

Si j'en reviens aux mots, ce n'est pas un hasard. Où d'autres tissent, dessinent ou pianotent, j'ai commencé à voir à la lueur de l'alphabet. Je soupèse de la langue la matérialité des mots. Je me tiens au dessus d'un abîme, peinant à démêler les choses des lettres qui les nomment. Je touille ma soupe avec un mot et je l'épice de virgules. Certains jours, j'ai un tel goût de solitude qu'il m'arrive d'invectiver les chaises, les bruits du frigidaire et les souffleuses à neige. Tous les meubles m'oppressent. Je fais le vide dans ma tête. Je fais la pluie et le beau temps sur une feuille de papier. Je suis un homme d'inaction auquel manque l'action. Il ne faut ni subir ni affronter le monde, mais en faire partie. Les nuages qui passent ont le regard du rêve. Ils regardent la terre avec la méfiance d'un chien. Je me rends compte du monde à la mesure de l'angoisse. À force de rester debout malgré toutes les embûches, je m'achemine vers un oui, le grand oui de la vie, l'aube de l'eau, le soleil de minuit résistant aux néons comme la chair au néant. C'est le sourire derrière le sourire qui est le vrai sourire, le vrai visage du sourire. Aux prises avec la vanité des choses, les couleurs se délavent, les formes se défont, les volumes rapetissent. La parole est l'extension du mot. Elle rend compte du possible, de l'impossible. En ce temps de fin du monde, il faut croire à la persistance de l'azur.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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