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Tu as

Publié le par la freniere

Tu as les jambes de l’amour,

la peau du plaisir,

les dents du rire,

les yeux du voir et du savoir.

 

Tu as les mains du cœur,

le corps du désir,

les aréoles du bonheur.

 

Tu as les seins de la vie,

les bras de l’accolade,

les doigts de la bonté.

 

Ton sang circule en moi

comme un air de musique.

Tu laisses entre mes mots

des odeurs de fougères,

de menthe, de mimosa.

 

Tu laisses entrer le vent,

le pollen et le miel.

Tu parles avec tes plantes

d’une voix de fontaine.

 

Tu portes sur la vie

un soleil en exergue.

Tu rattrapes d’un geste

l’éternité qui passe.

Tu refais chaque jour

la création du monde.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

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On nous a tout volé

Publié le par la freniere

On nous a tout volé,
l'île aux trésors pour une fausse carte,
la peau des bêtes pour des miroirs de toc,
l'eau des rivières et l'écorce des arbres
pour des pylônes et du papier,
le calumet de paix pour une eau qui rend fou,
l'âme de chaque chose pour un Dieu mis en croix.

 

On nous a tout volé,
notre langue, nos chants et le sens des rêves
pour de fausses promesses et des écrans de fumée,
nos rivières à saumons et nos canots d'écorce,
la course des lièvres pour des lapins à piles,
la terre qui est à tous pour des lopins de malheur,
l'or des foins pour du papier monnaie,
le foin d'odeur pour des relents d'essence.

On nous a tout volé
les cristaux de la neige pour des étoiles de verre,
la lenteur du bois pour la vitesse du fer,
un lit d'herbes et de feuilles pour un lit d'hôpital,
les plantes qui guérissent pour une pompe à morphine,
les couleurs du visage pour du rimmel toxique,
le livre des odeurs pour un missel unique.

On nous a tout volé,
les signaux de fumée pour une carte postale,
la chaleur du feu pour l'électricité,
la clef des songes pour un trousseau de clés,
notre mémoire, nos enfants, nos aïeux.
tout ce qui est vivant.

Les klaxons crèvent le tympan des chevreuils
et les chiens de traîneau en perdent l'odorat.
Dans la nuit noire des hommes blancs
même nos ombres sont des lampes.
Je dis cela sans haine comme on bande son cœur.
Ma main cherche une main qui ne soit pas un gant.
J'écoute les premiers bruits du monde,
l'appel des loups et les bourgeons qui s'ouvrent.
Mon âme prend la forme de tout ce que je vois,
le vol d'un oiseau, la pointe des hautes herbes,
le cercle des tipis ouvert à l'infini.

Je n'attends pas ce qui finit.
J'attends toujours ce qui commence.
Je ne veux pas un pont mais un fleuve où nager.

 

Jean-Marc La Frenière


 

5 mai 2008


 

Publié dans Poésie

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Un homme de parole

Publié le par la freniere

À Gérald Godin

 

Un homme libre aujourd'hui libéré de tout

libéré du mal et des peines libéré de nous

qui lui demandions trop lui qui donnait tant

ses plaisirs ses paroles et son temps

 

Un homme de pleine lune assis sur son volcan

qui part en fumée sous nos yeux mouillés

après avoir vécu mille défaites et victoires

dans un monde qui tourne à l'envers

 

Un homme du pays à faire

avec une tête de marteau et des bras de fer

un acharnement qui remue la forêt

et soulève la plaine jusqu'au fleuve vers la mer

un homme de courant à contre-courant

un pagayeur des étoiles un fou de la vie

est parti aujourd'hui

 

Roland Giguère

Publié dans Poésie du monde

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Capitaine Bonheur

Publié le par la freniere

Le Capitaine Bonheur a perdu son costume. Il est trop lent. Il est trop las. Il est là sans savoir où il est. Il ne peut plus cacher les trous de balle qui saignent, les épines qui piquent, les cicatrices de l’âme, les brûlures du cœur. Même armé d’un sourire, il se blesse les dents. Il marche sur les cendres en balbutiant des nombres. Il est là sans trop savoir où c’est. On tire à vue sur son voilier. On coupe les ailes des oiseaux. Il n’a plus pour souper qu’une fourchette sans dents, une soupe d’eau de mer, un vieil os de pluie mordu par les nuages. La proue du jour s’enfonce dans la vase, ses songes de pétrel englués dans le mazout.

 

Le Capitaine Bonheur a perdu la raison. Il ne voyage plus de Charybde en Scylla. Il n’est plus sûr de rien. Il traîne sur l’épaule un sac d’hypothèses. L’amande qu’il croquait est devenue caillou. Son mémoire est une boite de Pandore que nul n’ose ouvrir. Son visage est en berne dans les dessins d’enfant. Il n’y a plus d’oiseaux à Tchernobyl. La ligne d’horizon se gondole et s’éteint. Quelque chose du temps s’atrophie dans l’azur.

 

Le Capitaine Bonheur a perdu la parole. Ses mots s’envolent dans une image trop grande. Les roues tournent à l’envers sur son vélo cassé. Les mots courent dans les champs. Les mots coulent dans les reflets d’orage sans atteindre la terre. Les graines attendent en vain, la bouche grande ouverte. Le Minotaure s’ennuie au fond du labyrinthe.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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On a serré le jour

Publié le par la freniere

On a serré le jour

Jean-François Mathé

Publié dans Poésie du monde

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Les derniers mots d'amour

Publié le par la freniere

J’ai les yeux pleins d’abeilles
à regarder les fleurs

mais la ruche est minée

comme les déserts du monde.

Comment nommer les arbres
ou boire l’eau du ciel
quand les grains de l’espoir
pourrissent dansd la terre ?
Derrière le décor
des ombres nous font signe
et s’apprêtent à sauter.

On n’arrose plus d’amour
le cœur en pot
et les baisers s’étiolent
sous la poussière des choses.
Les yeux des poupées pleurent
sans savoir pourquoi.

Une maison de rires

laisse battre sa porte
comme une pluie glacée.
Il y a des crocs sous la caresse,
des gestes dont les poings
se terminent en fusil,
des enfants morts de peur,
de la poussière d’amiante
sur les cils des faons.


Dans l’abondance des choses
c’est la rareté qui manque.
Le trop plein n’est qu’un vide
où s’évapore l’âme.

À la lueur des balles
dans l’horizon qui meurt
j’écris en lettres verticales
les derniers mots d’amour.


Jean-Marc La Frenière

28 septembre, 2004

 

Publié dans Poésie

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Gare au poète

Publié le par la freniere

Poème du 19 octobre 2006
 

Le titre évoque le poème et son poète à l’origine de cette page
« Sans passeport ni monnaie » de Jean Marc La Frenière
10 ans après
Nous sommes toujours reliés dans nos constellations
Conjurant chacun à notre manière
« le vent déchirant de la nuit noire » (André Breton)
30 mai 2016


Gare au poète qui a raté le train et qui erre parmi les passants pressés sans armes ni bagages
Ils ne le voient pas Ils ne l’entendent pas Ils veulent le gommer

 

Gare au poète qui a raté l’avion et qui vole parmi les oiseaux de fer et de guerre
Ils ne l’écoutent pas Ils n’ont cure de son aile pacifique Ils bombardent et font éclater les vies et les larmes amères

 

Gare au poète qui s’est enfui de la ville CO2
Il est l’érable et le bouleau Il est le loup et le caribou Il est le rêne et le mythe du rêne Il est l’œil du premier et du dernier indien Il est la paisible violence de Nature que vous ignorez dans vos cœurs bétonnés

 

Gare au poète qui crie dans le désert des nuits
Qui cherche ses mots de rêves et de réalités Qui cherche ses mots pour chaque atome de seconde Qui cherche ses mots d’ébène et de sapin Qui cherche ses images dégagées et rapaillées de tous ces lambeaux de vie dont vous vous contentez

 

Gare au poète que la charrette des critiques a raté
Ils ignorent l’autodidacte rebelle Ils ignorent le murmure du cosmos le cri du loup l’encre teintée de vent de sang de terre Ils sont ces doctorants qui entretiennent leurs petits dieux en des colloques et séminaires où ils échangent leurs coliques et leurs feuilles mortes

 

Et gare à la société qui abandonnerait ses poètes
Celui qui cherche « tout, sans but, sans trêve, sans repos »*
Celui qui ne veut pas « d’un homme qui n’aurait pas de peine, pas d’épaule, pas de cœur » **
Celui qui obstinément « Parce qu’il est nu Et le ciel vide Que la langue est sa patrie…Guerroie avec des mots Sans souci de victoire » ***
Celle qui Entre lune et loup écrit « Les mots aussi ont leur nuit Ils se taisent alors Opaques denses On se couche dans leur silence Comme un chien fait le mort Et on attend Longtemps Qu’ils se mettent à bruire Doucement Comme une source »****
Oui N’oubliez pas la source N’oubliez pas la joie Sous peine de vous oublier vous-même

* Victor HUGO ** Jean Marc LA FRENIÈRE *** Gaston PUEL
**** Jacqueline SAINT JEAN

Jean Jacques Dorio
19 octobre 2006

Publié dans Poésie du monde

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Soleil algonquin

Publié le par la freniere

La terre, quand nous la quitterons, ne sera plus qu'une poubelle pourrie, survolée d'engins, de poutrelles
On aura goudronné les mers, délité les plateaux
Brûlé le vent
Je la vois devant moi, présent ! Passer au passé des planètes
Nos os y resteront collés, sans commémorations, ni thrènes
Nous en avions pourtant respect, comme de tout moment vivant —
Elle, dont nous faisions partie, cependant qu'Elle était en nous —
Aussi gérions-nous nos forêts en hommes nés de leurs clairières (et jamais nous n'exigions plus que correspondant aux besoins)
Mais qui se souviendra jamais de nos célébrations lointaines ? Et que nous assistions nos morts aussi longtemps qu'un peu de chair restait accroché à leurs os...

Luc Bérimont


glané sur l'excellent site Emmila Gitana

Publié dans Poésie du monde

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J'ai mal à mon pays

Publié le par la freniere

À Gérald Godin

Par la grégousse et la picouille, par la souque et la noune, par la cantouque et la babiche, par la baboche et la batèche, par la poutine et la pitoune, par la snoutte et l’eau d’érable, par la garouine et le totem, par les guernouilles et les corneilles, par les babioles et les barniques, par la couenne dure et la garnotte, par la plorine et le marcou, par les pawn-shops et les barguignes, avec la langue des charretiers et des limeurs de sciottes, la parlure en patchwork, nos cicatrices à l’âme, la détresse, l’angoisse, la souffrance, nos larmes résignées, nos doigts sous le marteau du boss, nos cris de durs de la feuille, nos mots de chienne à jacques, nos têtes de pioche, nos cœurs à gage, nos garages à rabais, nos sparages de feluette, nos pieds et poings liés, nos mini-putt et nos ceintures fléchées, nos bowlings et nos bières, nos yeux en graisse de binnes et nos œufs dans le vinaigre, nos lèvres dans la blessure du verbe, le frisson des traqués, nos huards en chute libre, nos ombres en laisse et la lumière en porte-voix, avec nos réponses qu’on apporte à la vie, j’ai mal à mon pays. J’habille ma colère en étoffe d’hiver et en mitaines pas de pouce. J’ajoute un hochet d’espérance au berceau des taudis. J’agite un drapeau noir sur le vocabulaire. Je mets un bonnet d’âne sur la télévision, la hache dans la gammick des affaires. J’envoie la sainte flanelle au banc des punitions et leurs gérants d’estrade au diable vauvert. Je suis en simmonaque, en tabarnaque, en saint-chrême, en enfant de chienne, en beau calvaire. Il y a tant de portes à ouvrir, tant de voleurs, tant de verrous, tant de crosseurs à slaquer, si peu de mine dans le crayon, tant de distance entre la chair et l’âme, entre l’homme et la femme, entre Facebook et l’amitié, entre les mots et le papier, entre le sang des morts et l’encre des journaux, la course des enfants, le pas lent des vieillards, les vraies couleurs du monde, les reflets au néon. Le manque au fond des choses agrandit ce qui manque et le surplus de choses engraisse le néant. Ma langue maternelle saigne sous la fourchette des prix. Floué par le murmure marchand, la langue de bois et la voix des sirènes, mon peuple est le premier pays à dire non à sa propre existence. La feuille dans le silence des érables n’est déjà plus un mot mais le drapeau d’un autre. Les pas se sont fait lourds dans la marche à l’amour. Dans le déséquilibre des échanges, j’habite un pays qui ne veut pas de lui et se refuse à naître. Les gens se sont dits non. Ils ont dit non à tout pour être sûr de rien.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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La langue est mon pays natal

Publié le par la freniere

La langue est mon pays natal. Je meurs et je revis à chaque bout de phrase. Du bois mort dans l’âtre fait revivre la flamme. Il suffit d’un seul mot pour ouvrir une porte. Il suffit d’un poème pour redonner courage. Il suffit d’un motif dans les limailles de l’aimant et les cristaux de neige pour retrouver sa route. Il suffit d’un baiser pour effacer la haine. Il suffit d’un insecte au milieu du désert pour trouver l’oasis. Il suffit d’un regard au milieu de la nuit pour trouver la lumière. Le ciel se dessine sur une plume d’oiseau, l’océan sur une vague. Il suffit d’un galet de la grosseur d’un ongle pour porter la rivière.

 

La langue est mon pays natal. Il suffit d’une flûte parmi les bruits de chaînes pour retrouver l’espoir. Des couleurs se glissent sous le crêpe du deuil. Il suffit de sourire au paria de la rue. Son cœur bat plus fort sous son lot de guenilles. Il suffit d’un simple battement d’ailes pour rejoindre le ciel, d’un regard, d’un mot, d’un simple bout de pain, d’un verre d’eau sur la table. Il suffit d’un coin de chaise pour inventer le bonheur. Tour à tour, vous êtes le sourcier, le berger, le verger. Il suffit d’une abeille pour trouver le pommier. Il suffit d’une lézarde pour traverser le mur, de se vêtir de pluie pour affronter l’orage.

 

La langue est mon pays natal. Je n’ai que faire d’un nom, d’un rôle, d’un statut. Je suis mêlé au sang des bêtes, à la rosée des jours, au sable du désert, aux ailes des oiseaux, à l’écorce des arbres, à l’éclat du soleil. Il suffit d’un seul poing pour contenir sa rage, d’une fleur pour en rire. Il suffit d’un regard pour voir la lumière sur les tableaux des peintres. Je cherche la bonté, la beauté, la pudeur. Je suis mêlé aux feuilles, assailli d’herbes folles et de rires d’enfant. Je suis mêlé au temps comme le flot des mers, le reflux des marées, le ressac des mots. Il suffit d’une caresse pour compléter la main.

 

La langue est mon pays natal. Je n’ai que faire des frontières, d’un calendrier, d’un costume, d’un nom. L’étoffe bleue du cœur habille ma parole. Je n’ai que faire d’un code, d’un salaire, d’un but. Je signe le chemin du prénom de mes pas. Perdu dans le monde, j’ai retrouvé ma route au milieu des voyelles. J’ai retrouvé l’amande sous l’écale des mots, la source sur la page. Quand la lumière vacille, je rallume une phrase. J’ouvre la porte à la tâche d’aimer, aux battements du cœur, au jardin des images. Il suffit d’une fleur pour trouver le pollen.

 

La langue est mon pays natal. Les mots savent rire et pleurer. Ils ne retiennent pas les leçons de l’école mais les blessures du temps, les joies petites et grandes, la caresse des doigts, la morsure des fleurs. Ils ne savent pas compter mais chantent quelques fois. Ils cueillent le soleil sur la pointe des arbres. Ils jettent sur le monde un soupçon de justice, une étincelle, un feu, les bouts de vie qui manquent. Ils font pencher les arbres pour qu’on cueille leurs fruits. L’envie d’écrire me vient sans savoir pourquoi.

 

La langue est mon pays natal. Je ramasse du crayon quelque chose qui scintille, une perle, un éclat de cristal, un petit bout de pluie. Ce qui distingue les phrases, ce sont le linge des voyelles, le tintement des syllabes. Quand je dis infini, je n’ai que six lettres pour définir l’espace. Dans la cuisine des mots, il y a toujours une chaise où personne ne s’assoit. C’est de là que j’écris. Quand la bouche n’est plus qu’un mégot mal éteint, il suffit d’un poème pour en faire un volcan. Quand le monde se limite à l’horizon des yeux, la bouche l’agrandit de chemins infinis. La langue recolle de salive la parole brisée.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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