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Il n'y a pas que des attentats

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Le bord d'une langue

Publié le par la freniere

à Norman La Frenière

 

J'habite sur le bord d'une langue qu'on voudrait bien couper. Toute terre est sacrée, mais les économistes ne croient pas à l'amour. Ils ne croient pas à l'homme, mais ce qu'il lui rapporte. Ils le transforment en bête pour un peu plus de beurre. Les oiseaux chantent avec un peu de brume dans la voix. Les couleurs apparaissent à l'oreille quand ils s'appellent d'un arbre à l'autre. Ce sont les pas des hommes qui creusent les ornières. Je saute à la marelle parmi les sentiments. Les hommes ont toujours cherché le paradis sur terre, de la chaleur du Sud au Grand-Nord du Nord. Ils ont trouvé le Far-West en cherchant le Far-East et la piste maritime des épices. C'est pourquoi on appelle les Amérindiens des Indiens. Chaque partie du corps est un concentré de continent. Chaque cicatrice est un visa. Tout un bouquet d'odeurs traverse le réel. On se demande comment l'horizontal liquide soutient le vertical de pierre.

 

Des lieux nous poussent ailleurs et d'autres nous retiennent. Il est toujours un lieu où la main à plume rejoint l'acier des truelles. Le monde ne tient pas dans une chambre d'hôtel. Ma petite maison dans la prairie, je l'ai gardée en moi. Aujourd'hui que quelques pages me suffisent pour voyager, je n'en espère pas moins embrasser l'horizon. L'univers est ce qui est partout, dans l'invisible et le visible. Appuyés sur l'enfance, il faut dire oui plutôt que non à l'appel des rêves, dire non plutôt que oui à la soif des banques. Une pluie soudaine désaltère le sable. À l'automne, l'imaginaire des arbres jonche le sol. Nous marchons sur les feuilles et l'humus nouveau. Sans lampe de poche, les yeux éclairent dans la nuit. Les oreilles se mêlent aux crissements des insectes. Les battements du cœur accompagnent la sève.

 

Une pomme et un couteau nourrissent le mot faim. Le sculpteur, c'est lui-même qu'il sculpte. Les bois sculptés ne sont pas moins vivants que les arbres dont ils viennent. L'écrivain s'habille de mots pour exposer sa nudité. Il faut que ses phrases s'enfoncent dans le sol pour respirer la terre, que ses images ne craignent pas de se mouiller. Le peintre met des couleurs à l'âme. Chaque enjambée est comme un coup de pinceau. Le temps qu'il fait dessine les saisons. Les gris se mêlent aux verts. La mousse rousse devient rose. Les collines blanchissent. Les bonhommes de neige fondent en larmes. Les girouettes s'envolent avec les oies sauvages. Le chuintement des rabots est une autre musique. Il y a toujours des copeaux d'infini dans l'atelier d'un ébéniste.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Prose

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Bernard Dimey

Publié le par la freniere

Malgré le peu d'argent qu'on a
Malgré notre gueule en tirelire
Et le goût des chemins de croix
De la mitraille et du délire

Malgré ces gens qui march’ au pas
Qui se réchauffent d'être ensemble
Malgré trois cents gueules de bois
Et des milliers de mains qui tremblent

Demain je crois

Malgré les chemins de l'amour
Et cette peur que j'ai des femmes
Qui m'ont laissé le souffle court
Au petit jour au bord du drame

Malgré mes cheveux qui s'en vont
Et ma voix de plus en plus fausse
Dans les ornières de mes chansons
Malgré mes dents qui se déchaussent

Demain je crois

Malgré la peur du lendemain
Qui me prend le soir à la gorge
Et qui serre fort à deux mains
Malgré l'enfer que je me forge

Demain je crois

Malgré mes enfants de l'amour
Que j'ai vu mourir avant terme
Malgré des milliers de discours
Et ma gueule enfin que je ferme

Malgré les soleils de minuit
Qu'on imagine à la campagne
Et qui vont se coucher sans bruit


 

Bernard Dimey

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Hommage à Josée Yvon

Publié le par la freniere

Hommage à Josée Yvon

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Je grimpe sur la page

Publié le par la freniere

Voyelles pliées, phrases au dos, je grimpe sur la page. Je m’accroche aux virgules, au sens, aux métaphores. La route est longue du silence à la voix, de la mer aux tisons, des racines à l’oiseau. Les bruits sont épars et le ruisseau de l’encre amplifie leur écho. Un grand galop de brume envahit les images. L’hiver est à portée de la main. D’une page à l’autre, il y aussi la neige, la pluie, le vent, le gel, des sacs ouverts sur le sol, des cailloux, des syllabes. Un vent serré comprime les paroles. Je m’accroche au lichen. Mes yeux parcourent l’horizon. Mes oreilles bourdonnent dans le silence botanique. J’aperçois un sourire dans une faille du sol, une pierre se dressant en menhir, un arbre s’échinant à faire craquer ses branches. Lorsque la glace endort l’eau, le rêve met ses patins. Je tourne en rond, autour, à tâtons, en démêlant à peine les formes de l’informe. Quand la gomme apparaît, il n’y a plus d’horizon, de montagne, de vallée. Les lieux se dérobent. Je n’efface jamais rien. Je m’accroche aux trous noirs. J’essaie d’enregistrer la croissance des arbres, l’éclatement des bourgeons, le cri glacé des saxifrages. J’entends le loup mordre le vent, la neige cracher le feu. Je pourrais être ailleurs, n’importe où. Le dedans est dehors et le dedans se perd au mitan de la page. Je cherche une éclaircie à travers les images, les mirages, les nuages.

 

Je ramasse les mots perdus sur les trottoirs parmi les papiers gras, les crottes de chien, les épluchures du progrès. Le temps ne fait rien à l’affaire quand on compte les heures comme on compte ses sous. Quand les âmes de synthèse envahissent les ondes, on n’entend plus le cœur mais le froissement du cash. On a bâti des banques sur les débris de Dieu, des enfants suicidés, des oiseaux de malheur. Où trouver la beauté entre l’utile et le futile, entre l’usure et le mépris ? Que faire d’une fête sans violon, d’une danse sans bras ni jambes, sans un oiseau à cordes ?

 

À défaut d’une clef, j’ouvre toutes les portes avec des mains sonores. J’écris à la mitaine, à la main, à la jambe, à pieds joints, à la force des poignets, à la belle épouvante comme un feu de fardoches, une araignée tissant sa toile gothique dans la poussière du monde. Avec mes désirs à bout de bras, je m’accroche au papier, à la neige, à la nuit, même aux os des sittelles. Quand la graine est sous terre, il faut l’encourager. Enfargé dans les mots comme une gélinotte, je grimpe sur la page. Je parle aux plantes, à la musique, aux pollens, aux pierres par solidarité, pour trouver l’harmonie entre deux sons de cloche. Même si les mots n’arrivent pas à la cheville du silence, je sème des voyelles dans la terre du cœur. La mer ne meurt pas quand les vagues se brisent. Une image parfois, une seule phrase, une simple pensée m’empêche de tomber.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

J'habite sur le bord d'une langue qu'on voudrait bien couper.

 

Publié dans Aphorisme du jour

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Un crayon à la main

Publié le par la freniere

On vide les tiroirs

dans la chambre du cœur.

On laisse la porte ouverte

au vent des souvenirs.

 

Ni dedans ni dehors

ni ici ni ailleurs

ni pire ni meilleur

ni vraiment le malheur

ni vraiment le bonheur

même les oiseaux

finissent par tomber.

 

Parmi les mots les morts

les âmes flânent ou s'évaporent.

 

J'écris de la main gauche

maladroite et rebelle.

Il y a trop de faux pas

dans les jambages des phrases.

Trop de mots se perdent

dans l'écriture du monde.

 

Debout comme un crayon

sur la neige des pages

je grave des sillons

sur la chair du froid.

 

Je finirai assis

sur une chaise de paille

un crayon à la main,

un rayon de soleil

me transperçant le cœur.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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La rencontre

Publié le par la freniere

La rencontre

Publié dans Poésie à écouter

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Exercices de stèle

Publié le par la freniere

Hier Guillaume Apollinaire est mort de la grippe espagnole
Max Jacob périt d'épuisement dans le camp de Drancy
Robert Desnos du typhus sur sa paillasse de Terezin
Mallarmé posa sa chique dans les bras de son médecin
Henri Calet dans ceux d'une créature là-bas à Vence cité des arts et des fleurs
Tennessee Williams s'étouffa avec la capsule d'un tube d'aspirine
Odön von Horvath rendit son dernier soupir assommé par une branche d'arbre sur les Champs-Elysées
Jean Follain écrabouillé par un chauffard place de la Concorde
Jean-Pierre Duprey se pendit à la poutre maîtresse de son atelier
Marina Tsvetaïeva en fit de même en pays tatar
Virginia Woolf s'est noyée dans une rivière du Sussex avec de gros cailloux au fond des poches
Roger Nimier se fit la malle au volant de son Aston Martin sur l'autoroute de l'ouest
Emile Verhaeren tomba sous les roues d'un train en partance
Federico Garcia Lorca sous la mitraille franquiste
Emmanuel Bove s'est éteint de cachexie
Joe Bousquet transformé en statue de pierre
Nicolas de Staël aimanté par une fenêtre
Gogol affamé par un moine
Rilke piqué par une rose
Chénier la tête décollée
Saint-John Perse a calanché de ne rien faire
Boris Vian a lâché la rampe d'un arrêt du palpitant
Boileau a eu les testicules boullotées par un dindon
Paul-Louis Courier abattu par la carabine de son garde-chasse
Stig Dagerman asphyxié dans un garage par le tuyau d'échappement de son automobile
Emile Zola intoxiqué par le feu d'une cheminée
Stefan Zweig lui opta pour le véronal
Raymond Roussel pour le somnothiril et le néosédan
Catherine Pozzi préférait la morphine et le laudanum
Pour Olivier Larronde ce fut l'opium
André Frédérique choisit un subtil cocktail gaz gardenal
Armand Robin cracha son âme de manière suspecte à l'infirmerie spéciale du dépôt de la préfecture de police
Jean Senac a été assassiné en pleine rue
Robert Walser est tombé le nez dans la neige un soir de Noël
Petrus Borel le front dans le sable sous un soleil de plomb
Rimbaud a claqué d'un carcinome du genou
Artaud pourrit sur pied d'une tumeur à l'anus
Verlaine avala sa chique d'une congestion pulmonaire
Jules Laforgue la glissa de phtisie
Alfred Jarry de méningite tuberculeuse
Tristan Corbière carbonisé par les rhumatismes articulaires
Charles Cros sombra dans la gnole et le tafia
Alphonse Allais prit congé dans l'absinthe

Paul Celan dans la Seine
Ghérasim Luca aussi
Jacques Prévert succomba d'un cancer du poumon
Georges Perros le même mais au larynx
Nerval gigote encore au bout d'un réverbère
François Villon gît dans la fosse commune

C'est décidé
à partir de demain
je ne sors plus de chez moi

 

Patrice Delbourg

Publié dans Poésie du monde

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La Fanfare Pourpour

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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