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La déliaison maternelle

Publié le par la freniere

Je pense à vous, ma mère, fillette aux cheveux blanchis, à votre erreur hirsute dans le couloir des nuits, votre geste maladroit pour épouvanter les chauves-souris, votre rage à exterminer la vermine qui infecte vos rêves, votre angoisse de ne pas comprendre l'obscure serrurerie de la cave, d'avoir renversé ce vin absurde que n'absorbe plus le sol, d'entendre sans fin marcher derrière vous sans parvenir à
vous retourner
.

 

Je pense à vous, ma mère, à vos veilles de vierge couvant l’enfant qui envisagera le couvent, au mur sans crucifix qui aura révélé cet amour furtif, aux dimanches de vitrail brisé où nous adressions nos prières au silence des éclusiers.

 

Je pense à vous, ma mère, dans cet asile où grimacent les faces d'une fraternité stupide, dans la vertigineuse lenteur de mes gestes maintenant désorientés, dans la ferveur vide de l'horizon où, semence rouge, le soleil ne fécondera plus la flaque des nuages. Je délace la difficile tresse des liens maternels. Ma folie fait défiler les délits du lit commun.

 

Dans ce domicile des délires vous refusez de panser votre fils. Ma tête repose sur les épaules de mon voisin de lit.

 

La boulimie maternelle a tout envahi.

 

Yves Charnet

Publié dans Poésie du monde

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Bruno Lalonde et les Clochards célestes

Publié le par la freniere

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Publié dans Glanures

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On sait l'autre

Publié le par la freniere

On meurt : on meurt, on est à terre. On écoute les poètes, on écoute leur voix, le temps qui passe par leur souffle, venus de tous pays, marchant vers nulle part, on entend le murmure du monde, la mémoire de l'oubli, un long chant lancinant, et qui s'élève : et nous rehausse. Ils sont tous là, assis par terre, le dos au mur, à faire un feu avec la vie. Ils sont là, tous, à faire des flammes avec leurs mains, mettre des braises avec leur bouche, et nous réchauffer le coeur.

on est à terre
et c'est la fin

on meurt des vertiges des oiseaux
on meurt enfin
tout en rêvant
qu'une armée en furie
baisse la tête devant :
une poignée de fous.

 

Édith Azam


http://emmila.canalblog.com/tag/MONDE

Publié dans Poésie du monde

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La vie en marche

Publié le par la freniere

Je ne prends plus
le temps de mourir.
Je prends la vie en marche
avec ses cuisses ouvertes,
ses colombes de miel,
le sexe des couleurs,
des odeurs et des mots.

 

Je prends le vent en marche
sur ses bottes de sept lieues
et ses vagues immenses
comme des continents.

 

Je prends le ciel en marche
avec son cœur solaire
et ses larmes ouvertes

au rire des oiseaux.
Je tends vers les étoiles
mes deux poings désarmés
découpant l’infini
à même les nuits blanches.


Entre l’orage et le soleil
le temps prépare son jardin.
Entre l’ange et la racaille
la beauté fait fleurir
les branches du béton.

 

Malgré ses jambes malades
le temps court vers la mer
et marche sur les eaux.
Sous sa peau de lucioles
la terre parle au ciel
le braille des lumières.

Je n’attends plus la mort.
Je t’attends
comme un afflux de sève
dans la tête du caillou.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Nous sommes tous des nègres

Publié le par la freniere

Nous sommes tous des Nègres des Juifs
des Arméniens des Arabes des Kabyles

Nous sommes tous des Indiens des Chinois
des Russes des Anglais des Normands

Nous sommes tous des Bretons des Basques
des Espagnols des Portugais

Nous sommes le langage du vent
l’épaule de nos mères
les mains de nos pères

Nous sommes la nuit et le jour
l’enfant et le vieillard
la cerise et le chêne


Nous plantons l’arbre de la solitude
et vivons des mêmes mots
dans la forêt des mondes

Nous dormons dans les bras du temps

 

Éric Dubois

Publié dans Poésie du monde

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Je suis un mensonge qui dit la vérité

Publié le par la freniere

«Je suis un mensonge qui dit la vérité»: je n’ai jamais vraiment aimé le poète bricoleur d’Orphée et du Sang d’un poète. Pourtant, cet aveu qu’il jeta un jour n’a cessé de m’occuper, de me hanter. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux? Qu’importe si Blaise Cendrars le merveilleux voyageur de l’espace du dehors et de l’espace du dedans – frère en cela de Michaux, de Segalen et de quelques autres – n’a pas accompli tous les périples qu’il narre, qu’importe s’il n’a pas fait l’amour avec toutes les femmes qu’il évoque dans sa prose rythmée par les roues des express internationaux, qu’importe s’il n’a pas vraiment vu dans la forêt brésilienne une vieille locomotive des commencements de l’âge d’or du rail, envahie, mangée par les exubérantes fleurs tropicales, les serpents pythons et les fourmis rouges. La littérature n’est qu’un fantastique artifice pour dire quelque chose de vital, de l’ordre de la nécessité. L’écrivain n’a pas à rendre de comptes. Il donne des contes aux petits et grands enfants de la planète, ballottés entre étoiles énigmatiques et drames violents, quotidiens. À un certain degré d’intensité, le rêve devient réalité irréfutable, vécue.

 André Laude

Publié dans André Laude

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Dans le système néo-libéral, la mort d'un SDF est anodine, mais mutiler un billet de banque est un crime.

Publié dans Aphorisme du jour

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Vaches

Publié le par la freniere

Si j’étais vraiment sûr de mourir aussi vite qu’il est prévu, j’irais plus souvent parler aux vaches dans les prés:

Elles qui finiront biftecks doivent avoir une idée sur la mort? – une bonne idée! Et sur la résurrection, donc!

Au lieu de cela je paresse : je travaille comme un fou, des quinze heures par jour, et je n’ai même plus le temps de marcher par les chemins creux. – Je dois mourir sans m’en rendre compte.

Mais un soir je partirai – pour la promenade, pour les oiseaux dans les haies. Et, tout comme mon premier chien, je ne reviendrai pas. De moi, on ne retrouvera rien – que ce poème antidaté.

Et moi-même, je ne sais où je serai.

 

Roland Nadaus

 

Publié dans Poésie du monde

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La différence

Publié le par la freniere

Entre les uns et les autres

entre l'homme et la femme

entre les choses et les idées

entre l'espace et le temps

entre le noir et le blanc

entre les couleurs et les voyelles

entre l'abîme et la cime

entre le oui et le non

entre la pluie et le soleil

entre la tête et le cul

entre les bêtes et les arbustes

entre les écrevisses et les étoiles

entre l'éthique et l'esthétique

entre la bile et la prière

entre l'enfer et le paradis

entre l'enfance et la vieillesse

entre la vie et la mort

la différence n'est qu'apparente

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Il est des jours

Publié le par la freniere

Il est des jours où l’on aimerait bien attraper son destin par la queue. Mais nos pauvres doigts tout rongés d’impuissance ne peuvent que saisir les pages du journal où défilent, à grandes coulées de lettres noires, les fabulations d’un monde pathologique.

Alors on prend l’escalier, on va à la rencontre de la rue, du trottoir des autres. On se mêle à la foule, on erre dans les lieux sacrés qui ont vu tant d’autres promeneurs aux mêmes yeux fatigués, au même sourire triste et désabusé. On devient témoin en même temps qu’acteur. On voudrait autre chose, on voudrait que les autres aussi désirent autre chose, autre chose que cette faillite où sombre la ville dans un grand éclat de vitres brisées. On s’use les doigts sur les touches de la machine à écrire, on devient mercenaire de l’écriture.

Et cette nausée, cette angoisse qui vous ronge le cœur, on essaye de la noyer à grands verres, «verres de mémoire» disait Hardellet. Mais il n’en sort souvent qu’une nuit désenchantée où traînent les cadavres bleuis d’un futur froid repassé. Parfois une rencontre, la nuit étincelle, et c’est l’émerveillement de l’impossible sacrifié sur l’autel des petits matins.

On reprend son chemin. On chasse les étoiles avec un filet à papillons percé, usé jusqu’à la corde de vaines tentatives. On crie, on hurle, on vocifère, on se déchire à grands coups de mots – ces dents du mystère –. On essaye d’aimer, mais c’est difficile, et on ne récolte souvent qu’une fine poussière qui accroche les revers du manteau. On marche dans le désert, au milieu des autres. Quelle étrange solitude!

Ainsi va André Laude, Don Quichotte de la ville, cette ville qui le tue, où il renaît chaque jour, des étincelles au bout des doigts, avec une farouche magie.

 

André Laude

 

Publié dans André Laude

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