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Paysage écrit

Publié le par la freniere

C'est pris dans un autre décor - avec vue sur les toits - , au cinquiéme étage d'un immeuble donnant sur une rue plus ou moins animée, que j'essaie d'assembler ces lignes, de les frotter, de leur donner un semblant d'assise. Ici aussi, il y a baie et transparence. C'est d'ailleurs à travers elles que je scrute, devinant une vague ligne d'horizon derrière les tours.Au loin, le ruban bitumé qui se perd au milieu des champs de colza doit descendre, via Nantes et quelques lignes portuaires, en zigzag jusqu'au golfe de Gascogne. Le soir, quand j'ai envie de voyager gratis et de me mettre un peu d'écume aux lèvres, je me lance dans des raccourcis de ce genre. Façon fragile de toucher la mer en quelques secondes. De capter un roulis, un bruit de fond, une gueulante larvée, des lames effilées, des couteaux jaunes (phares ou balises) capables de cisailler la noirceur du dehors en un clin d'oeil. A chaque fois les colères, les tourments, les spirales d'émotions à l'oeuvre chez Georges affleurent. Tout est tendu. En prise directe avec les éléments et les tripes... je m'en vais chercher des mots tournant autour du même bois. Et oublier, un temps, le hameau, ses morts, sa mémoire (tout ce qui m'absorbe depuis des années) pour enfin vous retrouver.

 

Jacques Josse

Publié dans Poésie du monde

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Réflexion

Publié le par la freniere

Les grandes voix de Yves Bonnefoy et Élie Wiesel nous ont quittés en cette fin de semaine. Je suis toujours très étonnée de constater que les médias, qui se mobilisent avec une ferveur proche de la dévotion maladive autour d'un Euro de football ou autres jeux du cirque, ne soient pas capables d'articuler trois mots ou trois lignes cohérentes et légitimes pour accompagner ceux qui de leur vivant ont œuvré pour que la vie soit plus humaine et habitable pour tous !

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Un hot-dog européen

Publié le par la freniere

Un hot-dog européen

«C'est Serge Bouchard qui pose la question, nous sommes au Café au Temps perdu, rue Myrand. L'anthropologue a faim, il consulte le menu.

La veille de notre rencontre, les Anglais ont choisi de sortir de l'Europe.

Il en va du hot-dog européen comme de l'Union européenne, un amalgame indistinct. “Ça vient d'où, le rêve européen? De considérations économiques d'abord et de l'idée de créer un troisième bloc. On a travaillé beaucoup sur l'aspect juridique, sur les frontières, sur les structures, mais on a oublié de considérer les identités. Le Brexit, ça dit tout. C'est un coup de poing sur la table qui nous dit ‘nous sommes des Anglais et nous avons le droit de le dire’.”

Même pour les mauvaises raisons.

Il se passe la même chose aux États-Unis. “Tout en étant une caricature dégueulasse et dangereuse, Trump a touché à ça, à cette corde-là, en disant un Américain, c'est blanc et c'est religieux, on attaque ceux qui nous écœurent. Il a battu le tambour de quelque chose qui existe vraiment: c'est quoi un ‘vrai’ Américain?”

C'est quoi un “vrai” Canadien?

La question se pose depuis que Trudeau, le père, “a refusé le nationalisme québécois pour imposer un nationalisme canadien”. Les identités sont passées au hachoir à viande, comme de la chair à saucisses. “Le Canada a un rendez-vous avec l'histoire. Ça va coincer, ça va nous péter dans la face.”

L'homme fait ce constat sur un ton posé, comme s'il voyait un train arriver en gare. “Il va nous falloir beaucoup d'intelligence collective. Où elle est? On se le demande. Il y a actuellement une décadence, une fragilisation culturelle.” Comme un glissement de terrain. “Mes grands-parents ont grandi dans un monde stable, ils ont élevé leurs enfants dans un monde qu'ils connaissaient...”

On ne sait plus où on va ni d'où on vient. “J'appartiens à un monde qui n'existe plus. L'humain est une créature de sociétés et chaque société porte une marque. On l'a oublié.”

J'aime écouter Serge Bouchard, il y a une constance dans son propos, une sagesse dans sa réflexion. L'homme pèse ses mots, il rappelle le poids de l'histoire. Il a ses thèmes sur lesquels il revient, s'il n'en parlait pas, personne d'autre n'en parlerait.

La nordicité, la société qui avance sans regarder derrière et les peuples qui étaient là quand nous sommes arrivés. Pas des autochtones, Bouchard abhorre ce mot fourre-tout, l'anthropologue préfère parler d'Innus, de Cris de l'Ouest, de la Baie James, d'Algonquins Anishnabes, de Montagnais.

À 68ans, Serge Bouchard reste optimiste. Malgré tout.

“J'ai le nez là-dedans depuis 1969, je garde espoir. Qu'ont-ils à régler dans leurs communautés? Ils sont au point de reconstruction. Il y a des femmes qui disent à leurs enfants qu'ils se lèvent, qu'ils travaillent. Il y a une violence interne aussi et, un moment donné, il y a un seuil critique.”

On y est.

Il y a aussi toute une identité à cerner. “La pire façon d'être Indien c'est par la ‘carte’, tu es un enfant du gouvernement fédéral. Il n'y a rien de plus humiliant. L'autre façon, aussi épouvantable, c'est de se regarder historiquement et de vouloir enfermer l'identité en posant la question: es-tu un ‘vrai’ Indien?”

On ne définit pas un peuple par élimination.

Ça s'applique au Québec aussi. “Le nationalisme, ce n'est pas la célébration de la race, c'est une intégration organique dans la politique, des partenariats, des ententes, des projets. J'aime mieux parler d'un projet de société que de la souveraineté, il faut qu'on entretienne notre style pour donner le goût aux immigrants d'y participer.”

Pour ça, il faut d'abord retrouver —ou trouver— la fierté d'être Québécois. “Les Canadiens français ont longtemps été perçus comme une drôle de race vivant en Amérique, des gens qui ne sont pas instruits, qui résistent au froid, avec des femmes robustes, et qui portent les marques de leur infériorité dans leur visage.”

Ces marques sont toujours là, en dedans.

Serge Bouchard était de passage à Québec pour une cérémonie de l'Ordre national duQuébec, il a été nommé officier. Ce même jour, le 22 juin, Boucar Diouf a été fait chevalier. “Je regardais Boucar, il a pleuré en recevant l'Ordre national. C'est ça le projet de société, c'est un modèle. On n'est pas une société coloniale. On est presque une société africaine, mais en blanc!”
Sur ce, Serge Bouchard a terminé son assiette. “Le jour où la Grande-Bretagne sort de l'Europe, je mange un Fish and chips.”»

 

Mylène Moisan Le Soleil

Publié dans Glanures

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Un cheveu blanc

Publié le par la freniere

Sans le blanc des yeux
on verrait tout en noir.
Il ne faut pas se taire
pour entendre les autres
mais laisser le silence
faire des trous dans le temps.

Le ventre de l’oiseau
a les plumes du ciel
quand il sort de son nid.
La peau de la rivière

est celle du soleil.
Les pas du marcheur
sont les semelles du vent.

Un cheveu blanc relie
la naissance à la mort.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Un paysage de microbes

Publié le par la freniere

J’ai retrouvé un vieux carnet sous la galerie. La neige a remplacé les mots par d’étranges dessins. L’encre des pages s’étire en volutes pourries. Un peu de rouille au bout des phrases témoigne du passé. Un paysage de microbes a envahi les marges. À quoi sert-il d’opposer la vie à la mort, la cendre au feu, l’huître à la perle, le geste à la parole, alors que ce ne sont que des processus de métamorphose. Nous devons cesser d’agir en déserteurs du vivant. Plus l’homme acquiert de la vitesse, plus il est lent à se pénétrer de sagesse. L’évolution technologique ne change rien à l’évolution biologique. Malgré tous les progrès de la science, nous ne sommes guère plus évolués que l’homme du Cro-Magnon. Il est plus facile de marcher que de voler. Ce n’est pas de lever des haltères qui nécessite le plus de muscles, c’est simplement de sourire. Je ne crois pas à la supériorité de l’homme. À une certaine époque, sans le flair des chiens, il serait mort de faim. Les fourmis, utilisant l’odeur comme langage, n’ont pas besoin de mots pour se comprendre. Les abeilles possèdent leurs rites funéraires. Les pigeons voyagent grâce au magnétisme terrestre. Les salamandres ont cent fois plus de chromosomes d’ADN que les mammifères.

Quelque chose nous est tu et bouche nos oreilles. Quelque chose n’est pas dit que je cherche à entendre. J’interroge les ombres. Il y a des mots qui saignent et font souffrir. C’est parfois pire quand ils se taisent. La lumière étouffe dans la chambre du social, le sénat des conventions, le train-train quotidien. Elle respire plus à l’aise dans la solitude. À chaque orage, je redécouvre le tonnerre. Mes mots sentent l’érable, le pommier, l’hémorragie de l’herbe et la dernière neige. Ses antennes à l’affût, un insecte s’anime dans un pot de pensées. Le trouvé et le cherché se rencontrent dans un mot. Je bâtis ma demeure avec le réprouvé, les pierres qu’ont rejeté les bâtisseurs, le robinet qui fuit, les chaises bancales, les chambranles sans porte, les souliers du même pied, les bas dépareillés, le pain perdu, une maison à ciel ouvert, sans fondations, sans toit, sans autres murs que le vent. Dans la limaille des pas, le départ et l’arrivée sont des aimants. Pour connaître le paysage, il faut devenir le paysage. Pour bien connaître l’homme, il faut sortir de l’homme.

Les mains existent lorsqu’on les ouvre, lorsque les doigts se tiennent debout, lorsque la peau s’offre à la peau. Les mots existent avec la voix. Il faut vivre debout. Ceux qui se couchent devant la loi rampe déjà vers la mort. C’est de bouche à oreille que j’appréhende le monde, d’une langue à l’autre, d’une ligne à l’autre. Les choses qui restent à faire encombrent le chemin. La mort se nourrit de ce qu’on ne vit pas. Il ne faut pas tromper la faim. Il faut semer du blé et faire avec des mots un peu plus que du rêve. 

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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76 clochards célestes ou presque

Publié le par la freniere

C'est un petit recueil délectable, qui pousse au vice : il donne envie de lire et de relire tous ces auteurs. Anne Kiesel

76 clochards célestes ou presque

Les qui traînent leurs savates trouées

dans ce monde troué

Les qui chopent la chtouille en titillant

leurs muses

Les blessés fidèles à leurs blessures

Les qui fredonnent dans la grande nuit noire

Les tordus Les arpenteurs de la traverse

Les qui contournent Les qui survivent

Les qui hurlent

Les inconsolés qui consolent

Les de peu qui rêvent debout

Les qui résistent

Les adventices créatrices

Les qui nous rient au nez

Les qui mâchent leurs braises

Les resquilleurs du ciel

Les mavericks de la grâce

Les récalcitrants de la farce

Les vents-debout dans la défaite

Les chats qui bécotent la souris

Les orpailleurs de misère

Les petites mains de la beauté

Les derviches déglingués

Les explosés en plein vol

Les qu'ont la tête dans les étoiles

et les deux pieds

bien dans la merde

Les qui saignent honnêtement

Les immenses moins que rien

Les clochards célestes

 

Thomas Vinau

Publié dans Poésie du monde

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Cap à canifs

Publié le par la freniere

(extraits)

 

Il faut jongler
le doux grave
il faut figurer
en chien
sur les planches
des petits rôles bâtards,
ces silences imposés
dans le collecteur
de la mort

Plante,
aie soin
de ces boisés
de ces champs
bosquets
ruisseaux
de ces jardins
de pierres à voix
de grand harle

En sorte que
la grâce et les tamias
les pieds nus et ton cœur
les psaumes, les guitares
ne viennent pas crever
dans les rideaux de poussière
du fin fond
du ramassage
de la vieille cage
humaine.

 

Jacques Desmarais

Publié dans Poésie du monde

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Marie Savard

Publié le par la freniere

La blonde du chômeur

 

1

Bonjour mon beau comment ça va

t'es-tu trouvé une job pour vrai

ta femme est en maudit cont'toi

tu t'es pacté encore une fois

tu viens toujours me voir comme ça

moi pis ta mère on s'comprendrait

tu viens toujours quand ça s'peut pas

le soir de Noël t'es pas là

 

2

Ben oui rent' donc pis ôte tes bottes

moi pis ta mère on s'comprend donc

vas-tu ben arrêter d'comprendre

tout c'que tu penses que tu comprends

pendant c'temps-là quand t'as une job

tu t'fais engueuler en anglais

tu t'fais r'garder en signes de piastre

par tes mais pis par ta femme

 

3

Bonjour mon beau que c'est qu'y a

c'est pas ta femme c'est pas ta job

tu voudrais coucher avec moi

y fallait donc l'dire en entrant

tu m'fais penser à monsieur le maire

aux députés pis aux ministres

t'as l'air de faire un mauvais coup

quand j'te fais penser à ta mère

 

4

Ça fait ben des centaines d'années

qu'les parlements pis les ministres

y sont payés par des vendus

qui veulent qu'on s'bataille entre nous

arrêtez donc d'vous chicaner

ça fait trop l'affaire d'la finance

d'la Corporation du Pouvoir

qui fait du foin avec not' peau

 

5

J'pourrais être la femme d'un docteur

d'un syndicat ou d'une police

j'pourrais être la fille de son père

moi j'chu la blonde d'un chômeur

bonsoir Pitou quand tu r'viendras

tu laiss'ras leurs habits dehors

t'auras pu honte de tes combines

tu viendras m'voir en Québécois

 

Marie Savard

 

Publié dans Poésie à écouter

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Les larmes d'Hiroshima

Publié le par la freniere

Quand les caresses deviennent des chaînes, elles se prolongent en fusil. On dirait que les hommes ont peur de la paix, qu’ils préfèrent l’illusion du bonheur au simple honneur de vivre. Bien après que la bombe soit tombée, les larmes d’Hiroshima restent radioactives. L’homme est devenu le prédateur de l’homme. On réveille même les morts pour qu’ils aillent travailler. On les nourrit d’ersatz, d’orgueil, de papier. On les paie pour s’acheter un paradis de pacotille dont ils paient l’intérêt jusqu’à la peau des fesses. On lave le sang versé dans une eau polluée. Il faut apprendre à vivre au lieu de travailler, savoir conter au lieu de compter, aimer avant de mourir. L’absolu se dilue dans les affaires courantes. Trop de morts saignent dans les blessures des vivants. Trop de vieillards perdent la tête dans l’odeur des hospices. Lorsque j’entends chanter le vent, je le ramasse sur une feuille de papier. Sur la table se pose un territoire humain, un hôpital de verdure, un parc de syllabes, un ruisseau d’encre bleue. Le pauvre monde se noie dans les flux et les reflux du capital. On pleure au cinéma pour oublier les blessures de guerre, les enfants morts de faim, les fillettes violées. Bientôt, après les enfants soldats, les bébés naîtront une arme à la main. On dit que je suis fou lorsque je parle aux arbres. Je crie. Je pleure. J’ai honte quand je regarde un homme, l’homme qui se vend à toutes les devises, l’homme qui sue du portefeuille, l’homme qui tue la terre pour nourrir les banquiers, se bat pour un dieu ou fabrique des bombes, cache des armes dans son corps, cote l’amour en Bourse, vend sa fille au plus offrant et le corps des pauvres en pièces détachées.

Lorsque le vent se lève, les falaises de pins forment d’immenses vagues vertes. Le chat tire l’azur par un fil, débobinant les pelotes de nuages. J’ai l’amitié des pauvres, des bêtes, des galets. Je sème quelques fleurs parmi les terrains vagues. Je quête l’or des mots au milieu des ordures. J’élève des puces de printemps dans la mémoire numérique, des tiques d’encre dans les tics de langage, des tic-tacs de montre sachant perdre leur temps. Ma ligne de vie s’étoile dans une main de faïence. Un homme est passé ce matin à la recherche de lui-même. J’ai cru que c’était moi. Il est resté coincé tout au bas d’une page, mon crayon à la main. J’écris souvent au cimetière, jetant des graines entre les tombes pour attirer les oiseaux, jetant des mots sur du papier pour répondre aux fantômes et répandre la vie. Je ne suis pas la file des sosies, des robots, des «horribles travailleurs». J’oscille entre la différence et l’identité. Tout ce qui nous manque est une route. C’est en nommant que j’ai appris à voir. L’arbre blessé se ferme quand l’entaille est profonde. L’arbre qui pousse ouvre ses bras. L’homme se mêle aux autres pour ne pas porter seul le sublime ou l’odieux, le malheur ou la joie.

Nos forêts sont nées d‘un géant de résine et d’une princesse aux petits pois. Les essences des arbres n’ont pas de classes sociales. Ils se distribuent la forêt par osmose. Où nicheront les oiseaux ? D’énormes débusqueuses rasent les jambes des collines. Les montagnes sont pleumées jusqu’à l’os. Des hommes gris, des hommes aigris s’épilent le cœur et la mémoire. Plus un poil ne dépasse pour saluer le vent. Lorsque les coffres-forts sont pleins, les banques alimentaires se vident. De chair de poule en traînée de poudre, de coups de gueule en coups de foudre, on se laisse ballotter. Une poignée de change, un p’tit gratteux et l’on se croit au paradis. Loto-Québec a remplacé l’église et l’hostie toastée des deux bords par un nouveau tirage. Des têtes de pipe, des têtes brûlées se courent après la queue comme des matous, des matamores, des lustucrus, des loups-garous. D’autres boivent la vie au compte-goutte sans prendre de risques, sans aimer, sans donner, sans s’adonner à rien, font les cent pas et brettent en masse, le cul entre deux chaises et les deux pieds su’l break, quelques bardeaux en moins et quelques livres en plus, les neurones qui chokent, les nerfs qui surchauffent. Certains patinent sur la bottine, d’autre sacrent leur camp sans demander leur reste, bâillent aux corneilles, se pognent le moine, branlent dans le manche sans rouspéter. Le cœur à bout de souffle, ils avancent à rebrousse-poil. Ils parlent ou ils se taisent. Ils baratinent ou parlent de vraies choses. À hue, à dia, au diable vauvert, ils avancent comme ils peuvent, un œil su’l paysage et l’autre par en dedans

Dès l’enfance, mon p’tit cheval de bois ruait dans les brancards. Mon ourson de peluche avait le poing dressé et faisait de l’œil à la poupée de ma sœur. J’ai un pays sur les épaules, un pays à bâtir, une terre à semer, un fleuve à remonter, une montagne à gravir, un casse-tête à finir, un livre à écrire. J’ai des fleurs dans les mains, des fleuves dans les bras, le paysage dans les yeux. J’ai des rires dans la tête, des arbres, des nuages, des sentiers dans les pas.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Au milieu du désert

Publié le par la freniere

J'avance vers chacun

avec des mots qui frappent,

des mains qui apprennent,

des gestes fous

dans le vent des caresses

les ongles des morts

qui continuent de pousser,

des gants d'épines

sur une peau trop tendre

et le blues des Noirs

dans le coton des Blancs.

 

Je couche avec la mer

et sa pensée sauvage,

les ronces dans les fossés,

les rats dans les caves,

les araignées du soir

dans les greniers en feu,

les bâtons dans les roues.

 

Je descends dans l'ornière

comme un poing qu'on écrase,

comme une femme qui dort

avec les cuisses ouvertes

pour accueillir le rêve.

 

Je cours avec les fous

pour boire à genoux

la rosée des étoiles.

Je couche avec la mort.

Je dors dans ses linceuls

au milieu de l'humus,

l'âme vêtue de chair

dans la boue des limons,

dans la fange et l'affront.

 

Je porte sous ma peau

le squelette du premier homme.

Je porte dans les yeux

le regard des insectes

surplombant les abîmes.

Il n'y a plus de miracle

dans les vestiges du réel

seulement des mirages

dans les vertiges du rêve.

 

Au milieu du désert

j'apprends à boire mes larmes.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

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