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La Fanfare Pourpour

Publié le par la freniere

La Fanfare Pourpour

Publié dans Glanures

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Hélène l'insoumise ou le coeur rebelle

Publié le par la freniere

(En hommage à Hélène Monette,
poète québécoise, décédée en juin 2015)

Feuilles entrelacées
ton visage Hélène
forme une arcade
mêlé au feuillage.
Les oiseaux volent si bas
dans une langue rauque et sauvage.
Ils ont jeté l’éternité
dans le ravin

Tu as la bouche brûlante
la trace encore si vivante
en attente du poème.
N’est-ce pas toi
qui écris
décousu, l’avenir
fil gris de malheur
qu’advienne le plat récit


La couleur rouge
de ton âme
dans le jardin.
L’air est timide
et frémissant
trois petites gouttes
avant le déluge.
Ce qu’il y a de précieux
ma douleur, ma déesse
elle a toute ma foi
je lui dois tout


Le poème est aboli
entre deux questions
entre deux guerres.
Et le crayon de la satire
est pulvérisé
par une kalachnikov.
La rumeur du monde
disparate
se rapproche par ressouvenances
confrontée aux lointains

«Antigone est la sœur
cachée du poète
»
(Hubert Haddad)

Elle dit
ce que les autres
ne veulent pas entendre
je suis banale…
une cinglée d’artiste
qui ment
de plus en plus mal


Il y a ceux
qui ferment l’œil
ceux qui achètent un Éden
pas cher
ceux qui meurent l’été
à peine entamé…
Un vent chargé
de voix muettes
traverse la terreur intellectuelle
vivre seul et être au plus seul en soi


Des os
des débris
des morts
et le murmure des ombres.
La vie s’en est allée
brutalement
frôlant l’étoile
la plus triste.
Les poussières nucléaires
ont irradié
la tendresse sous la peau


La lune rousse
plongée dans le mystère
est soumise à une enquête.
L’apocalypse pousse son cri
Il t’arrive de penser
que cela tient de la folie.
Il t’arrive de bafouiller
de mettre un mot
pour un autre
mon corps pour pays
plein de frontières


Résister
c’est écrire.
S’éveiller
parfois
sur un cauchemar.
Écrire
c’est s’insurger
contre
toute forme d’oppression.
C’est…refaire le monde
se donner rendez-vous
dans la rue
tenir tête à l’aberration en chantant


©Claudine Bertrand, inédit
(P.S. : Tous les extraits en italique sont de Hélène Monette
tirés de Plaisirs et paysages kitsch, Boréal, Montréal.)

 

 

à lire sur Francopolis

Publié dans Poésie du monde

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Fin de saison

Publié le par la freniere

Ne pas rester
de l’autre côté de la vitre
le gris du ciel
les silences trop longs
moi et rien d’autre.
Adresser un geste
faire les cents pas
comme si c’était
secouer une illusion
le temps plus court
avant de s’en apercevoir.
Quelle heure il peut bien être?
Cette pensée m’ennuie
parce que je suis seul
de l’autre côté de la vitre.
*
Pour qui
écoute le silence
un ange demeure nécessaire

au dénouement des peurs
la transparence
sous son aile
cueille l’instant
tout simplement
lorsque les paupières
lourdes lasses
se ferment sans appel
aux bruits du monde.
*
Si le ciel rétrécit
faute de mieux
l’horizon insiste
je marche
deux jambes encore
et le souffle plus court
j’écris
deux mots comptés
comme le temps qui reste
pas à pas
mot à mot
sur le parcours des jours
se glisse entre les jambes
un poème impossible
sans la mort
qui tient en équilibre
le livre en chemin.
 
Louis Dubost


 

Publié dans Poésie du monde

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De la page au cerveau

Publié le par la freniere

Réfractaire au genre dominant (le roman), j'écris sans pedigree. Un critique m'a coté zéro à la suite d'un récit. Lorsque je peine à être là, quelques phrases me remplacent. Le cri est une parole qui sort du tunnel. La joie d'être n'est jamais seule. L'imaginaire et le réel se tutoient. Nous sommes doublement, par le corps et l'esprit, par le geste et la parole. Quand on prononce le mot arbre, ses branches se déplient et ses racines s'enfoncent dans le sol. De la chenille au papillon, quand j'ouvre un livre au hasard, il y a des mots comme des mues d'insectes. Des images s'envolent de la page au cerveau. Le corps est une maison hantée. J'avance dans un champ de mines du bout de la langue ou du crayon. Un mulot quête les miettes dans le corridor du cœur. Il y a trop de prédateurs dans les jardins secrets. À force de vendre et d'acheter, il nous arrive de tuer jusqu'à la vie des fleurs.

 

Quand les yeux se mettent à crier, c'est comme un paysage primal. Le monde est plein de rumeurs et d'images. Les hommes s'en nourrissent. Il faut détricoter la corde où l'histoire s'est pendue. L'espérance s'agrippe à la bouée des mots même s'ils gardent fumants les souvenirs brûlés. Guetteur de signes d'un monde à l'autre, j'ouvre les yeux pour dire oui, quelques voyelles, quelques taches de couleur, c'est l'univers entier qui s'offre aux sens. La terre se défroisse sous les pas de l'enfance. Nous sommes de passage comme un arbre, une fleur, une pierre ou un ruisseau tout près de se tarir. C'est l'imminence de l'absence qui rapproche les hommes.

 

Rendu à l'âge de travailler, j'ai vite pris ma retraite. Mon CV professionnel pourrait tenir sur un coin de nappe. À voir le monde aller, je préfère ceux qui font l'autruche à ceux qui font carrière, la bave d'escargot à la poudre à canon, les carnets en lambeaux aux livres de recettes, la chair d'un avocat à la toge d'un juge, la grenade qu'on mange à celle qui décapite, les mots qui montent l'escalier aux sots qui grimpent à l'assaut, la chaleur des mains à l'hiver des choses. Je préfère l'errance, ce privilège des fauchés, aux routes balisées. J'essaie d'écrire comme on essaie de vivre. Ma peau est à l'envers sur la page. Mes veines courent le monde. Mes yeux grattent comme un ongle la peau de l'invisible.

 

Les phrases que l'on n'a pas écrites laissent des cicatrices. Les livres qu'on imprime contiennent aussi les arbres, une motte de terre, un chant d'oiseau, un doigt de pluie grattant le sol, un nid d'abeilles qui bourdonne. C'est souvent en cherchant l'essentiel qu'on se perd dans les détails. Qui joue avec les os des morts sinon le chien du fossoyeur. Qui intronise les fantômes dans un peuple de ruines, la jactance des vagues dans une mer muette? La poésie tient la vie à la portée du feu. Je veux des fleurs immenses dans le gris du banal, passer du champ de patates au jardin d’Hespéride. Le pain de chaque bouche n'a pas le même goût. Chacun l'épice avec sa vie.

 

Il y en a qui tombe dans les pommes en souvenir des fleurs. Je n'ai pas oublié les bras des marionnettes, le chant de l'enfant do, la clef des champs, la complainte infinie que susurrait ma mère, le sang bleu des rivières, le caillot dans la gorge, le casseau de baisers, la fiole du mystère qu'ébrèche le réel, les gémissements des morts, les rires des enfants, les bateaux de papier, la valise des jours sur le quai des saisons. La terre se refait d'un peu de gaz et de fumier. La vie l'imite d'un peu de chair et de chimères. J'existe par à coup, lorsque je reprends souffle dans le chaos des mots.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

Publié dans Prose

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La langue est mon pays

Publié le par la freniere

La langue est mon pays

Publié dans Glanures

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Villages

Publié le par la freniere

Dans quel beffroi trouverons-nous encore l'orfraie criarde ivre de vin de messe?
Il n'y a plus de prêtre ensoutané pour marmonner matines à l'heure bleue du coq.
Silencieuses sont les arches où ne rôde qu'un chien couleur de pus,
mais sur le mail qu'un franc soleil grillage d'ombres et de rameaux
les filles ont toujours des chevelures d'orge mûre et d'orage
des hanches comme houle sur les blés
et au corsage cette montée de sève dans le fruit.
Elles rient et chuchotent lorsque passent, casqués de sueur, les garçons
et parfois l'une d'elles, soudain rêveuse, séparée,
se détache et se perd dans l'ombre des ruelles.

 

Jean Joubert

Publié dans Poésie du monde

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Complice de l'instant

Publié le par la freniere

Je ne veux pas écrire pour la gloire et la frime,

plutôt me taire au fil des cicatrices

dans le braille des caresses,

transformer la police en fanfare,

les médailles en méduses,

les souffleuses en canots,

les échardes en maison,

les orties en hosties.

 

Ceci n’est pas un chant,

à peine un souffle pour endormir la nuit.

C'est à l’automne que les pages

se défeuillent de leurs mots,

que les poètes rougissent du silence qu’ils créent.

 

Qui est complice de l’instant vit dans l’éternité.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Naufrage

Publié le par la freniere

Un violent tremblement de terre est survenu aux premières heures de mercredi dans un secteur montagneux du centre de l'Italie, à 140 km au nord-est de Rome. - Le bilan (ce 24 août 2016 à18h00, donc très provisoire) du séisme de magnitude 6,2 survenu dans la nuit de mardi à mercredi en Ombrie, dans le centre de l'Italie, s'est alourdi à 73 morts, annoncent les services de la protection civile.

 

Le tremblement de terre est un naufrage sur terre. Les maisons deviennent des embarcations secouées par les flots et jetées sur les rochers.

On perd tout, on conserve la vie, lacérée, anéantie qui compte les disparus au fond des décombres. On habite un sol dénommé par erreur «terre-ferme». C'est une terre secouée par des hoquets abyssaux.

Ceux de cette nuit sont partis de plus de quatre mille mètres de profondeur.

Il y a quelques jours j'étais aux antipodes, à plus de quatre mille mètres au-dessus de la mer. Ce mont des Alpes n'est pas un météorite tombé du ciel, mais le résultat de poussée et de soulèvements qui se sont déchaînés depuis le fond de la méditerranée.

Des forces gigantesques ont modelé notre sol en le bouleversant.

Nous habitons une terre précaire, chaque génération croît en écoutant des histoires de tremblement de terre.

Ainsi, avec les récits, les vivants digèrent les pertes. Les gravats sont déplacés, on habite de nouveau lentement, mais à leur place restent les voix, les paroles des jetés dehors, leur toit arraché. Ils rappellent, mettent en garde de ne pas s'enorgueillir d'une quelconque possession.

Il arrive aveuglément la nuit et bouleverse des petits villages. Mais les moyens de secours sont parqués dans les grands centres.

Y aurait-il une invasion, quel général concentrerait ses forces loin des frontières?

Pour la protection civile ce raisonnement ne convient pas. A chaque fois elle doit déplacer ses troupes avec un long temps de réaction. Pour les naufragés durant les premières premières heures ce qui est utile, c'est le réconfort d'un quelconque signal des responsables des secours.

Au lieu de cela arrivent en premier un parent, un volontaire, un journaliste.

Le tremblement de terre est aussi une invasion, pour laquelle il est nécessaire d'avoir de petites réserves dispersées un peu partout.


 

«on est comme/à l'automne/sur les arbres/les feuilles».

La phrase de guerre d'il y a cent ans du soldat Ungaretti Giuseppe exprime le sentiment d'être attaché à l'arbre de la vie par seulement un petit point de jonction.


 

Erri De Luca

traduit par Eugenio Populin

 

Publié dans Poésie du monde

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Un collage de Michel Butor

Publié le par la freniere

Un collage de Michel Butor

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Il faut vivre

Publié le par la freniere

Il faut vivre

Récit intimiste puisé au souvenir de la mère, de l'enfance, de la pluie et du vent, Il faut vivre, disait-elle est un hymne à la vie dans ce qu'elle a de beau, dans ce qu'elle a de travers, dans ce qu'elle a de défini et d'indéfinissable. «On s'habitue à peine à la vie qu'elle fait déjà ses valises», écrit Jean-Marc La Frenière.

 

L'auteur cite sa mère: «Il faut vivre», disait-elle. Il a bien compris le message et c'est à sa façon qu'il a décidé et réussi à occuper ce lopin de vie qui est le sien, se nourrissant d'odeurs de sous-bois, de soifs apaisées, de faims à venir, faisant compagnonnage avec Chibouki son loup, creusant avec sa pelle-crayon pour extraire des morceaux de liberté. «Entre les barreaux que sont les hommes, il faut apprendre à s'évader.» Il y a aussi l'enfance qui s'amuse à tracer les pas de l'homme. «Le pays de l'enfance, on n'y arrive jamais. On le traîne avec soi sans pouvoir l'habiter.»

 

Dans Il faut vivre, disait-elle, Jean-Marc La Frenière parle de l'homme qu'il est, de l'écrivain qu'il est, de son loup qui l'accompagne, de la pluie qui lui murmure des vérités, du vent qui lui souffle des mots, de la roche et du sable qui cimentent les phrases. Des mots durs, des mots tendres, une poésie qui dessine des nuages, un parcours qui s'accommode des éraflures.

 

Jean-Marc La Frenière habite depuis quinze ans dans la région des Bois-Francs, à Saint-Ferdinand. Jusqu'en 2009, il a surtout publié en France et a collaboré à diverses revues en Bretagne et en Belgique. Il a remporté le prix Nouvelle Voix du Salon du livre de Trois-Rivières en 2010. Du même auteur aux Éditions Trois-Pistoles: La langue est mon pays en 2010 et La matière du monde en 2011.

 

Victor-Lévy Beaulieu

 

LA FRENIÈRE, Jean-Marc - Il faut vivre, disait-elle
Récit, 2015
978-2-89583-307-9, 22,95$, 204 p.

Publié dans Glanures

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