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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Nous finirons

par faire du feu

avec nos larmes

 

Thomas Vinau

Publié dans Ils ont dit

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Porte ton coeur tout en haut de la falaise

Publié le par la freniere

Nombreux sont les renoncements que le rêve a transformés. Est-ce bien moi qui poursuis le chemin frayé dans l’absence ou bien est-ce seulement ma pensée défroquée qui longe cette forêt devenue un désert?

Nous ne sommes qu’un bruit qui court. La multitude est une bonne cachette. Que serait le «je» sans la correspondance du «nous»?

Dans le miroir de l’eau se cache le trouble reflet d’une blancheur sans écho. Tes cendres pour seules preuves de vie, je me relis sans me reconnaître. L’ombre de ton feu est arrimée à mon sang. Je ne te vois plus, tu es dans toutes les ombres. Les mains vides, j’arpente du regard la robe froissée que tu as laissée sur le cintre de l’armoire. Ma mémoire se consume et tu te dissimules. Je ne te sens plus, tu es dans tous les parfums.

Le cœur est à sec et les cailloux brillent dans un ciel désert, dans une brèche de silence. Tu t’es décollée du temps, mais quelque chose craque parmi la désincarnation de la lumière. Des jours blessés courent dans mes poumons. Les couleurs s’assèchent dans la tentative désespérée d’occuper les formes vides. La palette s’émiette entre les doigts du souvenir. Comme chaque fois, le soulagement file avec la béance de l’air. La fracture est un mouvement qu’aucune cicatrice ne peut souder.

Je suis un autre avec la prédominance de mes lacunes. Mais, je demeure identique à ce que j’étais dans un long couloir d’isolement où s’effeuille le temps.

Te voilà enfin, beauté endormie et flammes vacillantes. Nous voilà, couple à deux visages, sur le même chemin. Une louve au cœur fragile et une meute de rêves hurlants à l’intérieur de la colline, pain réuni sur de la braise, mer vagabonde sur la bosse du monde, baisers qui dansent comme un serpent au bout d’un bâton.

La clarté a surgi de la vie qui se précipite par-dessus l’horizon. Ballets d’âmes sœurs accrochées à la crinière du vent, nous courons après la valse d’émotions éternelles. Entends ma voix sur les radeaux du ciel. Porte ton cœur tout en haut de la falaise et marchons ensemble sur l’instant infini. Il pleut des comètes déjantées et nos cœurs sont nos derniers parapluies.

L’écriture est une étoile filante qui traverse notre chair comme un souffle soulève des feuilles mortes d’un point à un autre. J’ai pris du plaisir à extraire de moi les graines qui un temps ont germé dans mon jardin.

Le bonheur n’est-il pas ce qui est malgré nos défaillances?

L’amour est un miracle de jeunes ronces dont personne ne guérira jamais.


Bruno Odile -Tous droits réservés ©

 

Publié dans Poésie du monde

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Paul de Roux

Publié le par la freniere

Paul de Roux

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Approfondir le noir

Publié le par la freniere

et tandis que c’est

une présence venue de loin

qui

te

regarde

et

pour finir

qui te

soulage

comme te soulagerait

la discrète proximité

d’un compagnon de bagne

que tu te serais inventé

mais rien rien

rien de bien

mystérieux

là-dedans

le noir est simple

comme le bon vin

c’est comme un souffle qui s’avance

à travers le blizzard au moment où l’on s’apprête

à reconnaître un visage familier

ou encore

la lumière sauvage en son point d’eau

(le noir vois-tu ne manque pas de métaphores)

noir ce noir de paupières closes

noir ce noir élégiaque

appliqué à même la toile

au rouleau au pinceau

jeté comme ça peut

dévoilant au hasard quelques

formes sommaires

qu’il recouvre pourtant

maldoror est noir

comme est noir l’ostrogoth

quand sade est si pauvrement vert

de même que le sacrement

discipline est jaune de bile

quant à rigueur

il est rouge d’apoplexie

désordre est noir tout noir

de même que chaos

dehors est d’un beau noir très ample

tirant un peu sur le bleu

noir le pas tranquille de mon cheval

dans ma montagne afghane

noir le khôl

de la beauté

 

la suite

 

Gérard Larnac

Publié dans Poésie du monde

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Les mots

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Sept ans dans les bois

Publié le par la freniere

Suis-je aussi vieux que je le suis ? Peut-être pas. Le temps est un mystère qui peut nous mettre sens dessus dessous. Hier j'avais sept ans dans les bois, un bandage recouvrant mon oeil aveugle, dans un sac de couchage que ma mère me fabriqua afin que je puisse dormir dans les bois loin des gens. Une couleuvre se glissa près de moi sans me remarquer. Une mésange se posa sur mon orteil nu, si légère qu'elle était à peine croyable. La nuit avait été longue et la cime des arbres chargée d'un trillion d'étoiles. Qui étais-je, à moitié aveugle sur le sol de la forêt, qui étais-je à sept ans ? Soixante-huit ans plus tard je peux toujours habiter le corps de ce garçon sans penser au temps qui s'est écoulé depuis. C'est le fardeau de la vie d'avoir plusieurs âges sans voir la fin des temps.

Jim Harrison (1937-2016)

Traduit par Stéphane Chabrières



 

Publié dans Poésie du monde

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Moran

Publié le par la freniere

Moran
Moran
Moran
Moran
Moran
Moran

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La tendresse des loups

Publié le par la freniere

Il y a 5 ans, cette fille a sauvé des petits louveteaux et leur a rendu leur liberté . Assistez à leurs retrouvailles

Publié dans Glanures

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Les digitales

Publié le par la freniere

Me voici dans l'aube sur le seuil des Bois Noirs. À respirer dans la fraîcheur et l'ombre l'odeur des fougères. À effleurer les digitales retrouvées. Ces fleurs-là aussi je les aime, bien qu'elles soient plus massives, moins aériennes et lumineuses que les épilobes des blés.. J'aime la belle couleur de leur corolle, leur taille élancée, leur campanule pourpre, en forme de doigt de gant (d'où ce nom de digitale ou gant de Notre-Dame) et cette tige pubescente, autrement dit couverte de poils fins. En fait, ces fleurs si attirantes sont un violent poison. À faible dose, elles tonifient le cœur. À haute dose, elles sont mortelles ou en tout cas très dangereuses. Je me penche vers la corolle séductrice, appât de mort, constellée d'étoiles d'or en ses profondeurs utérines. On se croirait au cœur d'une chapelle où bourdonne déjà le tocsin des insectes. Sont-ils immunisés contre le poison de la plante? À côté, la rosée perle sur les feuilles. Entre deux d'entre elles, une minuscule araignée achève de tisser sa toile. Ainsi, ici, tout n'est que piège, beautés trompeuses, machineries mortelles. En ces corolles si séduisantes guette dans l'aube une mort empourprée.

 

Jacques Lacarrière

Publié dans Poésie du monde

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Je veux le fruit

Publié le par la freniere

Je veux le fruit du fruit, la fleur de la fleur, l’âme de l’homme retrouvée par amour, faire de chaque miette la naissance d’un pain, d’un brin d’herbe une flûte, d’un regard de pierre une source d’eau fraîche. Je cherche dans la nuit ce que nul ne voit, un bol de bonheur, un bout de vérité, l’amande solitaire cachée dans son écale, la graine naissant dans l’ombre pour voir le soleil. L’écart entre les hommes est la table où j’écris pour rapprocher nos vies. Les mots viennent de trop loin pour se permettre de mentir. Le cri du premier homme quand il a vu la mer traîne encore dans les phrases, ses oh devant le feu, ses premiers pas dans l’eau. De trop avoir cherché, je me suis égaré. La nuit gagne sur moi. Quand le passé se tait, l’avenir est muet. Ce qu’un instant dessine est effacé par le suivant. Il faut s’aimer plus fort quand le vivant rapetisse. Je m’éveille ce matin avec de vieux mots échappés de l’hospice.

 

Les souvenirs fleurissent les à-côtés du cœur. La vie nourrit la mort. Il faut piller la terre, écraser quelques hommes, pour amasser de l’argent, avoir des griffes au bout des mains, un cœur à marée basse, une tête mal lunée, une tache de pétrole en guise de conscience. Le temps devient bizarre à cause des cultures, des pesticides, des essais nucléaires. La mort vient du sol comme elle descend du ciel. Qu’il fasse nuit, qu’il fasse noir, qu’il fasse froid ou faim, toute la question est de ne pas se vendre.

La mort d’un homme n’est pas un drame, mais une vie ratée, une enfance avortée, un vieux sans souvenirs, un rêve mutilé, une bouche sans pain. La guerre d’Espagne se perd à chaque jour. L’argent a gangrené chaque cellule du corps et la vie s’empoisonne. De la gueule du volcan à la tanière du loup, du grenier de la nuit au sous-sol du jour, je tire la langue au néant et convoque à l’amour. Je fabrique des clefs pour les portes qu’on ferme, des fenêtres d’oiseaux, des comptoirs à épices dans la fadeur du temps. Il y a longtemps que Dieu est mort en sautant sur une mine. Je regarde le Christ refaire ses bagages. Il jette à la poubelle ses épines en plastique, ses paroles trahies par les bouches dévotes, ses tables de la loi usurpées par la banque, son amour en faillite, sa tunique de pauvre redessinée chez Dior. Une guerre a beau finir, ce n’est jamais la paix. D’autres commencent quelque part. Les vautours cachent leurs œufs dans un nid de colombes. Autour de moi, des gens rient, gesticulent, parlent fort. À l’usine ou ailleurs, ils nourrissent la bête. Rivé à mon crayon comme un fou sur sa chaise, je suis d’un autre monde, celui des schizophrènes, des parias, des enfants alités. De nœud de viscères en nid de vipères, je desserre l’étreinte. Je traverse le rêve en bicyclette rouillée.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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