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Robert Cuffi chante Ile Eniger

Publié le par la freniere

C'est d'un cahier ouvert sur le coin de la table que je ne dirai rien. Les jeux, les séductions, les germes d'artifices, j'y pense quelquefois mais le rien quotidien porte tant et encore que mes pensées se taisent, que mes mains se dénouent. Se pousse l'illusion. Le simple me rattrape. L'éternuement d'un chat, le sang d'un géranium, une jacinthe pâle accouchée de la nuit, la mer à ma fenêtre. Toute chose accoudée à la table du jour. La grâce de ce peu décape l'inutile, épingle des fous rires sur la pince des lèvres. Et nettoie les outils. La soupe dans le bol, le repos de la terre, écrivent mieux que moi une lettre d'amour. L'hiver est un cadeau quand les gestes s'épuisent. La pointe du crayon a troué mon papier, la lumière s'engouffre dans le moindre interstice. Dans cette odeur dressée, je renifle la matière et son bruit de sonnailles. C'est un temps de très près. Paysanne penchée sur la vigne des mots, j'écoute la patience dans les lignes du bois, je touche le présent et ce qui dit je t'aime.

Publié dans Ile Eniger

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Lettre à Michel Chartrand

Publié le par la freniere

Lettre à Michel Chartrand

Mon cher Michel, en février 1971, de prison, tu m’écrivais une très belle lettre. Je te réponds aujourd’hui en guise de cadeau pour tes 100 ans.

Tout l’automne, j’ai passé mes journées avec toi, belle façon de vivre mon deuil, de laisser émerger la sérénité à travers la tristesse. Les Innus disent qu’un être ne meurt jamais, qu’il vit dans le coeur et la pensée des autres. Grâce à mon petit livre hommage (À bas les tueurs d’oiseaux ! Michel Chartrand — Témoignages et réflexions sur son parcours militant, Éditions Trois-Pistoles) fait avec la complicité de ton vieux pote Jean Gladu, alias Leonardo, des centaines de personnes ont vibré à tes pensées, au rappel de tes actions, à l’évocation de tes valeurs, à ton espoir. Bonheur, beauté, dignité, démocratie, solidarité, socialisme…

Depuis que tu as quitté cette terre, il y a six ans, il s’en est passé des choses. Mobilisation sans précédent de la population pour soutenir le mouvement des étudiants qui, à partir d’une revendication simple, a réussi à canaliser les énergies contre les politiques néolibérales, dites d’austérité. Mais, toi, tu aurais compris qu’il s’agissait de bien plus que des mesures d’austérité budgétaire : le projet de nos gouvernements est de détruire les acquis sociaux arrachés par les mouvements syndical et populaire, de liquider ce qu’il reste de l’État « providence ». Comme tu l’avais constaté en 1968, cette fois encore, les jeunes ont réussi à mobiliser les moins jeunes et les personnes âgées. Tous marchaient ensemble dans les rues. Le 22 avril 2012, nous étions 250 000 à célébrer nos luttes, nos espoirs et notre Terre, formant un gigantesque arbre dans le parc Jeanne-Mance, à Montréal.

 

Indignation

En 1995, tu te disais profondément honteux que toi et les Québécois blancs ayez mis autant de temps à prendre conscience que ta ville, Montréal, était en territoire mohawk, que nous étions encore ignorants et insensibles à ce que vivaient nos soeurs et nos frères des nations et communautés amérindiennes dont nous occupions les terres. Idle No More, Wapikoni mobile, Présence autochtone et mille et une actions témoignent aujourd’hui de la détermination des Premiers Peuples d’être enfin respectés et de faire reconnaître leurs droits. On apprend enfin à les connaître et on commence à les respecter.

Toi qui as toujours vilipendé les guerres impérialistes et les coups d’État qui établissent des dictatures politiques (ou économiques) ; là où les peuples menacent le système d’exploitation et d’oppression, tu serais profondément meurtri par le carnage au Moyen-Orient organisé et entretenu par les grandes puissances qui alimentent les mouvements islamistes et xénophobes tous azimuts.

Mais tu aurais été heureux d’apprendre qu’une large coalition d’une gauche démocratique qui veut prendre les choses en main et convertir l’indignation en changement politique, Podemos, participe à la direction de plusieurs grandes villes espagnoles ; ce n’est qu’une partie du pouvoir, certes, mais cela permet d’améliorer sérieusement la vie des gens au quotidien, de faire de l’éducation politique et que tous, ensemble, grugent le pouvoir et expérimentent de nouvelles formes de démocratie.

Même le peuple chilien, dont tu as tant admiré l’imagination et le courage, se lève et des dizaines de milliers de jeunes ont déferlé comme les vagues du Pacifique à Santiago. Tu avais bien raison, vieux sage, il faut garder confiance dans la jeunesse et dans sa capacité de révolte.

 

Terre-Mère

Plus encore qu’hier, il nous faut prendre conscience qu’on ne peut plus vivre sans penser aux conséquences de nos actes, qu’on doit se mobiliser et convaincre que seules les luttes pourront limiter la barbarie : destruction de l’écosystème, des villes et villages, pillage légal et illégal des ressources, assassinats, génocides…

La Terre-Mère est à un point de non-retour. On l’a détruite et on continue, entre autres par l’exploitation minière et des énergies fossiles. Air, sol, eau, tout est en danger. Seules des mobilisations massives, et à l’échelle de la planète, pourront stopper l’inévitable, car le futur est maintenant.

Tu as fait ce que tu devais faire ; ta fille Hélène ajouterait que tu n’as fait que ton devoir. À nous de poursuivre. Nous, que tu surnommais souvent les « glorified slaves »mus par le désir de consommer davantage, de faire carrière, de se replier sur soi…

Tu disais qu’il y avait des coups de pied au cul qui se perdaient, nous en aurions bien besoin pour nous secouer un peu plus. Non seulement il faut faire plus, mais aussi autrement. Dans des médias alternatifs et dans Le Devoir, des voix se lèvent, argumentent et disent qu’il faut reconstruire le système de l’éducation, que c’est par l’instruction que les jeunes se socialiseront et découvriront la solidarité ; qu’il n’y a pas de santé publique sans prendre en considération les facteurs sociaux qui affectent la santé ; que 15 $ l’heure est une question de dignité ; qu’on ne construira jamais un pays sans les peuples et nations autochtones. Tu vois, on continue et tu nous inspires encore.

Tu as toujours prétendu que tu n’avais pas de leçons à nous donner, mais il demeure que plus on te connaît, plus ton exemple nous aide à avancer vers plus d’humanité et de démocratie.

Je te salue, vieux frère et mon cher petit papa.

Suzanne Chartrand

 

Publié dans Glanures

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Vivre comme l'air

Publié le par la freniere

Vivre pour soi

Vivre avec honneur

Vivre en osmose

Vivre dans la dépendance

Vivre comme un philosophe

Vivre de bonheur

Vivre sans être aimé

Vivre comme un malade

Vivre à cause de l’amour

Bref, vivre main dans la main

sans préjugés ni haine

 

Vivre pour mon sang

Vivre avec dignité

Vivre en homme, simplement

Vivre dans la tranquillité, le soleil, l’amour

Vivre comme un enfermé

Vivre de sa passion

Vivre sans but, se perdre

Vivre à cause de

Vivre comme l’air

Bref, Vivre


 

la suite


Dominique Sampiero

 

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Le tenon mortaise

Publié le par la freniere

Je me suis réveillé avec un goût de bran de scie. 
Je vis dans un coffre-à-outils, dans ma menuiserie dormante, je déboule les escaliers, ma démarche est chambranlante, je divague entre les portes et les croisées, je me fabriques des boiseries, je broute dans ma stalle et je m'installe sur ma corniche pour observer la venue du jour...
Dans ma vie contractuelle, je suis un menuisier mobile, travailleur itinérant, je construis des jalousies, des volets culture
ls, des persiennes et des portes pour les indiscrétions..
La menuiserie de place publique occupe une place importante dans ma vie, avec le bâtonnier bien assis sur son trône et ses commettants sur des chaises, les habitués sur leurs tabourets et les invités sur leurs lits de sangle et autres lits...
Le domaine de l'ébénisterie avec le bois dur et la construction des salles de billard reste un domaine où les artisans sont accompagnés, c'est le cas de le dire, par les compagnons, où l'on sépare le pain et où on construit des cathédrales, dans notre vie de bars où nous avons inventé toutes les utopies...
La menuiserie de jardin fait de la construction des treillis, un art que je laisse à ma soeur Lili...
La théorie des menuisiers se repose sur le crayon à l'oreille et sur la ceinture où le marteau, l'équerre et les tournevis sont rapidement dégainés, la ligne de craie et le niveau sont ses armes, le bras armé de l'art du trait et de l'art du toiseur sont ses cartes de visite...
Je poursuis ma route dans les ogives et les arc-boutants...

 

Alain-Arthur Painchaud a du bouleau sur la planche...

Publié dans Poésie du monde

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La poésie est fondatrice

Publié le par la freniere

Yves Bonnefoy

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La petite bibliothèque ambulante

Publié le par la freniere

La petite bibliothèque ambulante

Publié dans Glanures

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Je ne sais plus mon âge

Publié le par la freniere

Je ne sais plus mon âge. Je compte les années sur les chiffres du vent. Je préfère imaginer au lieu de penser avec des béquilles, me réconcilier avec le silence, mettre mes yeux où il ne faut pas. J'ai besoin de parler des arbres et des nuages, des sentiments qui traînent dans les boite en carton. Les cinq ailes d'une main étouffent dans un poing. Les doigts sont fait pour la caresse et la dentelle, la sciotte et l'encre des stylos. La neige s'agrippe au sommet des collines avant de s'ébouler. Les monastères gris des guêpes, la paille des épouvantails, les tuques des poteaux de clôture, les rebords de galerie blanchissent sous le blizzard. Il y a tant de neige. Où sont passés les rainettes que l'aube gargarisait, les longues sauterelles dont je goûtais le miel, les plantes offrant aux hommes leur usine à parfums, les grillons taquinant une scie musicale, les cigales survivant dans la mémoire des oreilles. Mes dinky toys rouillent dans un jardin détruit parmi les vieilles capotes et les canettes de bière. Si je suis sobre désormais, je dois des sous à chaque barman rencontré. Ils m'en voudront peut-être de les payer de mots, mais je n'ai que ma voix enrouée par la vie. Je n'ai qu'une parole tout rapiécée aux coudes, une chemise de mots tachée d'encre et de vin, une enfance jaunie par l'urine et l'injure. Mon stylo imbibé de champagne fait des bulles dans la b.d. du monde. Lorsque je mange un steak, j'ai honte de caresser mon chat, de parler aux oiseaux, de promener mon loup. Si là-bas dans l'odeur des ruelles, le soleil fornique avec les détritus, ici il fait l'amour avec une rivière. J'atteins les rives de l'absence encombrées de fantômes. On a si peur qu'ils nous regardent, on ferme les yeux des morts. Que voient-ils que nous prions en vain? Nous sommes tous en prison, mais les barreaux sont différents. Certains sont en papier ou en monnaie de singe. Certains sont en acier ou en fin de mois. D'autres sont en pensée ou en salaire. Les hommes troquent trop vite leur innocence d'enfant pour un habit d'adulte, le costume gris des routines. Ceux qui ne croient pas au rêve se réveillent à la mine, à l'usine, au bureau, ligotés par la paie et les fausses promesses. Devant tant de béton, les fauves sont en colère. Les tortues ne savent plus où enterrer leurs œufs. Dans le marais d'Irlande au Québec, des écologistes ont reproduit des dunes. Trop de carcasses de tortue encombraient l'autoroute. Que serait devenu Ulysse sans espoir de retour? Depuis que Dieu est mort, les machines à sous ont remplacé les menhirs. Depuis que les prix montent, c'est un peuple affamé qui revient du marché. Les banques alimentaires ont remplacé l'église. Les corps ne savent plus aimer que derrière un écran. Il n'y a plus que des doublures au cinéma du quotidien. Pour ne pas être debout, les pauvres pleurent sur la vie des gens riches.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Le Noël de Luc Bérimont et Léo Ferré chanté par Jacques Bertin

Publié le par la freniere

Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.


Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

 

Luc Bérimont

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

La vraie boule de Noël à la branche du sapin est modelée dans la graisse, piquetée de graines, et nourrit la frileuse et famélique mésange.

Éric Chevillard

Publié dans Ils ont dit

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Richard Gamache

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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