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Dans l'intimité parisienne d'Anne Hébert

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La langue du coeur

Publié le par la freniere

Pas besoin de bateau pour être ababouiné. Il suffit que l'homme manque d'amour comme la voile de vent. André Forcier a voulu intitulé l'un de ses films Ababouiné, mais le distributeur n'a pas voulu. Il se nomme Le vent du Wyoming, mais personne ne sait qu'il n'y a presque jamais de vent au Wyoming. Les gros minous de poussière n'y volent pas dans le désert comme dans les films de western. Les chemins s'impatientent sous les pas d'un marcheur. Dans le silence des choses, la parole est donnée comme une graine de vie. Les mots fleurissent comme ils peuvent jusqu'à donner des fruits. On a couvert d'asphalte le marécage de mon enfance. J'y pêche encore des grenouilles dans l'eau de la mémoire de plus en plus stagnante. Les années se rameutent dans la banlieue du corps, disputant le même os. La mémoire des ratures n'a pas de souvenirs. Ni gagnant ni perdant, je n'ai jamais eu peur du tremblement des mains, mais je crains le cynisme et la froideur des chiffres, le poids des statistiques et la valeur des choses, les passions qui s'éteignent avec le chant du cygne. Je marche dans mon ombre pour affronter la pluie et laisse la porte ouverte aux rôdeurs de passage Le cœur de chacun est un banc de quêteux. Du temps de mon enfance, il y en avait encore qui parcouraient le pays, apportant les nouvelles d'une famille à l'autre. Ma mère les gardait quelques jours de plus, car elle les trouvait nobles de refuser les chaînes et les horaires. Ces mêmes hommes aujourd'hui sont couchés sous du papier journal et des remparts de carton, luttant contre le froid, la pluie et l'indifférence de la foule. Hors-la-loi du commerce, j'impose la tendresse au revers des médailles, la goutte d'encre, la larme à l'oeil, la bonté. J'aime les mots qui faussent les compas et retardent les montres, déroutent les bateaux et détournent la foi, détroussent les banquiers et aiment dériver. J'aime le grain de sel et la poussière dans l'oeil, le picotement des cicatrices. Je me nourris de musique et de rêve, des frappeurs de bidons aux gratteurs de guitare, des souffleurs aux siffleux. Je voudrais dans ma voix des milliers de voix qui liment les barreaux. J'ai de plus en plus honte de manger de la viande, préférant son chant à la chair d'un oiseau. Tous les Alep du monde sont de lointains mouroirs où chaque homme qui meurt nous arrache le cœur. Pourrons-nous compenser l'injustice par les mots? Les écrans cherchent à taire ce que l'homme veut dire. Les salaires oblitèrent ce dont les gestes rêvent. Malgré la couleur de ma peau, je suis Indien, Arabe, Juif, Noir, Asiatique, pillé, spolié, exterminé, trompé par les bonnets de la finance, les prêtres du mensonge, les banquiers du préjugé. Malgré mes pas d'ivrogne, je suis un chien errant, un chat de gouttière, un loup pris au piège, un gros arbre à guitare, une rivière en rut, un cerf-volant sans fil. Malgré le bleu de mon passeport, je suis un émigré, un migrant, un hobo sans roulotte, une gitane sans filtre, un anachorète, un autochtone, un dolmen immobile. L'homme sauve sa peau par la conjugaison des peaux. Il apprend à parler toutes les langues du cœur. Son chant se mêle à la chair, son sang à la couleur de l'encre.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

Publié dans Prose

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Éloge du fou

Publié le par la freniere

Il existe sur cette terre un peuple dont on ne parle jamais mais ils se reconnaissent entre eux ; ils s’aiment ou se haïssent mais surtout, sans cesse, ils se renvoient la même question, la seule à leurs yeux qui mérite d’être posée. Ils cherchent, cherchent sans répit, sinon quelques plages de mensonges et certaines formes d’oubli.
Cette question murmurée, implorée, chantée, hurlée, ils s’en frappent la tête.
Ils s’en mettent le cœur à vif ! Ils la boivent tel un vin rare, se l’injecte comme un poison, se saoulent ou se régénèrent, la perdent pour mieux la retrouver jusqu’au bout des nuits blanches, des journées sans soleil. Ils la décortiquent, l’aspirent, la crachent et l’offrent parfois sans calcul comme un bouquet de fleurs à une âme de passage.

Certains disent qu’ils sont fous. Et alors ?

Il en faut des fous pour exorciser nos démons, pour donner corps à nos monstres et nous permettre de dormir en paix ! Il en faut des fous pour se mettre à nu et se poignarder avec tous nos pieux mensonges ! Il en faut des fous pour se lancer dans ce vide que nous n’affrontons pas même du regard. Il en faut des fous pour aller décrocher les étoiles qui brillent derrière nos paupières cousues. Il en faut des fous pour accoucher le monde !

Fous ! Les fous battent la campagne et la breloque !
Fous ! désaxés ! détraqués ! dérangés !
Siphonnés, timbrés, piqués, cinglés, cintrés!
Maboul, marteau ! Toqué, tapé ! Tordu, toc-toc,
cinoque, louftingue, dingues et loufoques !


Z’ont perdu la raison,
La boule et la boussole,
Une araignée au plafond,
Mais qu’importe Monsieur, les fous travaillent et pas qu’un peu
Les fous travaillent du chapeau !


les fourres tout
les foutrement gais
les inspirés
chercheurs de vérité
fous téméraires
Et foutu bordel !

Les fous parlent à leur chien
Les fous n’ont pas de besoin
Les fous respectent la terre
les fous donnent tout
les fous ne mentent pas
Les fous flânent en chemin
nourrissent les oiseaux
les fous pleurent
la mort d’une fleur
les fous traversent les déserts
gravissent les montagnes
franchissent les mers
les frontières
à la nage ou à la rame
les fous disent paix et tolérance
brûlent leur carte d’identité
pour les sans-papier
Les fous refusent de s’alimenter
parce que d’autres sont affamés
les fous ne ferment jamais leur porte à clé


les fous vivent dans les arbres
les fous se couchent au sol
devant les tanks les bulldozers
les fous parlent d’amour quand on leur fait la guerre
les fous pardonnent à leurs tortionnaires
les fous s’opposent, luttent, militent
aiment et cultivent la différence

les fous défendent des idéaux
les fous écrivent des poèmes
Les fous refusent télé, supermarchés
refusent d’être vaccinés pucés
s’entêtent à ne pas se résigner

Les fous un jour partent sans se retourner
Les fous voyagent à pied
à dos d’ânes en roulottes
Les fous font de leurs rêves une réalité
les fous se méfient du progrès
prennent le temps de ne pas travailler
les fous crèvent plutôt que de capituler
Les fous s’aiment malgré tout
Les fous refusent le garde à vous
Les fous croient en la justice
et pensent pouvoir changer le monde


mais il y a d’autres fous encore plus fous
qui veulent que tout et tous soient parfaits
fous qui veulent rester entre eux
fous de fric de pouvoir
fous qui veulent tout diriger
fous qui veulent tout acheter
fous qui pensent qu’ils n’en sont pas
et qui disent :

Est fou celui qui ne pense pas comme nous…
Est fou celui qui n’est pas comme nous…


 

Cathy Garcia


glané sur Emila Gitana

 


 


 

 


 

 


 


 

Publié dans Poésie du monde

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Ne me dites pas

Publié le par la freniere

... N'est-ce pas ce qui importe
cette vie des mots d'avant et d'après l'amour?

Ne me dites rien je sais déjà
o mes amis férus de printemps
un certain matin nous serons si petits
que le monde ne nous retrouvera plus

et nous débarquerons d'un sillage nocturne
avec une cargaison de poèmes pour recréer le monde.
...

André Chenet

extrait d'un poème en cours d'écriture
dédié à
Patrick Quillier et François Minod
après une nuit alarmante de poésie ---

 

Publié dans Poésie du monde

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Ile Eniger

Publié le par la freniere

Ile Eniger

Au mois d'avril paraît, aux Editions Chemins de Plume, un livre regroupant des extraits de ses 5 livres publiés entre 2000 et 2004 aux Editions Cosmophonies Internationales : La parole gelée - Les terres rouges - Une pile de livres sous un réverbère - Du feu dans les herbes - Celle qui passe -, sous le titre : "Textes poétiques 2000-2004". Vous pourrez le commander aux Editions Chemins de Plume à partir du 10 avril 2017.

Publié dans Ile Eniger

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Dans le secret des lieux communs

Publié le par la freniere

Il faut bien vivre en attendant la fin du monde. Savoir qui je suis, je n'écrirais plus rien. Le mouvement des feuilles donne une forme à l'air. Les nuages dialoguent avec la lumière. On ne croit pas vraiment aux fantômes, mais ils bougent parfois avec les anges et les démons, les os qui craquent , les ailes qui nous frôlent. Les regards sont en forme d'images. Les gestes font la main, la caresse, les pas, les coups d'épée dans l'eau, les coups d'épaule, les coudées franches. On n'est pas obligé d'être heureux, mais ça aide parfois. Les enfants rient après une crise de larmes. Les hommes font la fête après une crise de nerfs. Tant de choses possibles construisent le hasard. Chaque moment, chaque chose, chaque geste est surpris d'être un mot. Sans parole, sans but, les nageurs manqueraient d'eau, les coureurs de souffle, les voyageurs de route, le courage d'aplomb. Les bourreaux meurent sans que cesse la haine. Les soldats tombent sans que cesse la guerre. Certains ne voient pas les hommes, mais la distance entre les hommes. Plus de lumière suppose qu'il y aura plus d'ombre. Avec les pierres que l'on arrache aux murs, certains construisent d'autres murs, lapidant l'espérance, dilapidant l'espace. Ce qu'on écrit parfois est plus vivant que le réel. L'inconnu prend sa source dans le secret des lieux communs.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Improésie

Publié le par la freniere

Improésie

Publié dans Glanures

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Faudrait

Publié le par la freniere

photo et graffiti: Jacques Desmarais   Béthanie

photo et graffiti: Jacques Desmarais Béthanie

Se chanter la pomme dans les actes perlocutoires du langage. Quand dire, c'est faire pour reprendre Austin. Ou comment se faire des amis ailleurs que dans sa tête. C'est toute une musique! Un beau silo. Quelques aphorismes inoubliables de Nietzsche peuvent aussi aiguiser à jamais le réflexe pragmatique de ne pas toujours prendre pour du cash la cascade d'impératifs, les « il faut » qui journellement viennent gratter à la porte du conscient et s'infiltrent jusque dans la condensation de l'inconscient en déclenchant le piton du Ça qui, pour sa part parentale, professorale, gourousale..., niche de tout son poids sur nos frêles épaules. C'pas drôle. La petite voix intérieure est alors si prestement ancillaire. Socrate : pourquoi nous as-tu abandonnés? ...

 

Jacques Desmarais

 

lire la suite sur son excellent blog Train de Nuit

Publié dans Glanures

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Ils ont dit

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Ils ont dit

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Nulle mort ne peut

Publié le par la freniere

Nulle mort ne peut

Pour Derek Walcott

Il y a tant de chênes à Atlanta qui gémissent encore
Des champs qui pleurent
Qui chantent aussi
Et qui impriment aux capsules du coton des torsions incroyables !

C’est ce mélange
C’est cette torsion
Ce plus insoutenable qui habille l’envol des belles et seules images !

Que la mer mieux qu’Histoire te soit douce
Qu’elle te fasse mémoire
Que l’archipel mieux que pays te fasse collier

Que ce qui se mélange
dans l’aquarelle et dans Shakespeare
dans les contes le théâtre et les livres
t’organise le trône d’écume
où tu viendras t’asseoir avec le mangot-vert des au-delà du jour.

Ô seul langage du sel à la paupière touchée
Ô rire dans l’amitié scellé
Que poésie ne tremble !
Que poésie ne passe !


Frère,
à beau dire à beau faire
nulle mort ne sait
quand ce qui reste

se maille à tout ce qui célèbre qui accueille qui embrasse
et qui noue.

En nous, nulle mort ne peut.

Patrick Chamoiseau

17 03 2017

 

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