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Il se peut

Publié le par la freniere

L'écriture est la fleur au-dessus des épines. Il faut monter pour approcher sa vérité. En quête de rectitude, j’écoute le silence, le chat bien plus confiant que moi, le sentier guidé par la montagne, toutes ces choses de la présence pure. Il se peut que les mots, les gestes, les espoirs, se trompent de planète et de locataire. Il se peut que le cuir tanné des terres d'hiver, les maraudes d'oiseaux sur des graines de faim, les gifles des vents dans les arbres dépouillés, soient plus résolus que mes pas sur la route. Il se peut que la funambule craigne le vide, le grand vide affamé où s'éteint la lumière. Mais il se peut aussi que la vie dans la vie ranime la pierre.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Les jardins minés

Publié le par la freniere

Je concède aux étoiles au peu de ma naissance. Je dois au capital le règne de l’angoisse, du néant et du manque, toutes les sortes de bombes et le rictus des marchands, la bêtise et la faim, l’adoration du fric, la haine qu’elle implique, l’agonie de la mer et les jardins minés, les bras qui se prolongent en seringues, les épaules en fusil, les camps de réfugiés, les enfants de la rue, les fillettes qu’on vend, les anges en beau calvaire, les poètes en hostie. L’ambition d’être tout a dévasté le monde. Ne sachant où mène ce néant, j’arpente le chemin qui s’éloigne des lois. Je donne à l’espérance un visage verbal. J’ai choisi l’air pour bâtir ma demeure. J’y creuse des fenêtres assoiffées de lumière. J’alimente la laine quand le tricot a faim. Une seule image, un seul oiseau, une seule phrase peuvent adoucir le monde. Il arrive qu’un seul coup de pinceau résume l’immensité. Une lettre est le début du monde. La moindre des moissons revient à sa naissance.

Je veux le fruit du fruit, la fleur de la fleur, l’âme de l’homme retrouvée par amour, faire de chaque miette la naissance d’un pain, d’un brin d’herbe une flûte, d’un regard de pierre une source d’eau fraîche. Je cherche dans la nuit ce que nul ne voit, un bol de bonheur, un bout de vérité, l’amande solitaire cachée dans son écale, la graine naissant dans l’ombre pour voir le soleil. L’écart entre les hommes est la table où j’écris pour rapprocher nos vies. Les mots viennent de trop loin pour se permettre de mentir. Le cri du premier homme quand il a vu la mer traîne encore dans les phrases, ses oh devant le feu, ses premiers pas dans l’eau. De trop avoir cherché, je me suis égaré. La nuit gagne sur moi. Quand le passé se tait, l’avenir est muet. Ce qu’un instant dessine est effacé par le suivant. Il faut s’aimer plus fort quand le vivant rapetisse. Je m’éveille ce matin avec de vieux mots échappés de l’hospice.

Les souvenirs fleurissent les à-côtés du cœur. La vie nourrit la mort. Il faut piller la terre, écraser quelques hommes, pour amasser de l’argent, avoir des griffes au bout des mains, un cœur à marée basse, une tête mal lunée, une tache de pétrole en guise de conscience. Le temps devient bizarre à cause des cultures, des pesticides, des essais nucléaires. La mort vient du sol comme elle descend du ciel. Qu’il fasse nuit, qu’il fasse noir, qu’il fasse froid ou faim, toute la question est de ne pas se vendre.

La mort d’un homme n’est pas un drame, mais une vie ratée, une enfance avortée, un vieux sans souvenirs, un rêve mutilé, une bouche sans pain. La guerre d’Espagne se perd à chaque jour. L’argent a gangrené chaque cellule du corps et la vie s’empoisonne. De la gueule du volcan à la tanière du loup, du grenier de la nuit au sous-sol du jour, je tire la langue au néant et convoque à l’amour. Je fabrique des clefs pour les portes qu’on ferme, des fenêtres d’oiseaux, des comptoirs à épices dans la fadeur du temps. Il y a longtemps que Dieu est mort en sautant sur une mine. Je regarde le Christ refaire ses bagages. Il jette à la poubelle ses épines en plastique, ses paroles trahies par les bouches dévotes, ses tables de la loi usurpées par la banque, son amour en faillite, sa tunique de pauvre redessinée chez Dior. Une guerre a beau finir, ce n’est jamais la paix. D’autres commencent quelque part. Les vautours cachent leurs œufs dans un nid de colombes. Autour de moi, des gens rient, gesticulent, parlent fort. À l’usine ou ailleurs, ils nourrissent la bête. Rivé à mon crayon comme un fou sur sa chaise, je suis d’un autre monde, celui des schizophrènes, des parias, des enfants alités. De nœud de viscères en nid de vipères, je desserre l’étreinte. Je traverse le rêve en bicyclette rouillée.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ils ont dit

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Je cherche un nid...

Publié le par la freniere

De la cabane-à-moineau
à la grotte du Trou de la Fée
Du château Gatineau
à la salle du Bal des Vampires
Du taudis de la rue Darling
au loft des Enfants du
Paradis
Du manoir hanté de Jimmy Page
au bungalow hollywoodien de Roman Polansky
Du back-store d'Henri Tranquille où dormait Jean-Jules
Richard
au char pas de "tire" d'au Clair de la Lune
Du garage à Katou
à la chambre d'ami de l'acadien
Du chalet de l'Avenir à Yves Boisvert
à la roulotte de Chloé Surprenant
Des boîtes de carton derrière le Marché Métro
aux dortoirs de l'Accueil Bonneau
Du condo aire ouverte en rangée
au logement du Plateau avec l'escalier en devanture
Des "capsule-house" japonais à l"aéroport
aux communes d'Hochelaga
Des coops de petits bourgeois
aux centres d'accueil pour vieux criss
Des sous-sols d'églises pour réfugiés
aux camps d'internement pour déplacés
De la cellule du prisonnier du droit commun
au trou pour les felquistes récalcitrants
De la couche des cosmonautes
au wagon-lit du Transsibérien

Du sleeping-bag sous les étoiles
à l'étable de Bethléem
De la maison des souris aux trois lucarnes
à la P'tite École d'Ulvertun de l'Oncle Georges
De l'auberge des Poètes de l'Arche à Jonquière
à la chambre de bonne de l'Île St-Louis à Dsky
De la tente de sudation de Chloé Leriche
à l'écurie remplie de livres de Jean-Claude Germain
Du poulailler de l'artiste inconnu
à la grange à Noël Fortin
Du Palais des Papes à Avignon
à la Cave de Boris à St-Germain-des-Prés
Du grenier du fantôme d'amour
à l'atelier de Riopelle à l'Îles-aux-Oies
Du troisième sous-sol de Max Courtemanche
à la véranda du triplex d'à-coté
De l'igloo de Nanouk
au typee de Chingatchgoutch
Du longue-house de Donacona
à la yourte de Genghis Khan
Dans l'abri atomique de Fort Alamo

au bunker du premier ministre
De la suite royale dans un hôtel 5 étoiles à Paris
à l'Hôtel du Parc dans le bassin à Chicoutt
Du Motel de Norman Bates
au camping de la
Madeleine
Du Temple de Krisna
à l'Asrham d'Aurobindo
Du divan-lit de l'ami après le show
au plancher après la brosse
De la plage de l'Île-du-Repos
jusqu'en dessous de la table à pic-nic à Jonas
En dessous de l'autoroute Ville-Marie
ou en dessous du comptoir du Bar A avec l'Agent Glad
Dans le carrosse de la citrouille
ou dans le bec de la cigogne
Dans le nid de poule
ou dans la cache du chasseur d'orignal
À l'Asile Boum-Boum
ou au presbytère Ste-Famille
Au Couvent de Massueville

ou à la Maison Blanche à Washington
De la petite maison blanche à Chicoutimi
jusqu'à la petite maison dans la prairie...
Évité les sarcophages, les tombeaux, les cercueils, les corbillards, les lieux de dernier repos...
Couché dans tous les scénarios, où il y a le mot: maison, chambre, lit, bureau, commode et dormir, dormir, dormir, zzzzzzzz!

 

Alain-Arthur Painchaud

Publié dans Poésie du monde

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Iggy Pop et Catherine Ringer

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Air d'été

Publié le par la freniere

En ce printemps tardif
au cours duquel chacun a rêvé
d’être ailleurs ou plus tard,
l’été s’annonce enfin… Je m’arrête
ce matin pour écouter « La Truite »
de Franz Schubert. Tout à l’heure,
je vais m’asseoir sur la terrasse
avec un livre dans l’espoir d’emmêler
un peu d’air frais et le chant des oiseaux
entre les lignes et dans les phrases
que je murmurerai. La vie s’annonce
avec les promesses de l’été : la flânerie,
la lenteur, les randonnées sans but,
mais surtout l’obligation de n’avoir
aucune obligation ! On y est presque…

Claude Paradis
20.05.2017

 

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Montréal

Publié le par la freniere

Montréal

Mon Montréal à moi, c’est celui du monde ordinaire, que je transportais d’un bout de rue à un autre, à travers les quartiers de la ville, lorsque je faisais du taxi pour payer mes études et faire vivre ma petite famille. C’est celui des Cantouques de Gérald Godin, avec «les crottés, les Ti-Cul, les Ti-Casse, les Ti-Noir, les cassos, les feluettes, les gros-gras, ceux qui se cognent les doigts avec le marteau du boss». C’est celui de L’Hiver de force de Réjean Ducharme qui déambule à travers le parc Jeanne-Mance en broyant «le noir des arbres nus dans la nuit de la première herbe». C’est celui de Jean Corbo qui saute avec sa bombe à seize ans, un 14 juillet. C’est celui d’Huguette Gaulin qui, à 28 ans, s’immole par le feu, au mois de juin 1972, sur la Place Jacques-Cartier, pour protester parce qu’ «on a détruit la beauté du monde». C’est celui de Victor-Lévy Beaulieu qui fait déambuler son homme-cheval dans les rues de Morial-mort pour exorciser son mal de vivre. C’est celui de Maryse de Francine Noël marchant avec ses souliers à talons hauts dans la neige molle, avec sa galerie de personnages sympathiques, intellectuels passionnés de politique, féministes tourmentées et poètes rêveurs, gravitant tous autour de l’UQAM naissante et de l’École des Beaux-Arts. C’est celui de Gaston Miron traversant le carré Saint-Louis en discourant tout seul dans sa tête et en croisant sans doute Dany Laferrière assis sur un banc du parc en train d’écrire son premier roman. C’est celui de la rue Sanguinet de Claude Dubois et de la rue Saint-Vallier de Beau Dommage, celui des Belles Sœurs de Michel Tremblay sur le Plateau Mont-Royal et d’Émile Nelligan enfermé à Saint-Jean-de-Dieu, et celui du Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, où Florentine Lacasse travaille comme serveuse dans un restaurant bas de gamme de Saint-Henri. C’est celui de Josée Yvon, décédée elle aussi trop tôt, de Michel Garneau, longtemps voisin de Leonard Cohen, près du parc des Portugais, de Michèle Lalonde qui me fait pleurer chaque fois que j’entends son Speak White. Et de tant d’autres que je n’ai pas vus ce soir sur le pont Jacques-Cartier tout illuminé de ses mille feux.

Jacques Lanctôt

Publié dans Poésie du monde

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Un parti-pris

Publié le par la freniere

Elle écrit du cœur du poème, du jardin d'enfance, du lieu où tout serait possible. Elle s'inquiète du temps qui se déploie sans indiquer sa route. Elle ne s'appuie plus, pas même sur l'écriture. Elle a rompu un à un tous les épaulements, elle en a fait du petit bois pour les heures froides. Un jour peut-être, ici ou ailleurs, dans les pages d'un livre, par la grâce d'une fleur de fruitier, elle dira, elle même étonnée : "La maison vieille est toujours debout", et elle sourira des anciennes peurs. Elle aura choisi de croire que les oiseaux sont heureux. Ce sera comme ça, un parti pris.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Dans un corps vide

Publié le par la freniere

Les yeux trop pleins de choses ne voient pas l’horizon. Trop de mots se perdent dans les bulles du bruit. Trop d’images s’effacent. Le réel ne vaut rien s’il interdit le rêve. J’avance dans ce que j’ai perdu pour trouver l’inconnu. Un petit vent caresse les arbres et un oiseau rafraîchit l’air. Sans âme, sans amour, le cœur bat dans un corps vide. À force d’enjamber les larmes, la route s’est noyée. D’une frontière à l’autre, on porte tous nos accessoires de réfugiés. Quêteur d’absolu, je traîne en plus d’un guichet de banque à l’autre mon attirail de pauvre. Il faut des ruses de vivant pour affronter la mort, protéger l’âme avec des mots sans craindre de se brûler. On ne reconnaît plus ses frères. Les masques poussent à même la chair. Partout les délateurs avancent dos à dos. Chaque homme dans la foule n’est qu’une portion de mur. Nous sommes tous à la même enseigne. Être des hommes avec les hommes, est-ce si difficile ? Les belles années passent sans vaincre la laideur.

L’eau s’achète et se vend. Les larmes des enfants servent de sel aux tyrans. On compte la recette en omettant le déficit du cœur et les laissés-pour-compte. On piétine les herbes qui poussent sans permis, les fleurs sauvages, les orties. À tant tirer sur les ficelles de la haine, toutes les marionnettes se valent. On plante des épines sur la peau des mots nus, des bombes dans les gares, des mines dans le désert, des aiguilles souillées dans les veines encore bleues. On s’accroche aux clous du Christ, aux sourates d’Allah, au bruit des tiroirs-caisses sans trouver la lumière. On reste là sans voix, les nerfs en boule et les jointures à vif en nous mordant la langue, le petit pain des jours émietté dans l’absurde.

Quand les paupières se ferment, je garde ouverte la main des yeux. Je n’ai pas besoin d’un Dieu pour regarder la mort en face. J’ai besoin d’un poème pour remercier la vie. Je n’ai pas besoin de lois pour reconnaître un juste. Je n’ai pas besoin de pardon. J’ai besoin de beauté, de bonté, de bon temps. Je n’ai pas besoin de signes de croix, de salamalecs, ni de génuflexions. Le coude à coude du partage est un acte sacré. Je n’ai pas besoin de cash mais de chaque grain de sable, chaque goutte de pluie, chaque plume d’oiseau, chaque feuille d’un arbre, chaque atome d’atome, chaque pulsation de vie.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

C’est beau un homme quand il tient debout tout seul, nu face au soleil, quand il respire amplement, les pieds ancrés à la terre mère. C’est beau un homme qui chante et qui pleure, qui tend la main vers d’autres hommes, vers des femmes, des enfants, un chat, une chouette, une fleur. C’est beau un homme qui ouvre ses bras, qui s’invente des ailes, pas pour aller plus vite ou plus haut non, mais pour accomplir des rêves qui donneront des fruits à offrir et partager. Oui, c’est beau un homme, et tout particulièrement quand il est une femme aussi, et un enfant encore. Pas pour faire des caprices ou ne jamais rien assumer, non, mais pour conserver intacte sa capacité à s’émerveiller et pouvoir offrir et partager ce qu’il a vu, entendu, senti, créé. C’est beau un homme, quand il vise haut et juste, avec sa conscience propre, quand il a le cœur au courage et le désir du vivant. Alors surtout, continuez, les hommes, soyez beaux, surtout du dedans !


Cathy Garcia


 

Publié dans Ils ont dit

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