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Philippe Léotard chante La Mémoire et la Mer de Ferré

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Petite complainte du marais

Publié le par la freniere

Improvisation  avec
Wawa & Goulevent.
Enregistrement, harmonica et photo: Jacques Desmarais
Béthanie, 19 juin 2017.

Publié dans Glanures

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Je cours avec mes mains nues

Publié le par la freniere

J’ai l’intention de toucher à la larme des fleurs, à l’épaisseur du moindre souffle empoté comme une confiture de muguet. Certains creusent, d’autres amassent la terre du trou. La terre, notre terre est à chacun. Je glisse sur le dos du monde et mon corps avance tout seul. L’enfance que je n’ai pas eue se cache dans le foulard de son anniversaire. Je tiens la vie comme une culbute, comme une dégringolade du vertige que le chaos embrassait. Je porte en moi l’immense récipient de la foudre et des feuilles mouillées. Dans le parfum du sommeil, des arbres secoués par le vent inventent une seconde pluie plus fine. Je suis un migrateur inflexible, l’âge s’agite dans l’instable équilibre d’un chapeau de paille retourné. Je jubile et toute adversité s’envole. J’aime le verbe, il me donne à voir l’invisible. Je suis l’ami de ma chair pensante.

Néanmoins.

Un cri oublié se perpétue dans la trame commune. Des hommes et des oiseaux brisent les chaînes du ciel, le transpercent dans la pesanteur de l’instant qui n’a pas encore bu aux étoiles. L’heure est un aigle immense flottant sur les reflets de nos ajournements. J’ai reporté à demain la tristesse d’être venu au monde et la joie de dire : ici, c’est maintenant. Je cours les mains vides, je cloque comme un pâté de souffrance dans un silence inaccompli. Je ne verrai jamais la flambée de nuages s’éteindre dans la mousse de l’extrême incandescence. Ancré dans les eaux de la nuit, le bonheur est un souffle dont je ne peux m’emparer. Tout comme le vent s’habitue aux dédales de l’air, je me suis accoutumé aux tempêtes qui broussent mon sang. Je renonce à l’humidité qui rouille la clairvoyance de mon esprit. Les doigts moites de condescendance, j’écris mon corps avec le fer du grillage qui m’entoure.


Bruno Odile

Publié dans Poésie du monde

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Fête des Pères

Publié le par la freniere

Père, tu ne disais rien ces temps où tu étais seul et malheureux. Je faisais comme si je n'entendais pas que tu ne disais rien. Nous étions nourris de ciel muet. Et que pouvait le ciel sur cette terre aride où l'épilet sauvage piquait et séchait au talus poussiéreux ? Que pouvait le ciel quand le mufle des vents malmenait des feuilles amoncelées depuis si longtemps ? Que pouvait le ciel quand le caillou blessait dans chaque soulier ? Que pouvait le ciel quand l'inane pendule tranchait les jours en secondes erratiques emportant les mots avant qu'ils ne se posent. Père, la dure réalité est un espace lisse sur lequel mon écriture bute et dérape. Je sens l'urgence des mots mais ils s'éloignent, fatigués. Je voudrais le chant du monde, je n'ai qu'un filet de voix. Comme toi jadis, j'apprends la solitude. Comme toi, je ne suis pas de celles qui tournent le dos à la route. Père, je te sais de loin, mais je te sais. Comment te dire ce que tu n'as pas su dire ? L'été se profile, implacable, comme il sait l'être dans le sud.

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Petit mot à mes amis, après une longue absence

Publié le par la freniere

Amis, le vent mauvais m'a bousculé, comme il a bousculé les miens et comme en ce moment il bouscule aussi bon nombre de mes amis.
Quinze jours près les mois lents et très pénibles qui ont précédé le départ de ma mère, Léo mon chat a été agressé par un sans doute dément et j'ai dû devenir à plein temps et plus de deux mois durant, l'ambulancier et la nounou de mon petit félin qui a été amputé d'une patte avant. Léo à peine sauvé, un proche a déclenché une maladie grave*, mais rien ne suffisant aux appétits farceurs des froideurs du mauvais vent, je me suis retrouvé en hôpital. Ajoutez à cela un problème cardiaque et vous comprendrez mes mois d'absence !
Je ne sais pas ce que voulait me dire le vent mauvais qui a troublé les 14 derniers mois de ma vie, sinon que prendre de l'âge peut devenir dangereux !Mais que la vie reprenne !
Je suis là, et ne renonce à rien !
Je continue à trembler pour mes enfants et les enfants du monde, à prendre le temps de dire, à hurler, à griffonner des mots de vie, à plaider pour une fraternité sans concession avec tout le vivant.
Encore, je continuerai à poser sur du papier ce sang d'encre où habite ma capacité à aimer, à voir mon cœur battre la chamade devant l'innocence des enfants, le courage des justes, la persévérance de l'arbre, celle de l'oiseau, et tout ce qui fait face aux armées de bétonniers et de prédateurs qui assassinent notre Terre.
Je veux continuer à vivre en homme debout aux côtés des peuples qui attendent l'espoir et réclament leur droit à être, et cela m'est suffisant à justifier mon droit à respirer dans le concert des consciences pour me sentir un parmi vous.
Que la vie reprenne !

Jean-Michel Sananès
20 juin 2017

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Ma tête de mort

Publié le par la freniere

Chacun porte mille routes. Tous ceux qui prennent le même chemin finissent dans un embouteillage. On demande des papiers à la porte du ciel, des talons de paie, des visas, des diplômes. À quoi bon garder la porte ouverte si le cœur est fermé. Le paraître cherche à cacher le vide. Chez les plus démunis, le rêve ne dépasse guère la peau du ventre. Tant qu'à mourir vieux, je ne cesserai pas d'être l'enfant qui apprend à marcher. Les choses faites n'ont pas plus d'importance que les choses à faire. Lorsque la vie nous décoiffe, il ne faut pas craindre de friser le ridicule. J'ai du mal à croire que les hommes soient bons. Avec un peu de haine, ils fabriquent des armes et ils se font la guerre pour des bouts de papier. Il n'y a pas que les morts qui règnent au cimetière. Des milliers d'insectes font vibrer l'herbe verte. Le vent ronfle dans les saules, ébouriffant les feuilles. Le monde commence où l'on est. Je ne parle pas de naissance, mais du fait d'être là. Souvent, la nuit, on ne voit rien, mais on entend quelque chose. Une main, un caillou, une plume, c'est un monde complet. Mes bras se prennent aux rêves comme des champignons, des coraux, des croûtes de lichen. Mes yeux s'allument comme des choses éteintes que les mots réaniment. Je cherche mon chemin là où personne ne va. J'appartiens à mon loup dans les forêts qui meurent. Qu'avons-nous fait du monde que nous devions aimer? Quand nous n'y serons plus, les grands mammouths laineux serviront d'épitaphe. Ma tête de mort est bien vivante sur le drapeau des révoltés. Mon sang remonte jusqu'aux yeux. Mes gestes courent après mes mains. Je rêve de soleil dans la nuit des racines et ma parole saigne dans un buisson d'images. Un livre me sert de corps. J'y invente la vie. J'y invite un ruisseau où boivent des oiseaux. Mes poings heurtent sans fin des barreaux invisibles. J'ai des regards de fou sur un lit de paupières, des yeux tout chamboulés aux vagues à l'envers. J'écris pour ces fantômes que le sang rend visibles, les têtes qui tapent contre les murs, les bouquets de fleurs assassinées, les enfants qui courent sous le crachin des bombes.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Quand je mourrai

Publié le par la freniere

Quand je mourrai

ne le dites à personne

je ne veux pas de leurs mains jaunes

et de leur voiture noire

vous me mettrez debout

les bras sur vos épaules

et vous me conduirez tout au bord de la mer

où le sable est si fin

et j'attendrai la marée haute

si vous ne pouvez pas

montez-moi en Cévennes

et puis couchez-moi seul

au milieu des genêts

la tête dans le ciel

 

Si je meurs seul

s'il n'y a personne pour me conduire en mer

ou me coucher dans les genêts

s'il faut que j'aille au cimetière

je voudrai que ce soit dans celui d'Arcachon

sur une dune ensoleillée

près de la ville d'hiver

je voudrai qu'on m'habille avec ce velours noir

que je garde en lieu sûr

d'une chemise blanche avec un foulard rouge

qu'on mette dans ma poche une pipe d'Irlande

avec du tabac blond

le Rimbaud bleu de poche 491

sans oublier un sac marin

et une paire de rames

 

j'attends la vague immense qui m'ouvrira les yeux

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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Pourtant

Publié le par la freniere

Ici se décourage, ou quelque chose comme ça. L'inconséquence de l'espèce, ses papiers gras, ses souillures, ses mensonges, ses illusions, ses cacophonies, ses hue et à dia, épuisent. Dans les arbres souffreteux, des oiseaux claquent du bec, ils survivent. Sur les branches noires du peu, la saison triste est un mouroir. Une mauvaiseté infléchit les endurances, martèle à petits coups d’ongles jusqu’à la plaie. Pourtant, la prévalence du moindre cède toujours devant le rire d'un enfant soufflant sur les akènes des fleurs de pissenlits.

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Tant qu'il y aura des hommes

Publié le par la freniere

Tant qu'il y aura de l'argent,

il y aura des pauvres et des riches.

Tant qu'il y aura des dieux,

il y aura des athées mis à nu

et des croyants armés.

Tant qu'il y aura des banques,

il y aura des imbéciles heureux

pour croire aux promesses d'élection.

 

Tant qu'il y a des hommes,

il y a de l'hommerie et des vendeurs de chars.

Tant qu'il y a des hommes,

il y a malgré tout des âmes-sœurs qui s'aiment,

de la tendresse en friche,

des caresses à donner,

des cœurs empressés dans les baisers volés.

 

Tant qu'il y aura des pierres,

du silex et du bois,

il y aura du feu.

Tant qu'il y aura des mots,

des mômes qui font du bruit,

des gens qui manifestent,

de l'énergie solaire,

des barques sans moteur,

il y aura de l'espoir.

Tant qu'il y aura la nuit,

la peur des fantômes

et l'aboiement des chiens,

il y aura le jour.

 

Tant qu'il y aura du monde

pour défaire les chaînes,

du mou dans les cordeaux,

du lousse dans la tête,

du foin à la place du fric,

des mains qui sentiront la femme,

l'amour, les frites

ou la compote de pommes,

des mains de menuisiers sur les rabots,

des mains de pianistes ou d'accoucheurs,

des mains à plume ou à marteau,

des mains de sable au bras du fleuve,

des coups de main,

des coups de tête,

il y aura des hommes restés debout,

des enfants en révolte,

des femmes enceintes

ou en chaleur.

Tant qu'il y aura des fraises,

de l'eau d'érable et des poèmes,

des guêpes en liberté

et des abeilles vivantes,

il y aura du miel.

 

Tant qu'il y aura la mort,

il y aura la vie.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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