Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Monter si haut

Publié le par la freniere

Monter si haut

louper la marche

tomber si bas

se relever comme un enfant

à chaque nouveau pas

réapprendre à marcher

 

Tantôt les arbres

tantôt les mains

tantôt les bêtes

tantôt les uns

tantôt les autres

prendre racines avec chacun

prendre la vie à bras le corps

 

tu es venue

tu es partie

le ciel s'est refermé

sur tes derniers regards

et je t'écris dans les cafés

les cernes de bière et la poussière

 

que l'on soit mille

ou chez personne

tantôt les poings

tantôt les mots

tantôt les uns

tantôt les autres

devant la vie qui en arrache

nous sommes tous un peu coupables

 

JML

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Le vent bleu

Publié le par la freniere

Le temps qu’on met pour être un homme emprisonne l’enfance. Si vivre était au moins un jeu de cirque, un jeu d’enfant. Malheureusement, c’est devenu un jeu de rôles qui ne sont jamais drôles, un jeu de guerre, un jet de pierres, une roulette russe, une foire d’empoigne où l’on piétine les artères du cœur. Des enfoirés mènent le bal. Quand on pense le monde en termes d’économie, c’est toute l’humanité qu’on appauvrit. Entre ces murs de chiffres, ces écrans, cette pauvreté du cœur, il faut oser poser un regard d’âme sur le monde. Je voudrais vivre pieds nus ou en sandales, en raquettes l’hiver, mais le sang cogne sur des parois de haine. Les poings s’écorchent aux barbelés. Les fleurs tendent le cou pour un baiser qui ne vient pas. Il faut briser la vitre, laisser la vie entrer en masse, penser des choses bien plus grandes que nous. Ceux qui brûlent dans l’ombre ont des mains de lumière. Je ne vois plus très bien et je n’entends qu’à peine, mais je rêve plus haut. Des pays naissent au bout des doigts. Des mers se lèvent sur la page. Je découpe les mots dans mes propres viscères. Pour ce maigre butin, deux ou trois carnets me suffisent, une poignée de crayons. On peut écrire n’importe où, passer de la mesure humaine à l’univers entier, se reconnaître dans les plantes et ne garder de soi que le meilleur. Je suis debout sur le bout de la langue. Je suis un mot que l’on n’a pas dompté. Je fouille le soleil avec un bout de crayon. Je me contente de la bonté d’un arbre, la beauté d’un visage, d’un livre faisant le pont entre le rêve et le réel. L’essentiel est un pain dans la famine qui règne. S’il faut sauver la terre, ce n’est pas pour sauver l’homme, mais la vie qui l’entoure.

Tout petit, je construisais des cabanes dans les bois. Ma vraie vie était là. Je continue avec un bout de crayon. J’habite entre deux pages. J’habite les ravins, les abîmes, les phrases. La force de l’être est plus belle que celle de l’avoir. Sans rêve, on ne vit pas, on ne fait qu’exister. Je veux brûler avec mes livres, toucher la grâce avec des mots, retrouver l’âme de l’enfance, retrouver les sentiers où habitent les anges. Là où les chiens aboient, je voudrais mettre en mots ce qu’entendent les bêtes. Parmi les brouhahas des villes, chaque atome de silence est le cri d’un muet dessinant la parole. À chaque chant d’oiseau, je m’envole plus haut, la plume au bec, le crayon sur l’oreille, un carnet sur la table. Je décachette l’enveloppe des phrases. J’ouvre les lettres une à une pour qu’éclosent les mots. Chaque page est un miracle. Chaque jardin porte la vie. Chaque espoir est aux prises avec l’économie. Si un Dieu existait, il renierait les hommes. Chaque amour doit se battre contre les hommes d’affaires. Un lexique de guerre a torpillé le dictionnaire des rimes. Les mots flottent à l’envers dans le vocabulaire. On nous arrache des mains le manche d’une phrase. On accumule les billets de banque sans voir la catastrophe qu’ils provoquent. On égorge les mots pour en faire des slogans qui serviront à vendre. De la parole, il ne reste plus qu’un os, un cartilage érodé par le temps, une pacotille enrobée de monnaie. Je ne peux plus regarder les hommes sans trembler. Même mon visage me fait peur. La lumière s’évade et se blottit contre nos cœurs. Elle traverse nos rêves et les pages des livres. Elle traverse les ombres sur la pointe des pieds. Le vent bleu de Langevin agite mes neurones. Son Saguenay m’appelle. Ses pas inventent sur la route un traité de la marche. Ma vie se lève dans la nuit soulevée par les mots. Des sécrétions d’enfance me remontent à la bouche, des parfums, des saveurs.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Dernière parution

Publié le par la freniere

Dernière parution
Dernière parution

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Je ne tiens plus debout

Publié le par la freniere

Je ne tiens pas debout sans toi.

Mes feuilles ne poussent plus.

Mes racines pourrissent.

Les oiseaux volent si bas

que le ciel s'enfuit

et dort dans les nuages.

Je refoule sans toi

comme un fruit desséché,

une olive trop vieille.

Il n'y a plus de feu.

La cendre a remplacé la braise.

J'ai les bras comme deux ruisseaux à sec

et ma soif n'a plus qu'une provision d'eau morte.

Je ne tiens plus debout.

Même si les baisers envoyés par la poste

ne suffisent pas toujours,

je t'attendrai jusqu'à la fin des temps

où chacun deviendra ce qu'il aurait du être.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Les soirées de poésie de la Casanous

Publié le par la freniere

Pierre Cadieu n'est pas sur la photo. Pierrot Léger (3), Gilbert Langevin (2), Robert Lalonde (1), Réal Bujold (4) y sont.

Pierre Cadieu n'est pas sur la photo. Pierrot Léger (3), Gilbert Langevin (2), Robert Lalonde (1), Réal Bujold (4) y sont.

À l'origine, les nuits de la poésie de la Casanous étaient animées par Pierre Cadieu, Réal Bujold et Robert Lalonde (pas l'écrivain et le comédien, mais le poète métis, père du libraire Bob Lalonde. Janou Saint-Denis a pris la relève un ou deux ans plus tard. Elle a tenu cette institution à bout de bras jusqu'à la fin, d'abord au même endroit, puis en différents lieux selon les années. À la longue, ces soirées sont devenues les soirées de poésie de Janou Saint-Denis.

 

Un survenant

à Carlos Labrosse*

 

Je me souviens d'un survenant

à la croisée des routes, l'entrecoeur

par la doute et la douceur

revenant sur la pointe des pieds

ridé par un dernier coup de coeur

 

il cherche à la dérobée, preste!

le mot ami, la main offerte

alliant la parole au geste

conte fleurette et tempête

 

tourmenté par la tourmente il fonce

inquiet par exprès on dirait

coureur de la nuit et des bois

trappeur de l'espoir aux abois

 

Je me souviens d'un survenant

comme à l'accoutumée revenant

après la veillée d'un long voyage

plein de récits le bagage

 

comme un coup d'vent

les mains pleines

du trajet et de la peine

de nulle part à ici

 

trop tard arrivé

il repart bientôt

tout démonté

sans un mot de trop.

 

Robert Lalonde

 

Rober Lalonde a publié dans les années 60 Ailleurs est en ce monde aux éditions de l'Arc de Gilles Vigneault et des recueils de poésie aux éditions Atys de Gilbert Langevin qui fut le plus jeune éditeur au Québec. J'attends avec impatience son prochain livre. Pourquoi pas à La compagnie à numéros ? André Major, Jacques Renaud, Georges Dor, Yves-Gabriel Brunet ont débuté chez Atys, ainsi que le sculpteur Jean Gauguet-Larouche qui est aussi poète.

*Carlos Labrosse est un peintre et l'auteur de la chanson Chambre à louer interprétée par Plume Latraverse.

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

Gérald Godin

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

Vivre

Publié le par la freniere

La société merdique finit toujours par installer son office délétère qui pousse à choisir la surface, celle des virtualités grégaires et autres lavages de cerveaux, au détriment de la profondeur à créer et partager. Infinie tristesse de constater que la laideur gagne presque toujours sur les possibilités d'élévation.

S'emprunte petit à petit des chemins moins contraignants. Les hommes ont ainsi besoin d’agitations futiles, de prairies toujours plus vertes ailleurs, de petits égoïsmes rassurants. La sacralité ordinaire leur fait peur, leur demande cet effort vivant qui les fatigue. C’est pourquoi le monde est tel qu’il est, médiocre, triste, méchant. De petits arrangements en petites complaisances, se réduit l’absolu, l'essentiel. S'il est douloureux d’apprendre à en grandir, ce triste constat met aussi en place une possible vigilance : savoir ce que l'on veut, et surtout ce que l'on ne veut pas. Ainsi, nous devenons libres.

Vivre et aimer, à quelque niveau que ce soit, ne se satisferont jamais de mensonges et autres servilités. Aimer en conscience requiert l’entièreté, l’absolue présence, le don total à parfaire chaque jour.

Malgré la difficulté que cela implique, je préfèrerai toujours la solitude haute à la tiédeur ambiante.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

La tendresse des abeilles

Publié le par la freniere

Mon encre passéiste s'éloigne de la ville. J'ai peur des bombes et de l'acier, du plexiglas et des monnaies, de l'essence et des bavures du progrès.Quand la mémoire est en berne, tous les marchands nous bernent. Par peur de vivre, il y a toujours des chômeurs se cherchant une usine, des pauvres misant à la loterie le peu d'espoir qu'ils ont. À fréquenter mon loup, je me suis fait le nez à l'odeur des bêtes. La tendresse des abeilles se manifeste par le miel. L'herbe frémit comme l'écume aux lèvres des chevaux. Les bottines des chevreuils usent le cuir des sentiers. Des feuilles pendent sous les aisselles des arbres. Les insectes s'agitent. Les ailes des oiseaux retiennent la lumière. Le houblon s'enroule aux bouleaux et les caresse doucement. C'est comme un ruisselet qui monte vers le haut, insérant ses crampons dans la verticalité de l'écorce. Quand le houblon se meurt sous les cocotes en fleurs, les bouleaux reprennent vie. Avec le temps, les tiges deviennent troncs. Guidés par la lumière, les arbres avancent vers le haut. C'est d'une saison l'autre, qu'on s'aperçoit qu'ils grandissent. L'élastique des plantes se tend et se distend. Les nervures se tordent. Les racines courent comme les veines bleus d'une main sous la peau de la terre. À chaque orage, la terre se libère d'une attente. Les grandes feuilles poilues s'égouttent sur le sol. La sève reste chaude sous l'écorce. Des œufs crèvent dans leur écrin de paille. Dans les nids au ventre chaud, les oisillons ouvrent leurs becs. La langue râpeuse du vent effleure tout sur son passage. Des souvenirs reviennent plus loin que la mémoire. D'un immense magma commun remontent des odeurs nourricières, une force inconnue, une énergie cachée, une puissance intérieure. À la saison du rut, les bêtes ont les bourses gonflées de sperme, les arbres les fruits gonflés de sève, les plantes les graines gonflées de vie. Bien au-delà des langues, je cherche l'adhérence au monde. Je relis Nietzsche et Bachelard dans l'odeur fauve des forêts.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Ca joue!

Publié le par la freniere

Ca joue!
Ca joue!

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Société de rapaces

Publié le par la freniere

Photo: Jacques Desmarais, Centre d'exposition de Val-David, 17 juillet 2017.

Photo: Jacques Desmarais, Centre d'exposition de Val-David, 17 juillet 2017.

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 > >>