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La mémoire du siècle

Publié le par la freniere

La mémoire du siècle

Je mourrai 

de la même blessure au flanc 

que le siècle qui m'a vu naître

 

des lignes de front 

me serviront de notes 

et les ossements sous la terre 

d'échelons vers la douleur

 

partout dans le monde 

des mères attendent 

la cartographie de leurs deuils

et que se complètent

les atlas des écoliers

 

je ne me souviens 

ni de vos vingt ans 

ni de vos terreurs 

ni de vos blessures 

ni de vos abattements

 

comment le pourrais-je 

alors que du ventre à la gorge 

cette tranchée vive encore 

me traverse 

et que les réseaux barbelés 

gémissent au vent infatigable

 

je ne me souviens pas 

je vis avec vous 

dans le gourbi boueux 

de la mémoire du siècle 

 

                        Christian Erwin Andersen

 

                         à suivre sur La Voix des autres

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Aime

Publié le par la freniere

Aime

Lutte
Et de toute tes forces
contre la terre
quand elle devient houle
et déferle en orage
sur les villages des hommes.

Ne te bats pas
contre les hommes

Lutte avec ton coeur et tes bras
contre la mer
lorsqu’elle dévore la terre
et prend la couleur du fer
sur le sable où les hommes
se sont aimés

Ne te bats pas
contre les hommes

Lutte
avec ton esprit
lutte avec ton âme
contre les monstres
de l’injustice
qui font de l’homme
un enfer

Ne te bats pas
contre les hommes

Lutte et ne baisse jamais la garde
contre l’épouvantable bête
qui accroche
à la peau des hommes
une étoile de couleur

Ne te bats pas
contre les hommes

Aime la terre
lorsqu’elle bleuit
sous tes pas

aime la mer
lorsqu’elle est verte
de toutes les espérances
célébrant leurs noces
en chantant

Aime les hommes
sans faire semblant

Les arbres
qui se dressent dans le ciel
ne font pas semblant
ni les fleurs
qui sourient dans les champs
ni le soleil
qui te regarde grandir
ni la nuit
qui te donne le silence
comme une eau fraîche

Bats toi
oui, bats toi !
contre la bêtise
et la médiocrité
bats toi contre la haine
et bats toi
contre l’indifférence
qui fait des hommes
des pierres

Alors
alors seulement
regarde toi dans la glace
le temps de repartir
aimer ce monde qui
de toutes ses forces
et de tout son coeur

te supplie de l’aimer

 

                  Jean-Marie Berthier

 

                  à suivre sur La Voix des autres


 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Cette pudeur

Publié le par la freniere

Il n’y a que l’homme pour faire une potence d’un arbre le plus beau, en chasser les oiseaux pour en faire une croix. La joie se heurte aux hommes. La haine a le champ libre. Ils se battent pour elle. Longeant le précipice du monde, je me raccroche à la ténacité des plantes. Je lance des mots à tout hasard pour sonder l’infini. On les entend cogner contre un mur invisible. La beauté n’a pas besoin qu’on la regarde. Elle nous prend par la main. Le geste le plus banal devient une caresse. Les bras du quotidien soulèvent l’espérance. Il est intimidant d’écrire sur la page blanche de l’amour. On se prend à rougir avec un bout de crayon, à faire chanter le papier, à mordre dans la chair. Quand les enfants dessinent, ils n’ont pas cette pudeur.

Ce qui est sera toujours comme il a été, que ce soit une couronne de neige sur la tête des arbres, des bottines de boue au pied des champignons, le sourire des fleurs au milieu des cailloux, le foulard de l’herbe sur les épaules des collines. Il ne faut pas perdre la vie de vue, perdre la main, égarer l’âme sous un bilan comptable. Il faut cueillir le oui en pleine floraison. S’il faut toucher du doigt toute la misère humaine, que ce soit par amour. J’écoute la musique silencieuse du cœur. Son léger battement s’apparente à la note bleue du jazz. Il vient un temps où la route perd sa maison comme l’homme sa raison. La mémoire se vide comme une vieille armoire. Tous les chemins s’éloignent. Le corps qui gèle n’est déjà plus de ce monde. Il s’exerce à la mort. J’écris pour éloigner le froid.

Le thermomètre d’un crayon indique la température de l’âme. À quarante-cinq degrés, même les mots se déshydratent. À vingt-deux sous zéro, ils éclatent comme des balles de neige. Je ne veux pas rester là où les chaises restent assises, là où les portes sont fermées. À force de coucher sur les mots, je m’éveille plein de ratures au corps. Je demeure étonné de me savoir en vie. Chaque seconde est différente de l’autre. Toutes les plantes me remontent à la gorge, les cris des bêtes, les pleurs des enfants, même les grains d’ambre des chapelets. Il y a toujours entre deux phrases un bouquet de silence que la parole effeuille. Quand on enterre un mort, on n’enterre pas ses mots.

J’ai recraché l’hostie, piétiné le drapeau, déchiré mes papiers. Je n’ai jamais voulu pisser dans l’eau, écraser une fleur, gaspiller un bout de pain. Je préfère une fée à la baguette brisée au soldat bien armé, un chien jaune à trois pattes au caniche rasé d’une riche héritière. J’ai troqué la grandeur de Dieu qui n’existe pas pour un instant de paix qui n’existe pas plus. J’ai remplacé ce qui a fait du bruit par une note de musique et la cacophonie humaine par le chant des oiseaux. Quand on chasse un démon, un peu de l’ange suit. C’est entier qu’il faut vivre pour respirer plus large. Que serait l’infini sans la mort pour y croire ? Il y a une fissure dans le grand mur du monde. Je la cherche du doigt ou de l’index d’un crayon.

Trop souvent, on ignore la lumière avant qu’elle ne s’éteigne. On néglige d’aimer. Le parfum le plus doux ne lave pas les taches de sang. Plus dénudé qu’un roc, il me reste à la main un frêle bouquet de mots, tous reliés par le mouvement du cœur. Je me demande parfois si l’homme fait vraiment partie de la nature, et pourtant, la nature peut répondre à toutes les questions de l’homme. Ceux dont on dit qu’ils n’ont pas les pieds sur terre sont souvent les mieux enracinés. Ils touchent le cœur bien avant la raison. La tête dans les nuages, ils rejoignent la source. Ce qu’il faut sacrifier pour être libre ne vaudra jamais la liberté.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Georges Leroux, entretiens

Publié le par la freniere

photo. Jacques Desmarais

photo. Jacques Desmarais

Événement tout à fait majeur en philosophie québécoise : le lancement aujourd'hui à la Librairie Gallimard de Montréal de "Georges Leroux, entretiens", chez Boréal. Ces entretiens sont conduits par les bons soins de Christian Nadeau. Georges Leroux a enseigné la philosophie à l'Université du Québec à Montréal pendant 40 ans. Parmi les idées phares qui l'animent, sur le plan personnel aussi bien que celui du professeur qui transmet, se trouve l'idéal du scholar, tel que défini notamment au coeur du projet de Richard Rorty, soit " construire et s'élever ". Parlant des étudiants qu'il a côtoyés au cours de toutes ces années, il dit : J'ai rencontré à l'UQAM toutes les catégories d'étudiants, des plus démunis aux plus nantis, des plus conservateurs aux plus militants. Les projets intellectuels de chacun diffèrent sur beaucoup d'aspects, mais deux choses réunissent tous les étudiants de philosophie : une passion commune pour leur tradition et un souci de la justice. Tous ne souhaitent pas s'engager dans une recherche érudite, mais tous souhaitent s'intégrer dans cette longue histoire qui commence avec Socrate et conduit jusqu'à eux. Comme nous avant eux, ils n'ont qu'un souhait, grimper sur les épaules des géants qui les ont précédés! Or cette histoire est d'abord une histoire au service de la vérité, de la justice, du bien. " (p. 202). Cette référence aux géants est très vive à mon esprit; Georges s'en servait en classe, et sans doute pour atténuer l'effet du transfert, ici fondamentalement amical, mais impressionnant, il disait (je le note de mémoire) : n'hésitez pas à monter sur les épaules des géants quitte à vous débarrasser de l'échelle derrière vous.

Pour être plus clair et plus libre, on notera d'entrée de jeu de ces précieux entretiens une citation en exergue de Jean de Salisbury : " Bernard de Chartres affirmait que nous sommes comme des nains juchés sur les épaules des géants, et que si nous pouvons voir plus de choses qu'eux, et plus éloignées, ce n'est pas en raison de l'acuité de notre vue [...], mais bien parce que nous sommes hissés par eux sur des hauteurs et soulevés par la grandeur de ces géants. ". Bien que la philosophie au Québec ne soit pas une référence première de la culture et que son dynamisme, malgré tout, puisse achaler les " bien pensants" ou les orgueilleux ignorants (la philo est la première discipline que les régimes dictatoriaux proscrivent, rappelle Leroux), il se trouve parmi nous des géants que l'on aime et qui continuent à " nous apprendre ". C'est ce que je tenais à dire de vive voix à Georges Leroux cet après-midi. Tout cela est si vivant!

Jacques Desmarais

10 septembre 2007


 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Pauvre

Publié le par la freniere

C'est un taureau aux pattes avant cassées. Ils lui ont cassé ses pattes pour satisfaire leurs jeux du cirque. Ils s'acharnent. Quatre matadors bariolés, ignobles, grotesques, psychopathes. Ils frappent, piquent, insultent, ils le veulent debout. La bête essaie de se mettre debout. Ses pattes avant sont cassées. Ils les lui ont cassées. Les quatre monstres s'obstinent sous les encouragements hystériques de la foule en liesse. Dans l'arène, le taureau s'écroule, il se couche sans se plaindre. Les fous exultent leur haine. Cette scène, je l'ai vue sur un de ces réseaux sociaux qui relaient tant d'informations. Bien sûr, j'ai signé la pétition contre la corrida. Bien sûr. J'ai pleuré aussi d'appartenir à cette race humaine qui jouit de torturer ses frères, toutes espèces confondues. Puis j'ai écrit ce texte, comme une caresse longue, douce, pour le taureau, et pour tout ce qui souffre sous tous les jougs. Un texte pour dire ma douleur que des hommes choisissent de briser la vie. C'est un texte pauvre, sans ampleur autre que de dire ce qu'il dit. Un texte juste pour aimer.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Les moutons

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Nouveaux ouvrages d'Ile Eniger

Publié le par la freniere

Nouveaux ouvrages d'Ile Eniger
Nouveaux ouvrages d'Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Un cahier

Publié le par la freniere

J’ouvre un cahier. J’ouvre quoi ? Une fenêtre sur le bois sombre de la table. Pas de ciel ni de grange déglinguée, pas de rue en face. J’ouvre quoi ? Un seuil ? Un passage ? Juste un espace où chuter du regard. Du silence en corps d’oiseau. Du gris mauve étalé au-dessus des toitures. Du rien mais pur, sans remords. J’ouvre un carré long de neige, invente une pierre de lait sur le ventre strié du châtaignier. Une question muette se pose à mes contours. Je me laisse emporter par son acuité sans y répondre cherchant à ricocher dans mon souffle. Je tombe de tous mes fruits dans ce voyage où rien ne bouge en dehors de la phrase, à la vitesse d’une lumière cachée sous les choses, dans leur centre profond.
 

Dominique Sampiero

Publié dans Poésie du monde

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