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Cette âme

Publié le par la freniere

toujours, je me démènerai avec le sens. même après quatre décennies tannée par ombres et tracas, baignée par joies et foi, la peau de mon âme s'avère grandement fragile, perméable aux sottises de l'espèce qui la blesse en permanence. incessamment, je viens vers vous, et je cherche dans vos yeux une lumière d'homme, quelque chose qui donne du sens à la pantomime des jours. parfois, je me dis que nous sommes juste des entités de vie, nous heurtant ou nous agrippant l'une à l'autre, mues par la simple volonté de moins souffrir ou d'y voir juste, ou d'exister selon le patron tracé par des mains de parents lassées d'exister d'eux-mêmes. alors, je me souviens que je suis mère aussi. que je ne suis que tailleuse toute petite dans la toile d'un univers qui m'ignore avec superbe. et je contemple mes abîmes dans ses abysses. j'y trouve la consolation de partager ce même ciel d'énigmes avec vous. d'être vôtre, si pas des vôtres. parfois j'espère faire vivre les morts qui m'ont aidée, aimée, construite, mais j'ai perdu ce petit compte et cette trahison aux chairs, aux sangs, aux noms, aux visages, aux accolades qui me redressèrent, me transperce le côté. je me dis que veux tu la vie sans cesse t'appelle te réclame. la vie des autres me régit. la mienne s'immisce entre les failles et les fentes et échoue à ruisseler de tout son jus. trop juste pour être entière, trop aimante pour être vivante, trop étroite pour embrasser large, trop fatigable pour tenir la distance, je crèche dans un port que heurtent les marées, rêvant d'horizons que mes visions enluminent, je braque avec constance ma longue-vue vers ces lieux d'espérance, mais la toile du temps s'effiloche avec régularité. les compliments ne sont que des échardes qui colmatent un coeur saignant. soeurs humaines qui après moi vivrez, pansez, pensez cette âme qui vainement vécu.

 

Florence Noël

Publié dans Poésie du monde

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Chacun porte mille routes

Publié le par la freniere

Chacun porte mille routes. Tous ceux qui prennent le même chemin finissent dans un embouteillage. On demande des papiers à la porte du ciel, des talons de paie, des visas, des diplômes. À quoi bon garder la porte ouverte si tout le reste est fermé. Le paraître cherche à cacher le vide. Chez les plus démunis, le rêve ne dépasse guère la peau du ventre. Tant qu'à mourir vieux, je ne cesserai pas d'être l'enfant qui apprend à marcher. Les choses faites n'ont pas plus d'importance que les choses à faire. Lorsque la vie nous décoiffe, il ne faut pas craindre de friser le ridicule. J'ai du mal à croire que les hommes soient bons. Avec un peu de haine, ils fabriquent des armes et ils se font la guerre pour des bouts de papier. Il n'y a pas que les morts qui règnent au cimetière. Des milliers d'insectes font vibrer l'herbe verte. Le vent ronfle dans les saules, ébouriffant les feuilles. Le monde commence où l'on est. Je ne parle pas de naissance, mais du fait d'être là. Souvent, la nuit, on ne voit rien, mais on entend quelque chose. Une main, un caillou, une plume, c'est un monde complet. Mes bras se prennent aux rêves comme des champignons, des coraux, des croûtes de lichen. Mes yeux s'allument comme des choses éteintes que les mots réaniment. Je cherche mon chemin là où personne ne va. J'appartiens à mon loup dans les forêts qui meurent. Qu'avons-nous fait du monde que nous devions aimer? Quand nous n'y serons plus, les grands mammouths laineux serviront d'épitaphe. Ma tête de mort est bien vivante sur le drapeau des révoltés. Mon sang remonte jusqu'aux yeux. Mes gestes courent après mes mains. Je rêve de soleil dans la nuit des racines et ma parole saigne dans un buisson d'images. Un livre me sert de corps. J'y invente la vie. J'y invite un ruisseau où boivent des oiseaux. Mes poings heurtent sans fin des barreaux invisibles. J'ai des regards de fou sur un lit de paupières, des yeux tout chamboulés aux vagues à l'envers. J'écris pour ces fantômes que le sang rend visibles, les têtes qui tapent contre les murs, les bouquets de fleurs assassinées, les enfants qui courent sous le crachin des bombes.

Le liseron m'attend. L'herbe raconte les saisons. À coups de crayon, à pas de bête, à mots couverts, je vais où la terre parle encore nommer les arbres morts. Un oiseau saigne et signe de son aile le testament du ciel. Un autre s'est caché dans les larmes d'un saule. Le vent lègue ses doigts. Le temps s'allège. Les pas s'allongent qui prolongent la route. Les chiens de l'ordre lèvent la patte et lèchent un os de lumière. Certains jours, on aligne des mots comme autant de compresses sur une jambe de bois. Certains autres, c'est comme du sel sur la plaie, du poivre dans les yeux, des pauvres dilapidant leurs biens. Ce sera la fontaine ou la rose des sables. Ce sera l'églantine, la rose, la rosée. Ce sera le tilleul, la laine, la sueur, le trèfle à quatre feuilles brouillant les cartes du hasard. Je cherche les mots d'avant les mots, les signes d'avant l'homme, le pain perdu des pas. Je trouve l'or du temps dans la maison des pauvres. Dans un monde où règne le profit, la main qui compte importe plus que celle qui caresse, qui dessine ou écrit. J'arrive avec des mots qui tremblent, la faim avec son ventre à sec, la douceur des bouleaux, le sucre et l'eau d'érable. Lorsque les mots n'ont plus de lèvres, les mains restent inconnues, les pieds ne savent plus où aller, les arrière-cours ne sont plus envahies d'herbes folles. Il y a comme un fossé, un décalage entre les choses. On dit guerre et les mots prennent un goût de sang. On dit pain et c'est le blé qui lève. On dit sein et les lèvres font des oh. Je n'arrive pas à croire que toutes les années vécues soient des années perdues, qu'il n'y ait pas une accalmie dans ce monde du profit. On s'accroche à ce qu'on peut, la plume d'un chapeau, la déchirure d'un drapeau, un ver de terre échappé d'une motte, une bouteille à la mer, le hochet d'un enfant. Le ciel éclaire le monde de ses lanternes éteintes. Survivant de la mer, je mourrai noyé dans un dé à coudre.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

 

Publié dans Prose

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Testament-funambule (extrait)

Publié le par la freniere

J'ai fait les tours de Notre-Dame de Paris avec Quasimodo, 

J'ai fait la Sagrada Familia avec Antonio Gaudi, 

J'ai fait “l'homme-oiseau” d'Orongo¹

J'ai réuni les quinze Géants de Pâquesau coeur de l'Illinois; 

J'ai rejoint l'Ange d'Or sur le Mont-Michel; 

J'ai fait Niagara Falls à moto 

J'ai rejoint les montagnes, j'ai fait tous les précipices, tous les canyons, 

et j'ai touché la lune et le soleil à Teotihuacán...

 

I am the rope dancer in the sky ! 


Mais je le sais ! 

S'il y avait un filet personne en viendrait;

 

Désolé, je n'arrive pas à tomber ! 

Je n'ai pas où tomber...

 

Venez sur mon câble !

 

Il est limpide, je l'ai parcouru et reparcouru, 

brûlant de soleil 

ou gelé sous la neige 

tendu à mort ! 

Tout seul, comme moi, au dessus du Vide !

 

Fiancés des Abîmes !

 

L'Un tombe, l'Autre pas !

 

Venez, Montez, Vous en devez pas tomber ! 

Sauf si vous avez quelque chose à perdre !

 

Venez, Montez, préférez les mocassins de peau 

comme savent en faire les Indiens...

 

Ecoutez :

 

plein fil, full metal, 

j'ai fait la danse des sabres, 

la danse des pistolets; 

j'ai fait lanceur de couteaux;

 

le saut à travers le cerceau,

 

le derviche tourneur,

 

le moto-trapèze,

 

la marche les yeux bandés,

 

même le saut à la corde !

 

Je vis au fil des jours, j'avance à pas de vide, 

sur le fil du rasoir, le ciel me couvre; je en descends jamais...

 

je fais le Tour du Monde en 80 fils...

 

Je trébuche sur le sol...

 

Venez, Montez, le bonheur est sur le Fil,

 

Venez vite, il va filer...

 

Enfant, j'avais une grande corde à sauter dans mon cartablr. 

Comme ça, je pouvais m'évader de l'école... je restais dans les arbres 

et j'attendais la nuit.

 

/...

 

poème Navajo, Niagara Falls août 2001

 

Tristan Cabral

 

lire ses poèmes sur danger poésie

 

Publié dans Tristan Cabral

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Le matin tousse

Publié le par la freniere

Les mots tombent dans le grand blanc et noir. Les abîmes grandissent quand les ailes doutent. La souffrance de la solution est parfois plus grande que la douleur du problème. Mes phrases se tiennent par la main comme des pas frileux sur un chemin aléatoire. Il faut sans cesse détecter l'étincelle, inventer la couleur. Il faut peut-être toute une vie pour que le tournoiement du poème prenne sens. À deux pas de la solitude et des interrogations, quatre marrons au fond des poches pour trésors, des enfants jettent leurs cris d'hirondelles sur les chemins d'automne. Les platanes quittent leurs corsets d'écorces, époussètent leurs feuilles jaunies fatiguées d'avoir joué les éventails à la saison brûlante. Des feux de jardins délivrent des messages qu'ignore l'application du jardinier. Les maisons ont fermé leurs fenêtres, la buée nostalgique. Le chat remet de la fourrure sous l'œil du soleil pâle. La terre se repose des outrances d'été. Encore quelques oiseaux s'égosillent au portant d'une lumière rousse. Tout est bien. Et si le matin tousse, c'est que les cheminées s'essaient aux premières flambées, rien de bien grave. Accrochée à une herbe ballottée par les vents, ma main convoque l'écriture, truite vive depuis tant d'années.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Chantez camarades

Publié le par la freniere

****
À Tristan Cabral pour son "Requiem en Barcelona"*
"Nous irons à Montjuïc nous écouterons ce fou de Falla
nous irons voir les trois sans noms Ascaso, Durruti et Jover"
À toutes les larmes que Barcelone n'a jamais enterrées

***
Chantez, chantez compagnons
si aujourd'hui je suis triste
c'est de voir Barcelone pleurer
c'est de ne pas savoir qui a tort qui a raison
c'est de voir dans l'ombre des Ramblas
une odeur de poudre dans le sommeil des justes.

Si aujourd'hui je suis triste
c'est de savoir que l'oubli n'est pas venu
c'est de croire que Franco n'est pas mort
c'est parce que je ne veux pas oublier la mort
c’est parce que le fusil s’oppose à la main tendue
c’est parce que toute douleur est de ma couleur.

Chantez, chantez compagnons
la menace et la force ne sont jamais justes
quand se fissure le droit de la conscience
si je suis triste,c'est qu'aux souvenirs d'hier
de vieilles blessures rejaillissent
et que des hommes sont en prison.

Chantez, chantez compagnons
un peuple fier est à genou
aujourd'hui quand l'ordre claironne
si je suis triste
c'est de ne pas savoir qui a tort qui a raison
si je suis triste c'est de voir Barcelone encore pleurer.

Jean-Michel Sananès
http://chevalfou.over-blog.net

****
"Requiem en Barcelona" Tristan Cabral
*aux Editions Chemins de Plume

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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La poésie nous est donné

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Le chemin

Publié le par la freniere

L’éclat de l’eau, l’éclair dans l’orage, le foin d’odeur, quelles merveilles. J’espère qu’il y aura toujours un petit baveux pour nous apprendre à vivre, une révoltée sublime pour rendre la colère le plus tendre possible. Au lieu de frapper dans le vide ou le visage du réel, mon poing dressé sur une table d’infortune se transforme en crayon. Il est de plus en plus difficile de toucher la vie, de voir pour de vrai. Partout, on nous impose des gants ou des lunettes fumées. On pratique les hommes à être des robots, des automates de foire, des machines à consommer, des ombres à la gâchette tirant le soleil dans le dos. Il y a longtemps qu’avoir ne me concerne plus. Je ne fais pas partie des meubles, mais des arbres, du sol qui les porte et de l’air qu’on respire.

 

Peu importe le corps, toute main est infinie. Elle dessine ou écrit. Elle sculpte ou elle caresse. Les doigts qui bougent sont comme des oiseaux que le cœur garde en laisse. Il faut être le temps et non pas le subir, car être de son temps, c’est déjà être mort. Il faut être la fleur, le fruit, le fleuve, la douleur et la joie. Il faut être tout ce que les marchands nous refusent à être, bien autre chose que des croix sur un formulaire, un nom sur une carte de crédit. Je suis un non devant l’asservissement, un oui devant la vie, un enfant dans les limbes car il récuse Dieu, sa parole et ses guerres, une âme dans le néant permettant d’en sortir. Les mots que l’on écrit ne s’additionnent pas, ils se soustraient de l’absence. Ils tentent de vivre à la manière des plantes. Qu’on y parle d’amour n’étonne que les comptables. Dans leurs colonnes de chiffres, il n’y a pas de place pour le rêve. Pour qu’une bombe rapporte, elle doit tuer quelqu’un. Il n’y a pas de roses à la bouche des canons mais des victimes devant. Il y a tant de barreaux entre le monde et l’homme.

 

J’apprécie la lenteur, cette paille dans l’œil des montres, ce rêve dans celui du réel, ce grain de sable dans les rouages économiques. Il ne sert à rien de crier plus fort que le silence. Il est sourd. La vérité n’est plus la vérité quand elle cesse d’être en mouvement. Autant je me perds dans le réel, je me retrouve dans le rêve. J’ai parfois l’impression d’être beaucoup plus nulle part qu’ici. Je cherche le chemin où nous disparaissons. Je porte en moi un bout de fleuve, un lopin de forêt, un kilomètre de montagne. Mon sang bat jusqu’aux tempes. Le paysage palpite dans mes yeux. Des nervures de ciel s’inscrivent sous ma peau.

 

Le chemin disparaît lorsque les pieds s’arrêtent. Que reste-t-il des décors quand le théâtre fout le camp ? Que reste-t-il des morts au milieu des vivants ? Il y a comme odeur de cendre sur le monde. Il gèle à pierre fendre jusqu’au cœur des amours. Tous les oiseaux effarouchés se cachent dans leur nid. Les herbes folles nous menacent avec des pesticides. Les murs blancs se ternissent. Pour être sûr d’avoir vécu, on consomme, on achète, on dépense. La vie s’échappe par les trous de balles. Lorsque j’écris la nuit, j’ai peur, au matin, d’ouvrir mon cahier. Je crains les cicatrices, les taches de sang sur la page, le poids existentiel des mots. Je n’ai pas peur des morts mais des vivants qui tuent. J’attends une brassée de frais, le galop du printemps, la cavalcade des fleurs, une lessive des cœurs.

 

Le temps n’est pas à la mesure des montres. Il se calcule en milliards d’années. Le cœur de l’homme suit le corps, mais l’âme est à la traîne face à l’éternité. Les années s’étagent comme des restanques provençales. Les siècles grimpent comme des falaises. Pour les gens pressés, le temps n’est qu’un tic du poignet. Il tourne en rond entre les heures. Je ne veux pas mourir pour un peut-être. Je veux vivre pour être là, pleinement. Je suis comme ces enfants qui veulent tout voir, les multiples côtés des choses. Quand je démonte les rouages des mots, je me retrouve avec des pièces en trop, des images en surnombre, ou pire, avec des lettres en moins, des infinitifs sans r, des voiles sans voyelles, des phrases qui manquent de souffle.

 

Chaque geste porte en soi le sacré, c’est pourquoi il faut agir par amour. L’homme qui tue pour le profit, un drapeau, une croyance ou par pure méchanceté, c’est son âme qu’il tue. L’acte créateur est le seul qui enrichisse l’homme. Quand l’enfant compte sur ses doigts, il est déjà perdu. Je suis encombré de livres que je ne lirai jamais, de chemises que je ne porte pas, d’idées qui ne sont pas de moi. Viendra un jour où l’on mettra toutes ces choses à la poubelle, autant commencer tout de suite. Le dénuement laisse toute la place à la lumière. Avoir est une maladie. Il faut être pour en guérir.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Rage de vivre

Publié le par la freniere

Rage de vivre

Publié dans Glanures

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Marjolaine Beauchamp

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Glanures

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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