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Deux chevaux de trait

Publié le par la freniere

C'étaient deux chevaux de trait, Pompon et Matelot, un blanc, un bai. Les matins froids de mars voyaient l'un ou l'autre, parfois les deux, tirer la charrue, fendre la croûte dure jusqu'au gras noir des terres fumantes comme leurs naseaux. La piqûre du froid ricochait sur le cuir de leurs muscles tendus. Le pas tranquille et sûr, ils arpentaient un travail régulier. Parfois, l'homme derrière la houe s'arrêtait, les bêtes secouaient leur crinière dans un bref hennissement, approuvant ce temps de repos. Puis, sans parole, le paysan les flattait à l'encolure et le travail reprenait, paisible dans la solitude d'hiver. Parfois, j'allais les voir, à l'écurie quand ils se reposaient. Je leur racontais ma vie d'enfant. Ils écoutaient l'œil amical, l'oreille tendue, une brassée de foin au coin des lèvres qu'ils mastiquaient placidement. Ils s'appelaient Pompon et Matelot, de bons chevaux de trait qui  vieillissaient sans heurts. Un jour, ils sont partis, on ne m'a jamais dit où mais j'ai vu Grand-Père essuyer ses yeux devant les stalles vides.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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La beauté du froid

Publié le par la freniere

La beauté du froid

Publié dans Glanures

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Serge Doubrovski

Publié le par la freniere

Serge Doubrovski

Je refuse.
Je ne veux pas m’en souvenir, je refuse. Parce qu’il est si réel, Serge, et que le souvenir, ce terme est comme une mise-en-terre, c’est comme si c’était fini. Je refuse. Dans mes rêves, je le vois venir m’ouvrir la porte du 5 rue Vital. Ou, parfois, je rigole, le vois passer un petit matin de 2008 par la fenêtre de sa chambre à Centre culturel international de Cerisy-la-Salle parce qu’il avait oublié où il avait mis la clé, lors du premier colloque sur l’autofiction (Claude Burgelin était à mes côtés) et que Serge voulait quand même un petit déjeuner. Son corps n’avait pas encore vieilli. Le temps passe si vite.
En 1998, quand, fille-sans-peur que je suis, je lui avais écrit pour lui dire que FILS me semblait avoir été charcuté, que je souhaitais en discuter avec lui et qu’il m’avait, après un échange de lettre, invitée avec son grand ami Michel Contat à La Rotonde, il s’exclama : « OHHHHHHH, si vous saviez ! Il y en a PARTOUT, partout, chez ma sœur en Angleterre, à NY, dans ma cave, chez des amis. C’est un travail de dingue (parlait-il de SON travail, jadis, ou de celui qui m’attendrait ??) » et, ajoutant avec malice, fierté peut-être, un peu d’inquiétude sûrement aussi : « Je vais vous rapportez tout ça... Vous avez une voiture ? - Oui, une Clio. Rouge. ».
Depuis, nous nous sommes vus, écrits, j’étais à son mariage avec la belle Elisabeth, on a préparé le reportage télévisé Autofictions de Dominique Gros, on a parlé à la radio, on a fait Cerisy où il a rencontré son « adversaire » dans la matière, Vincent Colonna (ça s’est merveilleusement passé). On s’est amusés, on a discuté, je l’ai agacé plus de maintes fois, il était tellement plus vif d’esprit que moi. Mais peut-être que je le touchais pour deux éléments biographiques pour lesquels je ne peux rien : je suis allemande (franco-allemande, mais cela n’était pas important, une Allemande allait travailler avec une équipe autour de ses manuscrits, donc donner parole à ce qui ne pouvait être dit ouvertement) et, aussi, je suis incapable de vivre sans mots pour accompagner la vie et la mort (les pères morts), ni survivre sans amour (avec ou sans –s). Le suicide d’un être aimé, lui et moi avions vécu cela, la douleur innommable, et aussi les séquelles que laisse un avortement, l’amour fou et l’autre, réparateur. On regardait ensemble les filles, les garçons, coup de coude de ma part, en terrasse, puisque sa table n’était pas encore prête, lorsqu’une formidable créature classe passe. Il acquiesce.
On a les mêmes goûts. Pour plein de choses. Quel exemple choisir ? Son goût pour… le jardin.
Parlons du jardin, en 2008, rue d’Authie à Caen. Des pommiers, l’un vient de s’écrouler sous la tempête (« non, c’est vrai ? » « Ben viens voir. » « Mais c’est dingue. Tu as lu La Reprise où Robbe-Grillet décrit son parc saccagé par la tempête de 99 ? » « Natürlich. Je travaille sur ses avant-textes, d’ailleurs… » …) et le cerisier où Eva se balance dans un hamac pendant qu’on discute.
Ce qu’il aimait peut être dans le jardin, c’était d’avoir de la place, de ne pas être enfermé, peut-être aussi la mémoire du jardin du Vésinet où sa mère dressait la table et y posait les mets favoris de son fils. Se souvenait-il aussi d’avoir rendu fier ce « Mensch » qu’était son père lorsqu’il a réussi le concours d’entrée de l’ENS, concours qu’il révisait dans le jardin pendant que son père crachait ses poumons, anxieux pour l’avenir de son garçon. J’ai justement la voix de Serge en tête et le raidissement soudain de son corps, Serge qui, d’une voix ferme, d’adulte, de père, me dit : « Non, tu n’as pas dit ça à ton fils Etienne. Non, faut pas que tu répètes cette phrase de mon père à ton garçon : « Si tu as un 20 sur 20, tu as une récompense, sinon t’as rien. C’est pas bien. ». Serge, il est ça aussi, toujours demander des nouvelles des proches et être flatté de voir Aline Grell-Feldbrügge, ma fille, le lire (Un homme de passage) dans le-dit jardin, l’année de son bac. « Une si jolie fille, si jeune qui me lit !!! » Cela l’étonnait sincèrement. Encore une des leçons de vie(s). Ne jamais être trop sûr(e) de soi.
En ces jours (décembre 2017) où une célébrité du show-biz (Johnny Hallyday) et du monde des lettres (Jean d’Ormesson) viennent de s'éteindre, je ne peux m'empêcher de penser aux obsèques de Serge. Il s’en serait moqué mais moi, j’aurais voulu que lui aussi soit entouré de tout c/ses admirateurs, ses lecteurs, lectrices, ceux et celles, entre autres, qui ont laissé des mots bouleversés sur les sites, par téléphone, lettre, à l’annonce de sa disparition.
Mais peut-être qu’elle est là, la force d’un écrivain comme Doubro. Tout le monde sait qu’on le retrouvera toujours dans ses livres, lui, la vie, la vraie, dans toutes ces turbulences, ces constances, ses lésures et gourmandises, l’anxiété et la survie…. Et qu’on n’a pas besoin de se souvenir de lui, puisqu’il est là.
Serge est là, captivant, il vous prend dans ses filets cousus de mots qui vous permettent de surfer sur son rythme phrastique, qui vous arrêtent subitement, tête sous l’eau ou dans les airs, cette musique, cette vague qui vous recrache ou vous repêche, et on continue... Il l’est toujours, cet homme. Moi qui n’allais jamais sur des tombes, je me sens bien, là. Seule avec ce que je sais de vivant, et je pense au jardin, à la place, qu’il aimait avoir. Et, finalement, quand je suis là, j’espère qu’il survient, « eh c’est une blague ! Je suis là. » On refuse, refusionne et… Il survie. allez, on fête ses 90 ans!!!!

Isabelle Grell-Borgomano

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Germination

Publié le par la freniere

Mon cœur ouvert comme un meuble laisse dépasser les mots. Il y a des phrases comme des bas dépareillés, des éclats de rire comme du verre éclaté, des bras de chemise qui cherchent l’accolade, des boutons d’or séchés, des pull-overs de peine qui bêlent dans la nuit, des billes d’enfant qui brillent comme des yeux de poupée, des bouts de ficelle, des voyelles en ratine, des réponses pêle-mêle, des ratures en coton, des abeilles, des vignes, même des forêts entières. Sous une pile de phrases jetées à la va vite, de petits mots ricanent. On ne plie pas le bonheur, on le porte sur soi.

Dans les assiettes sur la table, je dessine la mer. J’ajoute un peu de sel pour relever le rêve. La terre, le vent, le sable attendent l’horizon sur le pas de la porte. Je reçois la rosée, la lumière, l’espoir. Je raccommode l’aube dans les rafales d’épines. J’ai grandi en baignant dans une grande vague, l’haleine bleue du rêve. Je n’ai jamais coupé mes racines fœtales. La vie est comme une plante grimpante. Des fleurs éclosent au beau milieu des livres. Des fleuves coulent. Des arbres volent. Des fleurs butinent. Des abeilles pétalent sur un vélo de miel. Des branches se déhanchent au moindre coup d’archet. Des herbes folles accourent dans le préau des pluies. Je reconstruis le jour avec des cailloux, des vagues, des virgules.

Tout a fleuri dehors. Le soleil voyage d’une corolle à l’autre. La sève dans les arbres prolonge les racines. Les cordes à linge sourient d’une chemise à l’autre. Dans la musique du ruisseau, les poissons servent de silences. Ils ponctuent chaque vague d’une portée nouvelle. Lorsque les notes s’aiment, la symphonie commence. J’écoute les arbres nous aimer, les pierres nous parler. Le vent frissonne dans les bois des chevreuils et fait de la musique, un caraco de Ravel, une gigue d’oiseaux qui ressemble à Messiaen, un peu de Gabarek aux accents grégoriens. Il arrive que la pluie fasse sourire le saule, qu’elle déride le rictus des pierres, qu’elle bande comme un arc le sexe de la terre et lui ouvre le ventre. Du glissement des reptiles au frisson des cigales, il faut tout un travail pour que les feuilles soient vertes.

Quand j’ouvre les persiennes, le paysage éclate en trilles de couleurs. Les grandes roches muettes raniment le feu mort. Le temps met ses bottines et marche sur les ronces. Le vieil érable d’à côté ne veut plus qu’on l’entaille. Il se tortille des racines au simple bruit d’un seau. Sa barbe est pleine d’oiseaux qui lui mordent les feuilles et le nœud de son ventre niche un tamia rayé. Le saule près de l’étang enseigne aux rainettes des histoires d’ombre que les grandes patineuses illustrent sur l’eau verte. Un couple de colverts en efface à mesure les lignes malhabiles. Une ruche plus loin crache un volcan d’abeilles. Les mûres se cachent dans les ronces pendant que les framboises prennent un bain de soleil.

Frédéric Frédéric hurle un oiseau plus loin comme une mère appelant son enfant. Frédéric se cache dans un coin sans répondre. Il joue aux fesses sous la galerie avec la petite voisine, la rousse aux frickles si doux qui chante comme un ange. Il veut goûter l’averse et boire le soleil. Tout est germination, fécondation, matière vivante dans le ventre du jour. Le blé donne le grain. La fleur donne le fruit. La peur donne des ailes. La source donne l’eau. Je donne à l’eau le mot poisson. Je donne le mot pluie à la graine affamée. Seul, le boulanger ne donne pas son pain, il le vend. La terre n’arrête pas. Elle ramasse ce qui meurt pour en faire la vie.

Je patine du cœur la boiserie de l’amande. Je palpe tout autour. Je gratte l’indicible. Je regarde. Je guette. J’écoute la lumière, la mort, le tonnerre, le vent. J’entends l’orge roui dans la forêt de l’ouïe, le blé qui lève et le saumon qui saute dans l’orgue des torrents. J’accouple l’arc-en-ciel avec les monts butés, la neige avec la paille, l’odeur du mélèze au cou des violons. J’entre par la pensée dans la vie des insectes. Je parle par la mer et le sel des mots. Je grimpe dans les arbres en souvenir du singe qui m’apprit à marcher. Les fleurs poussent avec bonté. Les bêtes mangent avec beauté. Les étoiles qui brillent m’enseignent la prière. Ma poésie demeure un chemin sous la pluie, un simple grain de riz, un premier pas d’enfant. Je continue ma route en parlant au soleil. J’appartiens à la terre.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Guy Thouin

Publié le par la freniere

Guy Thouin

Du Jazz libre au yoga de la vie


À 75 ans, Guy Thouin est le seul survivant du Quatuor de Jazz libre du Québec, une formation mythique tant par la place qu’elle a occupée dans l’évolution du showbiz québécois que par le caractère déjanté de sa musique… et de ses membres.

« Pour moi, tout s’est passé entre 1965 et 1971 », nous dira le batteur et percussionniste, rencontré à son domicile de Rosemont où il a encore une pièce insonorisée où il peut « piocher » à son goût. Ici, une batterie modifiée devant un gong de quatre pieds de diamètre ; là, des tablas avec d’étranges partitions de musique classique indienne que notre hôte traduit en sons : « Shlick-Ka-Tak-Kati-Katoung-Tak »…

Au début des années 60, Guy Thouin, Montréalais du Plateau, joue dans des orchestres de danse, circuit cha-cha-mambo où il rencontre le saxophoniste Jean « Doc » Préfontaine qui avait étudié la médecine, d’où son surnom « savant ». Puis arrivent le bassiste Maurice Richard et, le plus politisé des quatre, Yves Charbonneau : « Il disait : ’Ma trompette, c’est une mitraillette… ’ »

Le Quatuor de Jazz libre du Québec naît sous ce nom en 1967, l’année de l’Expo. « On était un peu tannés des boîtes à chansons avec les filets de pêche », se rappelle Guy Thouin en évoquant par ailleurs la célèbre Casa Pedro de la rue Crescent où jouait le Jazz libre devant la crème de l’underground montréalais… « Et quelques gars du FLQ », ajoute Thouin le rassembleur, dont le côté extrémiste se concentrait totalement sur la musique. Le Jazz libre était très, très free : pas de thèmes, peu d’accords, « pété raide »!


En 1968, c’est l’explosion ! « Charlebois était allé en Californie où il avait découvert Frank Zappa et, quand il est revenu, il se cherchait un band un peu out… » Mai 68, le Jazz libre, à qui se joint le guitariste Michel Robidoux – « Pour donner un peu de structure… » –, accompagne Robert Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps dans l’Osstidcho, au Quat’Sous : le spectacle québécois prend un chemin nouveau.

Puis s’enfilent, dans un désordre créateur, un disque avec Les Alexandrins, l’Osstidcho en tournée, la revue Peuple à genoux et le seul album enregistré par le Quatuor de Jazz libre du Québec et pour lequel Thouin, là aussi pour des raisons de « structure », avait invité le pianiste « Gros Pierre » Nadeau.

Au printemps de 1969, Charlebois, en pleine ascension avec Lindberg, se produit à l’Olympia de Paris avec Louise Forestier. Guy Thouin et les gars du Jazz libre sont du voyage, avec Robidoux et le pianiste Jacques Perron. L’affaire vire mal. « Tout était tout croche ! Les amplis sautaient tout le temps, c’était la chicane avec les techniciens français et nous autres, habitués à la bière, on tombait dans le vin à 10 h du matin. Booze et boucane… »

Ce « voyage » a été immortalisé dans le rockumentaire À soir, on fait peur au monde (François Brault et Jean Dansereau) où on voit notamment Louise Forestier engueuler les musiciens du Jazz libre : « Vous êtes toujours gelés ! » Guy Thouin, lui, commence à souhaiter une nouvelle orientation musicale, toujours free mais avec certaines balises…

Entretemps, il y avait eu la formation de l’Infonie et là, le batteur est formel : « Raôul Duguay n’était pas là au début ! Walter Boudreau, un excellent saxophoniste, m’avait contacté pour qu’on se joigne à son quatuor. Mes gars n’étaient pas très hot à l’idée de jouer avec des petits bourgeois de Sorel mais on avait accepté et c’est ma femme du temps, Micheline, qui avait trouvé le nom Infonie. »

La plupart des musiciens du groupe-happening suivent des cours de hatha yoga dans la rue Saint-Denis où ils se tiennent sur la tête à 9 h du mat’. Thouin « accroche » et se met à lire les enseignements du yogi Svatmarama :

« Comme bien du monde dans le temps, j’étais en quête de l’essence de la vie. »

— Guy Thouin

En 1971, alors que ses anciens collègues du Jazz libre, plus politisés que jamais, vivent dans la commune Le Petit Québec Libre dans les Cantons de l’Est, Thouin part pour l’Inde avec sa femme, qui y restera jusqu’à sa mort. Ils vivent dans l’ashram (commune religieuse) de Sri Aurobindo à Pondichéry, où se pratique « le yoga de la vie ». Il travaille comme boulanger mais, aux heures creuses, tâte des tablas et on lui trouve assez de talent pour l’envoyer étudier à Calcutta. « La musique, en Inde, se pratique dans un cadre quasi religieux : il y a le maître et les disciples. Moi, je venais du free jazz… et j’ai dit non à la tradition indienne. » Revenu au pays en 1976, il est retourné en Inde en 1982, dans la cité expérimentale d’Auroville – « une utopie réalisable si l’Homme évolue » –, où il a monté un band appelé l’Oiseau de feu.

Re-retour. En 1989, à la demande d’André Ménard du Festival de jazz, le Quatuor de Jazz libre du Québec devait se reformer mais le projet a avorté : grosse chicane Thouin-Ménard.

Aujourd’hui, Guy Thouin a toujours des plans pour son Heart Ensemble et joue encore parfois avec ses amis Brian Highbloom (qui a aussi participé au documentaire L’aléa du réel de Jules Bernier) et Raymon Torchinsky, des saxophonistes avec qui il a enregistré un vinyle l’an dernier. Le nom du trio : le Nouveau Jazz libre du Québec…


Daniel Lemay

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Celles

Publié le par la freniere

Je suis celles lasses devant un fourneau de cuisine. Celles qui pleurent doucement pour ne pas réveiller les enfants. Celles qui ne mangeront pas de part de tarte. Celles qui n'ont plus d'espoir ni même de désespoir. Celles qui ne chantent plus mais se souviennent de la voix de leur mère. Celles qui entendent sonner les heures sans dormir. Celles qui comptent leurs sous et qui ont peur. Celles maltraitées qui s'inventent d'impossibles départs. Celles ignorées, bafouées, torturées, affamées. Celles que personne ne voit. Celles que personne ne veut. Celles qui triment dur. Celles qui hurlent sans déranger le monde. Celles découragées. Celles qui tombent et meurent seules. Je suis celle qui ne les oublie pas.

Ile Eniger

tiré du recueil Hors Saison, Chemins de Plume, l'un des meilleurs livres publiés en France cette année.

Publié dans Ile Eniger

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Un violon de papier

Publié le par la freniere

Publié dans Prose

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Noël au camp de Tex Lecor

Publié le par la freniere

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La géométrie du coeur

Publié le par la freniere

Dans le monde dont je rêve, les parallèles s’entrecroisent. La géométrie du cœur ignore les abscisses. Le minéral se mêle au végétal. Un bonheur fou caresse le chagrin. Les lignes du temps épousent les signes de l’espace. Un bout de crayon rabiboche les phrases. Le haut et le bas, la rivière et la source, la terre et l’air finissent par se toucher. Un congrès de moustiques bivouaque au jardin. La brume se défroisse au lever du soleil. J’habite dans un livre d’enfant, du maléfique au mirifique. Les nuages caressent la cime. Les rives se conjuguent au singulier. La vie est une langue, la langue de l’enfance, la langue de l’amour, la langue du pain et des outils, la langue du rêve et de la pluie, la langue de l’énergie, des oiseaux et de la terre. Je ne vois plus ce que je veux devenir, mais je regarde qui je fus. Je veux ouvrir le rêve avec ma propre clé, mêler le corps du songe avec le corps du sang, marier les incidences avec les évidences. Ma valise contient des mots, les clous rouillés du monde et des larmes de cendre. La rosée, la résine, la goutte d’eau forment de petites bulles de vie. Les mots m’ont appris que nous sommes la vie. Les personnages des photos s’inaniment. Ceux des peintures bougent encore. Il n’y a que l’amour qui mette à la vie la taille de l’imaginaire. Pour le reste, j’essaie d’en rire. C’est peut-être par choix que je suis devenu peu de chose, par dédain du pouvoir.

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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Le temps des migrants

Publié le par la freniere

Parce que je porte des douleurs de harkis abandonnés et livrés aux couteaux
Parce qu'aussi, je viens d'un ailleurs où vivre ne fut plus possible
Parce que certaines larmes portent la peur et le sel
Parce que les portes ne se sont pas ouvertes quand les miens ont fui
Parce qu'un enfant est toujours un enfant
Parce que l'amour et l'éducation ouvrent aussi les consciences  
Parce que la main tendue est toujours plus forte que le fusil
Parce que les hommes changent
Parce que vivre est un droit.
 
je réitère ce texte de 2015
extrait de "Et leurs enfants pareils aux miens"


Migrant ?


D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
des rires d’enfants écrasés à même le sol
des larmes et de la peur
plus hautes que les cieux
Laissé mes rêves
laissé mes parents

Parti
parti loin des fanatismes
des kalachnikovs barbares
qui psalmodient leurs haines du vivant
 
Je suis parti chercher le pain
je suis parti sauver mes enfants
Je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
à remercier pour les restes d’un gâteau jeté
 
J’ai faim plus haut que ma honte
pourquoi faut-il toujours que l’opulence
trouve un malin plaisir à l’humiliation des faibles ?
 
Aux tables des cafés une odeur de sucre et de désespoir
aussi grande que ma misère
porte les ailes noires d’un corbeau-révolte
 
J’appelle
je marche
je marche vers ma faim
 
Vers ceux qui encore savent tendre une main
vers d’autres cieux
vers ceux qui avaient écrit sur l’ocre des terres
des mots de pierres, de briques, de chaux
et des frontons de marbre
 
Je vais vers ceux
qui écrivaient le chant des portes ouvertes sur le ciel
vers ceux qui, de trois petites notes au cœur de l’espérance
de trois petites notes sans tambour ni trompettes
de trois petites notes sans préjugés ni  fusils
de trois mots : Liberté Égalité Fraternité
avaient cru embellir l’avenir
et allumer la flamme d’une conscience nouvelle
 
D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
du viol et des femmes écrasées à même le sol
des larmes et de la peur plus hautes que les cieux
Parti sur les chemins
parti chercher le pain
parti sauver mes enfants
Je suis là
je marche
je vais vers cette Marianne
venue d’un temps où l’âme de la France
vivait de mémoires grandioses
Où es-tu
Abbé Grégoire ?
Et toi Abbé Pierre ?
 
Où êtes-vous ?
 
Regardez vos fils
ils ont fermé leurs portes
jusqu’à l’encoignure des regards

Regardez-les
ils ont fermé leurs cœurs
sont devenus experts en indifférence
 
Pleurez mes pères !
Pleurez mes frères !
Vos fils sont devenus traders
ogres nourris aux bonus et au sang des exclus
 
Aux frontières nous quémandons la vie
 
Les oreilles sourdes
survivent aux années noires
 
Je suis là
mains tendues
si loin de mes rêves
si loin de mes parents
pour sauver mes enfants
 
Là bas, ils tuent, ils  violent, ils décapitent
je suis las
je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
 
Aux tables des cafés, une odeur de sucre
enterre des temps oubliés
j’ai faim plus haut que ma honte
mon désespoir plus haut que ma faim
 
Savez-vous mes frères
Savez-vous mes pères
ils m’appellent migrant
Mais, qui fuit la mort
n’est-il pas un réfugié ?


 

Jean-Michel Sananès

Publié dans Jean-Michel Sananès

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