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En zone inondable

Publié le par la freniere

Sur le seuil de la résignation,
je hurle dans un porte-voix cabossé
pour des éclopés aux tympans fendus.
Dans la queue de l'ouragan,
je subis la brutalité des débris,
j'encaisse la fureur des décombres.
Je transforme en engrais
les petits tas de désolation
que je ramasse à la pelle en turlutant
et je pisse contre le vent
pour éteindre l'incendie
qui menace de dévorer
le musée de la portance.
Les éclats de verre
des fenêtres fracassées,
les bardeaux émiettés
des toitures en souffrance
et les gouttières bosselées
dans la rouille des échecs
jonchent le champ de ruines
et moi, je tente de semer
la renaissance nécessaire
en jetant à pleines poignées
des mots coupants et salissants
dans le vent échevelé de nos détresses,
des petits bouts de phrases
qui iront germer dans la terre brûlée
de nos paniques ancestrales.
J'écris au tracteur en zone inondable.
J'écris au sécateur
dans une forêt de bois mort.
Dans un procès tempétueux
qui n'en finit plus,
je témoigne sans relâche
sur le banc des damnés,
sorte de Sisyphe
contre-interrogé par la Couronne,
et je crache en postillons grasseyés
des foudres qui ne touchent plus personne
et des lambeaux d'histoires oubliées.
Au son de la guimbarde
et du ruine-babines,
je regarde le corbillard du destin
rater la courbe et finir sa course
dans le clos du condamné.
J'écris malgré les menottes,
malgré les menaces.
Je grave une grève de la faim
dans un cabaret en fer-blanc,
le grand cabaret burlesque de l'inanité.
Si seulement il pouvait
pleuvoir des émeutes...

Jean-Francois Carrier

Publié dans Poésie du monde

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Cela fait cent ans

Publié le par la freniere

Cela fait cent ans que je suis un vieillard

cela fait cent ans que je suis un enfant

cela fait cent ans que je cherche ma route

cela fait cent ans que je suis aux aguets

le pain ne suffit pas à la grande faim du monde

je ratisse les mots dans le tamis des phrases

je brode la lumière dans le tissu des ombres

je tire l'eau du puits et tricote la vie

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Du temps du Parti poétique

Publié le par la freniere

oeuvre de Claude Poitevin

oeuvre de Claude Poitevin

Les personnages sont les poètes Michel Bujold, Robert Lalonde, Gilbert Langevin et Pierrot Léger.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Je me croyais sans haine

Publié le par la freniere

Il pleut depuis deux jours. L'hiver décrisse enfin. Les toitures laissent tomber leur bougrine. Les bourgeons font du ventre. Quelques feuilles pointent le bout du nez. La terre se déculotte. La pierre se décalotte. La mare sur le sol est comme un bol en alu cabossé, un fond de pot Mason échappé d'une poubelle. Le drap du ciel s'égoutte sur la ligne d'horizon entre les bas de nylon et les slips des nuages. Les pépins de pomme se crispent à l'arrivée des grives et les cerises ont peur du bec des oiseaux. Le temps est gris comme les pistons d'une Toyota. Les yeux d'un chat clignote sous l'aile avant, tout près de la roue gauche. Le trou dans la couche d'ozone s'agrandit et les icebergs fondent. Devenu obèse en vieillissant, mes jambes ne répondent plus qu'à l'appel des mots. J'ai peut-être grossi par peur de n'être plus qu'un homme d'encre et de papier, cet autre que j'invente à défaut d'exister. Je pleure encore ma blonde. Il y a si longtemps que je n'ai pas baisé, j'ai oublié comment le corps d'un homme s'ajuste à celui d'une femme, la saveur d'une bouche, la douceur d'un sexe. Je me croyais sans haine, et pourtant, je rêve que ceux qui chient de l'or et pissent de l'argent s'étouffent en vomissant, laissant leur place aux êtres plus humains, aux espèces en péril avant que les autos n'asphyxient toutes les rues.

 

Un voleur sans bras est comme un oiseau sans aile, un avion sans hublot, un danseur sans jambe, un poète sans mot. Avec quoi tient-il son butin, son destin, son trésor caché, son sac de couilles ou son paquet? Un édenté peut-il chanter la pomme, croquer la note bleue, mâchouiller des questions à défaut de réponses? Partout sur les pages où j'écris, mon corps accompagne mes mots, avec sa faim, sa soif, ses désirs. Sans faire semblant de maigrir, je vide mes poches constituées de cailloux, d'actions, de choses, de phrases avec le moins d'adjectifs possibles. Je préfère les verbes.

 

Certains hommes, on dirait qu'ils se sont écrits avant d'exister. Je ne suis pas ceux-là. Pauvre pantin fragile, j'ai mal à mes fils. Il ne s'agit pas d'écrire ou de ne pas écrire, il s'agit d'avancer, pieds nus ou en bottes de sept lieues, à grandes enjambées ou petits pas à pas. La réussite ne m'intéresse pas. Tout ce que l'on peut faire, on peut aussi refuser de le faire. Je laisse les prix à ceux qui se vendent. Je ne promène pas mon cul de colloques en coliques. Je l'offre à ceux qui veulent m'aimer. Penché au bord du jour, je m'accroche à la tige d'une fleur, à la douceur d'un pétale, à la patte d'un oiseau, au nom de chaque chose, à l'acupuncture du jazz, au blues noir Ouagadougou jusqu'aux paroles rauques et drôles des slameurs d'aujourd'hui, aux sonates de Bach et de Bartók jusqu'à la poésie des punks en play-back.

 

La terre se fissure. La ligne entre les points de suture forme une plaie béante. Prisonniers du crédit, il y en a trop qui doivent remplacer le rêve par la nécessité de survivre. Malgré le smog, les ravages de l'industrie et ses montagnes de ferraille et d'ordures, la peur des attentats, le désespoir au ventre, j'attends la Fée Clochette et sa baguette d'espoir. Faut-il être naïf! Pourtant, c'est cette oreille d'enfant qui sauvera le monde. Il ne suffit plus de blasphémer et de grincer des dents, il faut rêver les yeux ouverts. Il faut construire sans cesse des châteaux en Espagne, trouver dans les déchets, les ditches s'il le faut, les pièces qui manquent dans le puzzle du monde, les morceaux tachés d'encre d'un buvard déchiré. Je prends feu quelque fois au milieu de ma chambre. Je renaîtrai peut-être dans la cendre des mots tel un phénix humain.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Dans la forêt trouée

Publié le par la freniere

Que faut-il dire aux hommes

devant les attentats et les blessures de guerre?

 

Toute prose est précaire parmi la dissonance universelle.

 

J'écoute la voix blanche des morts

à la porte du silence,

la colère des hommes,

la tendresse des femmes.

 

Je guette la naissance des fleurs

dans la forêt trouée,

le rêve apportant l'eau

dans un jardin pourri.

 

Les deux pieds dans la glaise,

enraciné parmi les arbres,

c'est ailleurs que je vis.

Je sers de silhouette

aux pas qui marchent seuls.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

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Il y a des Juifs dans la salle

Publié le par la freniere

On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle ?
Vous pouvez rester. N’empêche que.On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.Il est vrai que les Allemands, de leur côté, cachaient mal une certaine antipathie à l’égard des juifs.
Ce n’était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour bien montrer qu’on n’est pas n’importe qui, qu’on est le peuple élu, et pourquoi j’irais pointer au vélodrome d’hiver, et qu’est-ce que c’est que ce wagon sans banquette, et j’irai aux douches si je veux… Quelle suffisance !
Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai personnellement aucune animosité particulière contre ces gens-là.Bien au contraire. Je suis fier d’être citoyen de ce beau pays de France où les juifs courent toujours.
Je sais faire la part des choses. Je me méfie des rumeurs malveillantes. Quand on me dit que si les juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c’est parce que c’était gratuit, je pouffe...

Pierre Desproges

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Où commence le monde

Publié le par la freniere

Où commence le monde

Le Noroît est heureux de présenter «Où commence le monde», le plus récent recueil de Claude Paradis.

J’ai beau noircir les pages et remplir
les cahiers, j’ai conservé le sentiment
de ne pas savoir écrire. La poésie n’est
plus pour moi un jeu d’images,
elle est devenue l’expression
la plus complète de mon âme,
de ce que je peux ressentir ou éprouver.
Je vis une double vie, je traverse
d’une rive à l’autre ; de la solitude
d’un ermite presque misanthrope,
je cours rejoindre l’humanité, dont je tente
de corriger l’élan en m’adressant
à la jeunesse. J’approche pourtant
du moment où je ne serai plus
qu’un vieil ermite creusant son âme.
J’ai beau noircir les pages et les cahiers,
il me reste beaucoup à comprendre
et à étudier de mon humanité.

Publié dans Poésie du monde

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Henri Michaux

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Depardieu chante Barbara

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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À une amie

Publié le par la freniere

La liberté c'est surtout un slogan...un rêve d'une partie des gens de ce pays; nous ne l'avons pas connue vraiment, nous la mystifions. D'abord des esclaves de seigneuries de France, puis des perdants d'une guerre contre l'Angleterre, en suite, la botte des curés pour survivre de peine et de misère. La liberté, c'est un mot dont on connaît mal le sens et surtout nous ne l'avons jamais gérée vraiment, pas comme le Vietnam en tous cas. Nous sommes des colons et les complexes de colonisés, c'est ce que nous vivons le plus profondément. Ce projet de Liberté a été construit avec un handicap majeur, c'est pourquoi il trépigne et vire en rond; on a oublié sérieusement les canadiens-français d'ici et hors Québec, on a oublié les métis et même les Premières Nations, comme l'on fait les Étatsuniens. La côte à monter avec une jeunesse qui ne comprend pas cette volonté de se couper du Monde, selon eux, est un autre handicap qui sera bien difficile à surmonter. Un peuple c'est comme une seule personne, ça oublie, ça se souvient, ça se décourage, puis se relève...ça peut mourir aussi, comme le dodo d'Australie, comme le tigre de Tasmanie. Je trouve triste l'idée que mes petits-enfants ne puissent lire ce que j'écris, mais je le vois bien ce que ce projet à créé de problèmes pour enterrer des solutions. Les Québécois sont résilients...je vis en Abitibi depuis 1949, je sais de quoi ils sont capables, je sais aussi que les plus courageux tombent parfois sous les coups. Mon grand-père Mohawk s'est noyé en sauvant un prospecteur blanc. Les mines que cette homme cherchait pour gagner sa vie, empoisonnent les animaux, la terre, les rivières, le fleuve St-Laurent en bas de la côte et les blancs d'ici n'ont pas réussi à créer des liens solides avec le peuple Anishnabeg. Nous sommes comme bien des peuples de la Terre, un peu ignorants des autres et rien de cela ne nous vient en aide. Ce ne sera pas des slogans qui vont nous sortir du trou. Comme le répétait la petite fille qui avait mal entendu les profs en grève en sortant de son école: "So, so, so, soleil amitié"! Si j'étais président d'un pays, je souhaiterais qu'il reconnaisse sa dépendance, comme tous ses voisins devraient le faire. Nous sommes tous dépendants les uns des autres et je crois que l'avenir, si elle existe, devra comprendre cette simple notion. Mon bonheur dépend du tien. Bon printemps, bon été chère Dame.

Daniel Gagné

Publié dans Poésie du monde

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