Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

C'est noir dedans

Publié le par la freniere

C'est noir dedans

C’est pour ça que des hommes parlent fort.
Hurlent. Courent.
Et travaillent.
S’épuisent chaque soir.
C’est parce que c’est vide et c’est noir dedans.
C’est pour ça qu’on a appris à lire.
À écrire et à compter.
À souder et à conduire.
C’est pour remplir le noir dedans.
C’est pour ça qu’on court après un ballon.
Qu’on escalade une montagne.
Qu’on répertorie les papillons.
C’est pour ça que des hommes ont inventé dieu
et les ampoules électriques.
Ont construit des églises et des appartements.
C’est parce que c’est noir dedans.

 

Thomas Vinau

Partager cet article

Repost0

Les Misérables

Publié le par la freniere

Les Misérables

Partager cet article

Repost0

Le temps est à la pluie

Publié le par la freniere

Ce monde est presque mort. L'histoire n'a plus de sens. Perdu parmi les piles au silicium et les bétabloqueurs, ayant égaré la mémoire des anciennes bourgades, le cerveau des hommes est frappé d'Alzheimer. Sur les écrans high-tech, les rêves n'échappent plus à la réalité. Quand on n'y voit que la mort, la psychose, la maladie, la guerre, il faut bien se soustraire à l'époque, inventer des jardins entre les murs de livres, trouver sa place à la table des amis, retrouver ses traces dans l'arôme des fleurs et l'odeur des bêtes. Ce sont les au secours qui nous laissent hébétés, les SOS que transmettent les chênes, les noyades qu'annoncent les poissons, les naufrages que prévoient les voiliers d'outardes. Les arbres tremblent sous le vent, mais c'est la peur qui fait trembler les hommes, l'inconnu qui trouble leur sommeil. Le cœur quand il bat nous rapproche du monde. Il est fini le temps des transhumances. Par les temps qui courent à l'épouvante, on n'a pas le droit de passer deux heures à ne rien faire. Je passe des jours entiers à ne rien faire. J'apprends à échapper au pire, aux attaché-cases, aux cravates, aux coups de cravache, aux coups de klaxon et aux coups de téléphone. Je préfère les coups pendables et le jeu du pendu récitant du Villon. En vieillissant, mes promenades sont celles d'un forçat, mais j'échappe au temps mort et à la queue des magasins. La santé des pommiers m'importe plus que l'état des finances. Tout n'est pas toujours beau. Certains jours sont de véritables merveilles. D'autres puent comme le pus dans la gale. La vie a ses hauts et ses bas comme l'homme sa casquette et ses bas. Quand l'insecte se tait, c'est le silence qui pique. J'ajoute l'éternité à ce temps qui nous tue. Quand les nuages disparaissent, le soleil nous lave le visage. Tous les bateaux prennent la mer, la mer qui est sur ce papier. Tous les radeaux prennent l'eau, l'eau des paroles partagés. Tous les rafiots prennent l'eau comme les épaves du passé. Combien de temps me reste-t-il à vivre? De la première page à la dernière ligne, je partage mes jours. Ni bien ni mal. Chacun sa croix et sa bannière. Chacun sa voix et sa manière. L'homme voudrait régir le monde, alors qu'il peine à protéger les plantes, les abeilles, les bêtes.

Le temps est à la pluie. Le ciel est chargé de présages. Les nuages dessinent des visages, des signes, des icônes. Les oiseaux volent bas. Les vaches font la sieste. On croise des fantômes, des gnomes dans les bois. Sur les étangs, les crapauds ne deviennent pas des princes, mais les fées se déguisent en libellules. À la fonte des neiges, les ruisseaux sont en rut. Les rivières débordent. Quand se forment les embâcles, la Chaudière se vide à grands siaux d'eau. Elle inonde les maisons bâties sur le rivage. Quand l'été pointe son nez, les libellules brassent l'air. Les bêtes sauvages s'ébrouent. Les lucioles clignotent. Les insectes copulent. Les arbres s'impatientent. La beauté du paysage reflète ce qu'on mérite de voir. Le cœur de l'homme palpite dans sa cage thoracique. Ses poumons se dilatent. Son foie picole. Sa voix rigole. Ses yeux piquent en louchant. Lorsque la guerre parle plus fort que la poésie faut-il troqué le crayon pour une arme, le mine d'un crayon pour une mine qui saute, la grenade qu'on mange pour celle qui éclate? On tond la chevelure des femmes qu'on lapide. Des parents vendent leur fillette pour acheter un portable. Des gamins se font sucer pour une ligne de coke. Des soldats font la guerre pour des Ayatollahs. Des enfants soldats apprennent en violer. On enchaîne l'un à l'autre des hommes d'infortune. On emprisonne les voleurs de pommes, mais on encense les tueurs d'abeilles et les empoisonneurs. J 'avance dans une végétation d'épines. Les framboises et les mûres ralentissent mes pas. Je m'arrête à chaque talle pour mieux les déguster. Leurs tiges ensanglantent mes doigts. Je joue au chat perché qui étire ses muscles, au tamia rayé qui saute d'un arbre à l'autre, pic bois qui toque sur la tôle. Chaque insecte, chaque bête, chaque plante, chaque ver dans un fruit est une clef pour comprendre le monde. Chaque goutte d'eau est un mot dans les phrases de pluie. Je suis comme la rivière cherchant sa source, l'hirondelle venant pondre dans le nid où elle est née.

Après la fonte des neiges et la grosse boue épaisse, c'est d'une étoffe de poussière dont s'habillent les routes. Les venelles se vêtent de haillons d'herbe verte. Les ruisseaux se dévêtent de leur parka de glace. Les gouttières ont la guédille au nez. J'ai hâte de chausser mes espadrilles sur la chaussée brûlante. Le rang de gravier se transforme en sentier forestier et s'arrête soudain comme quelqu'un qui aurait trop parlé. J'ouvre le paysage à travers les broussailles. J'avance comme une taupe dans un trou de mémoire. Je gratte avec mes pattes la terre noire du passé. Il y a sous l'humus plein d'os d'animaux, des petits ossements d'oiseaux, des cadavres d'arbres, des pissenlits mangés par la racine. Les arbres et les oiseaux dictent mes humeurs. On ne pense pas pareil en ville ou en forêt, en voiture ou en vélo, en yacht ou en chaloupe, en skidoo ou en traîneau à chiens, en train ou en draisine, en quad ou en raquettes. L'hiver nous poursuit entre les feux de paille. Sur un sentier qu'on dirait dédié à la marche je croise deux chasseurs. Ce n'est pourtant pas le temps de la chasse. Obèses et gras du cul, habillés d'un treillis de combat, ils se croient à la guerre. Je voudrais qu'ils s'envolent et qu'un chevreuil les prenne pour cible, mais que peut un crayon contre deux carabines à lunette et des cervelles vides. Certaines pluies nous étouffent. Il n'y a pas d'air entre les gouttes. On doit respirer par les pores de la peau. Les sexes du relief sont humides, En proie au coït, les hommes s'y enfoncent. Où plusieurs s'appuient sur Dieu, je me contente du monde.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0

François Augiéras

Publié le par la freniere

François Augiéras
L'Ange de la Révolution, huile sur bois

L'Ange de la Révolution, huile sur bois

Partager cet article

Repost0

Jean-Pierre Marielle

Publié le par la freniere

photo: B.J. Lherbier

photo: B.J. Lherbier

JEAN-PIERRE MARIELLE (12 avril 1932~24 avril 2019)

"Certains trouvent que j'ai une tête d'acteur. Moi pas. J'ai une tête de rien. Au fond, c'est peut-être le mieux pour être comédien, avoir une tête de rien pour tout jouer. "

Partager cet article

Repost0

Des bulles de silence

Publié le par la freniere

Je réchauffe mon cœur sous la couverture des livres. Les jours où je ne lis pas, je suis maussade. Je m'engueule avec le temps. J'invective l'espace. Du haut des étagères, j'entends les livres se parler. Quand on lit beaucoup de poésie, on n'a pas besoin d'un Dieu. Quand il neige entre les mots, il fait froid pour de vrai. On a les doigts comme des bouts de bois. Il y a de l'encre où s'ouvrent des bourgeons, des pages où mûrissent des fruits, des phrases tenant lieu de béquille. J'aime écrire au cimetière. Leurs habitants nous fichent la paix. Même les oiseaux sont timides. Ils chantent un ton plus bas. Certains écrans crèvent les yeux du monde, mais un paysage les répare, un éclat de soleil, une page de lumière. Tout est possible avec de l'encre et du papier, la danse des lucioles, le hurlement des loups, l'intelligence des forêts, le râle des tracteurs, l'eau qui bout, les bulles du silence. Tout est possible, même le rêve et l'impossible. Il n'y a plus de cordes à linge, mais les corneilles imitent le cri rauque des poulies.

 

La forêt craque. Les ruisseaux pleurent. Les branchailles bourgeonnent. Le soleil sourit. Les nuages bougonnent. Je respire par les poumons du monde, le pouvoir des forêts. Au temps de la pariade, les oiseaux mettent leur habit de gala. La pluie jette ses confettis sur les mariages aviaires. Des corvidés stationnent sur les fils électriques. La beauté du paysage donne la chair de poule, dresse les cheveux sur la tête et fait battre le cœur. Orpailleur du songe, je ramasse des pépites de rêve dans le trémail du sommeil. Malgré le racolage du temps, j'ai le foie qui élance et les poumons qui silent. Je n'ai même plus droit à un seul verre de bière pour faire passer tout ça. Les bêtes barattent les sentiers, arrachant les branchailles comme des régisseurs remisant les décors dans les coulisses végétales, les vaches ruminant des galettes de brume. Dès l'aube, la rosée mastique les brins d'herbe. Les arbres tendent leurs bras pour voir s'il pleut. Je repasse le film de ma vie avant le clap final. Je fais avec les mots ce que la mort défait. Je parle avec une poignée de sel dans la bouche, un ulcère dans la voix. J'attends chacun matin une levée d'écrou. Sur un Compostelle de papier, mon crayon est un bâton de pèlerin. Je cherche un lieu où l'on vit seul, un lieu d'ascèse et d'ermitage. Je m'endors au chevet des chevêches. Je rêve de chevaux, d’hippocampes, de fées et de chevets de pierre, d'un ciel d'étoiles de mer.

 

Qu'il pleuve ou non, chaque aube est un mois d'août. C'est bonheur que de vivre, c'est rigolade et gloire solaire. Je recouds les blessures au fil de la parole. Je cicatrise. Je suture. J'ajuste l'âme aux organes du corps. J'échappe aux lois, aux règlements, aux normes du travail, aux cartes de crédit, aux camisoles de force. Un petit mot, une phrase, une main suffisent pour faire un miracle. Les mots se donnent le mot. Les chiens jappent devant la caravane des fous. J'ai découvert l'écriture, l'errance, l'amitié des herbes, la patience des arbres. Je porte une valise plus grande qu'un cercueil. J'habite une maison en planches de salut. La paille de mes livres me réchauffe le cœur.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0

À André Laude

Publié le par la freniere

À André Laude

Depuis 2016, Tristan Cabral poète des peuples sacrifiés, enfant des dunes et de l'océan, est "incarcéré" selon es propres mots sur les hauteurs de Montpellier dans un mouroir sinistre. Ayant consacré sa vie à la poésie et au combat de David l'être humain contre Goliath le monstre du capitalisme, aujourd'hui il souffre affreusement de son immobilité forcée, de ne pouvoir ni rejoindre les ronds-points ni défiler avec les Gilets Jaunes confédérés dans les rues de Paris et des villes de la France insurgée. Il en appelle à la Grève Générale et dans un même temps à la multiplication d'actions aussi rapides que symboliques destinées à précipiter la chute la Ve République. Il m'a envoyé quelques poèmes récents. En voici un qu'il m'a demandé de transmettre aux combattants de la liberté et aux maquisards des levers de soleils à venir:

André Chenet

À André Laude* trop tôt parti et aux Gilets Jaunes

Voilà les mots pour l'AN 01!

L'AN 01 viendra! C'est sûr

N'ayez pas peur de vous brûler! Et que le poème soit votre arme absolue!

Un autre monde est dans nos mains. Comme Nazim Hikmet qui faisait des boules de soleil avec le pain noir de sa cellule. Comme Yannis Ritsos qui jouait du Théodorakis sur les barreaux de sa prison et comme tant d'autres, connus et inconnus. Comme aujourd'hui Angye Gaona la colombienne …

et SURTOUT et SURTOUT!

Parlez! Criez! Insurgez-vous! Soyez des loups dans la bergerie du silence!

TOUTE LA TERRE ECOUTE

Tristan Cabral

¨* Poète révolutionnaire français (1936 - 1995)

Partager cet article

Repost0

Bonne Pâques à tous

Publié le par la freniere

Il fait nuit noire, brillante nuit. Nuit de seul au monde. Nuit sans heures. Un vendredi que certains disent saint, où d'autres se battent, s'en fichent, ou dorment. Elle est seule, assise dans le silence. Dans la parole même du silence. Elle ne pense pas, ne prie pas. Elle écoute le plein du vide et son contraire. Le lieu sans nom. Elle est immobile dans les éléments, leur respiration. Elle ne veut pas, n'espère pas, ne s'adresse à personne. Elle est avec. Elle veille et quelque chose la dépasse. Le ciel et la terre font nuit noire, mêlés comme au premier et dernier jour. L'huile de la lampe ne sait pas si elle brûle, si elle luit.

 

Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Dans la peau de Catherine La Frenière

Publié le par la freniere

photo: Jean-François Brière

photo: Jean-François Brière

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Catherine La Frenière, directrice du programme Production de l'École nationale de théâtre du Canada, pour discuter de cette expérience unique et enrichissante et surtout de l'excellent taux de placement pour les finissants. Faites vite, vous avez jusqu'au 1er mars pour vous inscrire!

1. Catherine, tu as toujours été une grande passionnée de théâtre. La preuve, depuis ta sortie de l’École nationale de théâtre du Canada en 2000, tu as porté tour à tour les chapeaux de directrice technique, directrice de production, directrice de tournée, d’assistante à la mise en scène et de régisseuse. Qu’est-ce que tu trouves stimulant dans ce métier?

«Ce qui est stimulant, c’est de prendre part et de réfléchir à une œuvre en collectivité. Dans un métier où le travail d’équipe est primordial, on n’a pas le choix de se remettre en question et d’échanger ses idées et aussi parfois de les confronter. Toujours au service d’une œuvre par souci de bien véhiculer les sujets qui y seront traités. Le théâtre et l’art en général nécessitent du sérieux et de la rigueur, car leur importance dans notre société est capitale. En y participant, nous posons une action citoyenne et participons à l’évolution de la pensée.»

«Avec ma formation en production, j’ai la chance de pouvoir toucher à plusieurs aspects de ce métier, je peux donc passer de la création, comme assistante à la mise en scène, à l’organisation, comme directrice de production. Ce qui est stimulant aussi, c’est que chaque production est à réinventer; l’équipe de création change, la technologie et les outils de création évoluent, nous poussant ainsi à toujours renouveler notre métier.»

2. Aujourd’hui, tu occupes à l’École nationale de théâtre le poste de directrice du programme Production, un cursus de trois ans dont la prochaine rentrée est d’ailleurs prévue en septembre 2018. Peux-tu nous raconter à quel point cette expérience t’a donné un réel coup de pouce pour vivre de ta passion?

«Quand je suis sortie de l’École nationale de théâtre il y a bientôt vingt ans, je connaissais déjà mes nouveaux collègues pour les avoir côtoyés à l’école comme professeurs, coachs, conférenciers, metteurs en scène, etc. C’est une école qui nous met en contact, et ce, dès notre rentrée scolaire, avec le milieu professionnel dans lequel nous évoluerons.»

«Maintenant de retour comme directrice du programme Production, je constate que l’école a évolué avec son art, que ce sont mes collègues actuels qui y enseignent, et je reconnais le milieu dans lequel je travaille tant au niveau de l’apprentissage que de la pratique.»

«Le programme de production est celui qui offre le plus grand éventail de spécialisations, six en tout, formant les candidats pour des métiers de conception – en son, éclairage et vidéo – et des métiers organisationnels et techniques: direction de production, direction technique, assistance à la mise en scène et régie.»

«Malgré le fait que le programme offre toutes ces avenues pédagogiques, tous les étudiants suivent le même cursus, peu importe le choix de spécialisation. Ils deviennent donc des praticiens complets, capables de rigueur organisationnelle et d’une sensibilité artistique avisée et riche, peu importe qu’ils soient des concepteurs ou des organisateurs.»

«Même si l’école est spécialisée en théâtre, les diplômés du programme Production sont réputés pour leur grande polyvalence à travailler dans plusieurs disciplines: danse, cirque, multimédia, etc. C’est qu’ils sont reconnus pour leur rigueur, leur sens artistique et leur professionnalisme. Considérant le taux de placement de ceux-ci dès leur sortie, j’en déduis donc que la méthode de travail enseignée dans le programme et l’engagement artistique de l’école envers les étudiants font toute la différence pour les employeurs.»


 

3. Le 1er mars, c’est la date limite pour s’inscrire à ce programme, dont les finissants décrochent tous rapidement plusieurs contrats dès la fin de leur formation, dans des postes de concepteur sonore, éclairage, vidéo, régie, assistance à la mise en scène, direction technique et direction de production. Ce cours, qui promet la création d’un cercle de contacts précieux, convient à qui exactement?

«Il convient à des jeunes créatifs, organisés et débrouillards qui ont envie de vivre de leur passion pour le théâtre. Dans le programme Production, nous formons plus que des techniciens de scène; nous formons des collaborateurs artistiques qui vont occuper des postes de conception ou de gestion sur des productions. Ils sont des créateurs au même titre que le concepteur de costumes ou les acteurs.»

«Durant leur formation de trois ans, dans leurs cours théoriques, mais aussi en travaillant sur environ six spectacles par année, les étudiants assimilent progressivement le langage théâtral. La formation assure aussi le développement du sens de l’organisation et des capacités de gestion des étudiants, leur leadership et leur habilité à travailler en équipe.»

«Ils apprennent dès la première année à collaborer avec les metteurs en scène, les comédiens, les scénographes et les membres de l’équipe de création du spectacle, et assument des postes de responsabilité croissante en deuxième année jusqu’à des postes de concepteurs et de direction en troisième année. Seulement huit étudiants par année sont admis, ce qui crée une ambiance propice au développement maximal de capacités de chacun et un suivi personnalisé.»

4. Et toi, suivre la formation en Production à l’École nationale de théâtre du Canada, ça t’a permis de travailler où exactement et sur quels projets?

«En sortant de l’école, je suis devenue directrice technique et directrice de production du Théâtre de Quat’Sous, sous la direction artistique de Wajdi Mouawad jusqu’en janvier 2004. J’ai travaillé pour des petites et des grandes compagnies de théâtre, comme La Licorne, le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, l’Espace libre, Sibyllines Théâtre et Trois Tristes Tigres.»

«J’ai aussi fait de la gestion comme directrice administrative pour les Productions Hôtel-Motel et Orange Noyée, et j’ai été directrice administrative et codirectrice générale du Théâtre PÀP, en plus d’en être la directrice de production.»

«J’ai également travaillé dans le milieu de la danse et de la musique. Le théâtre reste par contre ce que je préfère, et c’est un honneur pour moi maintenant de transmettre cette passion à d’autres.»

5. Les finissants en production sont tellement recherchés qu’ils obtiennent tous des contrats à la fin de la formation. Ça n’a pas de prix ça! D’ailleurs, plusieurs anciens du programme de Production ont réussi à percer le métier, comme le concepteur Michel Lemieux de la compagnie 4D Art ou Éric Gautron, qui est devenu directeur technique au Metropolitain Opera à New York avant de passer au Festival de Glydebourne en Angleterre. Pour nos lecteurs qui souhaiteraient tenter leur chance en s’inscrivant, qu’aurais-tu envie de leur dire en une phrase pour bien les motiver?

«Il ne faut pas se laisser impressionner par le concours d’entrée ou le peu d’admissions par année. Toute personne qui porte en elle l’envie et le sérieux de faire du théâtre et d’en faire son métier a le potentiel d’étudier à l’École nationale de théâtre. Ils sont les bienvenus.»

Éric Dumais

 

Partager cet article

Repost0

Lever le poing

Publié le par la freniere

Ce n'est pas la pluie qui invente la plante, mais elle l'aide à grandir. Sous l'averse qui tombe, l'eau nous monte à la bouche. L'air a un goût de fruité. Les gouttes éclatent comme des bulles de raisin. L'herbe se saoule de fraîcheur. On entend l'humus digérer les borborygmes du sous-sol, les insectes qui se mettent à l'abri. L'haleine de la terre se mêle à la bouche humide du vent. La vie s'effluve constamment, m'envaste, m'envahit.
Dans la course du temps, en turbo géant ou petite cylindrée, il faut ajouter l'âme au coeur sous le capot, troquer l'essence pour l'huile à bras et l'esthétique pour l'éthique. Des enfants bombardés jouent encore au ballon, se pognent le cul dans les fonds de cour, sautent à la corde, à la marelle, à saute-mouton, mangent leur main et gardent l'autre pour demain, alors que d'autres n'en peuvent plus de vivre. Malgré les suicidés, les condamnés à mort, les consciences endormies, la terre fatiguée, perdre espoir n'est pas une option. À sa condamnation, Paul Rose n'a pas baissé les bras, il a levé le poing.

Des milliers de microbes habitent la goutte d'eau. Des millions d'acariens respirent dans le creux des tapis et le ventre des lits. Dans chaque muscle de vie, la mort est aux aguets. Couché sur le dos, je vois le ciel. À genoux sur le sol, je regarde la terre. Les arbres n'ont plus d'ombre. J'injecte à mes oreille une drogue musicale. Le printemps a une odeur de femme, de cyprine et d'ovaires. L'eau bouge au fond de moi. Le vent touche l'eau de ses doigts malhabiles et les vagues frissonnent. La mer moutonne. L'éclair entonne le tonnerre. Mille bouches d'égout retrouvent le sourire. Sur le point de pleurer, les saules se ravisent et se mettent à chanter. Les jambes nues des filles frétillent d'impatience. Les vieux amants s'enlacent. Toute la terre est en rut. Les graines éclatent gorgées de phéromones. Les premières fleurs éclosent. Les bêtes se font la cour, de l'orignal bandé au pipistrelle chantant, de la taupe alanguie aux oeufs de ver à soie. On avait hâte d''être dehors. Il faudrait pour une fois apprendre à mieux aimer. Il faudrait vivre comme les arbres, solitaires dans la plaine, solidaires en forêt. Il ferait bon marcher sans les mensonges économiques, sans escompte ni pourcentage, sans échéance ni papier. L'art de penser autrement donne des ailes à ceux qui restent jeunes.

Jean-Marc La Frenière

Partager cet article

Repost0

1 2 3 > >>