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Pessoa

Publié le par la freniere

Pessoa

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Pierre Falardeau

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Pierre Falardeau

Texte écrit pour l’exposition « Pierre Falardeau, l’homme révolté », au Musée de Sutton, du 22 juin au 14 octobre 2019. À voir.

 

Ça va faire 10 ans que mon père nous a quittés. Il y a tant de choses à dire.

 

C’est drôle parce que quand on vient m’en parler, c’est souvent pour me raconter une anecdote. La fois où telle ou telle personne l’a croisé.  À quel point il l’a marqué, par sa gentillesse ou par un conseil un peu brutal, peu importe, ça reste en mémoire. Il y a deux ou trois ans, un jeune cinéaste m’a raconté l’avoir approché à un moment donné : « J’aimerais ça faire du cinéma politique. Auriez-vous un conseil? ». Mon père a réfléchi brièvement avant de répondre : « Ouais… Habitue-toi au goût du beurre de pinotte ». Ça m’a jeté par terre. Tant de poésie et d’intelligence dans cette phrase qui laisse transparaître aussi son sens de l’humour redoutable. En plus, quand on connaît la manière dont fonctionne le cinéma québécois, cette phrase nous frappe. « On ne fait pas les films qu’on devrait faire » disait-il aussi au grand critique Georges Privet.

 

Pourquoi tout le monde a une anecdote d’une rencontre avec mon père? Il jasait avec tout le monde. Il était bien à discuter avec le monde, avec son peuple. Pas comme un Vincent Marissal qui essaie de se mêler à la plèbe le temps d’une épluchette de blé d’Inde pour une opération de comm’. Il était sincère et les gens le sentaient.  Ça aura marqué chacun à sa manière; du chauffeur de taxi marocain au jeune cinéaste de la Côte-Nord, du gars de shop qui lui faisait signer une vieille napkin à la taverne du coin, à la vieille dame anglaise pour qui il avait porté les sacs d’épicerie. Un humaniste doublé d’un vieux fond scout.

Et pour le beurre de pinotte il parlait en connaissance de cause. Faire du cinéma politique au Québec, il l’aura vécu à la dure dans un système de financement soviétique à la sauce canadian : les « commissaires du peuple » qui décident de ce qui va exister comme cinéma, avec une petite touche d’économie de marché. Le meilleur des deux mondes au pays du castor gras. Ses films ont tout de même réussi à exister après d’interminables luttes. 15 ans pour Octobre, 10 ans pour 15 février 1839. Le temps des bouffons, lui, aura été fait en toute liberté, en marge de ce système, sorti 10 ans après le tournage, fait avec « pas une cenne ». Voilà le principe de ce système. Tu peux le faire ton film subversif mais à la sueur de ton front, avec ton argent de poche, avec l’huile de bras de collaborateurs qui y croient comme toi. Pendant ce temps, on envoie les moins menaçants se pavaner à Cannes ou à Berlin, « têter des crevettes congelées sur le tapis rouge » comme il aurait dit.

 

Une autre anecdote me vient en tête, cette fois-ci sur le tournage du film Le Steak. L’équipe devait tourner une scène à l’accueil Bonneau. Le préposé à l’entrée a vu entrer mon père et lui a indiqué qu’il restait de la place dans le fond, le prenant pour un « robineux » affamé. Et je ne crois pas que ça le dérangeait. Il assumait ses vêtements usés à la corde. Ce n’est même pas qu’il les assumait, il n’en avait rien à « cirer ». Il détestait consommer. Ça a toujours été comme ça. Alors être pauvre dans ce contexte…

 

La dignité avait une plus grande valeur à ses yeux que la réussite matérielle. C’est peut-être pour cela qu’il aimait tellement l’analyse de Pier-Paolo Pasolini sur la société de consommation qui était pour lui le vrai fascisme. Le totalitarisme de cette société de consommation. Un vieux char, une vieille chemise à carreaux, ses vieux running shoes qui dataient de 20 ans (dans le temps que la destruction programmée des biens était moins agressive et que les trucs étaient encore construits pour durer), des vieux bas tellement usés, l’élastique qui ne tenait plus rien.

 

À la blague on lui disait qu’on finirait par exposer ses bas dans un musée.

 

À l’exposition « Falardeau, l’homme révolté » du Musée de Sutton, vous ne verrez sans doute pas ses vieux bas, quoique ça aurait été une bonne blague dont il aurait lui-même ri, mais vous verrez pas mal d’affaires intéressantes. Je ne vendrai pas le punch mais je pense que ça vaudra la peine.

 

Pourquoi l’Estrie, ancienne terre de loyalistes, le célèbre comme ça? À sa mort, les gens de Mansonville lui avaient rendu hommage. Je n’avais pu m’y rendre mais j’ai visionné la vidéo. C’était un hommage simple et touchant. De l’écrivain Serge Beauchemin en passant par M. Giroux le quincailler et M. Ducharme l’épicier, et cette dame si contente de partager la dernière photo qu’elle avait prise de lui, chacun se remémorait des anecdotes de cet homme qu’ils avaient connu : coups de gueule, ou des histoires toutes simples.

 

Les Cantons-de-l’Est ont été un endroit bien spécial pour lui. Un endroit qu’il avait adopté à la fin des années 70, s’achetant une maison en ruines, qu’il a retapé lui-même avec des matériaux qu’il ramassait un peu partout. Des planches venant d’une maison en démolition, une table venant d’une maison abandonnée, une chaise ramassée dans les poubelles, des fenêtre données par je ne sais qui, etc. Un endroit où il pouvait contempler la nature de son pays, se ressourcer avant de retourner « au batte », seul contre tous, pour défendre un film ou un article. Un endroit où il avait la criss de paix, loin de toute l’agitation du débat public. À son arrivée ici, il avait même scié le poteau de téléphone… juste pour êtreCette force qui le caractérisait, il la trouvait dans ces moments simples de la vie, au sommet d’une montagne enneigée qu’il avait gravie en ski de fond ou à couper son bois à la « sciotte », trop pauvre pour s’acheter une chainsaw. Il trouvait cette force dans les encouragements du monde, un camionneur qui avait vu Le temps des bouffons, une infirmière qui a pleuré en regardant 15 février, le quincailler du village qui trouvait ça tordant de savoir qu’il avait croisé tel journaliste connu sur la rue et qu’il l’avait envoyé chier.

 

C’est un peu tout ça qu’on se remémore à la veille du 10e anniversaire de sa mort. Ses cris, ses sacres, ses rires, ses films, ses livres, ses articles, ses exploits. Ces moments simples qui appartiennent à chaque personne qui l’a connu ou qui l’a croisé rien qu’une fois. Et ses vieux bas usés à la corde.

 

Jules Falardeau

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L'escargot

Publié le par la freniere

Quand j’écris le mot fleur,

un papillon s’échappe  du cocon d’un crayon.

Quand j’écris le mot faim,

les phrases font lever un quignon de papier.

Quand j’écris le mot ciel,

je m’imagine marchant sur des nuages.

Quand j’écris le mot nuit,

l’alphabet tout entier me sert de lumière.

Quand j’écris le mot pluie,

la ligne d’horizon s’enfonce dans la brume.

Quand j’écris le mot mer,

 je flotte sur la table parmi les coquillages et les étoiles de mer,

les palourdes et les vagues.

Quand j’écris le mot tige,

un grand bouquet d’odeurs embaume l’air du temps.

Quand j’écris le mot arbre,

je suis pareil à lui.

La chlorophylle de l’encre vient nourrir le silence.

Je grimpe ou je descends

selon le sens des mots.

L’utopie est ce sol où l’arbre s’enracine.

J’écris comme cette eau qui rassure le verre,

le plein qui épouse le vide,

le pêcheur qui attend sur le bord de l’étang,

l’araignée qui s’accroche à son fil,

l’escargot sous la pluie,

la bouteille trouvant sa forme sous le souffle et le feu.

Je traverse l’abîme avec des bouts de phrase.

Jean-Marc La Frenière

 

El caracol

Cuando escribo la palabra flor,

Una mariposa se escapa del capullo de un lápiz.

Cuando escribo la palabra hambre,

Las oraciones hacen subir un trozo de papel.

Cuando escribo la palabra cielo,

Me imagino caminando sobre las nubes.

Cuando escribo la palabra noche,

Todo el alfabeto me sirve de luz.

Cuando escribo la palabra lluvia,

el horizonte se hunde en la niebla.

Cuando escribo la palabra mar,

Floto sobre la mesa entre las conchas y la estrella de mar,

Almejas y olas.

Cuando escribo la palabra vara,

un gran montón de olores embalsama el aire del tiempo.

Cuando escribo la palabra árbol,

Yo soy como el.

La clorofila de la tinta viene a nutrir el silencio.

Yo subo o baje

Según el significado de las palabras.

La utopía es esto suelo donde se arraiga el árbol.

Escribo así esta agua que tranquiliza el vaso,

el pleno que se casa con el vacío,

el pescador esperando al borde del estanque,

la araña que se aferra a su hilo,

el caracol en la lluvia,

La botella encuentra su forma bajo el aliento y el fuego.

Cruzo el abismo con resbalones de frase

traduction: André Chenet

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N'importe quoi

Publié le par la freniere

On peut faire n'importe quoi

dans un petit poème

prendre le train

ou l'ascenseur

faire des signaux de fumée

tremper dans l'eau

mordre une pomme

ramasser des cailloux

qui ressemblent à nos rêves

je me contente d'écrire

je t'aime

 

Jean-Marc La Frenière

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Sylvie Bernard

Publié le par la freniere

Sylvie Bernard

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Mon trésor est fragile

Publié le par la freniere

Mon trésor est fragile. J’amasse les petits bruits, les petits fruits, les petits sons, les petits sens, les petits mots. Tant de cailloux que je n’ai pas lancés sont devenus des mots, tant de blessures non soignées des phrases mal foutues, tant de bouts de vie perdus des paragraphes enceints de toutes les semences. Ma source est l’alphabet, le concert des syllabes, le don inattendu des mots, le plein des parenthèses dans le creux numérique. Une seule image peut contenir le monde. Le réel est trop petit pour la fonction du rêve. Où en est le présent dans le chaos du monde ? Le temps qui passe est le même temps qui vient. Le temps passé n’est plus que cendre face à la flamme qui s’allume. Ce sont souvent les souvenirs qui nous ressemblent le moins. Nos rêves adhèrent au cœur un peu plus fortement. Ayant l’impression de parler dans une autre langue, j’ai l’habitude de me taire en société. Il faut que j’imite quelqu’un pour qu’on m’écoute, que je disparaisse dans la foule. Je suis déjà un peu mon fantôme à venir. Je suis peut-être le premier à ne pas me répondre. Page après page, je ferme mon tombeau comme un vieux livre usé. À la pêche aux nuages, je laisse flotter mon cœur comme un bouchon de liège sur la rivière des pensées. Le monde se vide comme un grand verre dans la soif des hommes. J’entends l’immensité qui coule dans ma gorge. Les arbres trop émotifs retiennent leur souffle, gonflant leurs joues feuillues et leurs muscles d’écorce. Il y a des bouts du monde un peu partout, au milieu d’un jardin, le long d’un corridor, près d’une falaise adossée sur l’azur, des coins métaphoriques, des lieux où l’on peut croire à l’infini. N’importe quel endroit s’avère un centre. Les montagnes, non seulement respirent, mais elles pensent. Je mesure le temps à la foulée des herbes, leurs petits pas d’insecte quêtant la chlorophylle. Je préfère l’humilité joyeuse des pissenlits au snobisme des roses à la bouche en cul de poule. Quand les distances s’accumulent, les hommes rapetissent. Il leur faut grandir par le cœur.

 

La pluie laisse des images floues comme un nuage dans un nuage, une goutte de pluie dans l’eau, une ombre dans les ombres. Le soleil de son côté offre une image nette comme le fil d’un couteau, une cicatrice sur le revers du paysage. Au matin, le lac disparaît dans des ballots de brume. Sur l’une des collines qui regarde les vagues, on a planté une croix. Personne ne se souvient qui ni quand. Elle sert dorénavant d’épouvantail aux oiseaux de malheur. Le doute se tient tapi à quelques heures du bonheur. Si la pluie n’arrête pas le soleil, les arbustes aux cheveux roux croissent en foule, faisant front commun contre la marche. On doit les contourner. La lune baigne dans l’eau. Le soleil nage dans la lumière. La terre arque son dos lorsque le vent touche ses reins. Certains jours, le lac est un rassemblement de larmes. Certains autres, son eau éclate de rire et se répand en vagues de caresse. Le soleil vient lécher son vagin. Toute l’eau cherche à sortir du lac. Même le ciel veut s’évader. Ce que le froid a tué renaît avec le printemps, mais dans un autre corps. Aucune fleur n’est pareille. Toutes les graines se séparent pour refleurir ailleurs. Où qu’on aille, on va toujours quelque part. Toutes les lignes se rejoignent, les lignes du passé, du présent, du futur, celles du nord, du sud, de l’est, de l’ouest, les lignes de la main, les lignes médianes, les carrefours, les lignes des cahiers dessinant la parole. En tirant sur la corde, on transforme le lointain en proche, l’impatience en sagesse. Tout ce qui dure est arrogant, mais garde sa beauté.

 

Lorsque le ciel a ses humeurs, les nuages maugréent. La pluie s’imprime goutte à goutte. Le paysage me regarde avec des yeux bousculés par le vent. La pluie est pointilliste. Seurat est à la fête. L’eau joue aux dames avec les ombres. Il y a des jours où tous mes gestes sont des lettres. Des a, des i, des u font tressaillir mon corps. La montagne trempe ses pieds dans l’eau. Elle traîne ses racines jusqu’au milieu du lac. Ce rocher qui affleure est peut-être un genou. Un héron saute sur ses orteils de roche. Le lac frissonne sous les rafales des yachts, recrachant son dépit à chaque nouvelle vague.

 

Boitant d’une aile derrière la symphonie céleste, un oiseau lance au hasard le cri vert d’un hautbois. On a beau espérer, les miracles s’effacent comme l’encre des mots. Contaminée par la tuberculose des ancêtres, la terre des cimetières tousse.  Pour ne pas mourir dans la crasse, la honte, le dépit, il faut tenir la vie propre. Une île survit encore sur le fleuve sale du temps. Quoi de plus neuf que de voir ? Quoi de plus neuf que d’entendre ? Quoi de plus neuf que d’aimer ?  Je voudrais que les mots agrandissent l’instant comme le règne végétal survivant à l’hiver, la brindille tenant son bout dans les hauts faits des fleurs. Les confidences de l’herbe s’écoutent les pieds nus. Le sourire d’un enfant efface quelque fois le souvenir des douleurs.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La guenille ou la soie

Publié le par la freniere

Je transporte mon âme

en guenilles ou en sang

rarement empesée sur un cintre.

Couvert de mots

comme une lèvre sur un sein

je vais de bouche en bouche

embrasser le silence.

Je vais de larme en larme

retrouver l’infini

au fond du bric-à-brac.

De vie en vie

j’invite le soleil

à dormir sous ma peau.

J’invite même la mort

à coucher avec moi.

Chair à chair, page à page,

j’avance mot à mot

reconstruire le monde,

recoller les morceaux

parmi les épitaphes

qui se cherchent une tombe

et les fleurs sans pétale

qui embaument l’absence.

Je suis la solitude

qui se cherche une foule.

 

J’ai vu tant de poussière

insulter la lumière

et des enfants rieurs

matés par les écoles

abandonner leurs rêves

pour forger des menottes.

Il ne sert à rien de courir

pour dépasser le temps.

 

Le langage est une malle éventrée

d’avoir trop voyagé

de l’inconnu à rien.

 

La peau garde en mémoire

la cicatrice des baisers

et l’eau des robinets

rêve encore à la mer.

 


Jean-Marc La Frenière

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C'était mon père

Publié le par la freniere

Impulsif, rassurant, c'était un italien. Il dansait, il chantait comme un italien. Les yeux noirs, la peau mate, il était beau comme un italien. Il avait des flambées de colères latines et d'improbables rêves. Entre lui et moi, cette distance, sa charge de famille assumée courageusement, honnêtement, sans fioritures. Il travaillait  la terre dure, il la connaissait, la respectait. Il rentrait au soir, fourbu, et nous ses deux fillettes, le craignions comme nous l'admirions. Qui était-il vraiment ? Je ne l'ai jamais su. Pudique, il était le jardinier amoureux de ma mère, l'homme bourru qui bousculait le chat et caressait le chien. Il était le silence dans quelques éclats de voix, le chef de la maison fier du parcours de ses enfants, l'homme qui ne se plaignait jamais. Il était la présence sans paroles, solide. J'avais 7 ans quand il m'a appris à danser le tango, je m'en souviens. C'était mon Père.

 

Ile Eniger

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Quelques instants

Publié le par la freniere

Ce matin, je dois donner du sang, prêter mon corps pour analyse. Ce n’est qu’une mauvaise passe. Il n’y a pas de pansement pour les âmes qui saignent. Les dieux ne guérissent pas le cancer. Cependant, quelques hommes peuvent recoudre le cœur et greffer des organes. A l’urgence, ça râle et tousse. Le sérum circule d’une civière à l’autre. Un soluté nourrit les cathéters. Des machines offrent les mêmes biscuits, les mêmes liqueurs, les mêmes bonbons. Partout dans les corridors, affalés sur des chaises en plastique, la plupart des patients tremblent. Leurs mains se crispent dans le dos. La maladie fait peur. La plupart des hommes meurent en oubliant de vivre. Ils ont l’âme habillée de faux espoirs, les regards fatigués. L’air est pesant. Les patients végètent. Les femmes partagent leurs expériences et leurs bobos entre deux recettes de cuisine. L’angoisse est comme une boule dans l’estomac, un pain trop lourd qu’on avale de travers. Il y a déjà un décès dans la salle des urgences. Les morts n’ont pas de religion. Une hostie brille dans la main du prêtre. Je ne crois pas en Dieu, mais je prie quand même. Quelque fois une porte s’ouvre dans l’homme. Elle donne sur le ciel. Certains aiment flirter avec la fin du monde. On les reconnaît à leurs yeux ahuris. Ils vivent au ralenti. Le bruit des ambulances les rassure. Un ivrogne interpelle tout le monde comme s'il les connaissait. Il n’y a pas de place pour pleurer seul. Tous entament une discussion minimale, désespérée ou pas. Il est dix heures du soir. Pour certains, ce n’est qu’un au revoir. Dans une vie à sens unique, on se méfie de ceux qui sont seuls et des joueurs de tours. Je cherche avec qui recharger mes batteries. Les bruits de la forêt nous éloignent de la mort. Ici, le moindre gémissement nous rapproche de la tombe. Blessés, couchés sur une civière, les amoureux continuent d’éclairer. Même leur ombre clignote. Ils ne croient pas à la mort. Ils n’ont peur que d’être séparés quelques instants.

Jean-Marc La Frenière

 

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Encore, vole

Publié le par la freniere

C'est un matin de fronde. Tais-toi mes mots, ne te perds pas aux encensoirs, aux critiques, aux chemins balisés. N'oublie pas la traverse. Ne te pends pas aux ramilles d'hiver quand le regain t'invite sur la page d'à côté. Ne t'oublie pas aux pas lourds quand tes akènes trépignent d'envol. Tais-toi mes mots si tu rapièces un consensus quand l'unique de toi est affranchi depuis longtemps. Si tu t'ignores quand tu dédales aux lacis d'agitations certifiées. Ne te souviens-tu plus des sillages d'outardes qui te semblaient si proches, des feux de feuilles aux jardins partagés, du tulle de la joie quand tu savais les anges de mémoire ? Tais-toi mes mots si ta voix s'alourdit, si les ombres t'emmuraillent, si tu casses comme du petit bois, si tu as besoin de clés. Tais-toi si dire se résoud à remâcher. Se résoud à ressembler. Souviens-toi mes mots, le soleil dans tes paumes, la phrase qui s'embrase. Le temps qui s'écrit sans que tu le comprennes. Le mystère qui chante aux paroles d'oiseaux. Encore, vole. Le reste est sans importance.

 

Ile Eniger

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