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Credo

Publié le par la freniere

Je crois en l’homme, cette ordure,

je crois en l’homme, ce fumier,

ce sable mouvant, cette eau morte ;

 

je crois en l’homme, ce tordu,

cette vessie de vanité ;

je crois en l’homme, cette pommade,

ce grelot, cette plume au vent,

ce boutefeu, ce fouille-merde ;

je crois en l’homme, ce lèche-sang.

 

Malgré tout ce qu’il a pu faire

de mortel et d’irréparable,

je crois en lui,

pour la sûreté de sa main,

pour son goût de la liberté,

pour le jeu de sa fantaisie,

 

pour son vertige devant l’étoile,

je crois en lui

pour le sel de son amitié,

pour l’eau de ses yeux, pour son rire,

pour son élan et ses faiblesses.

 

Je crois à tout jamais en lui

pour une main qui s’est tendue.

Pour un regard qui s’est offert.

Et puis surtout et avant tout

pour le simple accueil d’un berger.

 

Lucien Jacques

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Hommage aux disparus du cinéma

Publié le par la freniere

C'est un temps de rien,
C'est votre voix, Monsieur Marielle,
qui à jamais retentit
sur ce chemin d'absence où les heures se perdent.
C’est un temps de rien, un temps de tout.
C'est votre rire, Monsieur Rochefort, qui s'égare dans des nuits d'océan.
C'est la présence indistincte d’un oiseau blessé
et le jour qui revient sur la pointe des rêves.
C’est un chandail de brumes oublié Hôtel du Nord
et Arletty qui traverse le cri d’un amour,
c’est une gueule d'atmosphère qui s’éloigne sur la pointe des pieds.
C’est le rire des oubliés qui claque à contre silence,
Raimu qui "nous fend le cœur",
la nostalgie qui cherche ses mémoires au royaume des disparus.
C'est une dernière larme au rebours d’une montre arrêtée.
C'est encore entendre Jean Gabin dire "T'as d' beaux yeux tu sais"
et ne rien oublier du regard de Michèle Morgan.
C'est à l’encre du rêve et du cauchemar,
ce Vieux fusil, aux mains de Philippe Noiret.
C'est revoir Michel Simon dans Le vieil homme et l'enfant.
C'est Casque d'or aux bras de Serge Reggiani.
À l’heure où le jour s'assombrit,
c’est la nuit qui tombe sur les rires du matin,
Bourvil et Galabru dans leur dernière tirade,
Jean Cocteau et Jean Marais à la Victorine,
Annie Girardot qui retrouverait la mémoire,
Anémone sur Le grand chemin,
Agnès Varda surfant sur la dernière vague,
et la voix de Sacha Guitry qui nous conte Paris.
C’est un temps de tout, un temps de rien,
une vieille nostalgie oubliée Quai des Brumes.
C'est une muraille de mots
que le silence enferme.

 

Jean-Michel Sananès

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De l'abeille a la ruche

Publié le par la freniere

Même les citadins peuvent battre la campagne. Les paysages nous apprennent à voir. Ils permettent la qualité du regard et dessille les yeux. Les années déterminent le temps. Les pas transforment la route. Les yeux ne savent plus où donner du regard. Les  mains se remplissent de gestes. On voyage pour se quitter et mieux se retrouver. Le quotidien n’est jamais pauvre. Il faut garder les yeux ouverts. Toute réalité se double d’une vie imaginaire. La terre tourne sans qu’on s’en aperçoive. Un chien fou dispute la ruelle aux chats de gouttière. Un colibri dispute une fleur aux abeilles. Je n’ai pas une cabosse en chocolat, mais une tête dure comme un tronc d’ébène, le cerveau comme une soupe trop chaude. En ce temps de banquiers et d’usuriers avides, la valeur d’un homme se calque sur sa valeur monétaire. Soixante millions de sans-abris cherchent refuge ailleurs. S’ils ne croupissent pas dans un camp de réfugiés, ils coulent dans la mer sur des bateaux de fortune. L’homme assiège la planète. Le climat se dérègle. Le monde rural s’urbanise. Les favelas et les faubourgs s’agrandissent. En ville, chaque être se dissout dans une masse informe. Même en voulant être seuls, les moines et les moineaux se tiennent en gang. Un bout de paysage me grafigne les yeux. Tout se perd dans l’aventure d’être au monde. Le  présent doit garder la saveur de l’enfance. Je n’aspire pas au bonheur, mais au changement. L’arbre a ses racines sous la terre, sa cime dans les nuages. L’être et le néant se mêlent. Passé et futur s’amalgament. L’essence de l’homme circule entre ses pieds et sa cervelle. Il ne suffit pas de marcher, mais d’essayer d’aller au bout de soi. Je traîne dans un crayon la grammaire des choses, le langage des lieux. J’écris avec un temps s’inscrivant dans l’espace. Pas à pas, j’apprends à lire les chemins. Mot à mot, j’apprends à les écrire. Barreau par barreau, je grimpe l’échelle humaine. En décapsulant mon Bic, j’ouvre la porte à l’inconnu. Mes yeux repoussent l’horizon. Les nuages flottent dans l’eau du ciel. Le soleil éclaire les traits tirés du paysage. J’écoute le métronome du cœur, la pulsation du sang et les battements du temps.

Dans le jardin du cœur, les légumes poussent sur du fumier. Les fleurs écloses au-dessus du compost. La solitude du moine n’est pas celle du prisonnier. L’une implique un choix. L’autre est une obligation. C’est la même différence qu’entre l’eau trouble et l’eau limpide, la laine qui pique et la peau nue, la brume sur le lac et l’azur du ciel. A quoi servent les hommes? Ils pillent. Ils polluent. Ils tuent. Ils écoutent la rumeur d’un ruisseau, le tonnerre d’un torrent, mais n’entendent pas pousser leur barbe. Le plus petit moustique s’inscrit dans la chaîne alimentaire. Les ions se mêlent aux électrons, les neurones aux atomes, les iris aux regards, la chair à l’ossature. L’extérieur et l’intérieur se marient. L’être et le néant s’épousent. Le noir et blanc s’irise. Tour et détour. Ligne droite de l’écrit ou parole circulaire du discours. La voix sautille dans la podologie des mots, le tracé des pas, le damier des rencontres. S’il n’y avait les fouilles d’aéroport, les problèmes de visa et le décor Disney World du monde, je voyagerais encore. Aujourd’hui, je me contente du volant d’un livre, des poignées d’une brouette, de la selle d’un vélo. Je vis désormais par paresse. J’aime la procrastination d’Alexandre le bienheureux, sublime Philippe Noiret. Je voyage par les yeux. Je vois se colorer le paysage. Les saisons se succèdent. Les arbres se dénudent et se rhabillent. Le sol se couvre de couleurs. La neige finit par fondre. Les oiseaux changent de gamme. La peau du lac mue et remue. Je feuillette les pages, la neige et l’herbe folle. Les feuilles en tombant font de l’humus nourricier. Des milliards d’insectes labourent sous le sol, des millions de petites bêtes, des musaraignes, des campagnols, des taupes, des milliers de vers de terre, des ténébrions, des bestioles à mille pattes. L’humus est un estomac géant. Les bactéries sont le suc digestif de la terre. Les plus beaux voyages se font du terreau à la fleur, du pollen à la ruche, de la sève à la cabane à sucre, du jardin à la table. Avec ses pesticides et ses insecticides, l’homme s’acharne à tuer les bactéries. Si la terre se meurt, nous mourrons avec elle. Aujourd'hui, la vraie question n’est pas de savoir s’il y a une vie après la mort, mais s'il en restera une  avant la mort. Que l’on soit chiite ou sunnite, catholique ou protestant, l’amour n’a que faire des religions. La vie est un voyage intérieur, de la tension de l’être à l’attention aux autres.

Jean-Marc La Frenière

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Solaire

Publié le par la freniere

Solaire

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L'anthrope

Publié le par la freniere

Si les oiseaux ne chantaient pas, les hommes chanteraient-ils? Si les pierres n’avaient pas de couleurs,  les hommes peindraient-ils? Si les feuilles ne bougeaient pas, les hommes danseraient-ils? La nature nous apprend tout de la vie. Dix ou quinze milliards d’années nous séparent du Bang originel. La terre est un fœtus dans l’utérus des galaxies. Nous venons de plus loin que les mots. La musique donne chair à l’inaudible. L’écriture inventorie l’indicible. Les images, les traits, les lignes, les signes et les outils mentaux dessinent l’invisible. Les mythes et les théologies enseignent l’infini. Les horloges pointeuses emprisonnent le temps. Le temps perdu donne sa liberté aux heures. Les mots qu’on encage dans le blanc des pages restent libres. Les mots sont compatibles avec l’ombre ou la lumière, la naissance et la mort, la mémoire et la mer. Si chaque village est relié par la télévision, la radio et les portables, la nature l’est par le crissement des insectes, le chant des oiseaux, le braiement des bêtes, le murmure végétal des plantes, des ouaouarons, des hommes et le silence des pulsars. On peut voir l’invisible par l’odeur, entendre l’indicible par l’oreille. La musique remplace la syntaxe. Les pages portent les mots comme les portées les notes. Les mots s’agencent avec le temps. D’un petit creux à l’estomac, j’écris le mot pain. Le langage évolue, des strates du  passé au dilatement du temps, du balbutiement aux codes grammaticaux, de l’oubli à la mémoire, de l’éphémère au durable. J’ai beau être en révolte, en maudit, en colère, anarchiste, je suis un pacifiste. Je n’ai pas d’arme de poing, mais un stylo à bille. Je préfère la craie à la poudre à fusil, la poudre de perlimpinpin à la poudre qu’on sniffe, la pompe à vélo à la pompe à essence, le papier d’Arménie au bois dur des matraques, la prière des insectes aux sourates djihadistes. L’information nous rend témoins des exactions du monde. Elle nous rend complices de ne pas réagir. Nous devenons les spectateurs passifs de l’horreur. Je viens de l’eau et des quasars. Je vais où vont les arbres et les étoiles. Y a-t-il un visage dont nous serions le masque, un lieu d’où provient l’anthrope ?

 

Nous portons tous en nous une mémoire lémurienne, animale, un prognathisme d’origine. Notre passé se mêle au futur dans une vision d’infini. Il y a du mufle au faciès, du simiesque à l’anthrope, du singe à l’ange, une matière brute façonnée par le temps, une énergie spirituelle. Malheureusement, les cosmétiques effacent l’histoire cosmique du visage. Nous sommes des cœlacanthes, une ouïe dans la préhistoire et l’autre dans le présent. Leurs pédoncules sont les ancêtres de nos mains. Les mots compensent la promesse génétique du corps. Nous avons des milliards de cellules pour agiter deux mains, des millions de neurones pour marcher, des milliers de globules, des centaines d’organes. Notre cerveau est devenu parlant quand le quadrupède est devenu bipède. La dextérité des mains a rendu l’homme intelligent. Elle a rendu possible la caresse, même si les ongles servent encore à griffer. Les mains sont une ruche pour un essaim de gestes. Elles peuvent mimer, danser, parler et manier des outils. Un doigt peut servir à écrire sur la buée des vitres, un jet d’urine dessiner sur la neige. Avec cinq doigts, tout est possible. Il faut greffer du rêve sur la réalité. C’est pourquoi je butine des fleurs de rhétorique dans un champ lexical. J’ai fait de mes doigts des crayons. Cinquante ans d’écriture, sans concession sans argent, sans compromis sans gloire. Des semaines de cent ans. L’enfant porte au sommet du crâne la fontanelle du futur. Les tortues la portent sur la carapace. Je porte sur la page la fontanelle de l’écriture. La solitude est un outil de connaissance. Elle permet de créer, de lire, de sculpter, de dessiner, d’écrire, de chercher l’absolu. Dans ce siècle passionné de vitesse, il revenir à la lenteur, la marche à pied, la ballade. L’homme est conçu pour la marche. Ne pas marcher, c’est contredire l’anatomie. Moins on fait de pas, plus le cerveau s’atrophie. Chaque lieu possède une conscience. On marche pour y accéder.

 

Même les citadins peuvent battre la campagne. Les paysages nous apprennent à voir. Ils permettent la qualité du regard et dessille les yeux. Les années déterminent le temps. Les pas transforment la route. Les yeux ne savent plus où donner du regard. Les  mains se remplissent de gestes. On voyage pour se quitter et mieux se retrouver. Toute réalité se double d’une vie imaginaire.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

A chaque élection, des polichinelles jaillissent des boites de scrutin. Ce n’est pas pour rien que l’homme se cache dans un isoloir pour voter.

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Sauvons nos abeilles

Publié le par la freniere

Sauvons nos abeilles

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Avec des mains brûlées

Publié le par la freniere

Je ne suis pas d'ici
Je viens des nébuleuses
J'incise les époques
Et je joue sur les places
Des musiques douloureuses
Des chiens perdus hurlent dans l'Atlantique
Je commence un voyage
Avec les mains brûlées
Et je finirai bien
par faire de mon visage
Une île intraduisible.

Tristan Cabral
 

Dernier poème, et à mon humble avis le plus fort, du dernier livre de Tristan intitulé "Poèmes à dire", publié par "Chemins de Plume" (Nice), petite maison d'édition sise à Nice, dirigée d'une main fraternelle par l'ami Jean-Michel Sananès, poète d'une humanité à naître.

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Le point final

Publié le par la freniere

Entre l’itinérance et la cabane dans le bois, la hache du bûcheron et le panneau solaire, des racines aux fleurs de pierre, des taudis mal famés aux étoiles de mer, du sordide au sublime, j’ai été absent trop longtemps. Je fus un mauvais père et un piètre conjoint. J’étais comme un fétu de paille au fil des courants d’air, un chien fou courant après sa queue, un éléphant rose dans un jeu de quilles, un galet  dans un casseau de fraises. On transforme les arbres en simples allumettes ou en pages de journal. Les deux méritent le feu. L’angoisse fond comme du plomb dans les nervures de l’être. Les nerfs me lancinent. Je crois entendre des abeilles, ce sont mes oreilles qui bourdonnent. Je crois voir la mer, ce sont mes yeux qui pleurent. Je crois savoir où aller, ce sont les routes qui s’éloignent en emportant mes pas. J’ai des œdèmes dans le  cœur. J’écris n’importe quoi pour me sentir en vie. Chaque page d’un livre est comme une fenêtre. Je dois y inventer la vue. La nature dit mieux ce que je voudrais dire. Il est difficile de faire tenir le monde dans les dix mots d’un aphorisme. Privé de téléphone et de télévision, j’ai ouvert un livre. J’ai troqué la monnaie pour le troc, les fleurs d’églantier et les épines. Une seule goutte de citron réveille la somnolence de l’huitre, la chair des poissons morts, une once de téquila. Un grain de poivre ravive le contenu d’une assiette. Des milliers d’organismes s’agitent dans le plancton. Ils nourrissent les baleines. Je me sens petit face à la goutte d’eau, le grain de sable, le ver à soie. Le réel est une maladie. Le rêve en est la guérison, l’imaginaire son antidote, l’écriture son pansement. Sauvées de la présence humaine, des régions entières ont pu survivre grâce aux moustiques. Ce matin, je relis Bachelard. L’encre s’ajoute aux quatre éléments, le feu, l’eau, l’air et la terre. Nous sommes des atomes dans un univers de photons, une promesse énergétique dans un monde désert. Le parfum des fleurs n’est pas utile qu’aux abeilles. Mêlé aux trilles des mésanges, il colore les papilles sensibles des hommes.

Ce matin, le brouillard a tout avalé. On ne voit pas une ride au front du lac, aucune cicatrice au poignet du rivage. Le soleil perce à peine les dentelles de brume. Il est possible avec les mots de détourner le paysage, rendre les arbres symboliques, faire d’une nuée de lucioles une école de fées, nourrir les gnomes des racines, boire de l’eau sémantique, faire d’une bouillie spirituelle une phrase décente. Des nœuds énergétiques tiennent mes yeux en haleine et mes oreilles au garde à vous. La quintessence de la brume se rétracte peu à peu. Le rose des nuages vient mourir dans l’eau. Quelques poissons sautent et sursautent. Ma mémoire retient mieux l’atmosphère et la musique des voix que les visages de l’homme. J’ai un cerveau géographique, une poitrine sémantique. Chaque phrase, chaque mot, chaque lettre me sont des fils d’Ariane. Je salue le retour des bourgeons. Je remercie les arbres. J’apprends à respirer l’haleine des forêts. Chaque jour,  je plie et déplie ma vie. Je me balance dans le hamac de l’air, pas trop loin du bonheur. Il faut tenir le coup entre la mort des uns et la naissance des autres. On ne sait jamais si ce qui pointe à l’horizon sera le point final.

Jean-Marc La Frenière

 

 

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