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Enfant

Publié le par la freniere

Enfant

Enfant tu marchais
Lèvres serrées à en tuer tes rires
Ta poupée n'en n'a rien su.

À parcourir un chemin de larmes sèches
Tu t'es noyée dans cette quête inachevée
À chercher un regard de fierté aux yeux d'un père

Était-il déraisonnable de demander l'amour ?

Les larmes que l'on n'a pas su sécher
Enfouissent les chemins du bonheur
Sous d'indéchiffrables douleurs.

Jean Michel Sananes

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Ma maison

Publié le par la freniere

Ma maison

Encore trop chaud

pour sortir aujourd'hui.

Je reste à la maison.

La maison est contente.

On se raconte des histoires

mais ça se termine toujours

par un poème

car il y en a

dans tous les racoins.

 

La cheminée me dit du Cendrars

je lui récite du Pessoa.

Le dimanche elle cite

quelques vers de Saba,

je rétorque avec du Tardieu.

 

Pas mal

pour une centenaire.

 

Guy Marchand

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Homère

Publié le par la freniere

Le paysage fait des bulles d'air pour prendre son respir. On entend pétiller le village, la musique des arbres, les érables qui coulent, les milles bruits de la rue, les roues qui tournent, les chiens qui jappent, les gros camions de pitounes qui remplacent la drave, ceux qui transportent la chaux dolomitique juste avant les semailles. Les mots finissent par se perdre dans les phrases du voyage, les métaphores invisibles, les e muets. Je me sens vivre à chaque mot que j'écris. Je me sens mal à chaque mot que j'efface. Est-ce le bon mot? Est-ce celui qui soutient tous les autres? Est-ce celui qui apporte le pain, un soleil à placer dans un livre, un matin à plier sur la page, une parole à mettre dans la bouche, un oiseau à libérer de sa cage dorée? Les poètes sont pleins de vers qui picorent les yeux, les prairies pleines de vaches, les bouses pleines de mouches. Les années sont pleines de jours. Il faut des mots pour mettre des couleurs, des images, des métaphores, des prolégomènes, des aphorismes. Je ne pense à rien quand je marche. J'attends la venue des mots, les phrases qui se forment toutes seules. Je suis fait de tout et de rien, de temps et d'espace, de mots comme de choses, de cris, de silence et de bruits, de fruits, de légumes et de fleurs, de rêve sous les nippes du réel, de chèvre, de mouton, de lapin, de loup, de terrier, de chevreuil, de pluie, de soleil et de neige, de chair, d'excréments et d'urine, de sève, de tronc, et de racines, d'aubier et d'aubépine, de glaise, de boue et de bavures, de signes et de ratures, de verbe et de littérature, d'images et de peinture, de théâtre, d'acteur et de spectateur, de bois et de sucre d'érable, de sel, de sueur et de sang, d'un fœtus au ventre du possible. Les nuits blanches sont remplies d'idées noires. Une main ne suffit pas pour écrire. Il faut aussi du cœur, de la tête et des tripes, des brèches dans les murs, des barreaux d'échelle, des marches d'escalier.

 

Il faut plus qu'un stylo pour écrire. Il faut des pas sur la route, le fil des mots dans l'étoffe des passions, de la lumière dans un tas d'immondices, le vol des oiseaux, la promesse des fruits. Il faut plus qu'une main pour écrire, plus que l'encre et du papier. Il me faut une image pour terminer ma phrase, un bout de paysage, une pièce du puzzle. Mes pieds titubent à l'ombre des vivants. Je caresse le ciel comme les bras d'un arbre, les plumes des oiseaux, les ailes d'un ange, la baguette des fées. Quand on écrit, il faudrait tout reprendre. Bien des choses ont changées. Des écrans remplacent la craie sur la tableau. On ne voit plus de boites téléphoniques ni de mariages d'oiseaux. La mort se cache dans la vie, les manches de chemise, la doublure des manteaux, les rides du visage, les pages d'écriture. La mort fait semblant d'être vivante. La césure s'élargit dans le ventre du dimanche. La lune et le soleil mettent des couleurs au ciel. Des images s'envolent, des nuages, des oiseaux de papier, des mots à tire-d'aile, des phrases à tire larigot. Les bipèdes se promènent parmi les quadrupèdes. L'homme promène son chien et les chats ont sept vies. D'une seule foulée mes pas prennent leurs marques dans la dernière ligne droite. Chaque nuit ouvre une parenthèse jusqu'au profond du rêve. Chaque matin la referme. À l'abri de l'agitation du monde, je longe le cimetière avec ses tombes de pierre, ses prières, ses grives et ses couronnes de fleurs. Le fantôme de mon loup flaire les anges et pisse sur les crucifix. Je préfère les ballons d'enfant aux traces de balles des fusils, la grenade qu'on suçote à celle qui explose, les mines de crayon aux mines de charbon, les mauvaises mines aux sourires hypocrites. Un bout de craie se casse sur l'ardoise de la vie. Un bout de doigt s'agite. Un bout de phrase commente une nuée de gestes. Le moindre mouvement agite la poussière des mots, le vent des souvenirs.

 

Aucun homme n'est descendant d'un Dieu. Ce sont les hommes qui inventent les dieux. Les vieux philosophes grecs continuent de nous hanter. Ils nous aident à vivre, surtout les présocratiques. Toutes les époques se rencontrent. La peur et la beauté, la mémoire et la mort se racontent par la bouche d'Homère. Sa cécité voit plus loin que l'Iliade et l'Odyssée, plus loin que les Kurdes et les Grecs. Avec le temps, l'homme ne change que d'habit. Qu'il attende l'autobus ou grave des menhirs, qu'il prenne l'avion ou taille des silex, l'homme est resté le même. Observer la nature revient à lire le journal du monde. Les catastrophes écologiques se succèdent et les hommes se font la guerre. Les Iraniens exterminent les Kurdes. Israël colonise la Palestine. Les fous d'Allah s'en prennent au monde entier et les Musulmans se taisent. On se croirait dans l'Iliade et l'Odyssée. Malgré le siècle des lumières, l'homme ne s'est jamais refait. Il tâtonne encore dans un banc de ténèbres. Trente deniers n'ont pas suffi. Il y a longtemps que l'homme a vendu son âme. La publicité ressemble à l'adoration du veau d'or.  Les pizzicatos de la guerre enterrent les staccatos de l'amour. Les légatos servent d'écritoire. Pendant que les hommes s'étripent, les femmes vendent leurs caresses.  À chaque jour, je regarde le monde d'un œil neuf. Je regarde le ciel. La neige m'étonne encore. Le feu m'obsède, le miracle d'une perle, la vitesse de l'éclair. Chaque jour apporte sa question, mais les réponses manquent. Mes souliers font partie de mes pieds. J'aurais voulu chausser des bottes de sept lieues. Le moindre mot est un pas sur la route. Tout coexiste dans la vie, le creux, le vide, les choses et les idées, le rêve et le réel, la faim, le pain, le cidre et le pommier, les gestes, les paroles, la jute et le satin. La moindre phrase est une ligne dans le dessin de la terre, une ride dans le visage de l'homme, un point d'orgue sur la carte du tendre.

 

Jean-Marc La Frenière

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J'appelle poésie

Publié le par la freniere

J'appelle poésie

en écho à Aragon et Alexandre Oho Bambe  in « L’embellie »

 

J’appelle poésie cette part inconsolée de l’homme

et son regard ébloui à l’aube de ce qui va naître

et le redresse,

tout ce qui se bat et résiste

et s’ouvre à celui qui tremble,

cette langue de sève qui s’enroule

autour de nous comme un souffle vital,

le pouls de la terre sous nos pieds, et les semelles du vent, et les sabots du cerf et ceux de l’éléphant.

J’appelle poésie la bouche et le ventre de la femme libre,

ses assauts de guerrière et son coeur dévoilé à la face du mâle,

tous les frôlement infinis du monde, le bruit dans les broussailles, la danse des hommes et de la pluie,

les heures lentes à s’égoutter de la peine et les doigts de la nuit qui affolent le poème.

J’appelle poésie l’humanité qui nous relie et nous engage

et ta place d’homme qui est partout là où tu souris.

J’appelle poésie ton cri jeté au pur du ciel

et mes mots de mère, engrais pour la terre tant ils sont faits de la matière du vivant.

 

Patricia Ryckewaert

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Intransitive

Publié le par la freniere

Fille de collines, boumiane, chèvre sur les cailloux. C’est une pas jeune, pas vieille, une rétive, l’ourlet défait aux mûriers et aux rêves. C’est la sauvage qui parle aux arbres, brûle son ombre à midi, neige et fleurit dans le même geste. C’est la vigne au tournant des sols secs, la brindille de chemin, l’étincelle sur la meule, le sable dans la roue, l’adventive racine sur le haut du mur, qui surprend toujours. Quand je l’aperçois, je lance quelques mots, le temps qu’elle me voie déjà elle s’éloigne. Intransitive. Inconvenante aux terribles rigueurs, incroyante aux totales ferveurs, elle marche aux brûlots d’aubépines dans la force et la confiance de ses pas. Elle scrute le soleil et connaît l’étoile. Elle dit qu’aimer est sa seule raison.

 


Ile Eniger

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De drôles d'oiseaux

Publié le par la freniere

Il y a de drôles d'oiseaux qui chient sur les statues, tout un peuple en colère, des gilets jaunes piétinant le bitume. On ne tend pas l'oreille à la justice, aux mots d'amour, aux cris de liberté, aux clameurs de révolte, on tend l’œil d'un fusil, des menottes à l'enfance, des gaz lacrymogènes à la jeunesse debout. Il y a des pages mal écrites, des vérités menteuses, des gravats pleins de mort annoncée, des grains de sable au milieu de la soif, des oiseaux assaillis de chasseurs, des enfants piétinés, des bras cassés sous les matraques, des yeux noyés de nuit, des mains broyant du noir. Les hirondelles ont fui et les moineaux se cachent. Des graines poussent sous terre avec les racines. Ceux qui se tiennent la main allument un feu d'espoir. On est tous des frères malgré quelques bourreaux. Un air d'harmonica fait taire les canons. La terre est une paume ouverte offrant mille trésors, mais trop tôt les banquiers et les requins de la finance viennent ternir son or. La beauté du monde est trop fragile pour la bêtise humaine. Faut-il vraiment construire des cages d'oiseaux morts, des jardins minés, des hôpitaux pour les blessures de guerre? J'ai des araignées dans le cerveau, mais elles tissent des toiles qui ressemblent à la mer, à l'amour, à la vie. Chaque patte est un crayon. Leur ventre est rempli d'encre. Chaque marais, chaque trou d'eau, chaque vague d'ablettes, chaque tanière à belettes, devient un univers. Des pédoncules verts se mêlent au gris noirâtre de la pierre, les racines à l'humus, les galets beiges à la transparence de l'eau, l'or des blés au mauve des asclépiades. Les fleurs se balancent comme des sexes ouverts. Parmi les forces de la nature s'entremêlent des énergies diverses, destruction et création, vie et mort enlacées. Le vent est comme un ours dans la cage du temps, ébranlant ses barreaux. La terre est un immense ventre, entre la digestion et la germination. Au printemps, tout explose en légumes et en fleurs. Les bourgeons deviennent fruits et les chenilles papillons. La clarté s’assoie dans la chaise de l'ombre.

 


Jean-Marc La Frenière

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

La vie aurait pu trouver mieux que la mort comme service après-vente.

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Anne Hébert, poésie solitude rompue

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

En  achetant Monsanto, la croix Bayer-s a remplacé la croix gammée.

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Je me soulèverai

Publié le par la freniere

Je me soulèverai

Je me soulèverai
Soulèverai
Soulèverai

Vous voudriez me voir brisé
Tête inclinée, les yeux baissés
Epaules tombantes comme des larmes
Affaibli par des pleurs déchirants
Est-ce que mon assurance vous dérange ?
Cela vous est-il pénible de me voir marcher
Comme si j'avais trouvé une mine de diamants
Au beau milieu de mon jardin ?
Maya Angelou

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