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Les trous noirs du temps

Publié le par la freniere

On attend tous la mort, mais on ignore quand elle sera là. On s’y pratique avec le désespoir, la peur, la douleur. Les balles perdues se trouvent souvent dans les cadavres innocents. Le paysage s’habille de pluie pour cacher ses blessures. Les nuages de Baudelaire envahissent le ciel. Les rêves des chevreuils mâchouillent la musique des herbes. Les arbres sont émus quand une bête se blesse. Les saules et les enfants pleurent. Les érables rougissent. Les peupliers frissonnent. La fureur du vent ne décolère pas, mais l’air se colore avec les saisons. La mer donne le sel. Les mains forment des gestes. Les buses plongent vers le sol attraper des mulots. Les yeux des chats se tournent vers les nids, la course des tamias, l’envol des mésanges. Ils prennent pour des oiseaux les feuilles tombées de l’arbre. Le silence s’alourdit du poids des mots. Ils engraissent le ventre des images, la panse du cerveau. Un tas de lettres s’accumulent sur la page, une meule d’idées noires, une martingale byzantine. La musique se remplit de couac, de corneilles, de crécelles et de grelots fêlés. Je laisse respirer la terre. En cas de malheur, je reprise une chemise de bonheur. Je tricote un foulard au lieu d’une corde pour se pendre. Je change l’argent du pain pour un bout de poème où les mots jouent à saute-mouton ou à colin-maillard. Ma mémoire s’enfonce dans les trous noirs du temps.

Jean-Marc La Frenière

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Pascale Cormier récite Hélène Monette et Josée Yvon

Publié le par la freniere

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Lettre aux culs-bénis

Publié le par la freniere

Lettre aux culs-bénis

Lecteur, avant tout, je te dois un aveu. Le titre de ce livre est un attrape-couillon. Cette « lettre ouverte » ne s’adresse pas aux culs-bénits. […]

Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu’il est convenu d’appeler leur « foi ». Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l’ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.

Ce n’est donc pas à eux, brebis bêlantes ou sombres fanatiques, que je m’adresse ici, mais bien à vous, mes chers mécréants, si dénigrés, si méprisés en cette merdeuse fin de siècle où le groin de l’imbécillité triomphante envahit tout, où la curaille universelle, quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel, revient en force partout dans le monde. […]

Ô vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres penseurs, vous les sceptiques sereins qu’écœure l’épaisse ragougnasse de toutes les prêtrailles, vous qui n’avez besoin ni de petit Jésus, ni de père Noël, ni d’Allah au blanc turban, ni de Yahvé au noir sourcil, ni de dalaï-lama si touchant dans son torchon jaune, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l’astrologie crapuleuse comme des sectes « fraternellement » esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu’il est dans l’usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés!

Ne soyez pas là, bras ballants, navrés mais sans ressort, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu’on avait bien cru en train de crever de leur belle mort.

Vous qui savez que la question de l’existence d’un dieu et celle de notre raison d’être ici-bas ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance, et ne peuvent susciter que des réponses illusoires, tour à tour consolatrices et terrifiantes,

Vous qui n’admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu’ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées,

Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer d’année en année, victimes tout autant de l’indifférence des foules que du dynamisme conquérant des culs-bénits […]

À l’heure où fleurit l’obscurantisme né de l’insuffisance ou de la timidité de l’école publique, empêtrée dans une conception trop timorée de la laïcité,

Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, « causons dans le poste », éduquons nos gosses, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés ! […]

Simplement, en cette veille d’un siècle que les ressasseurs de mots d’auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire « mystique », je m’adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d’incroyants élevés à l’écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme.
Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. […]

Un climat d’intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s’installe et fait tache d’huile. L’intégrisme musulman a donné le « la », mais d’autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.

Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s’appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n’est nullement improbable, étant donné l’état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt-et-unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers. […]

Cavana

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Le secret de ma jeunesse

Publié le par la freniere

Le secret de ma jeunesse

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C'est comme ça

Publié le par la freniere

Pourquoi j'écris ? Pourquoi un libraire qui a vu plus de livres que n'importe qui , ne résiste pas, lui aussi, à cette tentation ?
Réponse, la seule : désir irrépressible. De même je n'écris pas pour communiquer. Je ne suis même pas sûr d'avoir quelque chose à dire. C'est le fait d'écrire qui me plaît.
Dans le même élan je ne me suis jamais perçu comme un défenseur de la liberté d'expression. Je m'exprime voilà tout . Ne perdant jamais de vue que j'ai très peu de choses à dire . Cependant ce petit peu me procure une joie aérienne, désinvolte et un brin dédaigneuse.
En fait, écrire ajoute à mon bonheur d'exister. J'admets sans peine que c'est bébête , mais c'est comme ça.

M'arrive de penser ( n'oubliez pas j'ai soupesé des milliers de livres ) que la publication ( format papier ) est une punition.
Punition d'avoir trop rigolé. Satané judéo-christianisme...

Excès de modestie ( ça me perdra ), pas quelques milliers de livres: je dépasse aisément le cap du million .

Bruno Lalonde

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Le nombril

Publié le par la freniere

C’est n’est pas vrai qu’on s’habitue à tout. Le corps qui a faim a besoin de manger. Les bras des manchots imaginent des caresses, l’aveugle des couleurs, l’eunuque des enfants, la laine des chandails, des mitaines ou des tuques. De plus en plus de couples homosexuels adoptent des enfants ou paient des mères porteuses. Les chiens savants ont peur du loup, des bêtes sauvages et de leur maître. Les chaperons rouges et les bonhommes sept heures craignent les conteurs. J’ai quitté les hlm ignobles pour habiter à la campagne. Malheureusement avec le temps, j’ai dû changer mon cheval pour un quadriporteur, mon vrai loup pour un animal en peluche, mon crayon à mine pour un clavier d’ordinateur, le couinement des mulots pour une souris tactile, le paysage pour un écran de verre. Malgré la gymnastique et les salons de mise en forme, on ne remplace pas les jambes d’un vieillard par celles d’un gamin. On ne remplace pas le temps par un succédané. On ne répond jamais aux questions des enfants. On préfère acheter leur silence, qui une poupée Barbie, qui un Tonka jaune vif, un baladeur, un portable. Les parents n’apprennent plus la langue de l’enfance. Ils confient leurs gosses à des gardiennes patentées. J’étais sage à l’école, mais je rêvais d’être un p’tit bum. J’ai su très tôt que les études ne servent à rien. Je préférais la lune, les moutons roses, les livres et les autodidactes, les poètes aux banquiers, les pompiers aux polices, les plombiers aux vendeurs de tuyaux. Le soleil n’est pas toujours pressé. Entre l’aube et le premier café, il prend le temps de boire la rosée.

Entre Longueuil et Montréal, il y a des gens qui ne prennent jamais l’air. Ils ne connaissent plus le froid, l’averse, la sueur et le vent. Ils circulent de leur appartement jusqu’au métro. Ils se rendent au bureau par les escalators et les tunnels souterrains. Leur odeur se perd dans l’air climatisé. Ils ne sortent jamais. Le paysage a déserté leurs yeux. L’amour s’atrophie sans l’acte du désir. Ils ne savent plus qu’il y a la vie quelque part, qu’il faut pleurer de rage ou de plaisir, que chaque nerf du cerveau se branche sur le cœur, que les pieds peuvent gratter et faire craquer la neige, que le bout du doigt peut toucher l’infini. Il s’enfonce dans un ballon qui lui pète à la face. L’infini baille par un trou de bas. Travailler pour un salaire, c’est baisser les bras, c’est accepter la mort. Il n’y a plus qu’un trou à  la place du cœur, un nombril à la place du sexe.

 

Jean-Marc La Frenière

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L'imparfait

Publié le par la freniere

L’imparfait rôde entre les lignes. J’ai le cœur à l’ombre, des bleus à l’âme, des rougeurs sur la peau, des cicatrices dans la voix, une boule au ventre. Il y neige quand on l’agite tandis qu’il pleut dans mon cerveau. J’absorbe le monde par la bouche. Je le régurgite en mots, en images, en musique. Le temps est comme à plat, une batterie déchargée, une chaloupe sans rames, une danseuse sans jambes, un vélo sans roues. Ce matin, aucune envie de lire, aucune envie d’écrire. J’ai mis les anaphores au clou. Je vis avec la corde au cou. Cœur battant, cœur battu. Je suis au bord du gouffre et n’ose pas sauter. En traversant les fenêtres, le paysage fait partie du décor. Le soleil brille entre les disques et la bibliothèque. Ça réveille mon corps. J’ai la tête plus légère. La boule au ventre devient un cerf-volant. Mon poêle se nourrit des braises mal éteintes. Mon corps se contente des hanches mal étreintes. Mon cahier se sustente avec des mots usés. C’est quand même debout que j’entre dans l’instant.

 Je ramone mon cerveau avec des rêves et des idées, me lave la bouche avec des mots. Je corrige mes poings avec une caresse. Chaque matin, je déjeune avec une phrase. Elle avale un café avant d’en cracher l’encre sur une page. Les œufs s’écrivent sur l’assiette, l’assiette sur la table, la table sur le plancher de la cuisine. Je parle avec des mots en forme de chaise. Qu’ils parlent de vie ou de mort, il y a des mots qui font peur, des mots qui brûlent la langue, des phrases qui enterrent le silence, des sparages où rejaillit l’espoir. Les insectes lisent dans un livre d’humus, un dictionnaire de racines, une grammaire de terre, une algèbre de boue. Je sais, je parle trop d’écrire, mais ça vaut mieux que de parler d’église.

Des ciseaux burinent le bois des tables et des armoires. Les vivants se brisent contre la vie. Après l’enterrement, les cheveux des hommes continuent d’allonger et leurs ongles de pousser. Les morts se décomposent dans l’humus, mais l’âme se cherche entre les mailles du temps. Quant à l’incinération, les cendres sont les mêmes dans un cercueil de chêne ou une boite de carton. L’âme retrouve-t-elle sa place au contact de l’air? Le monde est grand comme une main, les doigts fermés d’un poing, trois points entre les parenthèses, trois autres en bout de ligne. A défaut d’une maison entourée de grands arbres, j’ai transformé ma piaule en tipi littéraire. Les mots sont des signaux de fumée dans le ciel des livres. Je m’ennuie du grenier, de la poussière des jouets, des manuscrits moisis, des lettres mal ouvertes et des portes fermées, des mulots coursant dans les coursives, de la pénombre et de l’humidité qui règnent dans la cave, d’aller guérir du bois, de ramasser des cèpes, des bécassines traversant la pelouse. Leur long bec s’est usé à picosser le bitume. L’homme a détruit leurs nids en rasant les calvettes.

Plus débrouillards que les autres, les ratons laveurs et les mouffettes envahissent les villes. Les renards les rejoignent quand les cerfs pacagent entre les bungalows. Les marmottes cherchent un lieu où refaire leur vie. A part les chiens, les chats, les canaris, les bêtes cohabitent mal avec l’homme. Il fut un temps où les mules travaillaient dans les mines et n’en sortaient qu’aveugles, où les chevaux servaient au rodéo, où l’on mangeait de la cervelle de singe, où l’on vendait le vison pour en faire des manteaux, le castor pour en faire des chapeaux. On transforme les rats des champs en rats de bibliothèque, les rats des villes en rats de laboratoire. Les voix télévisées m’intéressent moins que le silence des lapins. On les entend seulement lors de l’accouplement, quelque secondes à peine. Je me souviens du cri lancé par le premier lapin que je dus dépecer. Je le croyais muet. Ce cri me hante encore comme un pleur de bébé.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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Je sais d'ou je viens

Publié le par la freniere

Mère, je sais d’où je viens
je ne suis pas né que de tes larmes
je ne suis pas né que de cette cellule première
qui comme le crime se multiplie
qui comme l'homme se divise pour posséder.

Mère, je sais d’où je viens
je suis un parmi les enfants de l'Incalculable
le fils d'un Bigbang et d'une fatalité  céleste
je suis un parmi les procréés
je suis fils de la mer et du sel
fils d'une mariée à robe d'eau saumâtre
fils du bouillonnement premier des matins
fils d'uni-vers marchant vers le futur.

Mère, je sais d'où je viens
je viens d'une saveur qui un jour de grand hasard
enfanta la première cellule
je suis de ce sel qui si souvent coulait de tes yeux
je suis de toi, ma Mère
moi qui ne sais s'il vaut mieux être fils de l'imprévu
que de l'attendu.
Je sais, ma Mère, les noces de l'eau et du sel
je sais les douleurs payées en larmes
je sais les faux apôtres du Savoir
et leurs mensonges psalmodiés
quand les enfants partent à la guerre.

Je suis là, ma Mère, à ouvrir mon cri
dans ce silence de premier matin du monde
où s'embusquent les dieux et le grand livre du Hasard
je suis là, et je vous regarde mes frères
fils de l'alarme sous toutes ses formes
je suis là avec vous, fils du Mystère
et je prie pour que disparaissent
les mandataires de l'invisible et leurs épées
leurs venins et leurs mots si doux à enterrer le crime
si durs à se croire maîtres du savoir
si tendres et si sanglants à rougir la terre
si enthousiastes à voir croupir les multitudes dissidentes
je suis là, et je prie pour que tarisse la voix des prophètes du malheur
et qu'enfin, les hommes vivent en paix.

Ève, n'étais-tu qu'une goutte d'eau ?

Jean-Michel Sananès

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Ecole nationale de théâtre

Publié le par la freniere

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Un jour, un livre

Publié le par la freniere

Un jour, un livre

"Ton poème a surgi de l'enfer

un matin où les mots t'avaient trouvée

inerte

au milieu d'une phrase

un enfer d'images

fouillant la poussière

des fourneaux"

Louise Dupré, Plus haut que les flammes (Bruno Doucey)

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