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Un jour, un livre

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La noirceur du monde

Publié le par la freniere

Que les mots soient petits ou non, de grandes choses y mûrissent. Les vols croisés des guêpes et des abeilles tapissent le paysage. Dans la noirceur du monde, les traces de pas éclairent la route. Il y a de la lumière dernière l’obscurité. Le soleil fait briller l’ombre de la lune. Les murmures touchent du doigt l’épiderme du silence. Le jour tend une oreille absorbée de secrets. Je cherche l’infini dans l’éclair de l’instant, la présence de la gloire dans un grain de poussière, une larme de joie dans les yeux de la peine, l’absolu dans un mot. Je ne cherche pas Dieu derrière la brume de l’encens, la lumière des cierges, la blancheur des hosties. Je prie le dieu des lavabos, des chemises, des chaises, le petit dieu des insectes, de la messe des cigales, de la danse des fleurs, le dieu des cigarettes et des cigares cubains, le dieu à pois des coccinelles et des cravates, le grande dieu des surpris, le dieu des billes, des poupées, des bilboquets, le dieu des arbres et des maisons, le dieu des anges et des mésanges, le dieu de la colère et des révoltes, le dieu des moutons et des chandails de laine, le dieu du temps et de l’espace. Ce que l’on ne voit pas a le parfum de l’invisible.

Le dès que, le déjà, le pour quoi, le pour qui, le pourtant, tous les mots ont un sens. Toutes les choses ont un nom. Le temps s’avance sur des souliers de plomb ou des sandales plus légères que le vent. Nous marchons, nous titubons, nous courons, mais sommes-nous sûrs d’être attendus? L’eau dans les mains du potier fait un homme d’une poignée de terre. Le plus petit atome est peut-être la plus grande présence. L’homme vit dans les jupes du temps comme l’enfant dans celles de sa mère. Quand les colombes s’en vont, les rapaces apparaissent. La terre retient son souffle. Les bêtes sont toutes ouïes. Les lucioles s’égarent sur le parking de la nuit. Il faut unir sa souffrance à la souffrance du monde, sa douleur à celle des disparus. Une étincelle suffit pour ranimer le cœur.

 

Jean-Marc La Frenière

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La vie promise

Publié le par la freniere

photo: Guy Bernot

photo: Guy Bernot

Si tu viens pour rester, dit-elle, ne parle pas.
Il suffit de la pluie et du vent sur les tuiles,
il suffit du silence que les meubles entassent
comme poussière depuis des siècles sans toi.

Ne parle pas encore. Écoute ce qui fut
lame dans ma chair : chaque pas, un rire au loin,
l’aboiement du cabot, la portière qui claque
et ce train qui n’en finit pas de passer

sur mes os. Reste sans paroles : il n’y a rien
à dire. Laisse la pluie redevenir la pluie
et le vent cette marée sous les tuiles, laisse
le chien crier son nom dans la nuit, la portière
claquer, s’en aller l’inconnu en ce lieu nul
où je mourais. Reste si tu viens pour rester.

  Guy Goffette

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La neige

Publié le par la freniere

La neige

La neige s'est mise à tomber vers minuit. Et il est vrai en effet
qu'assis dans la cuisine on est mieux,
même si c'est celle de l'insomnie.
Il y fait chaud, tu y prépares quelque chose, tu bois du vin
et tu regardes par la fenêtre l'éternité familière.
Pourquoi te tracasser pour savoir si la naissance et la mort
sont seulement des points,
alors que pourtant la vie n'est pas une ligne droite.
Pourquoi te tourmenter, regardant le calendrier,
et te faire du souci sur ce qui se trouve en jeu.
Et pourquoi admettrais-tu ne pas pouvoir
offrir des escarpins à Saskia?
Et pourquoi te flatterais-tu
de souffrir plus que les autres?

Même s'il n'y avait pas de silence sur la terre
cet effet de neige l'aurait créé en rêve.
Tu es seul. Le moins de gestes possibles. Rien à montrer.

Vladimir Holan (1905-1980)

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Au seuil du jardin

Publié le par la freniere

Côté du vide, côté de plein, je parie sur la vie. Je gage sur l’amour. Les heures s’ajoutent au jour comme les gestes à la main. Je cherche la lumière à travers les ténèbres, le pollen parmi les fleurs sauvages, le jaune des tournesols, le bleu des lavandières, le rouge des sanguinaires, les oiseaux dans les arbres, la rosée sur les fils d’araignée, le sel dans les larmes, le poivre dans la soupe, une gorgée d’eau tout au bout de la soif, la sève dans le nœud des racines, le goût des fraises dans le fruit, l’amande sous l’écorce, la braise incandescente et la chaleur du feu, le lait d’un mamelon, la lave d’un volcan, la bave d’une bête, la chair du phénix dans les brèches du froid, la chlorophylle dans les feuilles, l’oasis au cœur du désert et les mirages du désir, le pas des enfants à la recherche de grillons, les ailes des papillons faisant éclore le cocon, le fil de l’écrou dans une vis universelle, la mouche qui bourdonne, l’abeille qui butine, la luzerne qui pousse, les poils d’or du blé, le chant du loriot, la danse des insectes, le duvet des mésanges, la chute d’un météore, le silence de l’herbe. Je me cherche à travers les hommes. Je me livre corps et âme, pieds et poings déliés. Je cherche dans les vignes l’élixir du vin. Je cherche à dire quelques mots.

Au seuil d’un jardin, on abandonne la peur, la famine, l’angoisse. On abandonne la soif aux bons soins de la source. Les éphémères disparaissent dans la brume de l’encre. Les mots en prolongent la durée. Je n’entends pas le tout, mais les voix de la voie, les vagues sur la mer. Je vois les rides sur le visage, les couleurs de l’atoll, la soif des éponges, les cailloux des rocailles. Chaque larme ressemble à une goutte de rosée, une boule de résine. Les galets glissent sur la marelle de l’eau. Les étoiles mortes revivent dans le regard des hommes. Elles clignotent la nuit et se mêlent aux rêves. Les cris d’oiseaux préludent au chant des âmes errantes.

Tout se transforme et renaît, du têtard au lézard, de l’usure à l’azur, de la graine à la fleur. Je reviens à l’humus des vieux chênes, au cosmos miniature des fourmis, au concert des insectes, leurs ailes stridulantes, les frôlements, les craquements, aux réserves des suisses tapissées d’écales de noix. Mon œil hésite entre deux tilleuls. L’odorat prend les deux, la fragrance du vent et l’odeur de la terre. L’oreille est absorbée par le tintement des feuilles, la fraîche haleine du sol se mêlant à la laine. À l’automne, les feuilles d’érable saignent. Les pivoines fleurissent en été. La demeure des arbres m’accueille. Je relis Walden dans une cabane de pin, un pain maigre sur la table, de l’encre sur la page, la photo de Thoreau punaisée sur le mur, entre Breton et Guillevic le breton, entre Miron et Néruda, Réjean Ducharme et Marie-Victorin, l’étang Stater et le fleuve Saint-Laurent. Mes branches de lunettes se remplissent d’oiseaux. Les phrases de Thoreau prophétisent-elles la vie ou annoncent-elles la mort ?

La gloire est de ce monde, de l’œil du hibou au cercle des tipis, de la file indienne aux pieds nus, de l’ululement des buses au passage des biches, des bûches de chauffage à l’arrosoir des jardins. Tout fait sens, le fruit qui s’offre, le bras qui souffre, les tortues qui éclosent, les chevaux qui poulinent, les cris de douleur ou de plaisir, la basse des torrents, les feuilles du tilleul, la musique des saules, les sauterelles faisant la courte échelle, les verres qui ont soif, les bols qui ont faim, les libellules patinant sur le miroir du lac. Chaque seconde est unique, chaque paysage, chaque élément du monde, chaque mot d’une phrase, chaque geste, chaque vie, chaque tapis volant, chaque balai de sorcière, chaque bâton de sourcier, l’écho des grenouilles et la lumière des lucioles. L’ancolie et l’arc-en-ciel se ressemblent, les truites qui remontent et celles qui descendent. Chaque matin, le monde recommence, des contes de fées à l’ivrognerie des gnomes, du pénis au pubis, des racines à la cime, de la source à la mer, de la beauté des femmes à la faiblesse des hommes. Seules les femelles enfantent. Les hommes doivent attendre.

Jean-Marc La Frenière

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J'accuse

Publié le par la freniere

J’accuse
Les grands éditeurs français ne ne pas avoir fait leur boulot concernant la poésie et de ne pas subventionner des revues de poésie.
J’accuse
La plupart des libraires d’avoir délaissé la vente des recueils de poésie au profit du profit
J’accuse
Les médias petits et grands d’avoir délaissé la lecture et la promotion de la poésie sans raisons apparente
J’accuse
L’enseignement de ne pas avoir su prendre le virage de la pédagogie de l’enseignement et de la transmission de la poésie ancienne et moderne.
J’accuse
Les poètes d’avoir subi ce délaissement massif sans une révolte à la hauteur du défi poétique et commercial qui leur était proposé et en cultivant l’illisibilité.
J’accuse
Les CONSERVATEURS de bibliothèques et médiathèques de tout poil de négliger de mettre dans leur fonds des poètes contemporains.
J’accuse
Les pouvoirs publics de sélectionner sans critères évidents la répartition des rares subsides encore donnés à la culture et de les raréfier à l’envie
J’accuse
Les revuistes d’avoir sacrifié les revues papier pour les revues Internet qui ne sont pas plus lues que leurs sœurs ainées sacrifiant à une illisibilité insidieuse.
J’accuse
Les lecteurs potentiels d’une frilosité maladive devant l’écrit en général et la poésie en particulier.
J’excuse
Tous ceux qui contre vents et marées ont piloté un frêle esquif à leurs risques et périls pour maintenir en sursis la poésie que nous aimons.

Jean-Paul Lesieur

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Vivre avec la mort

Publié le par la freniere

Mon amour est partie rejoindre sa naissance. Je ne peux dire je t‘aime, as-tu faim, as-tu chaud, ni habiller le froid du monde avec des mots tendres. L’amour trop souvent se trompe de locataire. Il y a trop d’hommes qui restent seuls sans l’avoir mérité, trop d‘ombres sans lumière, trop d’arbres sans oiseaux, trop de fleurs sentant l’urine et le pétrole, trop de verres vides et de pages remplies, trop d’enfants qui mourant de faim, trop d’orphelins trop vieux pour l’adoption, trop d’épouses qui ont peur de la violence d’un conjoint, trop de pauvres qui ne demandent rien, trop de riches qui écrasent les autres, trop de banquiers et d’hommes d’affaire,  trop de migrants qu’on rejette à la mer, trop de mensonges plus effrayants que le silence, trop de trous de cul n’attirant que les mouches à marde, trop de genoux qui saignent sur le plâtras des villes, trop de phrases ayant mauvaise haleine, trop de paroles ayant la bouche bête, trop de larmes salées, trop de mots d’amour revendiqués par Dieu, trop de lambeaux de vie que l’on a mis en vente, trop de valises qui ne voyagent pas, trop de petits papiers effacés par la pluie, trop de tickets de train égarés sur le quai, trop de corps réduits en cendre, trop d’adultes qui dévorent l’enfance, trop de cailloux dans les souliers, trop de souvenirs sentant le vieux, la pipe et le tabac, trop d’objets caressés par la mort, trop de cris amputés de la peau des syllabes. Trop de roses se confondent aux épines. On rencontre malgré tout des êtres de lumière. Ils ajoutent la clarté à la nuit du corps, la douceur aux épines, la musique au chant du coq, des traces de rêve dans l’ombre du réel, des flammèches dans la neige, des oiseaux sur les épouvantails.

Les appartements vides sont remplis de fantômes. L’ombre bouge quand la lumière se tait. Il faut vivre avec la mort. Elle n’écoute pas les ordres et n’obéit jamais. Au marché des sentiments, le cœur n’a pas de prix. L’espoir se vend trop cher. La colère se solde pour le prix d’un fusil. La vie ne fait pas de cadeaux. Avant qu’on les écrive, les phrases ignorent l’ordre des mots. Depuis le fond des choses, je grimpe sur l’échelle du temps. Dans les tours à bureaux, à chaque palier, j’ajoute à l’ascenseur un étage de plus. Toutes les fesses ont la fente d’un sourire. La mine d’un crayon nous offre un destin de plante humaine. Les mots se gonflent de syllabes entre le nécessaire et l’essentiel. Les poings fermés des M sur le corps du mot homme deviennent des seins dressés sur le corps du mot femme. La nuit fait taire les oiseaux. Les nuages protègent la pudeur du ciel. À l’heure du déjeuner, le thé et le café parlent pour le monde. Les crêpes dialoguent avec le beurre. Les chatons philosophent entre les pattes de chaise, les orteils avec les charentaises. Les œufs nous unissent à la faune, les tartines et les fraises à la flore. Quand le cœur se dilate, il fait monter la ligne d’horizon. Il importe peu que les fleurs soient belles, que les roches soient tristes, que les nuits broient du noir, que la mer s’agite, que les étoiles saignent, elles existent et nous permettent de vivre.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

 

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Les bleus de St-Ferdinand à l'aube

Publié le par la freniere

photo: Ginette Couture

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Les yeux bleus du ciel

Publié le par la freniere

Des hommes habitent la haine comme d’autres une cabane. Ils crèvent les yeux bleus du ciel,  arrachent les ailes des papillons, répètent des prières à l’envers, maquillent la poésie avec des étrons et des odeurs de pisse. Ils n’ont jamais été enfants. Ils portent en bandoulière des chapelets de balles qu’ils prennent pour le Coran. Ils laissent des taches de sang sur la tâche du malheur. Enrobés de versets et de vers, ils écrasent les fourmilières. Pour invoquer leur Dieu, pour évoquer leur foi, ils massacrent l’amour et emprisonnent les poètes. Ils interdisent la musique, les visages, les peaux nues. Devant eux, les feuilles des arbres sont des larmes. La sève pleure sous l’écorce. D’autres hommes ont mal devant eux. Ils ont honte et colère. Ils bâtissent des maisons d’amour. Ils les peignent de la couleur de l’espoir, sèment des fleurs côté cour. Ils  posent des yeux propres sur la douleur du monde.

Les pas des hommes solidifient la terre, tracent des ornières dans l’espace, sèment des souvenirs dans l’humus du temps. La vérité se cache sous les jupes et les fonds de culotte. L’arôme du pain se mêle à l’odeur du sexe. La vie croise la mort dans l’escalier de service, entre la cave et les étages. Plus les pas sont petits et plus la route est longue. Il y a tant de sentiers qui forment un chemin, tant de chemins sous une route commune, tant de pas qui bifurquent. Il y a tant de gestes au bout des mains, tant de mots, tant de phrases entre les lèvres du silence, tant de fruits qui éclatent, tant de ballons crevés, tant de toupies qui tombent le plancher du temps.

Sur les collines et les montagnes, je grimpe plus haut que moi, plus loin que le ventre chaud des femmes, la sueur des bêtes, l’écume des chevaux, la bave des escargots, le venin des serpents, la sève des érables. J’écossais la routine avec un cœur de gosse. J’ai pleuré, j’ai prié, là où le malheur a pris la voix d’un homme, où les enfants ont appris à tricher en devenant adultes. Depuis que les croyants ont appris le maniement des armes, je doute de tout, de l’espoir, de la vie, de l’amour. Je ne sûr de rien. Je doute surtout de l’homme. Le pain trompe la faim. Le vin ronge la soif.

Il arrive que l’âme quitte le corps, que le cœur batte en vain, que l’homme se trompe de langage. À ceux qui sont nomades ne reste que la route. Je suis un escargot. Je porte ma maison sur le dos. Ses murs sont en papier. Je regarde le monde par l’encre des fenêtres. Le moindre des regards déshabille les rues. J’accroche leurs vêtements sur la patère du rêve. Tant de morts ensemencent la terre que les vivants ont peur. Ils font semblant de rire. Dans la vessie immense du sommeil, ils traversent la nuit un fleuve d’insomnies. Chaque regard coule dans le regard des autres. Y-a-t-il un seul homme de libre ? La vérité n’a pas de chemise. Elle sort ses mamelles et les donne à téter. La vérité n’a pas de culotte. Elle s’habille de poèmes et d’espoir. Chaque matin grappille un panier de rosée.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

 

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