Henri Deluy

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Né en 1931 à Marseille. Actuellement directeur de la Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne. Animateur de la revue Action Poétique depuis 1955. Membre du comité de rédaction de la revue If. Nombreux livres publiés depuis 1954 (traductions, anthologies, poèmes). Co-dirige avec Jacques Roubaud la collection Versus chez Stock et dirige la collection Biennale Internationale des Poètes Val-de-Marne chez Fourbis.

Bibliographie :
Images, Éditions de La Revue Moderne, 1948
• Adrian Roland-Holst, Par-delà les chemins (traduit du néerlandais par Ans et Henri Deluy, Dolf Verspoor), Seghers, 1954.
Nécessité vertu, 1957.
For intérieur, in Action poétique, 1962.
L'amour privé, in Action poétique, 1963.
La Courbe Protestataire, supplément de Action poétique, 1963.
Dix-sept poètes de la RDA (traduit de l'allemand avec Paul Wiens, Andrée Barret, Jean-Paul Barbe, Alain Lance, Lionel Richard), Pierre-Jean Oswald, 1967.
• Laco Novomesky, Villa Tereza et autres poèmes (traduit du slovaque avec François Kerel, présentation), Pierre-Jean Oswald, 1969.
Prague poèsie Front gauche, Change n° 10 (traduit du tchèque et du slovaque, en collaboration), Seghers-Laffont, 1972.
L'Infraction, Seghers, 1974.
Marseille, capitale Ivry, L'Humanité, 1977.
• Serge Trétiakov, Dans le front gauche de l'Art (présentation), Maspero, 1977.
• A. Bogdanov, La science, l'art et la classe ouvrière (avec Dominique Lecourt et Blanche Grinbaum, présentation), Maspero, 1977.
• Youri Tynianov, Le Vers lui-même (avec Léon Robel et Yvan Mignot, présentation), 10/18, 1977.
• Jaroslav Seifert, Sonnets de Prague (traduit du tchèque), in Action poétique/Change, 1979, réédition augmentée, Seghers, 1985.
La psychanalyse mère et chienne (avec Élisabeth Roudinesco), 10/18, 1979.
L ou T'aimer, Orange Export Ltd, 1980.
Les Mille, Seghers, 1980.
Peinture pour Raquel, Orange Export Ltd, 1983.
La substitution, La Répétition, 1983.
Poètes néerlandais des années cinquante, in Action poétique n°91, 1983.
L'anthologie arbitraire d'une nouvelle poésie, 1960-1982, Flammarion, 1983.
Première version la bouche (gravures sur bois et eau-forte de Frédéric Deluy), ENSAD, 1984.
• Raymond Jean, Jean Tortel, suivi d'un entretien de J. T. avec Henri Deluy, Seghers, 1984.
• Fernando Pessoa, 154 quatrains (traduit du portugais), Unes, 1986.
• Martim Codax, Les sept chants d'ami (traduit du galégo-portugais, gravures de Marc Charpin), Avec/Royaumont, 1987.
Vingt-quatre heures d'amour en juillet, puis en août, Ipomée, 1987.
Troubadours galégo-portugais, une anthologie, POL, 1987.
• Fernando Pessoa, Quatrains complets (traduits du portugais, présentation), Unes, 1988.
Tango, une anthologie (traduit de l'espagnol avec Saül Yürkievich, présentation finale), POL, 1988.
Le Temps longtemps (gravures de Frédéric Deluy), ENSAD, 1988.
Quatre poètes soviétiques (traduit du russe avec Charles Dobzynski, Hélène Henry, Léon Robel, présentation), Éditions Royaumont, 1989.
• Alexandre Tvardovsky, De par les droits de la mémoire (texte français, présentation), Messidor, 1989.
Poésie en France, 1983-1988, une anthologie critique, Flammarion, 1989.
• Bert Schierbeek, Formentera (traduit du néerlandais), Cahiers de Royaumont, 1990.
Le Temps longtemps, Messidor ( Petite Sirène), 1990.
Premières suites, Flammarion, 1991.
• Bert Schierbeek, La Porte (traduit du néerlandais, présentation), Fourbis, 1991.
La répétition, autrement la différence, Fourbis, 1992.
• Marina Tsvétaïeva, L'Offense lyrique (texte français, présentation), Fourbis, 1992.
Une autre anthologie, Fourbis, 1992.
• Yolanda Pantin, Les bas sentiments (texte français), Fourbis, 1992.
Marina Tsvétaïeva (avec Liliane Giraudon), La Main Courante, 1992.
• Adilia Lopes, Maria Cristina Martins (traduit du portugais, présentation), Fourbis, 1993.
• Constantin Cavafy, Poèmes (texte français, présentation), Fourbis, 1993.
• Jean Tortel, Limites du corps (présentation), Gallimard, 1993.
• Marina Tsvétaïeva/Sophia Parnok, Sans lui (texte français, présentation), Fourbis, 1994.
L'Amour charnel, Flammarion, 1994.
Poésies en France depuis 1960, 29 femmes, une anthologie (avec Liliane Giraudon), Stock, 1994.
Une anthologie de circonstance, Fourbis, 1994.
Je ne suis pas un autre, In Memoriam Georges Bataille, Fourbis, 1994.
• Saül Yürkievich, Embuscade (traduit de l'espagnol avec l'auteur), Fourbis, 1996.
Une anthologie immédiate, Fourbis, 1996.
• Fernando Pessoa, Poèmes (traduits du portugais, notes et présentation), Fourbis, 1997.
• Reina Maria Rodriguez, Comme un oiseau étrange qui vient du ciel (traduit de l'espagnol, Cuba, présentation), Fourbis, 1998.
Noir sur blanc, une anthologie, Fourbis, 1998.
• Anna Akhmatova, Autres poèmes (texte français, présentation et notes), Farrago, 1998.
Da Capo, Flammarion, 1998.
Pronom personnel, Phi, 1998.
L'Anthologie 2000, Farrago, 2000.
• Vladimir Maïakovski, L'Universel reportage (texte français, présentation et notes), Farrago, 2001.
• Paul van Ostaijen, Nomenklature (traduction du flamand et présentation), Farrago, 2001.
Une anthologie de rencontres, Farrago, 2002.
Je ne suis pas une prostituée, j'espère le devenir, Flammarion, 2002
Tradiure en poésie, avec Dominique Buisset, Biennale, Farrago/Léo Scheer, 2002
L'Anthologie 2000 Biennale Internationale des Poètes en Val - de - Marne, Farrago
Autres Territoires, Anthologie, Farrago, 2003

 
 
I

23 HEURES
10 HEURES


Choisissais la date.
Choisissais la naissance.
Choisissais le père.
Choisissais la mère.

*

Ne disais rien des mots. Tentais
D'imaginer la lumière au-delà
De l'angle habituel.

*

Commençions à croire la pluie.
22 heures. N'arrêterait jamais.
L'hiver devenait illisible.




Réduits à ça:
Ne voulais pas.
Ne voulais pas croire:
Trop tard.

*

Courais après des
Chimères à museaux,
Des poupées.
Prises à chasser.

*

La propreté du corps.
L'argent
Question principale.




La date, la naissance
Choisissais. Le père
Choisissais. La mère.

*

Le ciel d'un bleu trop long,
Trop lent, là-bas,
À couvrir
Les figures puissantes à statures profondes.

*

- Ou était-ce le jour suivant? -.




Les voix bourdonnaient
Derrière les fenêtres.
Des groupes se composaient
Des visages se ressemblaient
Gueules noires,
Gardes baissées.

- Qui écrivait ces lignes devait
Venir à midi, le mercredi 29
Novembre. Ou le jour suivant. -




Les chambres se multipliaient.
Sentaient la chiennerie.
La tique. Le poil mouillé.

*

Gravures sur les murs. Napperons sur la table.
Coussins à broderie sur le lit. Et souvent,
À l'heure du déjeuner, ce qui restait à dire.

*

L'imitation d'une partie du corps
Par une autre partie du corps.




Attendaient le taxi.
De partir.
Lisaient à haute-voix
Une lettre: Dante
Alighieri (1265-1321).
Mangeaient seuls la bouillie de maïs.
Buvaient du lait.

*

L'aube dans le petit jour bleuâtre.

 
In Pronom personnel, Éditions PHI
 

*

Trois locutions aujourd’hui chiliennes

                 I
          L’abomination de la désolation

          Ne pas souffler mots
          Les avoir dans la gorge

          Et puis
          S’appuyer sur le silence
          Et balancer une jambe
          Comme pour aller au Chili

                 II
          Passer à la casserole

          
« Les manifestations des dames des beaux quartiers, casseroles en main, ont sonné le glas du gouvernement Allende. » (certains journaux)

          Ah ! Si elles pouvaient parler !
          Casse-croûte à la cloche de bois
          Et se rincer la dalle
          Trente-six carats !

          Battre un peu la dèche à la campagne
          Macache à jamais Midi sonné
          Ça non !

          Ah ! Le cul à la bouche
          Et puis jouir de son reste
          Les casseroles !

          Ces casseroles-là ont aussi une queue
          Et qui ne se prête qu’aux riches8
          Dame !

                 III
          De l’abondance du cœur la bouche parle

          Beaux officiers de mon enfance
          Plomb Figurines Ou Soldats
          Je suis un ingrat

          Clous rouillés par la goutte des tripes
          Rasoirs au fil du sang passant les veines
          Gorges en boule avec l’éclat du fer barbelé
          Je suis une brute

          Je suis un salaud qui rêve
          De généraux à la hache
          Et de sang dans les ruisseaux

          Je suis un idiot qui marche
          Et qui marche une fois de plus comme s’il marchait dans sa tête
          Et qui répète Tu repasses tes lames
          Tu tailles tes couteaux
          Il te vient en ce moment de ces absences de cœur
          Comme si tu marchais trop vite !

In L’infraction, Seghers, 1974

 

*

Gamelles rouges au bord des
   Lèvres. Lessive des cuisses.
Petits tas de saumure sous
   Les plis. Ce qu’il faut.
Ce qui s’échauffe. Ce
   Qui est nécessaire.

1

Le jour, c’était le
     Jour et la nuit.
Des coquilles. Des chiffons.
     Des heures doubles.

    À trois journées de la nuit.

2

L’Irak dormait tout    Près de Babylone. Brumes
Déposées. Autobus de fortune.
     Crâne défoncé, la petite
Fille disparaissait
     Derrière les meubles.

In Les arbres noirs, Flammarion, 2006

Henri Deluy

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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