À un jeune vivant (Québec)

Publié le par la freniere

 

 
«Someone shot nostalgia in the back

                        Someone shot our innocence»

                                    Bauhaus
 
Je te vois tous les jours.

Vêtu de kaki, les cheveux rasés, l’air sévère.

Tu lances la mode sinistrée, le look secouriste, le genre camp de réfugiés.

Car il n’y a pas d’avenir : la musique que tu écoutes le dit sur tous les tons, des plaintes reggae à la rage punk.

Et tu ne te fies qu’à la musique,

Parce qu’elle seule ne déçoit pas au milieu d’un monde en train de s’écrouler.

 

Pas de temps à perdre, ce qui t’ennuie ne mérite pas un retard.

Derrière toi, le monde est en feu.

Aussi bien dire un amas de ruines refroidies : ça se voit dans les yeux des gens, dans leur contenance, que la plupart ont déjà l’air nucléarisé.

 

T’as le regard dur et mobile de quelqu’un aux aguets, tu cherches la sortie.

Les flâneurs t’indisposent, je le vois à ton allure de lame souple quand tu files au milieu des passants.

Non, personne ne ralentira ton avance.

Tu ne vois pas bien encore où tu t’en vas mais t’es sûr de ce qu’il faut fuir.

 

Un éclat de ton regard m’effleure au passage, ca ressemble au coupant reflet de chrome d’une moto, ou encore au choc instantané d’une impulsion électromagnétique.

Et surtout, ça ravive en moi le refus de mentir, le courage d’affronter ce qui vient.

 
Paul Chamberland

Publié dans Poésie du monde

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