Dire 2

Publié le par la freniere

J'ai ouvert ma poitrine. Des visiteurs s'y penchent et regardent mais le cœur n'y est plus. Je boite au pied de la lettre. J'ai mélangé les mites avec les mythes. Il y a des trous dans l'inconscient. Les archétypes sont en laine. Les flammes capitulent dans l'âtre du possible. La mer ferme la porte aux anémones. Le malheur est si vite arrivé. Le bonheur est trop court. L'espoir sur sa tige est toujours en balance. J'aurais du dessiner, faire des ronds dans l'eau, griffer les murs de pierres. Les peintres n'ont pas besoin de dictionnaire. Où les mots donnent un sens, les formes et les couleurs se posent des questions. Je reviens à moi-même pour en venir aux autres, pour en venir au jour, pour en venir à tout, pour en venir au cœur. Quelque part. Ailleurs. Ici. Il suffit de si peu. La plus petite lueur enflamme l'impossible. Nous écrivons toujours un peu pour que le monde un jour ressemble à nos rêves. J'apprends à lire dans les lignes de la main, la ligne de mai, la ligne de miel, la ligne de lune. La main qui écrit laisse parfois sa paume sur la page. Mes oiseaux de pain sec s'envolent vers le blé. On part de si peu pour revenir de tout.

Aujourd'hui, la neige est tombée. Elle est vraiment tombée. On ne voit plus qu'elle sur le sol, à fleur de terre, à fleur d'eau. J'ai du me réfugier à l'intérieur de moi. C'est triste, me direz-vous. Il n'y a pas d'oiseaux. On y est à l'étroit quand on a le cœur gros. Il faut plier ses mots, replier ses images, mettre ses rêves en boule. Il faut tout imaginer, la petite plage derrière les côtes, une cabane à papillons, une rivière dans les veines. On doit brûler les meubles pour pouvoir se chauffer, mordre ses lèvres à fleur de peau. Le moindre éclat de rire fait tomber les assiettes. Il commence à neiger dans ma tête, des flocons, des nuages, des étoiles. Je m'endors accroché au muscle myocarde.

Je ne sais par quoi commencer. À force de vouloir tout dire, je ne sais plus rien dire. Je mets le point final bien avant d'en finir. Je ne fais pas dans la dentelle. La ligne du destin est maculée de boue, tachée de sang. Elle ne tient plus à rien. Elle tient à la parole. Elle tient à la vie par un nerf, à la mort par un fil. J'ouvre des parenthèses de bonheur dont je jette la clef. Je mets ma main au feu, mes regards en chicane. Mes neurones à vélo pédalent sur la page. Les pierres sentent bon dans un champ de lavande. À chaque jour, sa fleur. Ces petites phrases m'aident à vivre. C'est un miracle de parler. Il y en a même qui chantent. La danse aussi est un miracle, le moindre petit pas, les gestes inutiles, un brin d'herbe, une pierre en vacance. Il fait tellement noir parfois, je mets des lucioles partout. Je dessine sur le mur un soleil d'enfant. Dans le désert des jours, l'empreinte d'un pied d'homme sert de boussole aux naufragés.

Aujourd'hui, comme hier, et comme demain, je trie mes mots. Je récupère les lapsus, les voyelles bancales, les parenthèses orphelines, les virgules en peine. J'emporte le tout à la dérive. J'habite une maison de papier. L'autre, la réelle, je ne fais qu'y dormir, sauf quand ma rousse y passe, en apportant le soleil. J'irai jusqu'à demain. Les chemins de la peur ne mènent pas au cœur. Ils s'arrêtent à la tête. On croit parler et le silence continue. Les idées sont trop lourdes pour moi. Elles écrasent ma plume. Je marche dans les mots, la tête sous le bras, au gré de mes humeurs. Je remonte le temps par l'échelle des mots. Je remonte l'horloge. Je remonte le cœur. Le temps devient l'espace. Chaque seconde est un œuf. Chaque minute est un nid. Chaque oiseau est un chant sous les aiguilles de pin.

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Colette 23/02/2007 18:59

Faux pour une de tes phrases au moins: tu sais si bien DIRE qu'on t'en remercie à chaque lecture !