Patrick Straram le bison ravi

Publié le par la freniere

Après de brèves études secondaires il fréquente les cafés et caves de Saint-Germain-des-Prés au début des années 50, où il est grand amateur de Jazz et de boissons. Il y fait la connaissance de Guy Debord et Ivan Chtcheglov, il participe aux début de l'Internationale lettriste puis de l'internationale situationniste. En avril 1954 il quitte la France pour échapper à la conscription. Il arrive à Vancouver où il devient bucheron. A partir de 1958 ayant emménagé à Montréal il écrit pour Radio-Canada. En 1960, année où il obtient la citoyenneté canadienne, il fonde avec Jean-Paul Ostiguy le premier cinéma d'art et essai du Québec (Centre d’art de l’Elysée). Il écrit pour diverses revues (sur le cinéma, le jazz...). A la fin des années soixante il est invité en Californie où il écrit irish coffees au no name bar & vin rouge valley of the moon. Début des années 1970 il revient au Canada. En 1975 son roman La Faim de l’énigme sort aux éditions de l'Aurore. De 1978 à 1979 il anime l'émission Blues clair (nom qu'il accolera à tous ses écrits ultérieurs) sur Radio-Canada sous le pseudonyme de Bison Ravi. Il meurt le 3 Mars 1988.

 

8 juillet 1987: 466$ de revenus par mois. Résultat? Il cherche à vendre ses oeuvres d'arts: Armand Vaillancourt, Rita Letendre, Kittie Bruneau et des manuscrits inédits de Jacques Brault, Claire Lejeune, Vittorio, Adams, etc.

À son décès le 6 mars 1988, Patrick Straram le bison ravi partageait sa vie à Longueuil avec Jacqueline DeBelle (née le 12 janvier elle aussi!). Elle prenait soin de lui depuis 1984. Il préparait deux volumes: «Bribes 3: fragments d'écrires» et «Bribes 5: mon existentialime marxiste».

Pierre Foglia lui rend "hommage" dans La Presse du lendemain: «Drôle d'artiste. Tout une vie sans concession, c'est long pour un show... Un sacré numéro de vieux cowboy, de don Quichotte de caniveau, d'alcolo, de hobo, de bum... »

Aujourd’hui, exception faite de son apport à l’écriture (qu’on se rappelle la somme des citations!), l’animation radiophonique et la scénarisation, Patrick Straram le bison ravi reste un personnage au dimension mythique qui aura marqué indélébilement le mouvement contre-culturel de Montréal par ses critiques de littérature, de musique et de cinéma. Il n’aura jamais connu la gloire littéraire (du moins, pas celle recherchée par Claude Jasmin), malgré l’importance qu’il prend auprès de la nouvelle génération. Son oeuvre poétique, à la limite celle militante, reste une oeuvre forte et bien vivante que l’on se doit de découvrir. Ne serais-ce que pour suivre certaines étapes importantes de la contre-culture québécoise des années 60-70.
Guy Hache, dans sa préface à
"Écrits de la Taverne Royal", a quelques bons mots pour résumer Straram: «Il n’a jamais été à l’école des barbiers, c’est un gars qui pourrait se rouler une cigarette même devant le pape, il ne connaît pas la gêne, un garçon un peu gueulard mais un coeur d’or.»

Et Pierre Vadeboncoeur: «Straram est un langage, comme Molière, comme n'importe quel grand vivant. Quand Straram est facétieux, il est grave. Quand il s'avantage, il se juge. Cet acteur est un homme. J'aime mieux cela que le contraire.»

Pauline Julien: «Pour avoir pris un bain en commun et lui avoir longuement savonné le dos, je peux simplement dire qu’il a la peau douce».

 
 

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE


En train d’être en train vers où être, Québec
(Montréal, L’Obscène nyctalope, 1971, 28 p. , 112 ill. , sous forme de journal tabloïd)
One + one/Cinemarx & Rolling Stones
(Montréal, Les Herbes Rouges, Coll. Enthousiasme 1, 1971, 109 p. , plus index)
Gilles - cinéma - Groulx le Lynx inquiet (avec Jean-Marc Piotte Pio le fou)
(Montréal, Éditions Québécoises/Cinémathèque Québécoise, 1971, 142 p. , 108 ill. , facsim. )
Irish coffees au no name bar & vin rouge valley of the moon
(Montréal, L’Hexagone et L’Obscène nyctalope, 1972, 251 p. , 84 ill. )
4X4/4X4
(Montréal, Les Herbes Rouges #16, 1974, 64 p. , 36 ill. )
Questionnement socra/cri/tique
(Montréal, L’Aurore, Coll. Écrire 2, 1974, 263 p. , 56 ill. )
Portraits du voyage (avec Jean-Marc Piotte et Madeleine Gagnon)
(Montréal, L’Aurore, Coll. Écrire 4, 1975, 96 p. )
La faim de l’énigme
(Montréal, L’Aurore, Coll. L’Amélanchier 4, 1975, 170 p. , couv. de Jean-René Choquet)
Bribes 1/Pré-textes & Lectures
(Montréal, L’Aurore, Coll. Écrire 11, 1975, 150 p. , 71 ill. )
Bribes 2/Le bison fend la bise
(Montréal, L’Aurore, Coll. Écrire 12, 1976, 96 p. , 24 ill. )
Blues clair - Tea for one/no more tea
(Montréal, Les Herbes Rouges #113-115, 1983, 62 p. , 16 ill. )
Blues clair - Quatre quatuors en trains qu’amour advienne (avec Francine Simonin)
(St-Lambert, Éditions du Noroît, 1984, 128 p. , 17 ill.
Les bouteilles se couchent - éd. Allia, 2006
Lettre à Guy Debord, Sens et Tonka Éd.

 
 

strange orange


Filles-fleurs étrusques
soleils-éclatements
fruits de mer, herbes, grêles
de l'orange
de l'orange
du rock, un crabe, du pop'
elle n'arrête pas de travailler
pythonisse industrieuse
le scandale effarant du village-clinique
un sourire en écharpe sur un mal d'être incurable
qui lui donne cette beauté déchirée qui déchire
et rassure
à l'image
de la mitraille géologique étoilée
qu'elle plaque facile sur la laque
mais fallait le faire
le faire
bel oiseau noir
et femme du manuscrit trouvé à Saragosse
faite de vieille terre et de brumes de Pologne
et de canicule mexicaine
de Paris et de la Californie
et de tant de Haut Sauterne
le délire allègre
l'ironie et les larmes en un même clin d'oeil de lune
à boire une terre plus promise jamais
la radio fonctionne même toute la nuit
dans le petit bungalow de la rue Olive
perché haut sur l'océan
bathyscaphe qu'elle remue d'étranges grouillements
une tendresse dingue
moulée
au long du long d'un rock qui fouille nerfs et tripes
ces éclats vertiges de guitatre électrique au coeur
des Beatles des Rolling Stones
du Paul Butterfield Blues Band du Jefferson Airplane
surrealistic pillow
le sommeil ce que vive?
et elle m'a fait un portrait The Doors
dans
de l'orange
de l'orange
couleur d'un perpétuel mourir
où nous échangeons d'étranges oranges d'étrangers
complices d'un exil à jamais
la Stellouchka mon hirondelle-tournesol
au long du Buffalo Springfield et de Country Joe & the Fish
et des Fugs et de l'Hour Glass
demain elle prendra un amant
et j'attendrai au No Name Bar
qu'elle surgisse une nuit
hurlée-hurlante de solitude
et trop d'alcool
et nous rêverons ensemble
de bicyclettes
de l'orange
de l'orange
Mamas and Papas et Mothers of Invention
ce qui est assez parfaitement merveilleux
pour un peu de tendresse être sentimental
quand le cirque fatigue puisque sans surprises
et se le dire en graffiti
Haut Sauterne "Strange days" tu sais de l'orange
as we run from the day
to a strange night of stone

et peut-être je dis mal cet accord bel
mais peut-être sont-ce les autres qui ne savent plus leur âme
brutes hystériques et petits épiciers des mensonges
acharnés à se désincarner
et le bungalow de la rue Olive
la Stellouchka mon hirondelle-tournesol
l'orange
l'orange
je le dis comme Godard dit comprenne qui voudra
comprenne qui
voudra

c'était le dit
d'un paradis
artificiel
un coin de ciel
mais moi j'y crois
folk-rock à moi
car tendresse jamais
n'abîmera le vrai

Haut Sauterne "Strange days" tu sais de l'orange...


poème extrait de la revue Les Herbes Rouges #2

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Jean Antonin Billard 16/01/2013 01:55


Patrick n'est pas mort le 9 mais le 6 mars 1988.