Ils ont dit

Publié le par la freniere

Aujourd’hui, il y a moins de degrés dans la pauvreté. Il y a la société de consommation, et il y a ceux qui sont en dehors, séparés par un mur infranchissable. Ils sont à la fois irrémédiablement seuls, et exposés en permanence au regard du public, privés de cette chose basique, essentielle : l’intimité. Ils n’ont nulle part où se cacher, où se réfugier. C’est cette combinaison qui est, je crois, assez nouvelle, et particulièrement diabolique. Ce qu’il y a de commun entre un malade du sida et un SDF, c’est la tentation qu’ont les autres de les pousser vers le ghetto. Le travail de l’écrivain, c’est de rendre beaucoup plus difficile cette ghettoïsation, en montrant qu’il n’y a pas un “eux” et un “nous”. En combattant les clichés... Et en nettoyant les mots. Roland Barthes, qui est un penseur très important pour moi, parle beaucoup de cela, dans Le degré zéro de l’écriture notamment. La plupart des mots, aujourd’hui, sont salis par l’usage mensonger qu’en font les médias, les politiciens. Pas par les gens, je crois : c’est le pouvoir qui salit les mots. Les gens, de plus en plus, en réaction, disent “merde”. Et dans ce contexte, “merde”, c’est un mot très propre.

John Berger

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