John Berger

Publié le par la freniere

Né en 1926 à Londres, Grande-Bretagne
Vit en Haute-Savoie

Écrivain engagé, scénariste, critique d'art, John Berger est l'auteur d'essais (dans l'ordre chronologique de parution : "Art et révolution : Ernst Neizvestny et le rôle de l'artiste en URSS", "L'Air des choses"," La Réussite et l'échec de Picasso", "Au regard du regard"," Fidèle au rendez-vous"), de textes sur des peintres contemporains (Claude Abeille, Gilles Aillaud), sur des photographes contemporains (dont Chris Killip, Martine Franck), il a été co-scénariste avec Alain Tanner du film "Le Milieu du monde". Il a réalisé pour la BBC une série d'émissions intitulée "Voir le voir".
Trois de ses livres, "La Cocadrille", "Joue-moi quelque chose" et"Flamme et Lilas", constituent une trilogie intitulée "Dans leur travail".
En 1977, il a obtenu le Booker Prize pour son roman "G". Le prix Pétrarque de littérature lui a été attribué en Allemagne.
Son œuvre est traduite dans le monde entier.

 
D'ici là, L'Olivier, 2006.
Titien, la nymphe et le berger
, avec Katia Berger Andreakis, Fage éditions, 2003.
La Forme d'une poche
, essais traduits de l'anglais par Michel Fuchs, Fage éditions, 2003.
L'Oiseau blanc, Champ Vallon, 2000.
Albrecht Dürer, Taschen (Allemagne), 2000.
Photocopies, L'Olivier, 1999.
King, L'Olivier, 1999.
Qui va là ?, L'Olivier, 1996.
Fidèle au rendez-vous, Champ Vallon, 1996.
Au regard du regard, L'Arche éditeur, 1995.
Drawings : text and poem, Pierre Fanlac, 1994.
Calling out, poèmes et chroniques, Paroles d'Aube, 1993.
Flamme et Lilas
, Champ Vallon/La Fontaine de Siloé, 1992. Réédition au Seuil, Points, en 1996.
Et nos visages, mon cœur, fugaces comme des photos
, Champ Vallon, 1991.
Joue-moi quelque chose
, Champ Vallon/Curandera, 1990. Réédition au Seuil, Points, en 1996.
Le Dernier Portrait de Francisco Goya, le peintre joué aujourd'hui, avec Nella Bielski
, Champ Vallon, 1989.
Grande Ourse dans la nuit d'hiver (précédemment paru sous le titre La Cocadrille)
, Curandera (Suisse), 1986.
Question de géographie
, avec Nella Bielski, Éditions Jeanne Laffitte, 1984.
Une autre façon de raconter
, photographies de Jean Mohr, Éditions de la Découverte, Voix, 1981.
La Cocadrille, une classe de survivants
, Le Mercure de France, 1981. Réédition chez Champ Vallon/La Fontaine de Siloé en 1990 et au Seuil, Points en 1996.
L'Air des choses, François Maspero, 1979.
Un peintre de notre temps, François Maspero, Voix, 1978.
G, François Maspero, Voix, 1978.
Voir le voir, Alain Moreau, 1976.
Le Septième Homme
, photographies de Jean Mohr, François Maspero, Voix, 1976.
Art et révolution, Denoël, 1970.
La Réussite et l'échec de Picasso, Denoël, 1968.
 
 

QUAND C'EST LA CAUSE JUSTE qui est mise en échec, quand ce sont les gens courageux qui sont humiliés, quand on traîne dans la boue des hommes qui ont fait leurs preuves au fond des puits et sur le carreau des mines, quand on chie sur la noblesse du cœur, que, dans les tribunaux, les juges gobent des mensonges et que les calomniateurs touchent, pour calomnier, des salaires qui permettraient de faire vivre une douzaine de familles de mineurs en grève, quand les Goliaths de la police et leurs matraques sanglantes se trouvent, non pas aux assises, mais au tableau d'honneur, quand on déshonore notre passé et qu'on ignore, avec des sourires bêtes et méchants, ses promesses et ses sacrifices, quand des familles entières en viennent à soupçonner ceux qui exercent le pouvoir d'être sourds à toute revendication raisonnable et qu'il n'y a aucune instance d'appel, quand, progressivement, vous vous rendez compte que, malgré tous les mots du dictionnaire, malgré ce que dit la reine ou ce que rapportent les journalistes parlementaires, quel que soit le nom dont s'affuble le système pour masquer son impudence et son égoïsme, quand, dis-je, progressivement, vous vous rendez compte qu'Ils sont bien décidés à vous briser, à briser votre patrimoine, vos talents, vos communautés, votre poésie, vos associations, vos foyers et, chaque fois que c'est possible, les os de votre corps, quand les gens finissent par se rendre compte de cela, il se peut qu'ils entendent aussi, dans leur tête, sonner l'heure de l'assassinat, de la vengeance justifiée. Pendant des nuits d'insomnie ces dernières années en Écosse et dans le sud du Pays de Galles, dans le Derbyshire et dans le Kent, dans le Yorkshire, le Northumberland et le Lancashire, ils sont nombreux, j'en suis sûr, allongés sur leur lit et songeurs, à avoir entendu cette heure sonner. Et rien ne saurait être plus humain, plus tendre, que cette vision de gens sans pitié exécutés par ceux qui en sont remplis. C'est ce mot "tendre" que nous chérissons et qu'Ils sont à tout jamais incapables de comprendre car Ils ne savent pas à quoi il se rapporte. Cette vision surgit partout dans le monde en ce moment. En ce moment même, on rêve aux héros exterminateurs et on les attend. Les gens sans pitié les craignent déjà, mais, moi, je leur rends grâce : vous aussi, peut-être.
          Un héros de cette sorte, je suis prêt à le protéger par tous les moyens en mon pouvoir. Pourtant imaginons qu'il soit sous mon toit, et qu'il me dise qu'il aime le dessin ou, à supposer qu'il s'agisse d'une femme, qu'elle me dise qu'elle a toujours rêvé de peindre mais n'en a jamais eu ni le temps ni l'occasion ; si c'était le cas, je crois que je leur répondrais à l'une ou à l'autre : "Bon, si tu le veux, la tâche que tu entreprends, il est possible que tu puisses l'accomplir autrement et que ton action soit, ainsi, moins discutable et qu'elle ne retombe pas sur tes camarades. Je suis incapable de te dire ce que l'art accomplit et comment il le fait, mais je sais que, souvent l'art a jugé les juges, plaidé la vengeance aux innocents et montré à la postérité les souffrances passées, et que, lorsqu'il l'a fait, il a échappé à l'oubli. Je sais aussi que, quelle qu'en soit la forme, les puissants redoutent l'art et que cet art circule parfois dans le peuple comme une rumeur et une légende, parce qu'il donne sens à tout ce que les brutalités de la vie ont d'inexplicable, sens qui nous unit car il est inséparable d'une justice enfin rendue. Quand il agit ainsi, l'art devient le lieu de rencontre de l'invisible, de l'irréductible, de la résistance, du courage et de l'honneur".


Extrait de"Fidèle au rendez-vous" © Champ Vallon, 1996

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Froide est la douleur de croire que la chaleur ne reviendra jamais.

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Quelquefois l’échec est nécessaire à l’artiste. Cela lui rappelle que l’échec n’est pas un désastre définitif. Et cela le libère de la tapageuse contrainte du perfectionnisme.

John Berger

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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