Keith Barnes

Publié le par la freniere

Né à Londres le 12 novembre 1934, KEITH BARNES compose dès l'âge de 12 ans. Un an plus tard, il entre sur concours à la "Royal Academy of Music". Bientôt ses œuvres sont jouées à Londres par plusieurs groupes de musique de chambre.

Il travaille chez un éditeur de musique puis comme monteur de films à la BBC.

A 25 ans, il cesse d'écrire de la musique. Son premier poème Dévaluation, écrit en 1960, paraît aussitôt dans le Times Literary Supplement.

A partir de 1962, il voyage et se consacre à l'écriture. Il vit successivement à Chypre, à Paris, 1963, aux Etats-Unis, 1964-1966, de nouveau à Paris.

En 1967, son premier recueil de poèmes, Born to Flying Glass (Né sous les éclats des vitres) est publié à New York par Harcourt, Brace & World. Il termine à Paris son second recueil The Thick Skin (La Peau dure) et commence le troisième Ain't Hung Yet(Ils ont pas encore eu ma peau) quand une leucémie aiguë interrompt brutalement sa vie le 10 septembre 1969.

Les poèmes de KEITH BARNES ont été publiés notamment dans The Times Literary Supplement, Jack O' London, The Observer, Time and Tide, Tribune, Ambit, New Republic, Mademoiselle, par Maurice Nadeau dans Les Lettres Nouvelles et dans K.B..

L'anthologie Where Steel Winds Blow, Poets on War : A Collection, New York, 1968, David Mc Kay Company, l'inclut.

KEITH BARNES a également lu ses poèmes à la BBC à Londres, à WBAI à New York, KPFA à San Francisco et KPFK à Los Angeles.

En France, de nombreux poèmes traduits ont été publiés par diverses revues dont, outre Les Lettres Nouvelles, Recueil, Action poétique, La Lettre Internationale, Sud, Grèges, Arsenal, Poésie/ première, Encres Vagabondes, L'Ouvre-Boîte, La Braise et l'Etincelle, Poésie 13, Poésie sur Seine, Ecrit(s) du Nord, Le Nouveau Recueil, Poésie 202, Le Journal des Poètes (Bruxelles, 2003 à 2005), Jointure (2003/04), La Quinzaine littéraire (2004),et lus à La Maroquinerie, au Club des Poètes, devant le Cercle Aliénor, dans le cadre de l'association 'Rencontres européennes', sous l'égide de la Société des Poètes Français, au Sénat, au Café de la Mairie, Place Saint-Sulpice, à la Médiathèque Florian à Rambouillet et à la MLC de Montmorency.

2003 Publication de KEITH BARNES Œuvre poétique/Collected Poems, Traduction de Jacqueline Starer, Ouverture de Maurice Nadeau, éditions d’écarts, Paris.

 

BORN TO FLYING GLASS, New York, 1967, Harcourt, Brace & World
Né sous les éclats des vitres, extraits dans K.B., Paris, 1987, Maurice Nadeau

THE THICK SKIN, Berkeley, 1971, The Koala Press
La Peau dure, extraits dans K.B. Paris, 1987, Maurice Nadeau

AIN'T HUNG YET
Ils ont pas encore eu ma peau, extraits dans K.B., Paris, 1987, Maurice Nadeau

 

Je suis né les vitres éclataient
bombes rase-mottes shrapnel meurtre
de moi n'attendez pas d'accords plaisants
ni d'obscurités
J'ai grandi à la lumière des cadavres
engloutis par les flammes
Ainsi j'ai vu clair

Je suis né la douceur avait fui les mots
Les cris fusaient nous jetaient dans l'abri
Les arbres les oiseaux je ne suis pas né pour eux
ni pour aucune espèce de roi
ni dans l'ambiguïté
Je suis né à un monde en détresse
Prisonnier célébrant la mort

Je suis né à la haine
Et j'avais pour bible
les livres de propagande
Ennemi nazi Wehrmacht
- je vibrais à ces mots
Flammes éclairant ma vie
née sous les éclats des vitres

*

Chutes d'oiseaux dans le vent tourbillons de feuilles
Je marche je marque un temps je m'arrête
Tu fais passer un ciel immense à l'intérieur de moi
je jette ma valise mon manteau je t'étreins les yeux fermés
le printemps vient de m'ensorceler il passe à travers le miroir de l'été
et debout contre toi je m'enracine dans les pavés


L'hiver m'avait donné de vieux souliers les lacets s'étaient cassés
je ne savais plus marcher j'avais oublié que je pouvais me tenir droit
oublié que l'amour faisait débouler les collines
chavirer dans des couloirs de diamant bourdonner comme les abeilles
rêver le silence en souriant lèvres douces


Comment ai-je pu hiberner si longtemps ?
- recroquevillé replié sur moi-même
Comment ai-je pu vivre sans cette moelle dans mes os ?
- si courbé si triste si creux un nid de rancunes
que tu as si simplement apaisées écartées
comme autant de lest jeté par-dessus bord


Et en marchant je te porte dans mes bras notre chaleur
je n'oublierai jamais je n'oublierai jamais
tes jambes et tes bras serrés autour de moi ta tête enfouie
ton souffle contre mon cœur dans mes vêtements
dans mes vêtements - Je n'oublierai jamais
Je ne sais pas je ne peux pas vivre sans
cette flamme avec moi

*

Bol ovale couleur de terre caille craquelures dorées de l'émail
Grappes de raisin embrumées poussière suspendue dans la lumière
Fromage jaune piqué de bleu au travers de sa cotte rouillée
humide comme la rosée affaissé dans la chaleur de la pièce
Fumée sombre du tabac qui se tord au sortir du palais
Quelque part au fond un petit bruissement souligne le silence
Cheveux étalés le long d'après-midi lumineux
Maisons couvertes de lierre où des grands-pères s'assoupissent
dans des fauteuils de cannelle Le soleil encore haut
s'attarde entre les feuilles des platanes
flâne sur les pierres sur le mur gris et blanc
Dans le jardin de lis sauvages l'eau chemine
parmi l'épais feuillage des jungles de vanille
tendrement jusqu'au soir tandis que se tissent toutes les toiles d'araignées
Se nuance la mûre lumière d'aquarium des cafés
dans la fascination du siphon à soda en verre dépoli
Odeurs simples de garde-manger de provisions d'urine
Pays de Cocagne de coings et de l'ineffaçable

Keith Barnes

Traduction : Jacqueline Starer

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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