L'air rare

Publié le par la freniere

Ailleurs. Aïe. Heurts. Elle hait les jeux de mots. Le jeu qui maquille le je. Qui met en foule la misère. Qui écharpe l'identité. La ville fait son bruit, sa rumeur, sa folie replâtrée de néons. La ville boit sans soif. Ses membres de béton sous la trique des monnaies font les hommes plus petits. Intelligente l'hydre étend ses doigts visqueux jusqu'aux ventres des filles aux bords de ses trottoirs. L'argent, ce mort que l'on agite, cette offense au vivant, compte ses perversions. Les verbiages raturent la parole du soir. Les motos, les autos, vomissent leurs fumées. L'air rare et altéré s'évade par la mer. Assise sur la plage, elle compte le sable. Ce soir les mots n'iront pas plus loin qu'elle. Chargée de crocs, elle n'ouvre aucune blessure. Rien ne devra souffrir. Elle pense au soleil tombé de l'horizon, à la mouette grise envolée quelque part. Un clocher sonne, l'heure approximative.


Ile Eniger, Terres de vendanges

Publié dans Ile Eniger

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