Une messe d'écume

Publié le par la freniere

Laisse couler mes mains sur la rivière de ta peau. La plage est une messe d’écume, une église de sable. La mer est une cathédrale. La moindre vague est en prière. Chaque nid d’oiseau convoque les nuages. Les plus vieux arbres gardent des mains d’enfant. Je te donne ma vie en nommant ce que j’aime.

Les lignes de mes mains prolongent tes gestes. Il faut être deux pour habiter son corps. Penser au jour ou à la nuit, penser au monde ou à la mer, à l’amour, à la mort, penser à autre chose, c’est encore penser à toi. Quand je n’aurai plus d’encre, je te donnerai la pluie, la sève, le silence. Je te déclare la lumière, l’arc-en-ciel et l’amour. Je te déclare la tendresse, l’espérance et la vie. J’ai dessiné une île sur la carte d’un fleuve, un oiseau sur un fil, les mille petits riens qui façonnent la vie.

Où tu poses tes pas, les chemins n’ont plus d’ombre. Ma bouche est une grange ouverte où broutent les paroles. Les pierres sont vivantes dans la mémoire du monde. Les fougères s’égouttent dans la vaisselle de l’aube. Je sens que tu me touches. Je froisse dans tes bras mon feuillage de vie. Debout face à la mer, je deviens une vague. Portés par l’infini, nous nous sommes choisis. Quand j’écris, je tire un fil de lumière de mon regard au tien.

Je voudrais prendre l’avion au lasso pour t’apporter mes mots, le toit, le ciel, un bol de tendresse. Je voudrais arracher aux gares les trains qui restent, monter en lotus au cœur des mares, border les roses pour la nuit, t’apporter le fleuve, l’églantine, la farine et le lait Je voudrais tant te consoler, écrire le tilleul, la framboise et la vie, être cette eau qui coule entre tes mains ouvertes. J’entre dans ton jardin, j’y rôde, terre d’accueil et d’espoir. J’entends les fleurs qui respirent au pied de la muraille, le cœur léger du vent, la tête du pollen agitant sa crinière.

Je voudrais que la forêt m’enseigne sa lumière. Le vent écrit sur l’eau, la sève dans l’aubier, le cœur dans le brouillard. Les vieux arbres en hiver serrent leurs châles gris. Je te regarde avec les yeux avides, l’allumette du désir dans la paille des mots. J’entends sonner la pluie sur ta nuque, l’hallali du cœur dans la diane du corps. Le ciel se confond à l’écume des pins. La lumière vient boire à la cruche des arbres. Tu dis je t’aime et je revis. Le temps s’arrête sur la route pour nous tendre la main.

Quand elle marche, la robe ouverte au vent, la terre devient enceinte. Même si nos corps se touchent de très loin, je suis plus près de toi que l’herbe de la terre, la vague de la mer. J’ai ta langue sur ma langue, une chaleur au bas du ventre. Je t’écris comme on traverse un lac, comme on plonge dans l’eau, comme vole un oiseau. Je laisse ma lumière s’emboiter dans l’ombre. Je glisse vers toi dans le creux de l’air. Je grimpe dans mes gestes pour rejoindre tes bras.

Mon cœur s’affole comme de l’eau qui bout. C’est en toi que je jette mes mains. Je te borde sur la page. Je glisse dans les vides pour aller vers toi. Je t’apporte les pleins, les déliés, les roses, les couleurs de la neige. Ta langue est un fruit sur ma peau. Ta parole est une eau où je lave mes yeux. Je te regarde par la fenêtre de mes mots. J’ouvre la porte à l’horizon. Je te fais signe entre deux pages, entre deux phrases, entre deux mots. Mon cœur lève sa tête au passage du sang.

Je sens tes mots sous mon enveloppe, tes veines sous ma chair, l’éternité faire sa route, ouvrir ses pores et ses trous noirs. Nos mots essaiment d’un livre à l’autre. Je les embrasse avant d’écrire. Ils portent mon souffle et ma salive. Notre amour est trop vaste pour un livre. Les mots sont trop petits. Je dois cesse agrandir l’azur, ouvrir les vannes, ajouter des vagues sur la plage, des phrases sur la page, des oiseaux dans les nids, des regards dans les yeux, des gestes au bout des mains. La ligne d’horizon devient un arc-en-ciel, une coupe à l’envers où vient boire la terre.

 

Publié dans Prose

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