Le Sacre des amants 2

Publié le par la freniere

Chant 2


Elle

C’est sa voix.
Je l’entends qui passe derrière notre mur.
Je vois son œil à travers la treille
qui me regarde nue.
Il me dit :
" Viens, ma belle,
le vieil hiver a trépassé.
La verdure l’enterre.
Une fleur a sorti son pipeau hors de terre
et s’est mise à jouer.
Son chant va réveiller la tourterelle
dont le roucoulement fait trembler le figuier.
Et l’odeur du figuier dresse les fleurs des vignes
et tes vignes sont miennes. "
Moi, je m’amuserais
à me cacher dans sa montagne,
Comme une bique curieuse, entre deux rochers,
je t’épierais en train de me chercher.
Dans le ravin, plus malin, crierait de sa voix rauque :
"  Viens ! Je me suis tapi dans les rangs de tes ceps
comme un renard prêt à tout ravager"
Et je me montrerais, tant j’aime
ta main qui me violente.
Il est à moi et moi à lui.
L’ombre s’allonge où je m’étends
La brise dit à nos couchants
ce que le cerf dit à sa biche :
" Aimons-nous avant les ténèbres... "
Cette nuit, je tâtonne et ne te trouve pas.
Alors, un feu me gagne et je cours dans la ville :
"  - Gardes ! Gardes ! Avez-vous vu l’amour passer ? "
"  - Par ci par là, il est passé. "
Je te rattrape et je te serre et je t’entraîne
et je te jette sur la couche où ma mère me fit !
 

Lui

Filles de Jérusalem
par la biche et le cerf
ne touchez pas
à ce corps endormi
avant que mon désir l’éveille.

Yves Heurté

Publié dans Poésie du monde

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