Viens-t-en printemps

Publié le par la freniere


Schnaille ! schnaille ! maudit hiver !
J'attends que les lilas tètent les abeilles,
les chants d'oiseaux qui pendent
aux oreilles des arbres,
les petits brins de foin
qui se prennent pour la mer
et les fourmis quittant le port.
J'attends les mirabelles,
le crin-crin des cigales
sur le cou du matin,
la grande main du vent
giflant le désespoir
et la joue du malheur,
les nuages délaçant
la ceinture du froid
pour exhiber sans gêne
le sexe du soleil.

La terre troquera son gros pull de neige
pour la dentelle du pollen,
les tuques des poteaux
pour des boutons en fleurs,
le terreau des couleurs
où germe l'arc-en-terre
dans sa robe lyrique.
Une alouette chante
dans le fond de ma poche.
Un caillou s'impatiente
dans le ruisseau des pas.

Allez viens-t-en printemps !
Je prends déjà ma hache
pour une ligne à pêche,
mes raquettes pour un canot,
mes skis pour une plage,
le frimas des moustaches
pour la barbe à papa,
mes dix doigts pour une main.
Je ne fais plus de chasse-neige
mais de la chasse-galerie
au-dessus des forêts.
Je fais la vague
au milieu des flocons.

La sève monte à bord
comme de l'eau dans l'eau
faisant des bulles d'air.
Les érables sont saouls
et les chevreuils bandés.

 



Publié dans Poésie

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