Tu es le rêve

Publié le par la freniere

Chacune de tes présences est une apparition. Chaque être porte en lui l’élément d’un miracle. Tu es le rêve que j’ai fait. Je le tiens dans mes bras. Je n’attendais plus rien et tu me donnes tout. Je t’apporte mon pain sur la table des mains, mes fleurs sans portefeuille. J’ai mis le couvert pour deux. Je t’attends. Je t’apporte des mots, un mot ou deux, beaucoup d’amour, les mots des morts et des vivants. J’ai mis mes gestes les plus beaux, mes caresses d’homme libre. J’ai remis mes épaules pour accueillir ta tête. J’ai mis tes yeux dans mon regard, tes seins entre mes doigts. Je ne peux plus imaginer un monde sans lumière, un seul jour sans toi.

Ce soir, je n’ai plus à la bouche que les cinq lettres du désir. J’habille ta peau nue d’une autre nudité. De tes deux jambes verticales je fais un horizon. Je ne sais pas où tu commences. Je ne sais pas où tu finis. Je vais à travers toi comme à travers le ciel.

À l’apogée des corps, je parcours avec toi le continent intime, le retour des vagues comme une source vive jaillissant de l’obscur. Il n’y a entre nous que l’épaisseur d’un ange, ses battements légers. Je marche sur le toit des mots pour te regarder vivre. Je ne sais pas toujours ce que tu dis, mais je trouve ça vrai. Je ne vois pas toujours ce que tu fais, mais je trouve ça beau. Je ne sais pas toujours ce que tu penses, mais je trouve ça bien. Je ne sais pas toujours ce que tu manges, mais je trouve ça bon. Une robe pour plaire, du beurre pour le pain, un caillou pour la route, un crayon pour écrire, c’est encore de l’amour.

Encore un mot ou deux, mes mains sur tes épaules comme une nappe sur la table. Je viens pour te manger. Je reviens pour t’aimer. Je vis pour être aimé. Encore une caresse, mes bras comme des branches, tes yeux comme la mer, nos corps comme la vie. Encore un autre geste, une lumière, un feu. Tu m’apprends à compter au boulier des étoiles, dans les nuages parsemés d’âmes.

Encore une autre vague comme un fleuve infini. Je dérive. J’avance. J’écope les mots avec mon cœur. Nous avons le même temps et c’est l’éternité. On le voit dans nos yeux qui ne vieillissent pas. Tu m’apprends à connaître la botanique du cœur, la fragrance de l’âme, la tendresse des choses, la douceur des gestes.

Encore un mot, beaucoup d’amour, un goût de fraise à tes oreilles. J’ai rangé mes outils sur l’établi du cœur. Je te laisse fleurir sur la tige des mots. Une source pour boire, une flûte pour jouer, une main sur un sein, une jambe pour marcher, un sourire aux oiseaux, c’est encore de l’amour. Tu m’as beaucoup appris de la fleur et des larmes. Je t’apprendrai le rire, la confiance et la force. Je t’embrasse en vitesse, en lenteur, en langueur.

Encore une ligne ou deux, un bourgeon de plaisir pour égayer la nuit. La paix déploie ses roses. Elle voyage en pollen et j’ai des yeux d’abeille. Je dessine pour toi un arbre à mie de pain, un grand arbre sans fin. L’espoir porte ses fruits. Séparés, chacun à l’autre bout du monde, mais réunis par l’âme, nous poussons la folie jusqu’à l’éternité. J’ai les mains sous ta robe, un doigt sous l’élastique, entre la cuisse et l’aube. J’ai les désirs plus grands que la voix. Ces pages blanchiront. Ces mots s’effaceront. Il restera mon pain dans ton immense faim. Il restera nos corps emmêlés à jamais. Je t’aime bien plus loin que les mots pour le dire.

Publié dans Prose

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