Ouvrir le chant (France)

Publié le par la freniere

Je ne sais plus qui peut m’entendre,

mes fils ont été enrôlés, dénudés, déguisés.

Mon espace si vaste demeure sans écho,

je vis dans sa lumière comme dans un beau linceul.

Personne ne viendra forcer une prison où manquent

les portes, les barreaux, le chemin de ronde.

On ne se délivre pas d’une ivresse calcinée,

on ne se libère pas d’un fardeau invisible.

 

Le désert est pour toujours ma dignité et ma parure,

mes longs silences et ma parole.

Que m’importe le tournis des cités,

les heures égales, les gestes énervés.

J’aime l’ordre désordonné

où je décide de mes fureurs, de mes rapines.

Pourquoi irais-je plus vite que le galop de mon cheval ?

Pourquoi renoncerais-je au luxe de ne posséder

Qu’un tapis, un auvent, une théière d’argent ?

Pourquoi respecterais-je des lignes sur des cartes,

des postes barbelés, des bornes frontières

alors que je suis du royaume des sables

et seulement soumis au soleil et au vent ?

 

André Velter    Ouvrir le chant, Le Castor astral, Écrits des forges

Publié dans Poésie du monde

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