Monique Juteau

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Montréal, le 8 janvier 1949 -  

Monique Juteau est née au Québec. Elle vit et travaille près de Trois-Rivières, capitale de la poésie au Québec. Son écriture est de plus en plus teintée de réalisme magique, sans doute une influence des figuiers géants et des vents presque jaunes de l’Asie où elle a séjourné à plusieurs reprises. Ses romans et ses recueils de poèmes ne sont que la partie émergée d’une vaste activité littéraire qui la conduit à participer à toute une série de travaux collectifs ou personnels : livres d’artistes, émissions de radio, publication dans les journaux et revues canadiennes et étrangères. Son goût pour la littérature et le partage de ses idées dans ce domaine l’ont amenée plusieurs fois en France, notamment à Paris et à Avignon, pour le Printemps des poètes, et à Lyon pour participer à un projet d’écriture. Lors de ses rencontres avec le public, ses « poésies performances » la conduisent à utiliser des objets qui accompagnent ses poèmes et permettent à chacun de voyager dans le texte grâce à la puissance évocatrice de l’élément visuel.

 
Bibliographie :

La lune aussi... Éditions du Jour, 1975
Regards calligraphes
Éditions Écrits des Forges, 1986.
Trop plein d'angles Éditions Écrits des Forges, 1990
En moins de deux Éditions l'Hexagone, 1990
L'emporte-clé VLB éditeur, 1994
L'opuscule de Provoquée
Revue Art le Sabord, no.35, 1996

La création en huit fragments baroques Revue Art le Sabord, no.42, 1996
Des jours de chemins perdus et retrouvés Éditions Écrits des Forges, 1997
Une histoire pour chaque jour de la semaine Jean-Pierre Huguet éditeur, coll. Carnets des Sept Collines, no 10, dirigée par Michel Sottet, Saint-Julien-Molin-Molette, 2003, France
La fin des terres Lanctôt éditeur, 2001.
 
 
QUÉBEC 9ÈME RANG

Aujourd'hui ne pas mettre la table
Partir avec les nappes
En laissant les tiroirs vides
La maison ouverte.
Par une porte à secret
À loquets
À bobinette cherra
J’entre en scène
Des rideaux noirs tombent
Lourds
Sur un fait d'hier arrivé presque dans ma cour
Une histoire d'aiguilles de bras et de méthadone
De civières, de corps en terre, de fleurs de l'âge
Bongo bongo
Les oiseaux n'ont que faire de nos malheurs
La poésie devrait rester dans les airs
S’occuper des rimes et de la lumière
Banjo banjo
Je vais par un chemin de fer
Nue comme dans un rêve mal commencé
Les seins bandés
Je m'enivre des taches de vin sur les nappes de lin
Dévore ponts cantilevers et viaducs
Cordes à linge, poulies, bas et petites culottes à pois
Renverse les gares
Désosse les quais
Les souliers en cuir patin des voyageurs
Et les cannes blanches des aveugles destins
Clavecin clavecin
Scandent les petits-fils des aiguilleurs
Dans un rap à papa tunnel
Et j'en veux à tous les trains du Wisconsin
Que j'imagine chargés de moulins à café
De vaisselle brisée
Et de tours tombées
J’hormonose
Il me faudrait des roses
Pour les imprimer sur les nappes
Que j'emporte
Au rythme d'un balafon
Trouvé dans un livre d'Afrique
Et je reviens à la maison
Balafon balafon
Mets la table
Fourchettes à droite
Bol d'eau pour y voir clair
Deux ou trois limes pour les rimes
Murs et plafonds verts
Vert
La couleur de l'espoir
A toujours dit ma mère
Conga conga.

*

Dormir
soudain devenir petite
se faufiler sous le ciel bas du drap
 

avec des yeux tout terrain
suivre les coutures verglaçantes du matelas
par monts et par vaux de satin
au fil du piqué incertain
 

à coup de mots -laser
bulldozer et brise-fer
traverser broussailles et rembourrures de tissus
        sans nom
pour aboutir sur le sommet d'un ressort
 

à perte de vue
tours de zinc en multitude
sommier sans Antarctique
et presqu'îles introuvables
tard déjà trop tard
la caravane est partie
fuyant mousseline
et contrecoups imprévisibles

(extrait de regards calligraphes, Écrits des Forges)

 

*
 
Vie de village.  Va!  À cause de ma grande aile noire et de ces petites ailes qui ont poussé entre les doigts de ta main droite, les gens d'ici nous  prennent pour des oiseaux rares. S'imaginent que  nous transportons dans nos sacs des cabanons remplis de becs d'oiseaux fins et longs. Je voudrais plus grand de ciel. Et des corniches. Et des tourelles. Pour nous aimer. Nous étreindre. Ils ne comprennent pas qui nous sommes. Nous ne figurons dans aucun  livre de zoologie. N'appartenons pas au super-ordre des brahmanes. Pas à la famille des Kennedy non plus. Je répète gentiment nos prénoms. Mais le reste, nos origines, nos raisons d'être, je les écris en braille sur mes lèvres. Tu t'empresses alors de devenir aveugle. Pour venir y déposer ta langue. Et lire jusqu'au fond de ma pensée.

(EXTRAIT DE,  DES JOURSDE CHEMINS PERDUS ET RETROUVÉS,  ÉCRITS DES  FORGES)

 

Monique Juteau
 

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