Sur la page

Publié le par la freniere

Sur la page où je lis, ton visage apparaît. C’est ta voix que j’entends au moindre chant d’oiseau. C’est ton ombre qui bouge au moindre soubresaut. J’ai un besoin inextinguible de toi, ton corps, ton visage, ta voix. Je cherche ta bouche dans la nuit. Je cherche le regard sous la paupière de ton sexe. Je cherche ton jardin, ton ressac, ta sève. J’ai retrouvé ta voix au fond d’une enveloppe. Tes mots reprennent vie au milieu de la nuit. Leur souffle m’agrandit. À l’intérieur du cœur, j’ai comme un autre cœur qui ne bat que pour toi. C’est ton sang qui l’anime jusqu’au bout de mes gestes.

Nous avons le même âge au milieu de la nuit. On ne sait plus trop bien qui de l’un ou de l’autre éclaire le chemin. Nos meubles sont des paysages, nos rues des mots, nos maisons des caresses. Nos jardins sont des fleurs de lumière. Nous y sommes heureux sans peur des rapaces accroupis dans l’ombre. Un loup protège notre tente. Seul un rayon de ciel s’immisce par la porte. Lorsque nous nous aimons, nos corps deviennent intérieurs à l’âme et l’âme devient corps.

J’entasse des mots sur les montagnes, laissant des traces pour tes pas. C’est pour toi que je touche le ciel. J’aime. Je vis. Je nais. Je laisse tomber de l’encre en traversant ton livre, faisant croître les fruits, mobilisant les fleurs, ameutant les nuages, aidant Sisyphe à porter son rocher. Je marche sans lanterne. Je m’éclaire de toi. Prends mon épaule et ma caresse d’homme. Prends mes mots comme ils viennent. C’est pour toi que j’écris.

C’est en ouvrant ta robe que je connais le monde, le ciel, le soleil, la pluie. Au moindre signe de toi, j’ai le cœur qui s’ouvre avec sa table mise, ses fleurs à la fenêtre, un lit déjà défait. Je range le malheur dans le dernier tiroir avec les vieux bas. Je cache dans la cave la poussière des ans, les restes de la pluie sous le dos des feuilles. Les lièvres ont laissé sur la neige des traces en forme de fleurs, des pains d’images pour les yeux de la faim. Le vent sème des sources sur le bord du matin. La pluie t’offre un verre d’eau. Les mésanges marient les arbres avec la neige. Dans le cœur ou sur la terre, il faut s’aimer pour récolter.

Plus j’avance dans la vie, plus je t’aime. Je redécouvre encore des traces d’infini. Sens-moi présent jusqu’aux fibres du cœur. Je viens par le jardin t’offrir un peu d’espoir, un bouquet d’hortensias, un soc de soleil sur les sillons de neige. Nous entrons l’un dans l’autre comme on entre dans l’eau, comme le sang dans les veines. Je suis tout ébloui par ta beauté sans masque. Tu es la seule réponse que je voulais entendre, ma seule raison d’être. Je te sens dans mon dos veiller sur ma parole. Je n’ai jamais marché que pour te rencontrer. Je n’ai jamais écrit que pour te dire
Je t’aime.

Publié dans Prose

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