L'encan

Publié le par la freniere


On vend déjà le ciel
à tant le grain de pluie
et le soleil en vrac
pour le tain des lunettes.
On vend déjà la mer
à tant le grain de sel
et le chant des oiseaux
aux cœurs qui sont sourds.
On vend déjà la terre
à tant le grain de sable.

On a vendu la vie
et la sueur des hommes,
même son désespoir
avec la rage de ceux qui savent.
On vend déjà la mort
à tant le poids de cendres.
On vend par numéros
des prothèses d'espoir
où l'on ne mise rien
que son propre courage.

De l'église à la banque
c'est le même veau d'or
qui offre aux enfants
des balles dans la tête
à la place des ballons
et des khalaknikovs
en guise de jouets.
Prenant ses tatouages
pour une cicatrice
la jeunesse vend sa peau
pour une once de rêve.

Sur le rebord des yeux
les seringas sont morts,
le rêve mis en croix
dans les seringues sales.
Les souris ne dansent plus
que perchées sur un banc
et se remettent à genoux
un sexe entre les dents
pour nourrir un orgueil.

Assis sur les secondes
pour retenir le temps
avec les mêmes mots
qui servent à aimer
on mêle aux chansons
la bêtise des uns
à la sottise des autres.
Sans échardes sans feuilles
la vérité se perd
dans une langue de bois.

J'ai beau faire vieux jeu
perdu dans les montagnes
où le chant des mésanges
a le goût des érables
je mets encore des tuques
sur les poteaux de clôture.
J'ai le sel des larmes
et l'épice du rire
à mettre sur la table.
J'ai un bouquet d'abeilles
pour sucrer mon café.
C'est dans le bleu du ciel
que je taille des drapeaux
pour faire un cerf-volant
et l'internet me sert
à sourire aux oiseaux
qui ne voyagent plus.

 




Publié dans Poésie

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