John Coltrane

Publié le par la freniere

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Au cœur de la musique, la peau parcourue de frissons, l’émotion ébranle tout le corps et plonge l’âme dans des rêveries insondables. Ce grand ébranlement, ce choc, c’est le séisme d'une rencontre avec un musicien noir américain : John Coltrane, ce saxophoniste légendaire qui inspira tant d'autres musiciens, et pas seulement de jazz, comme les Doors ; car ce qui frappe chez cet homme, c'est la démesure d'une démarche où la liberté s'affranchit impétueusement de toutes conventions, un désir et une liberté d'invention portés au paroxysme. Stupeur et étonnement : les notes du saxophone deviennent poésie, cris et chuchotements, avec ce sentiment rare et troublant de la " beauté convulsive."

John Coltrane (1926-1967) est sans conteste l’un des musiciens plus importants de l'histoire du jazz. Il est difficile de l’écouter sans une émotion particulière ; cela tient à sa dimension de créateur hors norme totalement investi dans son art et qui le développa au-delà de toute mesure : " Je pars d'un point et je vais le plus loin possible." Une quête brisée soudainement par la maladie, un cancer du foie à l'âge de quarante ans, une mort qui laissa groggy nombre de musiciens et passionnés, et alimenta bien des réflexions sur la fin du jazz, dont il incarnait l’évidence comme un bloc de nuit contre le jour.

Très tôt, John Coltrane coltrane commence à jouer avec les musiciens novateurs de son époque : dès 1949, Dizzie Gillespie, ce souffleur irrésistible, trompettiste intrépide du be-bop, l'engage dans son orchestre où il peut s'adonner à un jazz créatif pendant quelques années. Il rencontre Charlie Parker, "the bird", autre inventeur du be-bop, dont l’imposante personnalité et la puissance créatrice le fascinent.

De 1955 à 1957, il joue avec Miles Davis ; à ses côtés son style commence à s'affirmer et à se complexifier, mais il est viré suite à des excès de drogue et d'alcool. Après avoir touché le fond s’amorce une brusque renaissance, notamment au contact du pianiste Thelonious Monk, à propos duquel il affirmait : « Jouer avec Monk, ça vous donne parfois la sensation de basculer dans une cage d’ascenseur. » Cette même année, il commence à enregistrer ces premiers albums sous son nom : Dakar, Blue Train

En 1959 sort Giant Steps, son premier disque entièrement composé d’originaux, et c’est bien à pas de Géant que le saxophoniste nous embarque dans des solos endiablés, une musique aérienne et frénétique…Il rejoue avec Miles et participe à l’aventure du mythique Kind of Blue ( les morceaux So What et All blues sont les oriflammes d’une musique nouvelle qui se propage dans le monde comme une traînée de poudre…) Dans la foulée Coltrane fonde l’année suivante son légendaire quartet avec le pianiste McCoy Tyner, soliste brillant et intuitif, le batteur Elvin Jones, toujours aussi impressionnant de puissance féline et de finesse, et le contrebassiste Reggie Workman ( puis Jimmy Garrisson ) . Cette synergie aboutit notamment à l’album My Favorites Things où Coltrane prend à contre-pied le public en adoptant le saxophone soprano, instrument peu pratiqué à l’époque. En 1961 Eric Dolphy se joint à l’équipée, et paraît Olé, un disque qui surprend par ses arabesques hispanisantes ; Coltrane repousse les limites du jazz et s’intéresse aux musiques lointaines : Espagne, Inde, Chine…L’enregistrement d’Africa Brass marque un retour vers l’Afrique : l’œuvre est impressionnante par son ambition orchestrale et puise dans la tradition des « spirituals », une envolée puissante au pays de la transe. A la même époque Coltrane rencontre le musicien indien Ravi Shankar. De cette influence orientale naîtront plusieurs morceaux comme India.

A la pointe de l’avant garde Free Jazz où s’illustrent des musiciens comme Ornette Colman, Cécil Tailor, Sun Ra, John Coltrane dépasse le fossé des générations et enregistre un album avec Duke Ellington. Un nouveau sommet est atteint avec A love Supreme, enregistré fin 1964, un hymne mystique, irrésistible crescendo en quatre actes, Acknowledgment, Résoltion, Pursuance, Psalm. D’autres jalons de ce parcours de titan : Ascension, Kulu Se Mama, Om…En 1966 il se sait miné par la maladie, son quartet s’est dissout, mais il poursuit sa chevauchée, sa quête d’absolu dans le sillon de la « New Thing », et battit un univers de plus en plus singulier : Stellar Regions, Expression, Interstellar Space. Une quête brisée à l’âge de quarante ans : John Coltrane meurt atteint d’un cancer.

Jean-Marc Baholet

Le site officiel : www.johncoltrane.com/

Discographie sélective :

Miles Davis – ‘Round About Midnight ( Columbia /Sony )
̵1957
Thelonious Monk – Monk’s Music ( Riverside /WEA ) – 1957
John Coltrane – Blue Train ( Blue note /EMI ) – 1957
Miles Davis – Kind of Blue ( Columbia /Sony ) – 1959
John Coltrane – Giant Steps ( Atlantic /WEA ) – 1959
John Coltrane – My Favorites Things ( Atlantic /WEA ) - 1960
John Coltrane – The Complet Africa/Brass Session ( Impulse ! / Universal ) –1961
John Coltrane – Olé ( Atlantic / WEA ) - 1961
John Coltrane et Duke Ellington – Duke Ellington & john Coltrane ( Impluse ! / Universal ) –1962
John Coltrane – A love Supreme ( Impulse / Universal ) – 1964
John Coltrane – Ascension ( Impulse / Universal ) – 1965
John Coltrane – Stellar Regions ( Impulse / Universal ) – 1967
John Coltrane – Interstellar Space ( Impulse / Universal ) –1967
John Coltrane – Expression ( Impulse / Universal ) –1967

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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