Gérard Macé

Publié le par la freniere


G
érard Macé est né en 1946 à Paris. A eu très tôt la tentation d'écrire, et par manque d'imagination, a fait des études de Lettres. Aujourd'hui, il deviendrait plutôt œnologue ou photographe. A un peu voyagé (Italie, Japon, Moyen-Orient...), et beaucoup rêvé sur les nombreuses vies qu'il aurait pu avoir. Gérard Macé est sans conteste l’un des grands prosateurs d’aujourd’hui. Il est pourtant l’un de ceux qui tentent, comme le suggérait Hölderlin, « d’habiter poétiquement le monde ». D’où ce statut d’écrivain-poète qui est sa marque propre. Avec lui, il est vrai, ainsi qu’il l’a déclaré, « la poésie est tombée dans la prose », et c’est un surcroît d’espace soudain accordé à l’écriture poétique.

 

Bibliographie :

Parus aux Ed. Le temps qu'il fait
:
Le singe et le miroir (1998Réédition Coll. Poésie, 2002)
La photographie sans appareil (2001)
Images et signes (lectures de Gérard Macé) 2001
Mirages et solitudes (2003)
Éthiopie, le livre et l'ombrelle (2006)
Rome ou le firmament (2006)

Chez d'autres éditeurs :
Le jardin des langues (Gallimard, 1974. Réédition Coll. Poésie, 2002)
Les balcons de Babel (Gallimard, 1977. Réédition Coll. Poésie, 2002)
Ex Libris (Gallimard, 1980)
Leçon de chinois (Fata Morgana, 1981)

Rome ou le firmament (Fata Morgana, 1983)
Bois dormant (Gallimard, 1983)
Où grandissent les pierres (Fata Morgana, 1985)
Les trois coffrets (Gallimard, 1985. Réédition Coll. Poésie, 2002)
Le manteau de Fortuny (Gallimard, 1987. Réédition Folio, 1997)
Le dernier des Égyptiens (Gallimard, 1988)
Les petites coutumes (Fata Morgana, 1989)
Vies antérieures (Gallimard, 1991)
La mémoire aime chasser dans le noir (Gallimard, 1993. Réédition Coll. Poésie, 2002)
Choses rapportées du Japon (Fata Morgana, 1993)
Cinéma muet (Fata Morgana, 1995)
L'autre hémisphère du temps (Gallimard, 1995)
Rome, l'invention du baroque (Marval, 1997)
Colportage I, Lectures (Le Promeneur, 1998)
Colportage II, Traductions (Le Promeneur, 1998)
L'art sans paroles (Le Promeneur, 1999)
Un monde qui ressemble au monde (Marval, 2001)
Colportage III, Images (Le Promeneur, 2001)
Un détour par l'Orient (Le Promeneur, 2001)
Le goût de l'homme (Le Promeneur, 2002)
Illusions sur mesure (Gallimard, 2004)
Leçons de choses (Gallimard, 2004)
Filles de la mémoire (Gallimard, 2007)

L’ombrelle pour tout le monde, mais le bâton réservé aux hommes : ces deux accessoires inégalement répartis, partout présents dans l’Éthiopie chrétienne, semblent régler le mouvement des astres et la marche le long des routes, le gardiennage des troupeaux, la prière et la lecture, peut-être même la naissance des enfants. Sans ombrelle ni bâton les Éthiopiens se retrouvent les bras ballants, et les bras ballants il ne reste plus qu’à attendre la nuit qui tombe, ou la mort qui doit venir. La mort qui fera de nous des êtres parfaits, comme les insectes après leur dernière métamorphose, mais des êtres parfaitement désœuvrés, donc parfaitement inutiles.
Sans supprimer la pesanteur ni les corvées, l’ombrelle et le bâton jouent le même rôle que le balancier pour le funambule, et donnent à chaque silhouette une allure princière, malgré le dénuement et la précarité. L’ombrelle surtout, l’ombrelle qui a besoin du bâton pour arrondir sa corolle, et pour faire la roue comme un paon, semble donner de l’équilibre sur une route mal empierrée, rude chemin de la vie où l’on peut trébucher à chaque pas. Parapluie rincé par deux mois d’averses, qui sert ensuite à se protéger du soleil, c’est une voûte céleste un peu trouée, un dôme et un toit portatifs, dont l’ombre vacille comme celle d’une toupie.

In Éthiopie, le livre et l'ombrelle

*

 Le plus maigre des jumeaux connaît l'écriture, les miroirs et leur regard froid de mauvaise mère.

Il se souvient des combats de coqs et des concours de mensonges, au bord d'un fleuve où flotte aujourd'hui le bâton d'un aveugle; un fleuve aussi profond que la mémoire et son lit de cailloux blancs, qui roulent à l'envers pour se jeter dans un affluent de l'oubli, l'imaginaire dont le cours est détourné depuis toujours.

L'autre est un cygne évadé d'une ménagerie, qui se souvient de lutteurs aux allures d'anges, sur la rive où le singe alignait des cailloux.

Singe qui te balances entre les vers et la prose, et qui passe en boitant du dressage à la danse, il te faudra inventer de nouveaux tours si tu veux passer sur l'autre rive. Car la mémoire est un élevage de poussières, de riens phosphorescents dans la lumière du rêve, et sa trace est un fleuve qu'on traverse à pied sec : l'eau dans laquelle se baignait l'humanité depuis le déluge, l'eau qui lavait le crime et sur laquelle flottait quelquefois ce qu'on appelle l'âme, cette eau s'est retirée doucement de la rive où nous respirons si mal.

C'est dans les remous de l'imaginaire que nous buvons la tasse, avant de sombrer dans le néant comme on se noie dans un verre d'eau. Ou dans un puits empoisonné par la parole, comme autrefois par un animal mort.

In Le singe et le miroir

*

L’enfance de l’art : www.editions-verdier.fr/banquet/97/n28/inedits1.htm

*

La première nous visite le jour
comme les démons de midi. Pour
danser elle marche sur son ombre
et disparaît à la tombée de la nuit.

La deuxième de noce en noce
a visité tout le pays :
elle chante à la tête des lits
comme à la proue des vaisseaux.

La troisième a fait profession d’aimer les hommes.
Entre ses jambes ils ont vu la marée haute,
la marée basse et même l’orée de la forêt,
mais ils n’ont jamais fait le tour de son royaume.

Avec la suivante je fais le vœu
de changer de vie, comme les voyageurs
d’autrefois changeaient d’équipage
et les danseurs de cavalière.

De la cinquième je voudrais faire
une abeille dans la nuit du désir,
une effeuilleuse qui se déshabille
en dansant dans la lumière.

In Filles de la mémoire

Gérard Macé
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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