Le parfum d'être deux

Publié le par la freniere

Il manquait à ma vie ce que la tienne apporte. L’étrange odeur d’être seul a fait place au parfum d’être deux. Avec toi pour traverser l’hiver, la neige tombe en flocons de musique. Tu es une page d’eau dans un livre de soif. Ta voix qui veille dans mon rêve est celle qui m’éveille. Je ne trace plus de routes. Tout l’espace mène à toi. Nous embrassons la vie sur les lèvres. Nous caressons l’invisible du bout des yeux. Il faut être en amour pour voir ses couleurs. Toutes les routes semblent mener à toi. Tu es au cœur du monde. La tête contre ton sein, j’écoute la vie qui bat.


Je ne penche plus vers les ténèbres, je penche vers la vie comme une fleur de lumière. Tu es si belle. Laisse-moi rire dans ton cou. Laisse-moi chasser les vilains bruits du monde. Tu m’apportes la mer dans un panier de mots, la grammaire des vagues, l’alphabet des poissons. Je t’apporte l’automne dans le grain de ma voix, le rouge des érables, le pépiement des merles, l’accent des bûcherons. Je t’apporte la source en vélo de montagne. Nous habitons l’amour, une barque à l’envers, une tente invisible, un appentis d’oiseaux. Quand la musique est belle, je t’apporte les notes enveloppées de caresses. Ainsi font les sourciers qui sondent les portées.

Nous sommes ensemble malgré les kilomètres et là est l’essentiel. Les mots que je t’écris, j’ai hâte de les traduire en gestes. Je soulèverai ta robe au lieu de tourner les pages. Laisse-moi effacer les nuages noirs dans tes yeux, les anciennes blessures Je t’envoie la chaleur de mes mains parmi ces courtes phrases, les battements de mon cœur. Je t’envoie mon amour oblitérant l’espace, ma tendresse et ma joie. Quand tu m’appelles, même le vent s’arrête pour écouter ta voix. Mon loup gratte à la porte. Jalouse comme elle est, ma chatte fait la gueule. Les oiseaux t’accompagnent sur le rebord des branches.

J’irai vers toi à la nage, s’il le faut, à voyelles et à pieds, à cheval sur un nuage.
Yep! Yep! Nimbus. Galope sur tes sabots de pluie. Je m’en vais voir ma blonde. Je vais si loin quand je parle avec toi. Même le quotidien ouvre ses ailes. Ça sent le bonheur entre nos mots. Ça sent le sourire comme un bonbon au miel. Nos mots conduisent à la rivière, aux montagnes, aux étoiles. Aujourd’hui, j’ai dessiné tes bras sur un cahier de pivoines. J’ai copié tes mots sur un carnet de pierres, des galets bleus et blancs. J’ai peigné tes cheveux à même le ruisseau. Je t’aime en mangeant une pomme, en arrosant mes fleurs, en sciant mon bois, en écrivant ces mots. Je t’aimerai toujours dans chacun de mes gestes.

Le rêve tourne sur sa tige. Il regarde vers toi. Je frôle sur ta hanche l’arrondi de l’amour, la courbe du bonheur, l’arc-en-ciel des frissons, le mouvement des marées. Ta présence est remplie de tout ce que je veux. Tu es là où je suis. Je suis là où tu es. Tu as les yeux ouverts sur l’inconnu du monde. J’y regarde avec toi. L’eau coule entre tes cuisses comme une caresse. L’eau coule jusqu’au cœur. L’eau coule jusqu’au cri. Je suis une vague sur ta peau, une langue de mer léchant le corps de la plage. Je glisse sous ta porte ma silhouette de papier pour qu’elle devienne chair. J’ai plié sous ta peau tous les noms de caresse. Tu pourras les porter selon le temps qu’il fait.

Ta peau est douce comme le ventre des chats. Tu as des seins de jour au milieu de la nuit. J’aime qu’ils me courtisent. Entre deux phrases d’amour, je t’envoie des mots blancs enveloppés de baisers. Tu laisseras la chatte s’y faire les griffes, les olives y mûrir. Ma main cherche la sève sous l’écorce, ton ventre sous l’étoffe. Tu me demandes souvent :
À quoi tu penses ? Je te réponds : Je pense à toi. Je ne pense qu’à toi. Je touche avec tes yeux les couleurs invisibles. Toutes tes images ont un vent de fraîcheur. J’entends les fleurs boire dans tes mains. J’ai hâte de te revoir, te toucher pour vrai, embrasser ta chaleur. Ici, les arbres me crient des noms. Où as-tu mis ta blonde ? On s’ennuie d’elle, me disent-ils en colère. Mon loup te cherche dans mes yeux.


Tu as vu les étourneaux. Il y a du soleil dans leurs yeux. Il y a du bonheur sur ta joue, un léger courant d’air sur ta peau. Je le sens jusqu’ici. Toutes mes images sortent du cadre. Mes mots sautent par-dessus les antennes pour aller te rejoindre. Il y en a qui s’habillent en oiseaux, avec un goût d’érable, des fleurs avec des ailes, des consonnes en concert. Je rejoins la naissance du monde dans les vagues de ton corps. Nous nous accompagnons sans fin comme des inséparables, si bien qu’on ne sait plus quels pas sont les tiens, quels pieds sont les miens. Tu détiens plus de moi que ce que j’en possède.

Je prends ta main comme la branche prend la sève, comme la flamme s’allume, comme la graine s’étale en corolles odorantes. Je pense à toi avec les doigts d’un musicien, la caresse des vagues, la transparence de l’aube. Lorsque la chatte me regarde, je te cherche dans ses yeux. Tu m’indiques le chemin de la source. L’eau et la terre m’ouvrent leurs sens. Je me transforme en vagues pour être de la noce. Je fais briller mes mots comme des poissons de lune. Tu as détricoté retricoté mon cœur pour le rendre plus juste. Ses mailles s’assortissent aux couleurs du ciel. Ses battements s’accordent aux pulsations de l’eau.

Ta main nourrit la mienne comme un long pain d’amour. Laisse tes doigts de rosée sur mon écorce brune. Je te dirai ce oui qui colore la vie. Laisse-moi toucher tes mots. Ils sentent la menthe et le thé vert. Il fait tiède sans toi. Les petits suisses te cherchent le long des noisetiers. Je te tiens dans mes bras. Tu es légère comme un fil et pourtant je tiens tout l’univers. Je t’écris en caresses les pages qui manquaient au livre de ma vie. Mon sang, je le veux semblable au tien, ma tendresse et ma colère aussi. Laisse-moi soigner ton âme dont la mienne est la tige. C’est en cherchant la source que les ruisseaux se forment. L’amour est cette ligne mouvante où nos corps se rencontrent.

Publié dans Prose

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jml 30/05/2007 23:24

Merci Colette.

colette 30/05/2007 08:03

Mes mots sont fades pour dire combien j'aime les tiens.Je mettrai demain en ligne un extrait de "Parce que" ainsi que deux autres, ceux d'Ile et de Jms, pour annoncer la parution des trois petits derniers de "Chemins de Plume" (même si c'est déjà annoncé sur le site des éditions...)Réponds -moi si tu n'es pas d'accordAmitiés