C'était toi

Publié le par la freniere


(…)
 

C'était donc toi les traces laissées dans l'arrière-cour de l'infini, les miettes sur la table du cœur, les petits pas de fée sur la neige du temps, les trous dans les nuages pour colorer le ciel, les dolmens en dentelle sur le bord de la mer.

 

C’était toi les éclats de luciole dans mon jardin secret, les fumerolles intimes chatouillant l’espérance, la tasse du matin, la tisane à la main, la poignée de sarriette m’entrouvrant l’inconnu.

 

C’était donc toi la véronique en robe bleue, le pissenlit tachant mes mots, les bizous de mésange picorant mes pommiers, la main levée parmi les petits bras de l’herbe, les étoiles de mer accrochées dans un arbre.

 

C’était toi la fée sur un petit pois, le regard tendre des pivoines déboutonnant mes yeux, le fil de salive rongeant les barbelés, les sandales oubliées sur le bord de l’étang, le galop d’un cheval échappé dans la brume.

 

C’était toi la merlette sous les vagues d’un arbre, les notes rondes sur le carré de trèfle, les notes bleues, les notes rouges, les croches de couleur sur la portée du vent, le petit air de flûte dans le bruit des moteurs, la main de la magie sur la baguette de pain, la douceur de l’amande sur un berceau d’écales, l’échinacée en fleur sur le bord du trottoir, le rêve des racines en sommeil dans l’hysope.

 

C’était toi les campanules du clocher, la bélière à mon cou, les fleurs dans mes oreilles au sortir d’un ruisseau, les poissons rouges dans mon bain, le sourire gorgé de fruits qui frappait à ma porte, le souffle qui poussait sur ma tête de fœtus.

 

C’était toi Cendrillon, la Belle au bois dormant, Blanche-Neige, les cheveux roux sur la tête du rêve, les yeux brûlants d’Ariane, le chant de la cigale cachée derrière la porte, le coucou qui sonnait les heures à l’envers, les cheveux d’Hespérides sur mon plafond d’enfant, l’asclépiade en bouquet sur un vélo d’été.

 

C’était toi entre deux pages le pétale de rose qui n’a jamais fané, le goût de menthe et de réglisse, la moustache de crème sur les lèvres du pauvre, la flamme sur la glace, le rire entre deux ombres, le dessus des nuages où dort le soleil, les dessins dans la marge prolongeant mes ratures, le rêve dans mon lit.

 

C’était toi la mésange égarée de son nid, la poésie à cloche-pied sur la route marine, Pégase ou l’hippocampe ou la joueuse de vent, le papillon si roux que le ciel en pleurait, l’odeur du jasmin dans les langueurs de l’aube, celle du romarin dans la soupe du cœur, le chant du rouge-gorge dans la forêt des hommes.

 

C’était toi le flocon de lumière, le flacon de bonheur, l’étroite feuille tombée du ciel, la mer dans la pluie, la tisane encore chaude sur le rebord du cœur, les mots en miettes sur la nappe du silence, le souffle de couleurs traversant mes images.

 
(…)

Publié dans Prose

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article